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L ET AT
D U
CHRISTIANISME
EN
FRANCE.
Divifé en trois Parties :
OU LETTRES
Adreffées
Aux Catholiques Romains;
aux Proteftans temporifèurs ;
& aux Déiftes-
Par JAQUEs'sAURIN.
\m
A LA HAYE,
Chez PIERRE HUSSON, ijiy.
FEB 2 191
■4mmm?m^^^'^'^
lê^mmèm^^
L E T A T
D U
CHRISTIANISME
E N
FRANCE,
T>e(Jem de cet Ouvrage.
lE n eft pas pour faire
l'éloge de la France
que nous entrepre-
nons cet Ouvrage;
mais ce feroit une cruelle in ju-
ftice que de le prendre pour
uneiàtyre. Ceft l'amour, que
A 2 nous
4 DESSEIN DE
nous avons pour nos compa-
triotes , qui nous Ta didé , &
ils n'y trouveront rien -, qui ne
fe reiîente d'une relation li ten-
dre. Nous les rangeons tous
dans trois claiîès: La première
eft celle des Catholiques Ro-
mains: La féconde eft celle
des Proteftans , mais tempori-
feurs : Et iatroifiêmeceiledes
Déities.
Il eft vrai que les premiers
nous ont réduits , nous & les
compagnons de notre exil, aux
dernières extrémitez. Ils nous
ont contraint à nous arracher
au lieu de notre naiflance, ils
ont envahi nos biens , ils ne
nous ont laiffé d'autres refîour-
ces que la charité des Peu-
ples ,
CET OUVRAGE. 7
pies, qui nous ont tendu les
bras dans notre refuge.
jMais l'Evangile nous ordon-
ne d'aimer nos plus grands en-
nemis ; cette loi n'a rien de
difficile pour nous, rien mê-
me qui ne Toit conforme à nos
inclinations , quand il s'agit
de la pratiquer envers des
ennemis tels que ceux aux-
quels nous deftinons la pre-
mière Partie de cet Ouvra-
D'ailleurs ce qu'ils avoient
peut-être d'abord * peiijé en
mal j c'eft une expreflion de
l'Ecriture, T)ieu ta tourné en
bien. Nous leur devons du
moins la guérifon d'un préju-
A 3 gé
* Génèfc L. 20.
6 DESSEIN DE
gé né avec nous , & dans le-
quel font encore aujourd'hui la
plupart des gens de notre Na-
tion , c'eft qu'il n'y a point de
féjour agréable hors de la Fran-
ce. Nous vivons dans des Païs
délicieux , & fous le gouverne-
ment du monde le plus doux.
Nous trouvons dans les Provin-
ces-Unies un dédommage-
ment univerfel aux facrifices,
que nous avons laits pour no-
tre Religion. Nos Souverains
font en quelque forte nos égaux
par leur affabilité, & par un
certain efprit d'égalité qui rè-
gne dans les Républiques , au-
tant que cela eft compatible a-
vec le bien de la Société.
Ceux de nous , qui ont quelque
fa-
CET OUVRAGE, t
favoir & quelque induftrie, fè
fpntpoullez dans leur art. Nos
Frères, exilez dans d'autres
Païs Proteftans , y éprouvent
mille douceurs; & s'il y en a
quelques-uns qui fe trouvent
dans l'indigence , comme on
ne fauroit en difconvenir, ils
en font amplement récompen-
fezpar la paix de leur confcien-
ce 5 le plus précieux de tous les
biens. Ainfi quand nous au-
rions eu le cœur ulcéré contre
nos Perfecuteurs , les premiè-
res années de notre perfecution ,
nos plaies font fermées depuis
bien long-temps.
Ils n'ont donc aucun lieu de
foupçonner que nous leur par-
lerons comme des perfonnes
A 4 ai-
8v DESSEIN DE
aigries par les malheurs , dans
lelquels ils nous ont plongez.
Nous avons auflî fait paroitre,
dans d'autres occafions , notre
éloignement pour la méthode
de ces Ecrivains , qui ne lau-
roient propofer leurs penfées ,
fans peindre, avec les plus noi-
res couleurs , ceux qui en ont
de contraires. Nous croions
que les Sciences doivent polir
refprit. Nous ne penfons pas
que les Théologiens aient le
privilège de remplir leurs E-
crits de fiel , & de fe répandre
en invedives contre ceux qu'ils
entreprennent de réfuter.
Comme c'eft particulière-
ment pour les François que
nous écrivons > nous ne leur
im-
CET OUVRAGE. 9
imputerons pas ce qu'ils con-
damnent eux-mêmes dans les
perfonnes de leur Religion.
On doit rendre cette juftice à
la France , c'eft que la Reli-
gion Romaine y ett dégagée
de cent & cent fuperftitions ,
qui en font une partie eflentiel-
le dans d'autres lieux. Il n'eft
queftion dans ce Roiaume , ni
de recevoir comme infaillibles
les Oracles, qui émanent delà
bouche d'un homme , qui a
donné tant de preuves de iail-
libilité 5 je veux dire du Pon-
tife de Rome ; ni d'adopter des
contes de Légende, ni de té-
moigner une dévotion puérile
pour des marmoufets & pour
des images. Ceux des Fran-
A 5 çois^
lo DESSEIN DE
çois, qui retiennent encore
quelques-unes de ces minuties,
font desavouez par les autres;
à-peine en avons-nous trouvé
un (èul , qui ne nous ait préve-
nus fur Pidée que nous vou-
lions leur en donner, & qui
ne nous les ait livrées comme
des abus. ,
J'avoue que la France fem-
ble démentir depuis quelques
femaines Pidée avantageufeque
nous en donnons. On vient
d'elîaier de nouveau à nous ra-
mener dans le fein de l'Eglife
par un genre d'argument , au-
quel on avoit renoncé il y a
quelque temps , je veux dire
par celui des prétendus mira-
cles, que Dieu opère au milieu
d'el-
CET OUVRA G E. ii
d'elle. Et ce qu'il y a de plus
étonnant encore , c'eft que ce-
lui qu'on nous allègue , eft un
de ceux dont il ferait le plus
difficile de prauver la vériréi
fuppofé qu'il fut vrai réelle-
ment > & dont la nature ferait
la plus fufpefle , fuppofé mê-
me qu'il fut établi fur de véri-
tables démon ftrations.
Ce ne font pas quelques per-
fonnes fans nom , qui nous in-
vitent à la réunion par ce mo-
tif. C eft un Cardinal célèbre
par fa piété & parfon zMe, qui
nous propofe cet événement,
comme un miracle capable de con-
vaincre les nouvaux réunis , que
J, C. cjl préfent, & qu'ail veut
être adoré dans un Sacrement^
par
iz DESSEIN DE
par lequel il opère de fi grands
prodiges. Bien plus : le pieux
Prélat nous fait efpérer, que fi
nous ouvrons les yeux à cette
merveille , nous parviendrons
non feulement à dittinguer la
vraie Religion d'avec les fauf-
fes , mais à démêler même
dans la vraie, les véritables en-
fans de PEglife d'avec ceux qui
n'en ont que le nom & les ap-
parences. Nous avons fort
bien entendu ce que fignifient
ces paroles dans la bouche
d'un Homme , qui a été juf-
ques ici à la tête d'un parti op-
primé? à l'exemple de St. Am-
broije^ ce font les paroles du
Cardinal , mus regardons ce pro-
dige comme un bienfait ? dont
Dieu
CET OU VR AG E. 13
Dieu a voulu honorer notre Epif-
copat.
Nous avons d'abord héfitéfî
dans un Ouvrage, où nous
n'entreprenons de traitter que
les points controverfez entre
des perfonnes qui ont refprit
iblide, nous devions nous em-
ploier à décrier un pareil mira-
cle. Nous voulions laifTer aux
François, qu'une fainte jaloufie
pour leur Communion empê-
che d'alléguer en fa laveur ces
fortes de minuties , le foin de
réfuter celle-ci. Mais quand
nous avons fait réflexion aux
impreflions, que dévoient fai-
re naturellement fur les gens
de bien le témoignage d'un
Homme, que fes vertus, j'ai
pre/^
14 DESSEIN DE
prefque dit, que fon efprit dû
martyre a rendu fi vénérable ,
nous avons crû devoir tenir une
autre conduite. Il nous a pa-
ru que nous ne pouvions nous
difpenler de faire entrer dans
le corps de cet Ouvrage la dif-
cuflion du Mandement de ce
Prélat.
Mais de peur qu'en cela
même nous ne foions taxez
d'imputer à toute une Nation
ce qui ne doit être attribué
qu'à quelques-uns de fes mem-
bres, nous avons confulté fur
ce fujet un célèbre Jéfuite.
Nous l'avons conjuré de nous
déclarer? fi le miracle, publié
par Monfieur le Cardinal de
Noailles , eft reconnu pour
vrai
CET OUVRAGE. 15
vrai dans toute la France, ou
s'il n'eft avoué que par un pe-
tit nombre de François. Nous
lui avons demandé fi nous de-
vions en parler comme d'un
événement, qui ne doit fa naiP
fànce qu'àl'efprit de parti, ou,
félon les expreffions du Cardi-
nal , comme d'un miracle capa-
ble de convaincre les nouveaux
réunis , que Je (us Chrifi e(l réel--
lement préjent , & qu'il veut ê-
îre adoré dans un Sacrement^
par lequel il opère de fi grands
prodiges.Nous ne favons pas en-
core la réponfe , que nous fe-
ra ce favant Homme ; nous
ignorons même s'il nous en fe-
ra; mais quelque parti qu'il
prenne là-deflus, nous en ren-
drons
i6 DESSEIN DE
drons compte au Public : nou5
en avons averti par avance le
Jéfuite, pour prévenir le re-
proche qu'il pourroit nous fai-
re d'avoir trahi fà confidence.
Le foin , que nous avons pris
de le conlulter, juftifie ce que
nous avons avancé , c'eft que
nous ne voulons imputer à nos
chers antagoniltes que les opi-
nions qu'ils avouent unanime-
ment. Voici 5 ce me femble,ïes
principaux motifs, qui retien-
nent dans leur Communion
ceux d'entr'euxj qui auroient
le courage d y renoncer, mal-
gré fes avantages qu'elle leur
procure , fi on pouvoit leur
prouver qu'ils font dans Terreur.*
Le premier motif? c'eft la
né-
CET OU VRA GE. 17
nécellité d'un Tribunal infail-
lible, &la prétendue incapa-
cité, où font les Particuliers de
difcerner par eux-mêmes les
fauiïes Religions d'avec ]^
vraie, du moins de parvenir à
cette connoifïance par la voie
de l'examen & de la difcuf-
fion.
Le fécond motif, ( je me fè-
rois fait un fcrupule de le pla-
cer ici fans les raifons que j'ai
marquées) ce font les mira-
cles , que l'on croit opérez
en faveur de l'Eglife Romai-
ne. Nommément la guérifon
récente d'une Hémorrhoïfle,
qui l'avoit demandée à Jefus
Chrifl: en l'adorant dans le in-
crément de l'Euchariftie.
B Le
i8 DESSEIN DE
Le troifiême motif , c'eft la
nouveauté delà Religion Pro-
teftante , & rinfuffiiance des
réponfes, que nous avons faites
à cette demande : Où étiez-
vous, où étoit votre Religion ,
avant Luther & avant Calvin ?
& ce fujet conduit naturelle*
ment auxqueftions fur la natu-
re de PEglife.
Le quatrième , c'eft la ma-
jefté du facrement de TEucha-
riftie , & ces déclarations ex-
preiTes du Sauveur: * Ceci e(l mon
corps y ceci ejî mon fang. ^ Ma
chair e(l une véritable viande ,
mon [ang ejt un véritable bru^
vage.-^En vérité en vérité je vous
dis , que fi vous ne mangez la
chair du Fils de l* homme > & fi
vous
CET OUVRAGE. 19
vous ne buvez fin jcing , vous
n'aurez point la vie.
Les François Catholiques
Romains , je parle même de
ceux qui font les plus éclairez,
ont été jufques ici irréconcilia-
bles avec les Proteftans fur le
premier, & fur les deux der-
niers de ces quatre points. D'un
autre côté les Proteftans, ceux
mêmes qui ont le plus de pen-
chant à concilier lescontrover-
fes, ne confentiront jamais à iè
relâcher fur aucun de ces arti-
cles. Je vais les examiner dans
la première Partie de cet Ecrit.
Et pour mieux témoigner
encore combien je fuis porté à
le faire avec modération , je
mettrai à la tête de cette dif-
B 2 eu-
%Q DESSEIN DE
cufTion, une Lettre 5 qui con-'
tient un projet de controverfe,
tel que doivent le fuivre des
Chrétiens, qui difputent pour
S'éclairer réciproquement, non
pour avoir rindigneplaifirdefe
confondre. Cette Lettre , écrite
depuis quelques années, eft uuq
réponfe àuneperfonnediftin-
guée par fa piété. L'Eglife
Romaine fe félicite encore de
nous l'avoir enlevée , & nous
ne ceflerons jamais de lui en-
vier une fi belle conquête ; la
difcretion ne me permet pas
d'en dire le nom, moins en-
core de publier ce qu'elle m'a-
voit fait l'honneur de me-
crire; je me contente d'aver-
tir qu'elle m'avoit invité à en^
CET OUVRAGE, n
trer en conférence fur la Re-
ligion avec quelques perfon^
nés éclairées. Je répliquai que
j'étois prêta accepter ce parti,
pourvu qu'on me mit aux pri-
lèsavec un homme, qui voulut
fuivre le projet que je propo-
fois. Si l'illuftre Religieule ,
qui reçût cette réponfe , con-
damnoit le parti que je prens
de la publier , je la prie de
confidérer, qu'elle Pa en quel-
que forte rendue elle-même
publique. Du moins je ne puis
ignorer qu'elle ne l'ait com-^
muniquée à Mr. le Cardi-
nal de Noailles. Ce Prélat
dit même, qu'ail y alloït répon-
dre-, c'eft-à-dire , C^u moins
je le compris ainfi) qu'il alloic
B 3 com-
'1^
^)K
2Z DESSEIN DE
commettre ce foin à quel-
qu'un,qui remplirait les condi-
tions que j'avois marquées. On
ne me fit pourtant point d'au-
tre réplique , û ce n'eft que
fi je voulois me tranfporter à
Paris , j'y trouverois des per-
fonnes , qui entreraient en
conférence avec moi. Mais la
crainte , qu'on n'emploiât un
autre genre de controverfe ,
m^empêcha d'accepter cette
proposition.
Si nous avons lieu de nous
flatter , que les Catholiques
Romains ne trouveront rien
dans cet Ouvrage, qui puif-
le les ofFenfer , nous fommes
plus fondez encore à nous le
pramettre des Proteftans. Ils
font
CET OUVRAGE 23
font la féconde clafTe des per-
fbnnes, pour lefquelles nous
écrivons ? & qui nous don-
nent de fi juftes fujets de dé-
plorer l'état du Chriftianifme
en France. Quels ibupçons
pourroient-ils former contre le
delTein , dont nous fommes
animez en leur écrivant? Leurs
malheurs font toujours préfens
à nos yeux ; nous avons befoin
de toute notre foûmiffion aux
ordres du Ciel , pour voir
avec réfignation le redouble-
ment des fléaux , d^nt Dieu
les vifite. Ils ne font battus
d aucun coup,que nous ne {en-
tions avec cxxk^ Ils entrent dans
toutes les prières , que nous
adreflTons au-Cîel en public &
B 4 en
24 DESSEIN DE
en particulier. Le plus ar-
dent de nos vœux , c'efi de les
voir réunis à ces Eglifes ,
dont les malheurs des temps
les ont arrachez. Qiiand la Re-
ligion ne produiroit pas ces
fentimens dans nos âmes , la
Nature fufïiroit pour nous les
infpirer. Nous ne fommes dans
les climats , où la tempête
nousajettez,quedes Familles
tronquées ; l'un de nous eft
feparé de fon frère, l'autre
de fon père , l'autre de fon
enfant. Il n'y en a aucun ,
qui n'ait lieu de dire comme
autrefois l'Eglife : ^ A4a chair
efî en ^abylone , mon fang ejl
parmi les hahttans de la Chd-
dée. Cette feparation tempo-
* Jer. Li. 35-. Telle
CET O U VR AG E. îy
relie nous réveille des idées
plus finiftres encore: elle nous
tait entrevoir des barrières im-
pénétrables entre nos Frères
& nous dans l'éternité.
Peut-être n'avons-nous pas
donné à ces Compatriotes des
preuves aflfez fenfibles de no-'
tre amour : ils ont fou-
vent imploré notre fecours;
ils nous ont quelquefois de*
mandé des dîredions : ils ont
exigé de nous des formulaires
de piété convenables à leur
état. Nous nous fommes re-
fufez jufques à préfent à des
demandes qui femblent fi juf.
tes. Mais comment y pou-'
vions-nous déférer , fans faire
en quelque forte l'apologie de
B 5 la
î(J DESSEIN DE
k foibleflè de ceux qui nous
les adreflbient , fans nous ren-
dre complices de leur défer-
tion , & fans leur fournir de
nouveaux prétextes pour s y af-
fermir ? Les exhorter à con-
ferver précieufement telle &
telle idée de la Religion dans
leur efprit , n'auroit-ce pas été
leur infinuer , qu'il fuffit de
connoître intérieurement la
Religion , & qu'on n'eft point
obligé de la confeffer au de-
hors ? Leur propofer des
moiens pour fuppléer dans
leur cabinet au culte public ,
dont ils font privez , n'auroit-
ce pas été reconnoître que le
culte public n'eft pas nécefTai-
re ? Et faire cet aveu n'eft-ce
pas
CET OUVRAGE. Z7
pas précifément cela même
que nous difions ? N'eft-ce pas
faire l'apologie de la foiblefle
de nos Frères , nous rendre
complices de leur défertion ,
& leur fournir de nouveaux
prétextes pour s'y affermir ?
Il falloit donc , dira-ton ,
réveiller leur confcience par
des exhortations continuelles;
il falloit travailler fans ceffe à
arracher le bandeau qui eft fur
leurs yeux. Je l'avoue : mais
bien loin que dans cette réti-
cence nous aions péché par un
défaut d'amour 5 c'eft l'excès de
cet amour qui l'a caufée. Nous
ne pouvions nous réfoudre à
dépeindre à nos Frères toute
l'atrocité de leur conduite? &
tou-
1% DESSEIN DE
toute l'horreur de leur élût
Nous fentions de la répugnan-
ce à leur tracer avec des cou-
leurs naturelles une indolen-
ce? qui dure depuis quarante
années; des mariages contrac-
tez dans des circonftances û
peu propres à attirer la béné^
diction du Ciel ; des enfans
retenus dans des lieux , oii il
leur eft û difficile de connoî-
tre la vérité; des mourans pri-
vez de confolation ; des vœux
de fë rélever formez mille &
mille fois, & violez autant de
fois qu'ils ont été formez. Nous
ne pouvions nous refondre à
leur prouver qu'un culte, ren-
du à la Divinité dans un gen-
re de vie, qu'elle condamne
d'u-
CET OUVRAGE. 29
d'une manière û exprefïe 5 eft
un outrage à fa Majefté ,
moins propre à concilier fa fa-
veur , qu'à exciter fon indig-
nation. La plume nous tom-
boit des mains toutes les fois
que nous la prenions pour leur
déclarer ? que nous n'avions
d'autre diredion à leur don-
ner, que celle que le Sr. Ef-
prit donne lui-même à tous
ceux qui font dans leur cas:
^Sortez de ^ahylone^mon Peu-^
pie 5 de peur qu'en participant à
fes péchez , vous ne participiez à
f es plaies. Nous craignions mê-
me qu'en levant l'étendart ,
nous n'atrira (lions de nouvel-
les perfecutions à nos Frères,
Les
* Apoc. xviii, 4.
30 DESSEIN DE
Les exhortations,quenous leur
adreilerons , difions - nous , ou
demeureront dans robfcurité ,
& alors elles feront inutiles : ou
elles paroitront au grand jour,
6c alors elles donneront lieu à
de nouveaux Edits , & à de
nouveaux tourmens , contre
ceux qui oferont les enfrain-
dre.
Mais il eft temps enfin de
s'affranchir de toutes ces vaines
confidérations ; il eft temps
d'annoncer tout * k confeil de
T>ieu j de remplir notre de-
voir à l'égard des Prote-
ftans temporifeurs , & d'aban-
donner leur defti nation à la
Providence. C'eft ce que
nous faifons dans la féconde
* Aa.xx.27, P^^*
CET OUVRAGE. 31
Partie de cet Ouvrage.
La troificme eft pour les
Déiftes. Le poifon du Déif-
me eft répandu dans toute
l'Europe : c'eft à proprement
parler le vice de notre fiècle ,
&c le genre de folie qui le
caraderife. Quand on connoit
le jeu des paflions , on décou-
vre fans peine qu'elles doivent
enfanter de temps en temps des
Syftêmes d'incrédulité. Mais
quand on fait attention d'un
côté au degré de lumière, au-
quel les hommes font parve-
nus aujourd'hui , & de l'au-
tre, à l'excès , auquel ils ont por-
té la corruption , on voit aifé-
ment pourquoi notre fôcle a
produit tant d'Incrédules.
Ou.
3% DESSEIN DE
Outre ces raifons générales
du malheur que nous déplo-
rons , il y en a de particulières
à la France. L'idée, que nous
avons donnée des Catholiques
Romains & des Proteftans , qui
font dans ce Roiaume , fuffit
pour nous faire craindre ce que
nous voions de nos propres
yeux, ceft qu'il nourrit dans
ion (ein un grand nombre d'In^
crédules.
1. Il eft difficile félon nous
que la Religion Romaine fafle
de véritables dévots ; je ne dis
pas que parmi ceux qui la pro-
feflfentj il ne s'en trouve un
grand nombrcqui ont une dé-
votion fincère ; mais la con-
noiflance eft le premier carac-
tère
CET OUVRAGE. 33
tère de la dévotion : un vé-
ritable dévot eft un homme ?
qui non feulement rend un
certain culte à la Divinité ,
mais qui veut lavoir quel eft
celui qui lui eft agréable, & qui
fe détermine fur ce lu jet? non
fur lesdécilions d'un Direcleur
idiot, ou partial, mais fur cel-
les de la Vérité éternelle. Si
î on fait cette réflexion , on ne
fe récriera pas fur ce que nous
difons , qu'il eft difficile que
la Religion Romaine falTe de
véritables dévots. La dévo-
tion y qu'elle prefcrit , jette
comme nécelfairement dans la
fuperftition, ou dans le DéiP
me. Elle jette danslafuper-
ftition ces peuples timides^
C dont
34 DESSEIN DE
dont on aflervit l'efpiit dès le
berceau , à qui Ton fait envi-
làger l'examen & la difcuffion
furies matières de la foi,comme
un crime atroce , comme la
fource de toutes les héréfies ?
dont les entrailles de FEglife
ont été déchirées, & digne de
toutes les loudres, qu'elle lan-
ce contre les errans ôc les
Schirmatiques. Elle jette dans
le Déiime , quand on eft for-
mé dés l'entance à examiner
en partie , mais à n'examiner
qu'imparfaitement: du mélan-
ge de lumières & de ténèbres ,
qui fe trouve dans un elprit é-
levé de cette manière? nait or-
dinairement le Déifme. Un
komme , qui a reçu ce genre
d'édu-
CET OU VRA GE. 3j
d'éducation ? découvre fans
peine à un certain âge^ qu'on
a abufé de fa crédulité. Il ne
po0ede pourtant pas un affcz
grand fonds de lumières poui'
découvrir où eft la vérité , lors
mêmes qu'il en a rufliramment
pour voir où eft le menfonge,
La Religion Romaine lui pa--
roit faulle , mais il ne fait que
très fuperficiellenLient les motife^
qui nous attachent au Chriftia-
nifme. 11 fe fait un fyftême
de doutes & de difficultez : &
comme il ne fauroit s'empê-
cher de reconnoître un pre-
mier Etre î caufe univerfelle
de tout ce qui exifte, il pen-
fe que fi cet Etre avoit voulu
qu'il y eût une Religion > à
C 2 la-
3(5 DESSEIN DE
laquelle les hommes donnaf^
fent la préférence , il Tauroii:
accompagnée d'une fi grande
fupériorité de preuves^ qu'il ne
feroit pas poliible de la mé-
connoître. Or ce genre d'é-
ducation, cet efprit d'examen
& dedifcuilion ébauché ? c'eft
le caradére ordinaire des
François nez Catholiques Ro-
mains. Ce fait n'a pas befoin
de nouveaux argumens , il eft
fuffifamment prouvé par ce
que nous avons dit touchant
l'état de l'Egli(é Romaine en
France.
S'il doit naturellement y
avoir beaucoup de Déiftes
parmi les François nez Ca-
tholiques Romains, il eft na-
tu-
CET OUVRAGE. 37
turel aufîi qu'il y en ait un
grand nombre parmi les Pro-
teftans temporifcurs ; ils ne
connoifTent qu'impartaitement
la Religion Proteftante , &
ils font imbus de tous les pré-
jugez imaginables contre la
Religion Romaine.
Comment connoîtroient-ils
la Religion Proteltante? Nous
nous plaignons tous les jours
que dans les climats même, où
elle eft enfeignée avec le plus
de netteté & prouvée avec le
plus de force ? elle n'eft pas
allez connue ; que ceux qui
en font profclîion , mêlent les
préjugez à la lumière , & re-
tiennent encore en partie cet
efprit de loûmiffion aveugle,
C 3 que
DESSEIN DE
que nous reprochons a ceux
de TEglife Romaine. Com-
îîient nous perfuadera~£-on
que des gens , qui vivent
dans des lieux ? où l'exercice
de cette Religion eft interdit,
en puiflent avoir des idées;
exades ?
S'ils ne font pas en état de
la connoître ^ ils font moins
en état encore de la taire con-
îioïtre à leurs enlans. C'eft
un grand art que celui d'en-
feigner ce que Ton fait ? de fo
proportionner à la capacité de
ceux qu'on veut inftruire? de
commencer par les principes ,
par lefquels il faut commen-
cer $ & ainfi du refteé Cet
art n^e(t pas moins difficile dans
là
CET O U VR AG E. 39
la Religion , que dans les autres
difciplines ;il a befoin de gens,
qui s'y vouent, &qui s'y bor-
nent : il doit être le partage de
ceux que Dieu a établis dans
TEglile pour être* Pafleurs &
Doâeurso pour taffemblage des
Saint s i& pour l'œuvre du mim/iè-
re. Les enfans des Proteftans
font privez de ces fecours. Il
eft donc mal aifé qu'ils con-
noiflent leur Religion.
Mais leurs pères, trop mal
inftruits pour leur décou-
vrir les erreurs de l'Eglife Ro-
maine , font pourtant trop
prévenus contre elle pour ne
pas leur communiquer les
idées qu'ils en ont , & la haine
qu'ils lui portent.
* Ephef.iv.ii. G 4 Ce
DESSEIN DE
Ce pbrcqui n'a que des no-
tions confufes de Pidolatrie 3&
qui ne fauroit en fournir une
claire définition i ne celle d'aC-
lûrer fes enfans, que TEgli-
fe Romaine eft idolâtre : lors
même qu'il ne peut pas leur
prouver que c'eft une i^ufle
Religion^il lesperfuade qu'elle
eft digne d'averfion ; il leur
dit que c'eft de fon fein que
font émanez ces édits & ces
profcriptions , qui ont coûté
tant de larmes & tant de fang
à leurs Pères. En voilà afiez
pour donner à des entans un
éîoignement éternel pour la
Religion Romaine. Mais la
haine pour cette Religion j
jointe à Tignorance de la nô-
tre,
CET OUVRA G E. 41
tre? produira bien-tôt la rejec-
tion de toutes les deux. Un
peu de réflexion en convain-
cra fuffifainment mon Lec-
teur, làns que je m attache à
le prouver par principes &
par conféquences ; ainiî la
difpofition des Proteftans , &
celle des Catholiques Ro-
mains en France? les conduit
naturellement au Déifme.
L'expérience ne confirme
que trop fur cet article ce que
leraifonnement nous avoit fait
préfumer. Le Déifme fait plus
de ravages en France que par-
tout ailleurs. 11 en fait parmi
les Courtifans , il en fait par-
mi les Politiques , il en fait par-
mi les Eccléfiaftiques , il en
C S fait
4t DESSEIN DE
fait parmi les gens d'épée , &
ce qu'il y a de plus remarqua-
ble fur ce fujet, c'eft qu'on
trouve rarement dans ce
Roiaume des Incrédules éclai-
rez. Nous fommes étonnez
dans ces Provinces de voir
quelques François, qui font à-
peine capables d'arranger deux
idées , fe donner certains airs
d'incrédulité. Ailleurs les In-
crédules fe piquent de raifon-
nement : ils difent pourquoi
ils font Incrédules : ils étu-
dient les opinions qu'ils ont
réfolude rejetter? & s'ils ren-
dent de très mauvaifes raifons
de leur irreligion , du moins
ils en rendent. Mais un Fran-
çois incrédule fe croit pour
l'or-
CET O U V R A G E. 4 j
Tordinaire difpenfé d'avoir des
raifons de l'être. Il fonde
tout fon fyftême fur cette bon-
ne opinion de foi-même , qui
eft innée à notre Nation , &
que les autres Peuples nous
reprochent à fi jufte titre.
Quand on lui demande, de
quel droit il s'infcrit en faux
contre des chofes qu'il ne con-
noît point , quand On lui de-
mande, fur quoi il s'apuie, lors-
qu'il nie ce que tant de grands
Hommes de Tune & de l'autre
Communion ont avancé pour
prouver la vérité de la Reli-
gion Chr. il répond avec un
(bûris moqueur , avec un ait
décifif,avec un bon mot, avec
quelqu'un de ces fermens >
dont
44 DESSEIN DE
dont il a de û riches formulai-
res. Voilà fa Logique, voilà
fa Théologie. Avec ces dif-
pofitions il s'oublie dans le
plaifir 5 il s'abandonne tran-
quilement au fommeil , il met
ia principale occupation à être
connu à la Cour, à y briller ,
à s'y avancer, il fe vautre dans
la débauche , & il laide aux
enfans & aux femmelettes ces
terreurs , qu'infpire l'attente
d'une autre vie,d\in Compte,
d'un Jugement.
Les gens de cet ordre ver-
ront dans la troifiême Parrie
de cet Ouvrage ( du moins
s'ils daignent jetter les yeux fur
des Ouvrages de ce genre , ce
que je n'oferois me promet-
CET OU V RA GE. 4^
tre } ils y verront, dis- je ^ l'ex-
travagance de leur fyftëme.
Nous leur prouverons d'abord
que pour être Incrédule avec
quelque ombre de raifon , il
faut recevoir certains prélimi-
naires,qui leur font encore in-
connus : en forte que quand
le fyftême de l'incrédulité fe-
roit fondé , quand même il
feroit fufceptible de démon-
ftration, ils ne font pas en droit
de l'admettre.
Nous irons plus loin enco-
re; nous tâcherons de les
convaincre , que tant s'en faut
que ce fyftême foit démontré,
il a contre lui tous les genres
de démonftrations. Nous fe-
rons voir que fi l'on ne peut
DESSEIN DE
pas foûtenir qu'il ne faui'oit y
avoir d'Incrédule, qui le foit
de bonne foi ; la corruption
du cœur eft pourtant , finon
la cauiè unique, du moins U
caufe la plus ordinaire de l'in-
crédulité.
Voilà les vues générales de
cet Ouvrage. Je iens combien
il furpalîe mes forces : je fens
même que quand je pourrois
me promettre d'avoir les talens
nécellàires pour l'exécuter , il
me feroit difficile de le faire
dans leseirconftances où je me
trouve; appelle à lexercice de
Ja prédication , qui confume
une partie de ma vie , enga-j
gé dans un * Ouvrage de lonj
* La publication du fécond volume in folio |
qui cft imprimé depuis long-temps , n'eft retardéfi
que parce qu'il y manque encore quelques planches;
i
CET OUVRAGE. 47
gue haleine fur l'Ecriture fain-
te ; mais f efpère que les fe-
cours de Dieu fuppléeront à
mes grandes foiblefîès/j'efpère
même d'être difpenfé d'une
cerrainerégularité,qu'on a droit
d'exiger des Ecrits d'un autre
genre. Il n'eft pas néceflaire
qu'il y ait des Poëmes , il n'eft
pas néceflaire qu'il y ait des
pièces d'Eloquence ; ceux qui
publient ces lôrtes d'Ouvrages,
doivent s'attendre aux juge-
mens les plus févèresde la paît
de leur Ledeur , & ils ne Ibnt
excufables de les publier, que
lorsqu'ils peuvent fe promet-
tre de les avoir portez à la
perfeflion.
Mais il eft néceflaire qu'il y
ait des Livres de Religion ,
il
DES SEIN DE
il vaut incomparablement
mieux qu'on en produire de
deftituez des grâces du tour&
du langage , que fi on n'en
produiloit point du tout. Mais
pour ne pas manquer aux au-
tres devoirs de ma vocation ,
en m'aquittantde celui-ci; je ne
publierai pas incontinent tou-
tes ces Lettres , je les donne-
rai par feuilles tous les mois ,
ou tous les quinze jours. Il y a
un inconvénient à defunir ainfi
des parties qui ont quelque liai-
fbn, c'eft que l'intervalle, qui
les fepare , en fait perdre de
vue l'enchainure. Pour pré-
venir cet inconvénient je pro-
portionnerai le nombre de mes
feuilles à ce qui y fera conte-
nu:
CET OU VRAGE. 49
nu : on en aura plus ou moins
à la fois , félon que les matiè-
res, qui y auront été entamées,
ferorft plus ou moins liées
enfemble. ,.,^
Il ett à propos de placer ici
la Lettre à l'illuftre Religieu-
fe , dont j'ai parlé , & celle
dans laquelle je demande au
PèreTournemine,fes idées fur
le miracle publié dans le Man-
dement de Monfieur le Car-
dinal de Noailles.
D LET-
LETTRE . D,El L'A U T E U R
I A U
REVEREND PERE TQtJRNEMINE.
o W^ tè ^ R" ^'^f
Vous ferez fans doute furpris de la quef-
tion, que je prens la liberté* de vous pro-
pofcr. Peur-êrre même trouverez-vpus ,
qu'en vous la propolànt j'abuledes marques
de bienveiiilbnce , dont vous m*avez ho-
noré. Mais le choix, quejefaisde vous
dans cette occafion, doit vous prouver que
je (ai l'arcendaut,que vos vertus & vos lu-
mières vous donnent lur ïcs Elprits , parti-
culièrement lur les perfonnes de votre Com-
munion. Voici dcquoi il s'agit.
- Qiielque éloignement que j'aie toujours
eu pour la dilpute, j'entreprens un Ouvra-
ge de Controverfe. Je ne iîiurois h pu-
blier dans cette conjond:ure , i'ans faire
mention d'un Mandejncnt , que Monfieur
le Cardinal de Noailles vient de donner, &
d'un événement prétendu miraculeux, qui
en a été i*occafion. Ce Prélat l'ai lègue
comme //// miracle capable de convaincre
les nouveaiix rcnnis ^ q ne Je fus Chrïji ejl
réelleme:U préfent , Ï3 qtiïl veut être adoré
dans un ficrement , par lequel II opère de
pareils /'/'i^^igfj'. Je demande, font-ce là des
idées de Monficur ie Cardinal feulement
Lettre de l'Auteur au T. Tournemhte. 5 1
& de les difciples ; ou fi ce font celles de
tous les bons Catholiques ? Le fait , qu'on
nous rapporte, eft-il regardé comme miracu-
leux par toute \à France, ou s'il n'cft reçu
pour tel que par un petit nombre de Fran-
çois ?
J'avoue que cette quefticn fcmbie avoir
quelque chofe de captieux ; mais j'ai trop
de preuves de votre pénétration pour olèr
me promettre de vous lurprcndre , quand
même je manquerois afTez de candeur pour
en faire felfai. Mais pour me mettre à cou-
vert de toute ombre de icupçon fur ce fu-
jet , je veux vous déclarer naïvement l'u-
iage que je me propofe de faire de votre
réponfc.
Si vous vous infcrivez en faux contre le
prétendu miracle , dont j'ai parlé , je le tien-
drai par cela même fufFilàmmenr décrié , dc
je dirai à l'Auteur du Mandement ; Vou-
driez-vôus que les Proteftans regardafîent
comme un miracle , opéré pour jufti fier vo-
tre fyftéme fur l'Euchariftie , un événe-
ment, que vos plus zélez deffenfeurs taxent
eux-mêmes de iuppofition ? Qtie fi vous
admettez au contraire l'argument d@ Mon-
ffcur le Cardmal, j'avoue que je me fervi-
rai de cet aveu pour rendre fuipeéle aux
nouveaux réunis , &: à tout le corps des
Proteflans,une Communion, qui met parmi
les fondcmcns delà foi un fait auffi douteux
D z que
5* 1 Lettre de l'Auteur au î*. Tournemine.
que celui qui nous efl: allégué par ce Pré-
lac ; & des conféquences auffi peu fondées
que celles qu'il en tire.
J'efpère que mon ingénuité m'obtiendra
la grâce de mon indilcretion , fuppofé que
ma demande vous ait paru indifcrètc. A-
près tout je vous crois trop bon Catholi-
que pour nier un fait avéré, que vous croi-
riez glorieux à l'Eglife Komaine ; & je
vous crois trophommede probité pour nous
le donner comme certain, fi vous le croiez
faux , même fi vous le regardiez comme
problématique.
- Quelle que foit la réponfe , dont il vous
plaira de me favorirer,& quelque différen-
ce qu'il puifle y avoir dans nos pcnfées fur
la Religion, je vous prie d'être fortement
convaincu,que j'admire la fupériorité de vos
' talens,que je déplore le malheur que j'aide
vivre loin dun homme, dont je me forme
de fi grandes idées,& que je regarde vos Ou-
vrages comme des oracles d'érudition , aux-
quels j'ai fouvent recours. J 'ai l'honneur
d'être avec refped:,
MONSIEUR
Votre très humble , &c.
^ De la Haye le 20, Septembre lyzj.
P. S.
Vous jugerez bien par le fryle de ma let-
tre , que je ferai obligé de la rendre publi-
que avec votre réponfe.
LET-
LETTRE
DE L' A U T E U R
A MADAME CHARLOTE DE ... .
M E
On m'a rendu une Lettre Jîgnée Chariot^
te de St. . . . J'avoue ingénument que ce
nom m et oit inconnu, mais je favois il y a
long-temps les grandes qualitez de celle qui
le porte. Elles m'ont paru tracées toutes
enfemble dans cette Lettre , ^ dès que j'y
ai jette les yeux , j'ai connu que c^étoit
vous., Madame, qui me faifiez l'honneur
de ni écrire. L'encens , que vous me don-
nez, , ne m'a pas enivré : ^je découvre
fans peine le principe d'où il vient. Oejï
une Fille toute vouée au fervice du Ciel ,
^ dont la charité eft la pajjlon dominan-
te .^ qui me dit des chofes flateufes , & qui
fi fer t de ce pieux fratagéme pour me fai-
re travailler à les mériter.
On ne fauroit voir fans une extrême
édification la piété .^ qtie vous témoignez
pour ceux que vous croiez ddiîs l'erreur.
'Plût à T)ieu que le malheur des errans^
on de ceux qu'on regarde comme tels, n'eût
jamais produit dan 9 l'ame des Chrétiens
que de tendres foins pour les ramener !
D 3 ya-
54 Lettre de l" Auteur
y adreffe des prières ferventes au Ciel pour
lut demander y que cet amour y dont vous pa-
roi ffez, fi pénétrée pour la vérité ^ vous
obtienne la grâce de la connoitre. On fi-
roit amplement dédo^nmaq^é des travaux
d'une vie toute emploièe à la méditation ^
à f étude , fi l'on avoit contribué à ce grand
ouvrage. Je feus le plai/ir^ que Ion auroit
à ramener dans le bercail de Je fus Chrifi
iine Brebis^ qui n en ejî firtie que pour avoir
été mal dirigée. Mais ceft là bien moins
r objet de nos efpérances que de nos vœux,
J'ai toujours déploré la manière , dont
on traite ordinairement les matières con-
troverfées parmi les Chrétiens % elle afin -
vent plus contribué à les confirmer dans
leurs préjugez,, qu'à les en retirer. La con-
troverfe ejî devenue un exercice d'ejprit ,
où chacun veut fe difîinguer. L'on cher-
che moins à faire triompher la vérité ^ qu'à
remporter des viéîoires pour le parti , dans
lequel on eft engagé. Cette réflexion n'eft
pas defiinée à apojîropber vos ^oéfeurs
feulement : elle regarde aujfi quelques-uns
de ceux de notre Commun io7i. Ceft ce qui
m'a toujours infpiré de la répugnance pour
les Ecrits polémiques , CT* qui m'engagera
à éviter autant que je le pourrai des confé-
rences fur ces fortes de Jiijets. Je nai
pourtant jamais ce (je de chercher un homme ^
qui eut dans lapratique cette docilité ^ cette
droi'
à Madame Char lot e de . , , 5-5:
droiture , dont nous faifons tous frofejjhn
dans la Jfeculation. ^^uel plaïfîr d'ouvrir
fin cœur k un pareil homme , Ç9 de lui dire
fans refirve tout ce quon penfe fur la
Religion\
L'idée , qtion nous a donnée de feu Mon -
fieur l' Archevêque de Cambrai , certain
cara6îere de douceur répandu daris quel'
ques-uns de fes Ecrits y m'avcient fait
fiupçonner , que l'on ponrroit trnnverréu'
nies en fa perfonne les qualités^., qitefavois
cherchées vainement par -tout ailleurs. Il
étoit à Mous r année dernière , lorsque je
pafai à Bruxelles en revenant d Aix la
Chapelle, Il auroit eu une de mes vifites^fl
des affaires indifpenfibles ne rnavoient rap-
pelle à la Haye. Combien de vœux n'ai- je
pas formez depuis ce temps-là ^ponr qu'il
y eût de la tolérance chez vous , ^ quun
homme de mon caraBere pût y aller en li-
berté, non pour mettre en problème^ s"" il r(}
dans la vérité ^ ou dans l'erreur , mais
pour parler fans contrainte avec les per-
fonnes célèbres de votre Communion ! Nous
ne formerons probablement jamais que de
vains defirs fitr cet article. Fournijfrz
moi les moiens de fuppléer à ce défaut. Ré-
pondez moi du cœur d'une perfbnie que
vous choifrez : je fuis prêt à entrer en
matière avec lui. Il me femble qri'un hom-
me, qui fer oit bon Chrétien Ï3 bon Logi-
D 4 ciiyi
^6 ■ Lettre de V Auteur
cien tout enfemble ^ fie fauroit refufir queU
que s conditions y dont je voudrois faire le
préliminaire de nos Conférences.
I. Ne fas aggraver l'erreur de fin an-
tagonïfie. Un Chrétien doit fe conduire
à Regard des fautes de fpeculation , dans
lesquelles tombe le prochain ^ comme dans
celles de pratique, ^land le prochain com-
met des crimes , il n'efl pas permis d'être
ingénieux à les exaggerer : la charité ne
fouffre pas qu'on les envi fage par les côte 2^
odieux uniquement : elle veut qu'on les
extenue , autajtt que la Jlncérité & la bonne
foi le peuvent permettre» IDe même la cha-
rité demande qu'on excufe les erreurs , au-
tant qu'elles font excufabl^s. Nous avons
tous befoin de cette maxi.ie ; nos Contro-
verfiftes é^ les vôtres l'ont violée enplus
d'une occafîon: Ils ont fait fouvent envi fa-
ger , comme des points fondamentaux de la
Religion , certains articles , qtii étoient
moins du rejfort de la Théologie que de la
Metaphyfîque. Un figne de croix a parti
quelquefois aux Réformez une fnperfi-
tion intolérable : le chant des ^feaumes en
Langue vulgaire a fouv&it paru un blaf-
phéme aux Catholiques Romains.
I I. S'il y a de finjuftice à aggraver une
erreur , il y en a beaucoup plus encore à
empoifonner les intentions de celui qui er*
re , iê je voudrois auffi quelle fût entiè-
rement
à Madame Char lot e de . . \ 57
rement bannie de nos Conférences. On
taxe facilement veux qui fe trompent d'être
animez dun dejfeinfunejie , de vouloir r en-
ver fer la Religion & les bonnes mœurs :
mais quelle circonfpediion ne doit point être
apportée à des reproches de ce genre! ^el-
le démonft rat ion ne doit-on pas avoir avant
que de former même ce foupçon \ Glu il eft
peu vraifemblable que la fociété nourriffe
beaucoup de pareils Monfires dans fin fein!
Sur-tout quily a de barbarie à accufer de
pareils motifs un homme , qui fiuffre pour
fa Religion ! Il ejt probable que ceux qui
endurent une forte de martyre , dans quel-
que fe cl e que ce foit , le font par le dejir
qu'ils ont de fe fauver. ^wi, un Faquir
des Indes y qui paffe des jours entiers dans
une foffe fans boire ni manger^ fans voir
la clarté du jour '^ un Faquir , qui ne
prend de fommeil que fur nue corde fuf-
pendue , en forte que fes jambes s'' enflent
par la quantité d humeurs qui y tombent ;
un Faquir , qui s'impofe la loi de tenir
jnfques à la mort les bras élevez dans l'air^
& qui fait perdre à fes jointures leur fou-
plejje naturelle , jufques là qiiil ne peut
plus baiffer fes bras ; un autre , qtti tour-
ne toujours les yeux vers le feleil , jufques
à fè priver entièrement de la lumière : des
hommes de ce caracfere agijfent-ils par de
mauvais mot ifs "^^ Le defir du faUit neutre-
05- t'il
58 Lettre de l'Auteur
t 'il pour rien dans leurs pénitences! ^toi,
un Moine de la Trafe , qui s'enterre eii
quelque façon pendant fa vie^ ou plutôt
qui fe condamne à un tourment perpétuel'^
^ioi , un Réformé , qui foujfre conftam- ^
me7it trente années de galères , ^ qui ex-
pire fous le bâton d'un Comité impitoiable y
pltitôt que de lever le bonnet devant une
hoftie ? ^oi , Madame Charlote de St. . . .
qui a renoncé à tant de biens ^ à tant de
charmes , pour fuivre un des genres de vie
le plus aujfère de la Religion Romaine \ ^
Mlle de ... fa Jœur^ qui^pour ne pas aban-
donner la Religion ^roteftante , a fait les
mêmes facrijicesl ^loi, toutes ces perfen-
nes 11 ont que des motifs condamnables dans
leur conduite ? ^loi -, le defir du falut
n^ entre pour rien dans leurs démarches}
§^ù pourroit concevoir des penfées fi in-
jurieufes ^ JÎ extravagantes ?
II î. Je vouârois que dans les Conféren-
ces far la Religion on cherchât à injiruire
fin antagonifte y plûtâ^ quà Vembarajfer G)
à le confondre. 'Deux per fouit es , qui rai-
fonnent furla Religion^ ont chacune le mê-
me intérêt , c'efl de connoùre celle qui eft la
véritable : fi c'eft là ce qu^ elles cherchent ,
elles doivent pefer les argumens quon leur
propofe , en faire fient ir elles-mêmes la
force , fi on les a énervez, en les propo-
fiant,
IV.
à Madame Cbarlote de . . . ^^
IV. Il fer oit important que Von établit
avec netteté Vétat des que/lions : cela ejl
cjfenriel dans toutes les Conférences , farti-
culicrement dans celles qui roulent fiir les
matières controverfées. Vos ^ofleurs
nous livrent fouvent comme des abus , fui^
vis feulement par le Peuple , ^ non auto-
ri/ez, par l'Eglife , quelques-uns de vos
dogmes ^ de vos pratiques : quon nous
marque ces abus : que dans cette lifte il
ny en ait aucun de ceux que l'Eglife a
autonfèz. Monfieur Rohault^le Tère Male^
branche , @ quelques autres , ont tiré de la
fupériorité de leur génie , tout ce quil a
pu leur fournir pour mettre le dogme de
la Tranfubftantiat ion à couvert du repro-
che de contradiction , dont nous Savons
chargé', ils fe font infcrits en faux contre
des explications quon en avoit données , ^
qui ouvraient le flanc de toutes parts à nos
obje[iions. Mais ces explications , qu'ils
ont rejettées , font celles-là précifément
qui ont été données par le Concile de Tren-
te , ^ quil commande de recevoir fous
peine danathême. Ce neft pas pour en-
trer en lice que j allègue cet exernple ,
ceft pour expliquer ma penfée. Je veux
donc que r homme , avec qui f aurai des
Conférences , me faffe d'abord la lifte de
toutes les propofitions qu il veut fout enir ^^
de toutes celles quil m'abandonne, ^e
fi
6o Lettre de l' Auteitr
Ji parmi ce quïl rn abandonne tl fe trou-
ve quelquun des points décidez pas l'E-
glife Romaine^ je ferai en droit de lui faire
avouer que l'E glife a erré , que fan Tri-
bunal ne doit pas être regardé comme in-
faillible, ^le fî au contraire il admet tout
ce que V E glife décide^ il faut qu'il s^ enga-
ge à le foâtenir-f quil réponde aux objec-
tions , qui foppoferai contre ces fortes de
dogmes , ^ quil nefe ferve pas des bou-
cliers des 'Fhilofophes , à moins quils ne
fbient marquez au coin des Théologiens ,
£9 des Conciles , à qui feuls appartient le
droit de décider ce qui eji de foi^ ou ce qui
ne feft pas. ^e mon côté je fuivrai la
même maxime. J'aurai foin de déclarer
quels font les articles de ma foi, ^ j'a^
bandonnerai tout le refte.
V. Cette maxime nous conduit a une au-
ire. Nous ne nous engagerons point h a-
àofter tous les argumens , que les Do5feurs
particuliers de notre Communion ont avan-
cez , en faveur des Dogmes que nous admet-
tons Nous ne nous engagerons pas à ré-
pondre aux objc^ions , qu'on peut faire rai-
formahlement contre ces afgumens-lk , CT
nous n'y prendrons aucune part. Je déclare
par avance que s'il ny a aucun dogme de no-
tre Ré for mat ion y auquel je n'adhère y Un y
a pourtant aucun des Traitez , qui ont été
faits pour les foûtenir , que j^ adopte dans
ton-
à Madame Char lot e de . . ^ 6i
toutes fes parties. Vous parliez d'un hom-
me i célèbre parmi nous , dans la Lettre, que
vous m'avez fait Vhonneur de m'' écrire : je
Vai toujours regardé comme digne de grands
éloges ; // auroit mérité de fervir de modèle
à' fonjiècle, s'il avoit eu autant de jujiejje
dans fes raifonnemens , é^ autant de ctrcon-
fpe£fion dans fes narrations, que de viva-
cité dans fon imagination , & de hardtejje
dans fes conjeBures. Mais il faut avouer
que cétoit un de ces hommes , qutin amour
trop véhément pour la vérité fait quelque-
fois tomber dans le menfonge , embrajjant trop
légèrement tout ce qui fattoit Ça caufe-i &
qui a fouvent donné occafîon à rejetter les
vrais momtmens de la Ré formation, pour en
avoir érigé de chimériques.
VT. Il eji àfouhaitter quon nefe fafje point
de honte de reconnaître en certaines rencon-
tres, qu'on s'eft trop avancé fur tel , on fur tel
article , que lantagomfie a eu rai fon par rap-
port à tel , ou tel argument , quon avoit rejet-
té dans la chaleur de la dtfpute. Il ne/l prefque
pas pofible que dans de longues Conférences,
fur des matures aufji combinées que celles de
la Religion , on ne laiffe échaper incidem-
ment bien des raijons foibles , qui ne dimi-
mient rien de la bonté de la canfe qu'on foû-
tient. Celui qui a rai fon dans le fonds ,
pnitfe tromper dans quelqu'une des preuves ,
fur lefquelles il veut apuierfa thefe. Par-
mi
6z Lettre de V auteur
mi des ferfonnes y qui font entrées en confé-
rence de bonne foi , ô' dans le louable dejfem
de s'écimrcir , ft elles errent , ou de rame-
ner les errans , // doit être permis de rappel-
les ces propofitions , quon a avancées trop
légèrement. Combien d' Auteurs ^ fur tout
combien de Controverfijtes ont fait tort à la
bonne caufe , pour ne vouloir pas démordre
de certains fophifmes , qutls avoient em-
ploies pour la défendre!
VII. Je voudrois qu avant que de com-
mencer des Conférences on s'engageât, par
une réfolution inviolable O" p^r un ferment
folemnel, de fe reconnoître vaincu , fi lo7i
croit V être en effet. Ou plutôt je voudrots que
Von regardât comme la plus belle vi[îoire ,
celle quon remporte fur les préjugez de /V-
ducation & ^e la naijfance. Nous admirons
Mr. le Cardinal de Noailles , qui donne au-
jourd'hui des exemples de fermeté, dignes de
pajfer jufquà la poftérité la plus reculée ;
mais n admirerez-vous pas aufi des hommes
dociles , qui feront cet aveu fi difficile h no-
tre orgueil ; nous avons erré jttfques à ce
Jour , nous confacrons le refie de notre vie
à publier cette vérité , que nous avions eu le
malheur de méconnoïtre.
J'ai été fi diffus , Madame , dans mes
premières maximes , que je nofe en propo-
fer d'autres , qui ne font peut-être ni moins
effentielks , ni moins négligées: mais vous
' avez
a Madame Chariot e de . . , 65
avez trop de pénétrât ion pour ne pas apper*
cevoir ï utilité que l'on retirer oit d\tne Con-
férence formée fur le plan que Je viens de tra-
ter y à- que fai dans l'ifprit & dans le cœur.
Ne me demandez pas que je vous en allègue
quelqutme , qui aitfmvi ceprojet4à :^/ere-
connois que je nen ai jamais vu de pareille.
U aigreur & la vanité entrent dans tous les
débats des Savans : ^ quoiqu'une des pre-
mières loix , nécejfaires pour connoître la
Religion ^foit de dépouiller ces dijpofitions , on
neles quitte prefque jamais entièrement quand
on entreprend de combattre pour elle.
Mais je crains que la longueur de cette
. Lettre ne vous fafje repentir de m' avoir
fourni Voccafion de l'écrire: je ne faur ois pour-
tant la finir fans vous témoigner ma reconnoif
fance pour les invitations que vous me faites,
pour l'agréable idée de vie que vous me tra-
cez , d^' que je pourrois me promettre dans
l'Eglife Romaine ; j'efpere que ces fortes de
confidérations n'entreront jamais pour rien
dans la préférence que je donnerai à une Re-
ligion. Il vaut mieux être avec St. Paul
dans les ch aines i qu avec Néron fur le thro-
ne de IVnivers. Pourvu que la Commu-
nion y dans laquelle je veux vivre (^ mou
tir y fait celle de J. C.je ferai gloire de la fui-
vre, fut ce au milieu des feux cr des flam-
mes, comme lui, ^le fi lafoiblejje humai-
ne me fait fov.haiter avec ardeur de ri être
ja-
6 4 Lettre de V Auteur àMad. de.,,
jamais expofè à une fi violente tentation-,
Dieu m'efi témoin pourtant , que je lui de-
mande avec plus d^ardeur. encore la grâce de
la foutemr,s'il étoit déjà gloire de m*y appeU
1er. y ni Vhonnenr dêtre avec tout h refi
p6i & tout l'attachement imagmabl y ■ >
MADAME
Votre très humble 6c très
obéiflant ferviteur
SAURIN;
De la Haye le . . .
Août j 716.
L' E T A T
D U
eHRISTIANISME
EN FRANCE,
. : L E T T R E S r h
aux Catholiques Romains >r
aux Prpteftans temporifeuriS>
&auxDéiftes.
PREMIERE PARTIE,
^ii confient quelques Lettres adref*
fies aux Catholiques Romains,, ' '
Première LETtRE,
Où ron examine Ji chaque Particulier
doit examiner la Religion,
M
E s s I E u R s.
Le devoir , que nous impofons à tous
les Chrétiens d'examiner la Religion,
Tom, L E Ypas
66 L'Etat dn ChriftUniJine en France,
vous a toujours prévenus contre nous.
Vous croiez les Particuliers incapables
idè cet examen. Vous prétendez que
iiièu , pour fuppféer à leur împuifTance , a
dreffé dans FEglife un Tribunal infailli-
ble, tjue c'elt fur les décîfions de ce Tri-
bunal que chacun doit fe régler en ma-
tière de Religion, & non fur les idées
de fon efprit & fur le diftamen de fa
confcience. C'efl une de nos plus im-
portantes & de nos plus difficiles Con-
tre verfes. Il elt quelquefois arrivé aux
^Catholiques Romains & aux Proteftans ,
qui ont entrepris de la traitter, d'avan-
cer des proportions , auxquelles il leur a
•^^f^lfu renoncer, quand il a été queftion
d'établir d'autres points de leur Doftri-
ne. Et il ny a eu fouvent que nos En-
•^^mis communs, je veux dire les Incré-
dules, qui aient tiré avantage de cette
difpute.
Pour éviter cet écueil , envifageons
notre fujet fous deux points de vue. i.
Par rapport aux différentes idées, que les
Catholiques Romains & les Proteftans
fe forment fur l'examen de la Religion.
1. Par rapport aux conféquences fophi-
iliques , que les Incrédules tirent de cet-
te différence.
•; I. Par rapport aux différentes idées,
^ue les Catholiques Romains & les Pro-
te-
teftans fe forment fur Pexaraen de la Re-
ligion. Cette propofition; Vn Tarficu-
lier eft incapable d'examiner la Religion ,
peut avoir deux fens. i . Elle peut figni-
fier, qu'il n'y a aucun point de Religion,
fur lequel un Particulier puiffe fe déter-
miner par lui-même , qu'il doit toujours
prendre le parti de la foumiflion , rtiême
fur cette queftion ; Y a-t-il une Eglife ,
aux déciiions de laquelle on doive fe fou-
mcttre? On peut auiîi donner à cette
propofition un fens moins étendu , & ne
deffendre l'examen qu'à ceux auxquels
on aura prouvé,, qu'il y a une Eglife in»
faillible. ;:-^"^:: :
Je ne rechercherai point ici, dans quel-
le de ces deux fignifications vos Dodeurs
ont admis cette propofition. Je me croîs
en état de prouver qu'ils font quelque-
fois adoptée dans l'une & dans l'autre*
Mais fans faire aucun incident fur ce
fujet, je me déclare contre toutes les
deux.
Cette propoiîtîon ,prife dans là premiè-
re fignification , me femble non feulement
fauffe, mais d'une contradiction palpa-
ble : fi quelques Catholiques Romains
Tont admife dans ce fens, je préfume
que c'a été par inadvertance dans lâcha*
leur de la difpute. J'ai mis parmi les
loix de nos controverfes , que ceux à qui
E % il
68 ISEtat du Chriftianijme en France^
il échaperoit de ces fortes de propolî-
tions; auroient le droit de les rappeller,
& que leurs antagonifles ne leur rcpro-
cheroient pas de les avoir avancées ; je
'me foumets le premier à cette loi. Je
ne tirerai aucun avantage des contradic-
tions de quelques-uns de vos Doéteurs
fur ce fujet , pourvu qu'ils les desa-
vouent.
Qui pourroit admettre de fang froid
la première fignification de la propor-
tion , dont nous parlons ? Un homme ,
qui me dit que je fuis incapable d'examen
fur tous les points de Religion: qu'il
n'y en a aucun, à 1 égard duquel je ne
doive prendre le parti de la foumiffion:
que je n'ai pas môme la faculté d'exami-
ner, s'ilell raifonnable que je le pren-
'ne, un tel homme veut me prouver , que
la raifon demande que je me foumettc.
Si je lai fais des objeftions , il me ré-
■ pond. Il conclut de la foiblelfe de mes
difficultez, & de la force de fes argu-
mens , que je fuis déraifonnable, fi je re-
fufe de me foumettre. Mais que fuppo-
fe un hom.me , qui agît avec moi de cet-
te manière? Ne fuppofe-t-il pas que je
fuis capable de raifonnement, du moins
fur le fujet , dont il efl queflion entre lui
&: moi ? Ne fuppofc-t-il p.is , lorfqu'il fe
donne taut de mouvemens pour me per-
fua-
Première Partie» 6^
fuader d'embrafTer fes opinions , que j'ai
droit de me conduire à cet égard, furies
idées de mon efprit , & fur le diétamen de
ma Confcience ? Mais fonder fur le prin-
cipe , qu'un homme elt capable d'examen,
tout ce qu'on lui propofe pour lui prou-
ver qu'il n'ell pas capable d'examen,
n'eft-ce pas une contradiftîon palpa-
ble?
Comment pourroit-on attendre de
nous , que nous entraflîons en conféren-
ce avec des antagoniftes , qui deman-
dent pour préliminaire , que quelques
évidentes que puilTent être nos raifons
contre eux, nous rcconnoitrons qu'elles
manquent d'évidence ; que quelque faux
que puifle nous paroitre le raifonne-
ment qu'ils feront contre nous , nous le
recOnnoitrons pour jufle: que foit qi^e
nous les battions , foit qu'ils nous battent ,
nous nous rcconnoitrons également vain-
cus. Car s'il arrive que dans nos confé-
rences fur cette queflion , Y a t-îl une
Eglife infaillible? ils nous allèguent des
raifons fupérieures aux nôtres , il faudra
nécelTairement par cela même que nous
nous reconnoifiîons vaincus. Que fi au
contraire nos raifons font fupérieures
aux leurs , il faudra encore que nous flif-
fions le même aveu : car nous aurons
accordé par avance, que fur laquellion,
E 3 dont
jo L'Etat du CMjîlanifme en France,
il s'agit, nous fommes incapables d'exa^
men: que nous devons nous en rappor-
ter aux décidons infaillibles de cette l'Egli-
fe, dont i'exillence fait le fujet de notre
difpute. Mais faire cette çoncefîion ,
c'ell reconnoitre que toutes nos raifons ,
dès qu'elles manquent de conformité a-
vec les Oracles de cette Eglife, font en-
tièrement fophiiliques.
Bien plus ; Non feulement on n'obtien^
dra jamais des Proteftans , qu'ils entrent
en conférence fous cette condition , mais
vous avez vous-mêmes interdit de ne pas
l'exiger d'eux. Je fuppofe pour un mo-^
ment, que vos raifons l'emportent fur
îes miennes. Par cela même que j'aurai
été vaincu , vous ferez obligez de conclur-
re, que je ne l'ai point été. Car quand
je cède à vos raifons, je fuppofe que je
, connois leur fupériorité fur les miennes ;
mais vous prétendez vous-mêmes, que je
fuis incapable de dillinguer une bonne
raifon d'avec un fophifme ; par confé-
quent vous prétendez que j'ai été mal
fondé , quand j'ai trouvé vos raifons fu-
périeures aux miennes. Donc vous croîez
que j'ai eu tort de vous céder, & que je
fuis encore en droit de vous réfifter , mal-
gré révidence des raifons, qui avoient
vaincu ma réfiflance.
Je ne poufferai pas plus loin ces argu-
mens ;
Trêmière Tartie. 71
mens ; on peut les voir propofez ,peut-ê-
tre avec trop de chaleur, mais certaine-
ment avec beaucoup de clarté & avec
beaucoup de force, dans un Ouvrage du
Dofteur Sçherloc , dont Monfieur de
Joncourt, Pafteur de l'Eglife de Bois-le-
duc, nous a donné la tradudion. Je ne
faurois afTez en recommander la leftu-
re à ceux qui veulent avoir des direç»^
tions fur nos Controverfes. Je fuis
MpssiiËyRS,
Votre, &c;
E4 SE-
li VEtat au Chriftiam/me en France,.
: :' SECOTSIDÈ LETTRÉ,
Ou lion examine le fécond iens de cette^^
- propofition: 1)n Particulier ejl
incapable d'examiner la
tni
M
E S SI E U R S,
Cette propofition , IJn Particulier eji
incapable d'examiner la Religion^ eft fuf-
ceptible d'une féconde fignîiication : nous
l'avons marquée: elle peut lignifier que ,,
la queflion de l'infaillibilité de TEglife
exceptée ^ un Particulier doit s'en rap-
porter à FEglife fur tous les points de la
Religion. C'elt dans ce fens principa--
lement que la plupart de vos Dodeurs
nous interdifent l'examen , & qu'ils nous,
prêchent la foumifiion. J'avoue même
que leurs argumens font fpécieux. Quel
triomphe ne femblent-îls pas être en droit
de fe promettre, quand ils tiennent ce lan-
gage à nos Artifans ! „ Vous n'entendez
5, ni Grec , ni Hébreu : Vous ne favez
„ ni Critique, niHilloire: Vous n'êtes
„ ni Théologiens , xii Philofophes : Vous
":;, ignorez l'art de démêler un bon raifon-
,, nement d'avec unfophifme: Vous é-
teg
Crémière Partie, 73
„ tes élevez dans des occupations méca-
„ niques , & toutes les circonltances de
5, votre vie , répondant à la nature de
5, votre éducation, ont plongé de plus
5, en plus votre ama dans la matière. A-
5, vec fi peu de lumières, comment fe-
5, rex-vous capables de juger des dog-
„ mes de la Religion ? Comment péné-
5, trerez-vous dans l'Antiquité , pour fa-
5, voir fi les Livres de l'Ecriture lainte
„ font des Auteurs, dont ils portent le
yy nom , ou fi ce font des Ouvrages fuppo-
„ fez ? Comment reconnoitrez-vous par-
5, mi leurs diverfes leçons , celles qui
„ font authentiques ? Comment aurez-
V, vous recours aux Langues originales >
5,' pour favoir fi les Verfions font fidèles?
5, Comment diltinguerez-vous les con-
5, clufîons du vrai Docteur d'avec les cap-
„ tieufes conféquenccs de l'Hérétique?
5, Avec un efprit fi borné, & fi peu é-
5) claire, pouvez- vous prendre un parti
„ plus fage, que celui de vous foumettre
5, à une Autorïtémajeure ? C'eilparcet-
„ te voie de la foumiliion,quelesCatho-
5, liques Romains fe délivrent de l'ef-
,, froiable incertitude , où jette la voie
5, de l'examen. Ils fe foutiennent p^r
„ la force de l'Eglifc : Ils voient par fe?
5> yeux: Ils marchent fur fes pas avec
„ fermeté : Ils fe dépouillent du foin de
E s leu!
74 L'Etat du Qhrifiianifme en France y
,, leur propre conduite dans un chemin ^\
„ difficile , pour fe repofer uniquement
„ fur la Tienne. Encore une fois voilà
des argumens très fpécieux ; voilà des
des objeftions, qui femblent triomphan-
tes. J'entreprens pourtant de prouver,
que le fécond fens de cette propofition
eft contradiftoire comme le premier, &;
que fi la contradidion , qu'il renferme,
n'efl pas d'abord fi fenlible, elle n*efl pas
moins réelle. J'entrepens de prouver,
que fi votre raifonnement conclut contre
mol, il conclut aufîi contre vous : Que
s'il en réfulte , qu'un efprit droit ne fau-
roît être Proteftant , il en réfulte auffi
qu'il ne fauroit être Catholique Romain,
En voici la preuve.
Si vous voulez que je me foumette a-
veuglément aux décifions de votre Egli-
fe, il faut premièrement que vous prou-
viez deux propofitions. Première pro-
pofition, que vous devez prouver : Il y
a une Eglile infaillible. Seconde propo*
fition : C'efi: dans l'Eglife Romaine que
l'infaillibilité réfide. La jufiice de ma
prétenfion efl évidente. Pourrois-je re-
cevoir vos décifions comme infaillibles ,
fi je n'étois convaincu qu'il y a un Tri-
bunal fur la terre , dont les décifions font
infaillibles. Et quand même je reconnoi-
trois qu'il y a un pareil Tribunal, fur quel
fon-
Trémiere Partie. 75*
fondement voudriez-vous que je reçûfTe
vos décifions comme des oracles, fî vous ne
m'aviez fait comprendre , que c'efl au mi-
lieu de vous que Dieu a drelîë ce Tribu-
nal , préférablement à toute autre Com-
munion ? Cela pofé , je juftiiie ce que
j'ai avancé , c'efl que fi le raifonnement ,
que vous faites pour décrier l'examen,
conclut contre moi, il conclut aulTj con-
tre vous: Que s'il en réfulte qu'un ef-
prit droit ne peut pas être Proteflant , il
en réfulte auffi qu'il ne peut pas être Ca-
tholique Romain.
Pour fentir la prétendue folidité des
raifons, fur lesquelles vous appuiez cet*
te première propofition, Il y a une EglU
fe infaillible , il faut être capable d'exa-»
men , je ne dis pas d'examen en général ,
mais de cet examen particulier , dont on
nous aiïïire que nous femmes incapables.
Suppofé que nous foions capables d'exa-
miner cette queflion, T a-t-il uneEglife
infaillible^: nous fommes capables auffi
d'examiner celle-ci, L'Ecriture efl-elle
un Livre divin ? Les verfions de tels &
tels pailages de l'Ecriture font-elles fidè-
les? Ces paflages ont-ils telle, ou telle fi-
gnification ?
La raifon , pour laquelle on ne fauroit
nous accorder le premier examen, fans
nous accorder le fécond, c'efl que l'éta-
blif-
y 6 VEtat duChrtflianifme en France',
bliffement d'un Tribunal infaillible,fuppofc
qu'il y en ait un , a cela de commun avec
les autres myftères de l'Evangile, c'eft
qu'il efl une fuite de la volonté libre de
Dieu, & non une néeeiîité de fa Natu-
re. Dieu pouvoit former une Eglife , il
pouvoit aufTi n'en former aucune. Il n'y
a point d'Artifan , il n'y a même aucun
génie aifez pénétrant , pouravoir pu dé-
couvrir par fa propre méditation , quelle
feroit la conduite de Dieu à cet égard.
L'Eglife doit fa naiflance à cet abime des
miféricordes divines , que perfonne ne
peut connoitre fans révélation. Ici fe vé-
rifie ce que dit St. Paul, en parlant des
myllères de l'Incarnation '* Ce font des cho-
fesy que l'œil n^ a point vues .i que V oreille
fia point ouies^ qui ne font point moîîtées
dans le cœur de l'homme , mais que Dieu
nous a révélées par fin Efprit. Je nefau-
rois donc admettre raifonnablement un
Tribunal infaillible, à moins que Dieu ne
révèle qu'il y en a un ; & en vain auroit-
ii révélé qu'il y en a un, fi je fuis incapa^
ble de fentir la force des raifons, qu'on
allègue pour prouver que la révélation,
qu'on lui attribue , vient de lui ; que les
paiTagesde cette révélation, par lefquels
on veut établir qu'il y a un tel Tribunal ,
ont la fignification qu'on leur attribue.
Vol-
■ * X. Cor, II. 9,
Crémière Partie, yj
Voilà donc ce que vous alléguiez pour
prouver qu'un efprit droit ne fauroit être
Proteflant , le voilà qu'il prouve qu'un
efprit droit ne fauroit être Catholique Ro-
main. Je me fers de vos propres raifons>
& je dis à vos Artifans : „Vous n'entendez
5, ni Grec , ni Hébreu : Vous ne fa-
5, vez ni Critique , ni Hiftoire : Vous
„ n'êtes niPhilofophes, ni Théologiens :
„ Vous ignorez l'art de démêler un bon'
„ raifonnement d'avec un fophifme. A-
„ vec fi peu de lumières , avec im ef-
5> prit il borné, comment pourrez-vous
„ jamais favoir s'il y a une Eglife infail-
„ lible. Comment pourrez-vous connoi-
i„'tre, fi le Livre, dans lequel on
V, prétend que Dieu a révélé ce my-
„ itère, vient de; lui, oufi c'efl: unepro-
„ du^tion humaine ? Comment pour-
„ rez-vous vous convaincre, que la ver-
„ (ion des pailages, dans lefquels on trou-
li, 've rétablillement de ce Tribunal , ell
• „ fidèle , & qu'ils ont la fignification
j, qu'on leur donne ?
Ce n'eft pas tout , fi cette première
propofition , Il y a itn Tribunal infailli-
ble, demande le même genre d'examen ,
dont on prétend que nous fommes inca-
pables; la féconde, {•xvmx.Cefidans l'E-
■glife RomaïnC que réfide l'infaillibilïté ^\ç.
demande aaffi; chacun eft porté à fepré-
78 UEtat du Chriftïanifine en France^
venir pour fa Religion. Dès que vous
aurez prouvé qu'il y a un Tribunal infail-
lible, chacun dira que c'eft dans fa Com-
munion qu'il eft érigé. Le Proteflant
dira que c'ell dans la fienne ; le Maho-
metan s'en glorifiera à fon tour, & ain-
fi des autres. Ne nous oppofez pas que
votre Eglife eft la feule qui fe dit infailK-
ble : il n'y en a point d autre, qui ait
cette préteniion, je l'avoue: mais pour-
quoi? Parce qu'il n'y en a aucune, qui
croie qu'il y a une Eglife infaillible. Mais
fi vous parvenez à prouver qu'il y en a
une; chaque Communion prétendra à l'in-
faillibilité. Je me déclare pour ma Religion.
Vous démontrez qu'il doit y avoir un
Tribunal infaillible dans l'Eglife ; je le
veux; je cède à vos argumens: mais la
première conféquence, que je tire de ce
dogme , c'eft que l'Eglife Proteftante eft
infaillible. Chaque membre des autres
Religions aura la même prétenfion ; il
fera même fondé à l'avoir : car dès que je
fuis perfuadé , qu'il y a un Tribunal in-
faillible , n'efl-il pas naturel , que je le
cherche dans la Communion, qui mepa-
roit avoir les plus grands caractères
de vérité ? Attribuerai-je l'infaillibilité
aux Sociétez , qui me femblent avoir
fenfiblement failli ? Regarderai-je com-
^rémièrel^ artie, 79
me incapable d'errer une Religion j à la-
quelle j'attribue les erreurs les plus grof-
lières ? Et puisque je luis convaincu ,
que Dieu a donné à une Société le don
de Tinfaillibilité , n'efl-il pas naturel que
les mêmes motifs, qui me perfuadentque
ma Religion efl exempte d'erreur, me
la faiîènt aufli regarder comme incapa-
ble d'errer? Quel parti prendra- donc un
Particulier dans cette difpute? Demeure-
ra-t-il dans la Religion de fes Pères ? Flé-
chira-t-il fous le joug de cette PuifFance
fupérieure, à laquelle fon éducation la
foumis ? Dans ce principe , voilà les Re-
ligions les plus abominables autorifées.
Voilà le Payen fondé à demeurer Payen ;
Le Mahometan à demeurer Mahomet
tan; & ainfi des autres. Que fauc-îl
donc faire pour fe déterminer ? Ne faut-
il pas examiner ? Ne faut-il pas ouvrir
les yeux ? Ne faut-il pas le même genre
d'examen qu'on nous refufe? Car fi ce
tî'eft pas une notion commune , qu'il doit
y avoir un Tribunal infaillible fur la ter-
re, beaucoup moins eft-ce une notion com-
mune que ce Tribunal foit dans l'Eglife
Romaine V nous ne pouvons favoir, quia
le -don dlnfàillibilité , fi nous ne favonsqui
forit ceux à qui il a plû à Dieu de le don-
ne!?. Nous ne pouvons favoir qui font
ceux
8o DEtat du Chrijiiamjme en France^
ceux à qui il à plû à Dieu de le donner,
4 moins qu'il ne nous le révèle ; à moins
que nous ne foions capables de dilcer-
ner, fi la Révélation, qu'on lui attribue ,
vient de lui : à moins que nous n'aions
desmoiens pour connoitre,ri les verfions
despaflages, fur lefquels telle Commu-
nion fe fonde pour prouver qu'elle eil in-
faillible , font fidèlement traduits : à
moins que nous ne puifRons diilinguer >
fi ces paffages fidèlement traduits renfer-
ment les proportions , qu'on croit y trou-
ver. Le raifonnement , que vous aviez
-fait contre moi, conclut donc encore
contre vous: ce qui prouve qu'un efprit
droit ne fauroit être Proteflant , prouve
qu'un efprit droit ne fauroit être Catho-
lique Romain. Je me fers de vos pro-
pres raifons ^ & je dis à vos Artifans ;
„ Vous n'entendez ni Grec, ni Hébreu:
5, Vous ne favez ni Critique, ni Hiftoire:
i, Vous ignorez l'art de démêler un rai-
5, fonnement concluant d'avec un fo-
phifme; avec fi peu de lumières, a-
vec un efprit fi borné , comment pour-
rez-vous favoir , fi c'efl dans l'Eglife
Romaine que Tinfaillibilité réfide ?
Comment pourrez-vous .connoitre, iî
la Révélation , dans laquelle elle pré-
tend que ce don lui efl promis, vient
,; de
Première T^artle^ %t
^, de JDieu, ou fi c'ell une produdion hu-
5, maine? Comment pourrez-vous vous
„ convaincre, que les verfions des palFa-
„ ges , qu'elle allègue pour prouver
^, fon infaillibilité > font fidèles , ou qu'é-
„ tans fidèlement traduits ils renferment
5, les proportions qu on croit y trouver ?
On répond deux chofes , que nous allons
examiner. Je fuis
MESSIEURS,
Votre, &é.
totH, t F TROP
8x L'Etat du Chriftimifme en France^
TROISIEME LETTRE,
^ans laquelle on examine deux objectons.
M
E S S I E U R S
On a fuivi deux différentes méthodes
pour détruire ce que nous venons de pro-
pofer. Ceux de vos Dodeurs , qui ont le
plus outré le dogme delà foumiiïion aveu-
gle , nous répondent que la véritable
Eglife a des marques extérieures & fen-
fibles, auxquelles chacun peut la connoître
fans entrer dans la difcuffion de fa doctri-
ne. Mais ceux qui cherchent un milieu
entre la foumifîion que nous rejettons , &
l'examen dont nous preifons la néceffité ,
nousdifent que ladiicuffion de deux dog-
mes etl plus aifée , que celle de pluiieurs
dogmes : ils nous permettent d'éclaircir
ces deuxquelHons par l'Ecriture, pour-
vu que nous nous loumettions fur tou-
tes les autres , Y a-t-il une Eglife infail-
lible? Quelle efl la Communion dans la-
quelle rinfallîbilité réfide?
Avant que d'examiner la première de
^es objedions je vous demande la défini-
tion
TrémièreT artte. 83
tion de ce que vous appeliez , marques de
la véritable Eglife. J'infifte avec d'au-
tant plus de plaiiir fur cette demande ,
qu'elle me donne occafion de rendre jufti-
ce à quelques-uns de vos Doâeurs , qui
me femblent avoir de faines idées de ce
que devroient être des marques de l'Eglife ,
deflinées à difpenfer les Particuliers de
lexamen de fa doélrine. Il eft doux de
pouvoir , durant les momens de trêve, don-
ner la main à ces mêmes Ennemis , qu'on
fera obligé de combattre , dès que ce
bienheureux temps fera expiré.
Grégoire de Valentia , un des plus cé-
lèbres Jéfuites que l'Efpagne ait produit,
a défini très exactement les marques, dont
nous parlons. Voici le progrès de fes ré-
flexions.
11 dit , que la rufe & l'importunité des
Sedaires ont obligé les Catholiques de
rechercher, à quelles marques la vérita-
ble Eglife peut être connue.
Il combat les Protelbns , qui veulent
qu'il n'y en ait point d'autres , que la vé-
rité de fa doctrine.
Parmi les argumens , qu'il propofe con-
tre leur prétenfionjil y en a un fur lequel il
infille , c'eil que la connoiiïance des mar-
ques de la véritable Eglife, doit être à la
portée de tous ceux qui ont intérêt de la
connoître.
F 2 II
84 L'Etat du Chrijîïanifme en France-,
Il fait fes efforts pour prouver, que tous
ceux qui font appeliez à la connoître y
n'ont pas la capacité d'en juger par fa
doctrine.
De cet argument & de quelques autres^
qu'il n'eft pas néceffaire de rapporter ici ,
il conclut que les marques de la véritable
Eglife font * certains accidefis , ;^lus faci-*
les à difierner que la vérité de Ja doBrine,
Il en compte fîx: La véritable Eglife, dit-
il , eft i.une; x. Catholique; s.fainte;
4. Apoltolique; 5'. bien ordonnée; 6. vi-
fible. Or toutes ces marques , félon le
Jéfuite que je cite , conviennent à TEglife
Romaine.
J'ai ramené à deffein l'état de la quef*
tion que nous traitons , Meffieurs , &
les raifons qui vous portent à vouloir ju*
ger de' l'Eglife par fes marques extérieu-
res , & non par le fonds de fa doctrine.
Pourvûque vous vous rappelliez vos pro-
pres vues , vous fentirez la folidité de
la réponfe, que nous allons faire à vo-
tre objeftion. Vous nous promettez
des marques de l'Eglife, qui nous dif-
penfent d'examiner le fonds de fa doc-
trine ; & cependant vos plus zélez
par-
* Gregorius de Valentia Analyfis fîdei Catholicae, dans
k xiii. Volume de la Bibliothèque -Pontific.de Roccaberti
pag. 94. NecelTe eft ut fint ejnfmodi accidentia cognita
facilia, &; quidem clariora eâ ipla re quae quîeritur.
Trémïère Tartie. §5'
partifans du dogme de la fourni flîon
aveugle , ce même Grégoire de Valentia ,
Alexandre de Turre Cremenfis , Antoi-
ne Paulutius, François Dominique de St.
Thomas , Jean Baptiile Gonet , Pierre
Brovershaven , & tous les autres Au-
teurs, dont les Ecrits font compilez avec
ceux de cejéfuitedans la Bibliothèque de
Roccabertî, veulent nous prouver par l'E-
criture , c'efl-à-dire , par cette même doc-
trine, dont ilsdifent que l'examen elt au-
defTus des Particuliers , que l'unité , la
Catholicité, la fainteté,& ces autres ac-
cidens extérieurs , dont nous avons fait
rénumération , font les marques de la vé-
ritable Eglife.
Demandez à * Alexandre de Turre
Cremenfis , pourquoi l'unité devoit être
une des marques de la véritable Egli-
fe ? Il vous dira , que c'efl , non feule^
ment parce que le foleil marche au mi-
lieu des fignes du Zodiaque ; comme
un Monarque précédé & fuivi de fes
Courtifans ; non feulement parceqiie tous
les rameaux d'un arbre tirent leur fuc de
fa tige ; non feulement , parceque les
abeilles <k les grues , guidées par une
intelligence qui ne peut errer , fuivent
con-
* Alexander à Turre Cremenfis de fulgenti radio Ec?
defiae militant, hierarch. Rad. xi. pag. i.dans le xin,
Vol. de h Bibliothèq. Pontif. de Roccabcrti.
V i
86 L'Etat du Chrijîïanifme en France,
conitamment un feul chef mon feulement,
parce que les Anges font fubordonnez
aux Archanges , les Archanges aux Prin-
cipautez , les Principautez aux puilîan-
ces , les puifTances aux vertus , les vertus
aux dominationsjes dominations aux thrô-
nés, lesthrônes aux Chérubins, les Chéru-
bins aux Séraphins, & tous ces Efprits
bienheureux à un autre Efprit fupérieur ,
qui les conduit & qui les gouverne ;
mais parceque l'Eglife eit appellée> ^ ma
colombe , mon unique ; parce qu'il elt dit ,
que les premiers Chrétiens n'étoient ^
qiiun cœur & qitune ame : parceque l'E"
glife ell repréfentée comme un '^ feul
Corps, comme une feule Cité, comme
un feul Troupeau.
Demandez à :j: Antoine Paulutius ,
pourquoi il veut que vous regardiez la
fainteté comme une des marques de la
véritable Eglife ? Il vous dira, que c'eil
parceque Salomon tient ce langage à l'E-
poufe myflique , ^ Tu es toute belle , 7non
jim'te, il ny a en toi aucune tache. Il vous
dira, que c'eft parceque J.C. «/^ aimé l'E-
glife , qtiil s'ejt donné poîir elle afin de la
rendre famte.
De-
A Cantiq. vi, 9.
b Ad. IV. 32. cEphéf, IV, 4. Hébr. !icn. 22. Jean x. 16.
:j: Antonius Paulutius de Ecclefià, cap. 11. pag. 257.
(^ans le iv. Volume de la Bibliothèque Pontif. de Roc-
eaberti. ^^Cant.iv.). « Ephef. v. 25.
Crémière Partie. 87
Demandez à * François Dominique
de St. Thomas , pourquoi il veut que vous
regardiez la Catholicité comme une des
marques de la véritable Eglife ? Il vous di-
ra, que c'efl parce que J. C. avoit donné
cet ordre à fes Apôtres : ^ j^llez, , en-
feignez toutes les Nations \cq qui marque
une Catholicité, ou une univerfalité de
lieux. Il vous dira , que c'eft parce qu'il
étoit dit du Chef de l'Eglife , que ^ fojt
règne nauroit point de fin : ce qui marque
une univerfalité de temps.
Demandez à | Jean Baptifle Gonet ,
pourquoi il veut que vous regardiez l'A-
poflolicité , comme une des marques de la
véritable Eglife ? Il vous dira, que c'eft i.
parce qu'elle doit fa naiiTance à J. C. '^ le
Pontife & l'Apôtre de notre vocation.
Comm.e cela efl enfeigné dans le chap. i.
de l'Epitre aux Hébreux: x. parcequ'elle
à efl édifiée fnr le fondement des Apôtres.
Comme cela eft dit dans le chap. i. de
l'Epitre aux Ephéliens.
Demandez à ce même Grégoire de Va-
lentia, qui a fait entrer dans la définition
des
* Tradatus de Eccleliâ & Papa', dans le x. Vol. de la
Biblioth. de Roccaberti ,pag. 145. Il prouve même par
l'Ecriture qu'il y a une Eglife , page 147.
a Marc xvi. i<^. b Luc i. 33,
\ Joh. Bapt. Gonet, de fummo Pontifîce, pag. c. dans
le XIV. Vol. de la même Bibliothèque.
cHebr, iii.i. ii Ephéf. 1 1 . lo.
F 4
B8 L'Etat du Qhriftianifûie en France ^
des marques, dont il nous parle, cette
clarté , qui diipenfe de l'examen de la
doftrine ; pourquoi le bon ordre devoit
être une marque de la véritable Eglife ?
*I1 vous dira, que c'eft parceque St. Paul
enfeigne aux Ephédens ,que J. C. ^ a éta-
bli les uns Tafteurs , les autres T)o6îeurs ,
four Vajfemblage des Saints y ^ four l'œu-
vre dît minifiere.
Il ell: inutile d'alléguer un plus grand
nombre d'Auteurs. Je puis allurer de
bonne foi , que parmi ceux qui me font
connus , il n'y a aucun fans exception ,
qui n'ait entrepris de prouver par l'E-
criture , que les marques , auxquelles
vous nous rcnvoiez pour nous épar-
gner le foin de l'examen , font celles
de la véritable Eglife. Le Cardinal Bel-
îarmin, qui a creufé ce fujet plus qu'aucun
autre Controvcrfifte, ell celui qui a fait de
plus grands e^^ j» :ts pour judifier , par la
do(!T:rine des Auteurs liicrez, ce point
de votre Théologie. Cela me fuffirapour
prouver, que même en fuppofant que l'E-
glife a les marques extérieures , que vous
^ lui
* Ubi fupra pûg. loi. Voi. auffi fur les marques de l'E-:
glife , Franc. Dominicus Gravina de notis Eccl. dans le
yiii. Vol. de la même lîiblioth. pag.ioj. &c. item Petrns
Èrovershaven , Applicat. proprietar.Ecclef. ad Rom. dans
3c VII. Volume de la même Biblioth. pag. 799. ^c.
A Ephéf. îv. II.
'Première Tartie, 89
lui attribuez , les Particuliers ne fauroient
eonnoitre quelle eft la véritable Eglife ,
s'ils font incapables d'entendre l'Ecriture,
& d'examiner quelle eft la doétrine en-
feignée dans ce facré Livre.
Je pourrois bien vous faire remarquer,
que vos Dodeurs ne font pas d'accord en^
tr'eux fur le nombre des marques de la
véritable Eglife. Que quelques-uns n'en
comptent que trois , d'autres cinq , d'au-
tres huit , d'autres quinze , & d'autres
cent ; je pourrois vous demander comment
un Particulier , incapable d'entrer dans
l'examen de la doctrine, fera capable de
fe déterminer fur cette controverfe ?
Je pourrois vous repréfenter, qu'il n'efl:
pas démontré que toutes les marques, al-
léguées par vos plus célèbres Controver-
filles , foient celles de la véritable Eglife.
Quelques Doéleurs de notre Communior^
ont cru prouver*, que la profpérité tem-
porelle d'une Communion , que la fin tra-
gique de fes Perfécuteurs , que la mul-
titu-
* La Cardinal Bellarm. compte quin7,e marques de la
véritable Eglife: i. le nom Catholique : i. l'antiquité :
3. la durée perpétuelle: 4.1a fucceffion: 5. la multitude :
6. la conformité avec la doétrine de TËglife primitive :
7. l'union de fes membres avec un Chef vilible: 8. la
iaintcté de la Doélrine : 9. fon efficace: 10. la faintcté de
les Auteurs: ir. la gloire des miracles : 12. la lumière pro-
phétique: 13. le témoignage de fes adverfaires: 14. la fin
tragique de fes Perfécuteurs : 15. la félicité temporelle,
Bellarmin. Difput. Tom, ii.lib.iv. cap. m. pag. 165. ôvC,
F s
90 UEtat dtiQhriftianifme en France^
titude de ceux qui y adhèrent , que fon
union avec un Chef vifible , font des
marques fauffes ou équivoques de fa vé-
rité.
Je pour rois mettre en queflîon, fi tou-
tes les marques , que vous nous alléguez ,
fe trouvent dans votre Communion. De
favans Hommes ont foutenu , qu'il y en
a quelques-unes dans ce nombre plus pro-
pres à la déguifer qu'à la caraftérifer , &
qu'on pourroit la connoitre plutôt à l'in-
novation , qu'à l'antiquité de fa dodri-
ne ; plutôt à fa dilTonance , qu'à fa con-
formité avec l'Eglife primitive ; plutôt
à la dépravation , qu'à la fainteté de fes
dogmes : plutôt aux miracles , que quel-
ques-uns de fes partifans ont feints , ou
admis avec légèreté , qu'à de véritables
miracles.
Mais je me renferme dans mon fujet.
J'avois entrepris de prouver , que les rai-
lbns,qui vous femblent combattre notre
dodrine touchant l'examen de la Religion,
en établiflent la nécefTité : que fi elles
prouvent qu'un efprit raifonnable ne fau-
roit être Protelknt , elles prouvent aufFi
qu'il ne fauroit être Catholique Romain.
Je m'étois fondé fur ce principe, c'eft
que quand même il y auroit une Eglife
infaillible, aux décifions de laquelle on de-
vroit fe foumettre , on feroit pourtant
obli-
Crémière Partie, 91
obligé d'examiner,par le fonds de la doctri-
ne , ces deux queftions ; Y a-t-il une Eglife
infaillible? L'infaillibilité eft-elle dans la
Communion de Rome,ou dans quelqu'au-
trePV^ous répondez qu'on peut les éclaircir
par une autre voie , & que la véritable
Eglife a des marques extérieures, dont
la connoiiTance eftplus aifée que celle de
fa conformité avec la doftrine des Auteurs
facrez. Et nous prouvons , que dis -je ?
vous-mêmes, quand vous voulez nous
prouver , que les marques , dont vous
parlez, font celles de la véritable Eglife,
vous avez recours à la doctrine des Au-
teurs facrez. Ne fuis-je donc pas en droit
de foutenir , que fi vos raifons concluent
contre nous, elles concluent contre vous;
que fi elles prouvent qu'un efprit raifonna-
ble ne fauroitêtre Proteflant, elles prou-
vent aufîi qu'il ne fauroitêtre Catholique
Romain ? Ne fuis-je pas fondé à faire cet
argument ? Les Particuliers font incapables
d'entrer dans l'examen de la doélrine des
Auteurs facrez, & de la confronter avec
celle de la véritable Eglife : mais ils ne
fauroient , fans entrer dans l'examen de
la doftrine des Auteurs facrez , connoître
fi les marques de vérité , que l'Eglife Ro-
maine s'attribue , font celles de la véritable
Eglife. Donc les Particuliers font inca-
pa-
9i L'Etat du Chrijiianïjme en France^
pables de connoître , fi TEglife Romaine
ed la véritable Eglife.
C'efl alTez fur la première objeftion.
La féconde me paroit beaucoup plus fpé-
cieufe On ne fauroit nier , qu'il n'y ait
plus de difficulté à entrer dans la difcuf-
iion de chaque dogme , qu'à examiner
ces deux queftions : Y a-t41 une Eglife
infaillible? Eft-ce dans l'Eglife Romaine
que l'infaillibilité réfide ? Si l'Ecriture
fainte favorife vos prétenfions fur ces deux
queftions , nous devons nous foumettre
à vos décifions fur les autres points de
notre foi.
Mais quand j'examine la première de
ces queftions par l'Ecriture, je trouve i.
qu'elle garde un profond filence fur le
dogme de l'infaillibilité de l'Eglife. x.
Qu'elle nous donne des loix , qui fuppo-
fent que l'Eglife peut errer.
I. Elle garde un profond filence fur
le dogme de l'infaillibilité de l'Eglife,
Je ne parcourrai que les principaux paf-
iages, que vous avez accoutumé d'allé-
guer pour le juttitier.
Le premier elt celui du chap. xvii. du;
Deuteronome: * ^and une affaire vou^
paroîtra trop difficile pour juger entre le
meurtre ^ le meurtre, entre la caufi & la
çaufe , entre la plaie ^ la plaie , qui font
des fujets de procès dans vos fortes , vous
■^ Ver. 8. *VQ^*S
Première Tartïe, . 93
vous lèverez ^votts ire z, aux Sacrificateurs ^
defcendus de Levi , ^ aux Juges qui je-
ront alors , ils vous déclareront ce qui ejl
droit i & vous ferez exactement ce qu'ils
vous auront ordonné. On conclut de ces
paroles, qu'il y avoit dans l'Eglife Judaï-
que un Tribunal infaillible , auquel les
Ifraelites dévoient foumettre leur foi. De
ce qu'il y avoit un Tribunal infaillible dans
l'Eglife Judaïque, on conclut qu'il y en a
un dans l'Eglife Chrétienne : mais nous
ne faurions admettre ni l'une , ni l'autre
de ces conclufions.
Nous ne croions pas qu'on puifle con-
clurre de ces paroles , qu'il y avoit dans
l'Eglife Judaïque un Tribunal infaillible ,
auquel les Ifraelites dufTent foumettre leur
foi. Il ne nous paroit pas même qu'il
s'agifle de matières de foi dans ce palFa-
ge , mais de chofes purement politiques :
Qu'on foit attentif au texte : '^nand une
affaire vous paroitra trop difficile. Quelle
affaire ? S'agit-il d'une quellion de Reli-
gion? S'agit4l, s'il n'y a qu'un Dieu , ou
s'il y en a plufieurs ? S'il faut adorer des
flmulachres, ou file culte qu'on leur rend
efl criminel ? Non. Il s'agit d'un affai-
re de procès : ^tand une affaire vous pa-
roitra trop difficile , entre le meurtre &
le meurtre , entre la caufe é^ la eau-
fi , entre la plaie ^ la plaie , quà
font
94 L^Etat du Qhrïftianïfine en France^
fint des fujets de procès. C eft-à-dire >
quand les circonflances d'un meurtre fe-
ront fi compliquées , que vous ne pour-
rez pas les démêler : quand les rai-
fons de deux perfonnes , qui plaident Tu-
ne contre l'autre , vous paroitront fi for-
tes , que vous ne vous fentirez pas capa-
bles de déterminer de quel côté efl lajuf-
tice,adrefrez vous alors aux Sacrificateurs.
Ce ne font pas là des matières de Reli-
gion , ce font des matières purement po-
litiques.
Suppofé même qu'il fût queftion dans
ces paroles de quelque point de Religion,
elles n'attribuent aucune infaillibilité au
Tribunal , auquel elles renvoient les Ifrae-
lites. Il leur ell bien ordonné de défé-
rer à ce Tribunal , mais non de le croire
infaillible. L'intérêt public demande
qu'on fe foumette aux Magiltrats , quand
même leurs décidons feroient injufles ,
pourvu qu'elles n'intérelTent point la con-
fcience. Si le Magillrat me condamne à
paier une fomme, dont je ne fuis pas re-
devable ; ce n'eft pas à moi à vomir des
injures contre ceux qui ont prononcé cet
arrêt , ni à me fouftraire à leurs loix. Ils
feront bien refponfables devant Dieu de
l'iniquité de leurs jugemens , mais je dois
obéir : autrement il n'y auroit jamais de
tranquillité dans un Etat , & les divifions
fe-
'Première Partie. 9 5*
feroient éternelles. C'efl là le vrai fens
du pafïage que nous avons rapporté. Cha-
que ville avoit des Juges, qui tenoient
leurs afîifes à fes portes ; mais comme
dans les petits Lieux il pouvoit arriver ,
que ceux qui étoient commis pour admi-
niîlrerlajuitice, ignoralTent certaines loix,
ou que la loi étant ambiguë & le cas fm-
gulier , ils ne pulTent pas prononcer, alors
ces Juges étoient obligez deconfulter les
Sacrificateurs, & les Lévites, qui étoient
cenfez avoir de plus grandes lumières ; &
leurs décifions tenoient lieu de loi. Mais
s'il arrivoit dans la fuite , que l'affaire , é-
tant plus mûrement examinée , ces Sacri-
ficateurs, ces Lévites, ces Sénateurs vinf-
fent à reconnoitre leur faute , ils étoient
obligez de la réparer. Dieu avoit ordon-
né qu'ils offrilTent des facrifices pour l'ex-
pier , comme on le peut voir ordonné
dans le 4. chap. du Levitique. Ainfi la
première conclufion , qu'on prétend ti-
rer du palTage du Deuteronome , favoir
que dans l'Eglife Judaïque il y avoit un
Tribunal infaillible, cette conclufion, dis-
je , n'efl pas juile ; & comme elle fervoit
de fondement à cette féconde conclufion ,
il y doit avoir un Tribunal infaillible par-
mi les Chrétiens , la réfutation de l'un ell
la réfutation de l'autre.
On nous oppofe en fécond lieu l'éloge,
que
^6 VEtat du Chrtfiianifme en France^
que St. Paul donne à l'EgUfe dans le chap.
3. de la i.Epitre àTimothée, où il l'ap-
pelle <^ l'afpui ï§ la colomne de la vérité:
mais ces paroles font rangées dans le texte
Grec d'une manière , qu'elles peuvent ê-
tre rapportées également & à ce qui les
fuit , & à ce qui les précède. Nous
fommes aufli fondez à croire que par
l'appui ^ la colomne de la vérité , il a
entendu le myftère de piété de la ma-
nifeltation de Dieu en chair, dont il par-
le immédiatement après , que ceux de
l'Eglife Romaine à foutenir , qu'il a
voulu déligner l'Eglife , dont il parle im-
médiatement auparavant. Selon cette
explication , voici le fens de ce texte.
La vérité , qui eft ferme comme une co-
lomne , c'eit ^ fans contredit , le myftère
de piété eft grand. Nous ne difons pas
que cette traduftion foit démonilrative-
ment la meilleure ; nous difons feule-
ment, que les paroles de l'Apôtre en font
fufceptibles. Or c'efl une maxime incon-
tcflable , ( plût à Dieu que les Théolo-
giens la fuivilTent dans leur pratique ^
comme ils l'admettent dans leur théo-
rie!) c'ell, dis-je , une maxime incon-
teflable , qu'un pallage ambigu ne peut
pas fervir de preuve à un dogme.
X. Sup-
a I. Tim. m. ïj,'
b Ver. 16.
Œ^rémière^artie. ^j
t. Suppofé que ces paroles, l'appîù &
la colomne , fe rapportent à l'Egife , on
peut dire que St. Paul n'y marque pas
tant ce qu'elle ell, que ce qu'elle doit être.
Ce tour d'expreflion elt familier dans
tous les Auteurs ; il y en a divers exem-
ples dans l'Ecriture : perfonne n'ignore
celui de Malachie : ^ Les lèvres du ficri-
ficateur ne gardent-elles pas, c'ell-à-dire,
ne doivent-elles pas garder, la fcieîice , par-
ce qtCil eft le mejfager de T>ieu ? Le but
du raifonnement de faint Paul peut très
raifonnablement déterminer la penfée à
■ce fens. Il le propoibit d'engager Tmio-
thée à prendre ibin,que les Eccléiiafliques
fe conduifiilent d'une manière fortable à
la gravité de leur caraélère. Il vouloit auiïi
porter ce cher difciple à fuir ^ ces Se-
dudîeurs , qui enfeigneroient des dotîrines
diaboliques , à prêcher comme un bon
minifîre de J. C. nourri dans les paroles de
la foi , M à rejetter les fables profanes.
Pour le porter à fuivre ces leçons il lui dit :
* Je f écris ces chofes , afin que tu fâches
Tomment il faut fe conduire dans la mai fin
de Dieu, qui eft r appui ÏÉ la colomne de
ia vérité. Il femble qu'il n*y a pas beau-
;coup de liaifon entre les leçons de l'Apô-
tre & l'infaillibilité de l'Eglife : car fi l'E-
a Malachie ii. 7.
It I. Tim. IV. ï. &c. c Cliap. ni. 14.15.
Tom. L G .
glifc
9 8 L'Etat du Chrijlïanifme en France^
glife cil infaillible, il n'cftpas fi nécelTaire
que Timothée prenne tant de foin de
choifir des Evoques & des Diacres graves
& prudcns, ^ de conferver une doctrine
orthodoxe. Il n'aura qu'à les incorporer
dans cet augufte Corps , & les voilà par
cela même revêtus comme lui d'infailli-
bilité ; au lieu que fi vous prenez ces pa-
roles dans le fens que nous leur donnons ,
elles fournillent un prelFant motif à Ti-
mothée pour remplir les devoirs , que
l'Apôtre lui prefcrit : car fi l'Eglife eil
fippellée à être r appui ^ la colomnc de la
mérité y combien ne doit-il pas prendre de
foin pour n'y élever dans les premiers em-
plois, que des perfonnes capables de ré-
pondre à leur deftination ? Combien ne
doit-il pas veiller fur lui-même, pour ne
pas laifler corrompre fes mœurs & fa
do(î^trine,par Icsfophifmes & par les mau-
vais exemples des Seduéleurs.*?
3. Suppofé que l'Apôtre parle de ce
que l'Eglife eit, fes expref fions n'ont rien
qui emporte l'infaillibilité. 11 fait allufion
aux colomnes , dont les temples étoient
entourez ; celui de la ville d'Ephèfe ,
dans laquelle Timothée étoit Evêque,en
avoit cent vingt-fept * ; fur ces colomnes
on voioit gravez les préceptes & les
maximes du Paganifme , comme il fe-
roit
* Plin. Hb. XXXVI, cap. xtt.pag. 740. de la dernière Edit.
du P. Harduin.
Trémïcre "Partie. 99
roit aifé de le prouver, lî cetoit ici le lieu
d'alléguer Plutarque , Athénée , Pline ,
Porphyre , & divers autres. Je me con-
tenterai de citer un pûiTage de Denis
d'HalicarnalTe : * On ramaffa de l'ar»
gent de toutes les villes^ dit -il, @ Tultiui
fit bâtir le Temple de 'Diane , qui eji fut
le Mont Avantin dans l'endroit de Rome le
plus élevé. Il drcjfa Ini-méme les arti*
des de r alliance ^ que tous les Latins ve^
noient de conclurre. Il fit des loix pour
régler le commerce , © les cérémonies de la
folemnitéi ^afin que le temps ne lesejfafâû
jamais , il érigea une Colombie , fur laqueU
le il fit graver les conventions faites dans
l^AJU^emblée. Cette colomne a fibfilîé juf
que s à notre fiècle <t elle eft dans le Temple
de T>iane, Ce font les paroles de cet Hif-
torien. St. Paul dit à Timothée, que delà
même manière , que les Loix des Paiens
étoient gravées fur les colomnes de leurs
temples, les Loix de J. C. font enfeîgnées
dans fon Eglife ; ce qui peut convenir
à toutes les EgUfes particulières , tandis
qu'on y prêche la vérité. Aufli les an-
ciens Dodeurs de l'Eglife fe font- ils don-
né mutuellement f le titre de Colomne s ^
(1ms prétendre fe traiter les uns les autres
d'in-
* Dionyf. Halicàr. lib. tv. pàg. ziî."
\ Voi.Conllit. Apoft. lib. m. cap. 15. pag. 2.9a,
Q %
ioô lu Etat dû Chriftianifmé en France^
d'infaillibles. * Grégoire de Na2ianze IC
donne à St. Bàfile , qui le donne f lui-
même à un Evêque de Néocéfarée ; :j: les
fidèles de Lion au Martyr Attalus!. J'en
pourrois rapporter plufieurs iiutres exem-
ples.
Mais quand St. Paul auroit décidé , que
de fon temps l'Eglife étoit infaillible en la
perfonne de quelques-uns de fes Dofteurs ,
iious ne croirions pas devoir accorder ,
qu'elle aura le don de l'infaillibilité dans
tous les périodes de fa fubfiftance. Dieu
la cultivoit alors par des Miniitres , qu'il
éclairoit immédiatement de fon Efprit ,
& qui font appeliez par cette raifon des
^ fondc.meî7s , & des colomnes , dans le fens
le plus noble & le plus étendu, dont ces
expreflions puiiTent être lulceptibles.
Mais de ce qu'elle avoit alors de pareils
Dofteurs , il ne fuit pas qu'elle dût en
«ivoir toujours ; & l'hiiloire des foiblelTes ,
& des erreurs, de ceux qui l'ont conduite
depuis ces bienheureux jours, ne prouve
que trop qu'elle a perdu ce privilège.
On nous' allègue 4. les promeffes , que
J.Chrifl faifoit à fes Difciples, qu'il les
con-
* Gregor. Nazianz. Orat. 19. xi. 2.3. 29.
-j- Balil. Epift. 62. Tpm. m. pag.. 91. . . . . .
\ Eufeb. Hilt. lib. v. cap. i. pag. 12,7. edit/VdIèl*.
a Gai. II. 9. Ephéf. 11. io. - ' ' ■ ' *
Première Paytîe. lox
çondukoit ^ en toute vérité ,, que ce
qu'ils * lier oient fur laTerre, feroit lié dans
le Ciel : que ceux qui '^ les écouteroient j
feroient cenfez l'avoir écouté lui-mêmei
Nous mettons dans le même rang le far
tneux palîage de l'Evangile : * Tu esPier^
re^ ^ fiir cette Pierre f établirai mon E^
glife '^. Mais fans nous engager ici dans
une difcuiTion , qui excederoit les bor-
nes, que nous nous prefcrivons, il fuffit
d'une feule remarque. C'ell que Jéfus
Chriil , en promettant ces privilèges
à fes Difciples , ne détermine point la
queilion , s'il les accorderoit à leurs
lucceiTeurs : on ne fauroit nier , qu'ils
n'en aient eu qui leur étoient particu-»
liers : tels étoient ceux de guérir les ma-
lades, de reifurciter les morts,. &c. La
queition , fi les fucceffeurs des Apô-
tres font infaillibles, ou s'ils font fujéts à
Terreur, ne doit donc pas être détermi-
née, par ce que Jéfus Chriil a promis aux
Apôtres, mais par ce qu'il a promis à leurs
fucceiîëurs. Or bien loin que dans les
Textes, que j'ai citez, Jéfus Chriil pro-
mette l'infaillibilité aux fuccelTeurs des
Apô-
a Jean xvi. 13.
h Matt. XVI. 19. c Luc X. 16. ri Matth.xvi. 18.
* Nous marquerons , en explicant la quellion toudiant
j la fplendeur perpctuelle de l'Eglife , le vrai ions de ces
paroles quifuivcnt , la portes de l'Eiifer ne privaiklront pzs
tont relie.
G 3
lor DEtat du Chrifiiànifine en France^
Apôtres , il ne dit rien du tout , qui les
regarde direftement. Il ne dit ni s'ils feront
infaillibles, ni s'ils feront fujets à l'erreur.
Qu'on n'objefte pas , que le même prin-
cipe de charité , qui porta Jéfus Chrill à
^communiquer l'infaillibilité aux Apôtres,
devoit le porter aufli à la communiquer
à leurs fuccefleurs. Il étoit abfolument
nécelîàire pour le fia lut de TEglife , que
les premiers Hérauts de l'Evangile fuf-
fent infaillibles. Comment ajouterions*
nous foi à leur doétrine , fi nous pouvions
la foupçonner d'erreur? Mais cette doétri-
ne étant une fois établie nous n'avons
plus befoin d'Auteurs infaillibles : nous
devons regarder comme faux tout ce qui
nous paroitra évidemment oppofé à fes
décifions : nous devons admettre com»
me véritable tout ce qui nous paroitra
évidemment conforme avec elle : & ce
qui ne nous paroitra ni conforme , ni op-
pofé à cette doétrine , nous devons le
regarder comme indifférent par rapport à
notre falut ; nous pouvons fans péril l'ad-
mettre , ou le rejettcr. La doctrine des
Auteurs facrez doit être le flambeau de
toutes les Controverfes , & la règle de
tous les autres Articles de notre foi , fé-
lon cette parole émanée de la bouche de
pieu même : '^A la Loi , ^ au témoignage,
que
<t Efa. VI II. zo.
l!
Crémière Partie, 103
que s* ils ne parlent feloît cette parole , il
n'y aura point de matin pour eux.
Que fi Ton iniille encore, fi l'on dit ,
qu'il n'étoit pas plus nécelFaire à l'Eglife
d'avoir des hommes, qui ctablilîènt une
dodrine infaillible , que d'en avoir pour
lui en expliquer infailliblement le fens : je
réponds , que nous devons régler l'idée
de l'amour deJéfusChrilt pour l'Eglife,
non fur nos propres conceptions , mais
fur celles qu'il nous en a lui-même don-'
nées. Or bien loin qu'il ait crû que c'é-
toit une marque d'amour , que de nous
renvoi er à des interprètes infaillibles , il
a voulu nous marquer fon amour , en nous
laiiTant une Révélation, dans laquelle nous
pullîons voir de nos propres yeux les dog-
mes de notre foi , & les règles de notre
conduite. On s'en convaincra , Ti l'on
fait attention aux preuves de la féconde
proportion , que nous avons avancée ;
C'ell que non feulement nos Ecritures
gardent un profond filence fur le point de
l'infaillibilité de l'Eglife , mais qu'elles
nous exhortent à nous fervir de nos lu-
mières , pour examiner le fens de ce que"
Dieu nous révèle , & qu'elles donnent des
éloges à ceux qui ont tenu cette condui-
te.
Voici de quelle manière elles nous ex-
hortent à nous fervir de nos lumières.
G 4 ^Ecow
i<:>4' I^Etat duQhnflimnjmeén France,
^'Ecoute Ifiàe^les coinmandenieîis^ que je
te fais aujottrcThiik Tu les inculqueras à'
tîs eiîfans , tùen parleras quand tft- tt tien-
dras dans ta mai/on^ quand tu te- mettras en^
cherhitt^ qtiajid tu t'e cotichera\s ^ M quand*
tu te' lèveras. ^ M la Loi^ ait témoignage,'
que s'ils ne parlent felvn cette parole ici ','■
il ny aura point'de matin pour enX\''^' ^iand"
le Rai fera affïs fîtr le Thr^ne'^'i- H^écf'ird^
pour foi nn double db cette Loi da'ns^ un LjZ^}
*vre -, & il le lira torts les jours 'de fa vie:
Non feulement Dieu' n'ordonne pa:s à fon'
Peuple de fe. tenir aux dëdfions de fés"
Docteurs : il veut môme que , quand des
Doéleurs feront authorifez d'utie appa-
rente miffion extraordinaire, le Peuple
rie fè laiiTe point éblouir de leur éclat ,
&: qu'il rejette tout ce qui fera contraire'^!
à la Loi , qu'il avoit reçue : ^ S'il s'élève
au milieu de vous quelque Prophète . . .
qui fajfe quelque miracle , ^ que ce fignCy
ou ce miracle , âont il aura parlé y arrive.
S'ils vous dit y allons après d'autres Dieux ^
vous n' écouterez point les paroles dece'Pro-
pJoete.
Les Auteurs du N. Teftament en nous
révélant plus clairement les myftères de la
Re-
« Deuter. vi. 4. &c.
b Elai, VIII. lo.
c Dcut. XVII, 18.
à Deut. XIII. I. ^vc.-
^vr;.-0. 'Crémière "Partie \'^.vK:\ i6f
Heligion , nous ont engagé à un examen
plus exaft. Il nous ont exhorté à a éprou^
ver toutes chofesy à retenir ce qui efi boity
^ à ne pas croire à tout efprit: mais à exa-
miner fi les efprits font de 'Dieu. Ils ont
voulu que nous fuflions '^attentifs à la pa-
rc le des Trcphètes j qu'ils comparent à^
Vint chandèle , qni relttifoit dans un liew
objcur , jnfquW ce que le jour commençât'
à Itme 5 ÏS que l'étoile du matin fût levée
dans nos cœurs i c'eft-à-dire- , jufcjii'à k^
venue du Melîiê^.' ^i ^'- - /cijijuq/^ ..;ji :/j
Ce qu'il y a de pltisfemâi-quablê fur 'ce
lujet , c'eft que ces Auteurs facrez fe
font foumis eux-mêmes à Fexamen de
ceux à qui ils prêchoient l'Evangile. Saint
Paultenoit ce langage aux Corinthiens :
d Je vous parle comme à des per fouîtes in-
telligentes \ jugez vous-mêmes de ce que je
dis. Et aux Galates: ^ Quand nous-mê-
mes 5 quand un Ange du Ciel vous évangé-
liferoit outre ce qui vous a été évangé-
lifé^ quil vous fait anathéme. Jéfus Chrift
même n'a pas prétendu être crû fur fon,
propre témoignage ; il a voulu que les
Juifs, auxquels il étoit envoie, examinaf-
fcnt
•'.I i.Thef. V. 21.
b r. Jean iv. i.
c II. Pier. I. 19.
à \\ Cor. X. 15.
t Galat. I. 8.
G J
ïo6 L'Etat du Chriftianljke en France y
fent dans les anciens Oracles , s'il avoit
les caractères , auxquels on devoit re-
connoitre le Meflie , ^ Sondez, les Ecritu-
res 5 car ce font elles , qui rendent témoig-
nage de moi.
Je ne me ferai point de fcrupule deprê-
ter ici des armes à l'Eglife Romaine , &
de reconnoitre que la manière , dont quel-
ques Proteftans ont raifonné fur cette con-
duite de Jéfus Chrifl & des Apôtres, peut
faire naitre une diiiiculté. Jéfus Chrilt
& les Apôtres ( c'eft le raifonnement des
Proteftans , dont je parle ) veulent qu'on
juge de leur dodrine par TEcriture ; donc
ils ne veulent pas qu'on fe foumette à un
Tribunal infaillible. Les Catholiques Ro-
mains pourroient nous répondre.: Nous
permettons l'examen de la même manière,
dont J. C, & les Apôtres l'ont permis :
ils n'ont jamais prétendu en le permettant
qu'on eût le droit d'appeller de leurs dé-
cilions , & de les regarder comme fujet-
tes à l'erreur. Il y a donc un examen ,
qui n'eft pas incompatible avec l'infailli-
bilité de celui qui s'y foumet. Ne con-
cluez donc pas 4e ce que Jéfus Chrill vous
a ordonné d'examiner la dodrine des
Conduékurs de l'Eglife, qu'il ne leur a
pas accordé le don de l'infaillibilité.
Pour
« Jean V. 39.
^Première Tarde. 107
Pour ne pas donner lieu à cette retor-
Tion , voici , ce me femble , de quelle
manière il faut emploier les derniers paf-
fages, que j'ai citez : il prouvent deux
chofes.
I. Qu'il n'y avoit point de Tribunal in-
Mliblc dans TEglife,, Iqrfque J.Chrift <^
les Apôtres vinrent prêcher l'Evangile :
iJs avoient une miflion furnaturelie ; ils
permettoient à chaque Particulier d'exa»
miner fur quoi ils fe fondoient , lorsqu'ils
fe difoient euvoiez du Ciel. Mais à quel
Tribunal veulent-ils être jugez? Eft-ce au
Tribunal dé l'Eglife ? Eft-ce à ce Tribu-
nal, qu'ils renvoient ceux qui veulent a-
voir de faines idées de leur mifTion? Non:
ils renvoient aux Ecritures : ils veulent
que chaque Particulier examine , fi leur
doétrine eft conforme à celle que Dieu
nvoit donnée par fes Prophètes, ou fi elle
lui eft contraire. Jamais on n'agita de plus
importante queftion dans l'Eglife que cel-
le-ci , Jéfus Chrift eft-il le Meflie ^ Les
Apôtres font-ils des hommes infpirez ? Si
l'on eut jamais befoin d'avoir recours à des
Docteurs infaillibles pour la décifion d'u-
^ne queftion, c'étoit fans doute dans ce
temps-là. Et cependant c'eft par les Ora-
cles des Ecritures, & non par ceux de l'E*»
glife , quej. C. & les Apôtres veulent
que chaque Particulier en juge.
La
ïo8 DEtat auChriftlanifme en France^
La féconde chofe , que ces palTages pi-ou-
veiit , c'eit que les Particuliers font ca-
pables de juger des dogmes de la Reli-
gion par l'Ecriture ; d'où je conclus que
perfonne n'eil en droit de leur inter>
dire cette difcuiîion ;- Sondez les E-
crïtures , car ce font elles , qtù rendent
témoignage de moi : c'elt l'ordre de J. C.
mais comment pourrai-je connoître, que
les Ecritures témoignent que J. C eft le
Meiiie, fi je fuis incapable de voir dans
l'Ancien Tell, l'idée , que les Oracles don-
nent du Mefîie ? ^tand nous-mêmes , quand
nu Ange du Ciel vous évangéliferoit outre
ce qui vous a été évangélifé , qu'il vous
foit anathême , difent les Apôtres. Mai^
comment pourrai-je connoître , qu'and
on évangélifè outre ce qui a été évangéi-
/i/^' , fi je fuis incapable d'entendre ce
qui a. été évangclilé,&-ce qu'on évangé-,
Ulé t'Ai lù'ï^^xin f ' i'T.mv\_ .-ji-: -^ iiJi
Non'feulèmfent rEcritûfë nous exhôffe
à nous fervir de nos lumières , pour dif-
cerner la véritable Religion d'avec les
fauffes, mais elle donne des éloges à ceux
qui ont ténu cette conduite, & elle nous
les propofe pour modèles. Témoins les
fidèles du temps d'Efdras, auxquels on ex-
pliquoit les Ecritures ^ par les Ecritures.
Témoins ceux de Bérée^ qui exami noient
. ■ ' : ■ ' -ce
. Or- Nchcm. vin. 8 , b AcTl. xvii. ii.
Première Tartie.i^s^A'^ 109
ce que difoient les Apôtres,pour voir fi leur
doctrine étoit conforme à celle des Pro-
phètes. Témoin ce qui efl dit de Timo-
thée , qu'il ^ avo'tt étudié les faïntes Let-
tres dès fin enfance. Je conclus , qu'on
ne fauroit prouver par l'Ecriture , qu'il y
a une Egliie infaillible.
Mais fi on ne peut pas prouver par
l'Ecriture cette première propoiition ; Il y
a une Eglife infaillible , beaucoup moins
pourroit-on prouver par ce Livre facré ,
que l'infaillibilité réfide dans î'Eglife Ro-
maine. Cette féconde propofition ; C'ell
dans I'Eglife Romaine que l'infaillibilité
réfide , ell enveloppée dans les ruines de
celle-ci : Il y a une Eglife infaillible. Si el-
le ne rétoit pas , nous aurions d'au-
tres moiens pour la combattre. Plus
vous réuiïiriez à prouver que I'Eglife eit
infaillible ; & moins vous parviendriez à
nous perfuader , que c'elt dans votre Com-
munion que l'infaillibilité réfide. Si Tin-
faillibilité efl une prérogative inféparable
de la véritable Eglife , nous avons une
nouvelle clalTe d'argumens pour vous ex-
clurre de cette Taintè fociété. Car tandis
qu'on admet que la véritable Eglife eft fu-
jette à errer , on pourroit préfumer que
la multitude des dogmes erronez , que
vous enfeignez, n'empêche pas que yous
. ..ifioîîniîc
« II. Tim, III. i^i
1 1 o L'Etat du Chriftimijme en France^
ne fafïiez corps avec elle. Il pourroit ve-
nir dans refprit de ceux qui outrent les
idées de la tolérance Chrétienne , que les
erreurs fondamentales , que nous vous re-
prochons , font dignes de fupport. Mais
dès que vous aurez prouvé que l'infailli-
bilité elt inféparable de la véritable Egli-
fe, que les fucceffeurs des Apôtres font in-
faillibles comme les Apôtres, votre caufe
eft defcfperée. Car fi les fuccelfeurs des
Apôtres font infaillibles , il fuit néceilai-
rement qu'ils enfeigncnt la même dodri-
ne que les Apôtres. Deux Auteurs in-
faillibles ne peuvent pas enfeigner une doc-
trine oppofée. Les fucceffeurs des Apô-
tres ne peuvent pas enfeigner , qu'on doit
invoquer les Saints, prier pour les morts,
révérer les fimulacres , tandis que les A-
pôtres enfeignent , qu'on ne doit ni ré-
vérer des fimulacres , ni prier pour les
morts , ni invoquer les Saints : mais vous
enfeignez , qu'on doit invoquer les Saints,
révérer les fimulacres , prier pour les morts;
donc vous n'êtes pas les fucceiîéurs des
Apôtres.
Vous répondrez fans doute , que vos
dogmes font conformes à ceux des Apô-
tres ; mais comment nous convaincrez
vous de la juflice de vos prétenfions ? Ce
ne peut être qu'en nous permettant de
confronter les dogmes des Apôtres avec
les
Trémïere Partie. iit
les vôtres. Car nous parlons ici à ceux
de vous, qui veulent que nous examinions
par rEcriture fainte ces deux queflions:
Y a-t-il une Eglife infaillible ? Ell-ce dans
TEglife Romaine que l'infaillibilité réfide?
Mais félon vos hypothèfes , les Particu-
liers font incapables de faire cette con-
frontation ; donc ils font incapables de con-
noître, fic'eft dans votre Communion que
l'infaillibilité réfide. Cette conféquence
eft fenfible. Voiez l'enchainure de nos
propofitions.
Pour fa voir fi c'eft dans votre Com-
munion que l'infaillibilité réfide , il faut
l'examiner par l'Ecriture fainte.
On ne fauroit fe perfuader par l'Ecri-
ture fainte, que l'infaillibilité réfide dans
votre Communion , à moins qu'on ne voie
dans l'Ecriture fainte , que vos dogmes
font conformes à ceux des hommes infail-
libles.
Il n eft pas pofiible. de connoître fi leurs
dogmes & les vôtres font conformes , à
moins qu'on ne les confronte.
Faire cette confrontation , c'eft entrer
dans l'examen du f jnd de la doèirine.
Mais félon vos principes les Particuliers
font incapables d'entrer dans Texamen du
fond de la doftrine.
Donc félon vos principes mêmes , les
Particuliers font incapables de connoî-
tre,
iïz L'Etat dît Chrtftianifine en France <i
trcfi c'eil dans votre Communion que
l'infaillibilité réfide.
Ainfi rien n'invalide ce que nous avons
avaneé ; c'ell que fi vos argumens contre
l'examen concluent contre nous , ils con-
cluent contre vous : s'ils prouvent qu'un
efprit droit ne fauroit être Proteiîant ;
ils prouvent aufli qu'un efprit droit ne fau-
roit être Catholique Romain. C'eil ce
qu'il falloit prouver.
Nous ne bornons pourtant pas là nos
prétenfions : nous les portons beaucoup
plus loin, & nous allons déniontrer, que
vos argumens concluent beaucoup moins
contre nous , que contre vous : que s'il cîi
réfultè, qu'un efprit droit ne fauroit être
Proteftant; ili en réfulte beaucoup plus
encore, qu'il ne fauroit être Catholique
Romain. Je fiais.', -
i: MESSIEURS^
.-OT 7'y\ or: ™
TA'. noDVtitre,: &c.
De la Haye le SE,z^.[ c;|j jj^/i UM < c.ViÛi(
Novembre 1715., :i:> ^,,:.- , ,>r '
2 M / nolt>i
-lonuu-
> Lno'ti
quaI
Crémière T art te. 113
QUATRIEME LETTRE,
Dans laquelle on prouve , qtiz les diffîcultez
des Catholiques Romains contre l'exa-
men de la Religion ^ font plus fortes con-
tre leur Communion que contre celle des
Trotejlans.
M
ESSIEU RS,
Nous avons tâché de vous convaincre j
que vos objedions contre l'examen ont
autant de force contre vous , que con-
tre nous. Nous allons faire voir, qu'el-
les font beaucoup plus fortes contre vo-
tre Communion que contre la nôtre , &
qu'en voulant nous affranchir des difficul-
tez de la difcufîion, vous nous jettez dans
des diiïicultez incomparablement plus
grandes.
Nous ne propofons que ce feul argu-
ment fur ce fujet. Si les Particuliers font
incapables de l'examen , auquel ils font
engagez par les principes des Proteilans ,
à plus forte raifon le font-ils d'un examen
plus difficile. Or l'examen , auquel ils
font engagez par la foumiffion que vous
leur demandez , eft incomparablement
plus difficile, queçduioii ils font enga-
Tom. I. II gez
114 LEtat du Chrijïianifîne en France,
gez par la difcufTion , que leur deman-
denl les Proteltans Donc en voulant af-
franchir les Particuliers des difficultezde
l'examen , vous les jettcz dans des difîi-
cultez incomparablement plus grandes.
Donc vos objedions contre l'examen ,
que nous exigeons de chaque Chré-
tien , font plus fortes contre votre Com-
munion , que contre la nôtre.
Vous nierez fans doute cette pro-
portion : V examen , auquel les Particu-
liers fint engagez far la foumijjîon , que
leur demandent les Catholiques Rojnains,
eft incomparablement plus difficile , que ce^
lui où ils fnt engagez, par la difcitjjioti ,
que leur demandent les Protejîans. Il faut
la prouver.
Pénétré des raifons , que vous m'allé-
guez de mon incapacité ; épouvanté du
travail qu'exige la voie de la difcuilion ,
je me jette entre les bras de cette So-
ciété , qui me promet de m'épargner le
foin de l'examen par fon infaillibilité , &
le dégoût de la controverfe par fon unité.
Mais je lui demande deux chofes; Tu-
ne, de me marquer, dans quelle de fes
parties l'infaillibilité réfide: l'autre , de
me fournir les moiens de parvenir à en-
tendre fes décifions.
Sur la première queflion je trouve d a-
bord Rome diviféc contre Rorne, Catho-
lique
Crémière T art le, 115'
îique Romain contre Catholique Romain.
L'un me dit que l'infaillibité réfide dans
Ja Perfonne du Pontife : l'autre m'aflure
que c'ell dans les Conciles : l'autre qu'il
faut chercher les décifions infaillibles de
l'EglifedanslaDodrine unanimement en-
feignée par les Pères , & toujours reçue
par les vrais Fidèles.
Je commence par les Pontifes , & d'a-
bord je fuis effrayé de l'excès, auquel quel-
ques-uns des Théologiens , qui me ren-
voient à fon tribunal , ont porté la gran-
deur de ce prétendu Chef de l'Eglife , &
je me fens partagé entre leurs décifions
& celles des autres Théologiens de leur
Communion.
Nous écrivons principalement pour
vous 5 nos chers Compatriotes ; vou?
êtez François , yous vous êtez tou-
jours oppofez, pour la plupart, aux exor-
bitantes prétenlions , que les Ultramon-
tains , & leurs Partifans , ont ofé for*
mer à l'égard de leur Pontife.
Vous vous êtes oppofez aux titres ,
qu'ils lui ont donné : Ils l'ont appelle
^ le Fondateur des T)ogmes ^ ^ l'Auteur-,
^ l^
a Biovias Pontif. Rom. cap. 13. pag. Z49. Conditor
Dogmatum.
h Concilicrum Auétor, idem cap. 8. pag. 70,
H %
ii6 L'Etat du Chrifîianijme en France,
* le Promoteur , le ^ Confirmât eur , ^ le
Juge des Conciles ; & celui dont les Conci-
les tirent toute leur vigueur. Ils l'ont ap-
pelle ^ le Viciât eur de la ^o^rine Ca-
tholique ^ * la Règle univerfelle de la véri-
té , / l'Oracle y auquel tout l'Univers doit
avoir recours. Ils l'ont appelle ^ la. lumiè'
re du monde , ^ le Tivot de la Religion ,
'^ le foleil d'éternelle lumière^ auquel con-
viennent ces paroles du Ffalmifle-, fon thrô-
ne fera comme le foleil en ma préfence , il y
en aura dans le Ciel un témoignage certain.
Ils l'ont appelle * L arbitre du mon-
de
a Idem cap. lo. pag. 77.
b Idem cap. 11. pag. 83.
<: Al. à Turrecremenfis de fulgenti radio , &c. Rad. xviii.
pag. 44. Totius Oibis Catholici confenfione ufuque con-
iînnatum cft, ut hoc fupremum Apoftolicse Sedis judi-
cium omnium Conciliorum ihtuta confirmet , omnes ca-
nonicas fcripturas judicet, omnes piè vivendi normas ap-
probct, &c. vide plura ibidem.
d A Chrilïo & à Spiritu S. traditae Doftrinae D i c-
T A T o R. Bxov. ubi fuprà pag. 204.
e Metrum & rcgula credendorum. Item, Régula prima
veritatis. Vid. Franc. Dominic. Giavina de notis Ec-
clef. pag. 777. Joh. de Turrecremata de Poteftate Pa-
pali , cap. Ï07. pag. 441.
/ Id. ibid.vide eriam Franc. Dom. Maria Marchefium de
Capite vifibili Ecclefiye, Art. 11. pag. 801,
g Orbis lumen , Rodolph, Cupers S. Ecclefiaft. Art. 9.
pag. 40.
h Vertex Religionis , Bzovius ubi fup. cap. 39. pag.
469. Item Thomafl". Diflert. xvi. in Concil. pag. 386.
/ Sol seterni luminis. Al. à Turrecrem. ubi fup, pac^.
39. vide etiam Anton. Paulut. de Comit. Ecclef. cap.*
6. pag. 435.
k Bz^v. ubi fup. pag. 5:18.
Crémière Partie. 117
de "*; Lejugefupréme du Ciel^ delà Ter-
re .
Vous vous êtez oppofez à l'idée , que
les Ultramontains ont donnée du Tribu-
nal de leur Pontife. Ils ont dit que c'é-
toit ^ /e Tribunal de Chr'tft ; que comme il
lieft pas permis d'appeller du Tribunal de
Chrift 5 // fCeft pas permis aujjî d"* appel-
1er du Jien. ^^lil a le droit d'appe lier du
jugement des Concile s ; ^ que les Conciles
nont pas le droit d'appeller de /on juge-
ment : que ceux qui appellent de lui nu
Concile encourent par cela même V excom-
munication. Que cela a été décidé par une
Conllitution de Pie IL renouvellée parju»
les II./&par d'autres Pontifes.
Vous vous êtes oppofez à ce que les Ul-
tramontains ont avancé fur l'irreprehenfi-
bilité de leur Pontife. Ils ont dit, qu'il ell
l le 'Juge de tous , mais qu'il iiefi jugé de
per-
a Baptifta Fragofus de obligatione Summi Pontif. cap*
4. pag.133.
b Bzovius ubi fupra pag. 403. vid, & Auguft. Barbofa
de poteft. & audor. Rom. Pontif. pag. 512..
c Cypr. Benêt, de prima Orbis fede,pag. 759.
d Prieras de irrcfragab. verit. Rom. Eccl. pag. 277.
e Appellans à Pontifice ad Coiicilium , ultra diéla,
primo quidem eft excoinmunicatus; fecuiido verô eft fa-
tuus. Id. ibid. cap. 13. Voiez, ibid. le peu de cas qu'il
en excepte. Vide etiam Andr, Duval. Traft. de fum-
uia Pont, comparatione & Concil. quaeli poflrema,pag. 585.
f Vide Franc. Paul. Fabulot. de Poteftate Papae fupra
CJoncilium , pag. 9. & feq.
,g Cundos ipfe judicaturus , à nemine judicaadiis , R,
Cupers ubi fupràpag. zi.
H 3
Ïi8 JJEtat duChriJîianifme en France,
ferfonne ; ^ qiCilnî peut être àépofé^^ quil
])Ourroït ïêtre en cas qiiïl fût hérétique^
mais qiion doit croire pieufement qiCd ne
rejî jamais ; '^ qiten cas même quihnéritât
la dépofition pour cauje dhéréfie , ce ne
fourroit être qu'entant qnil aiiroit dreffé
lui-même le Canon de fa dépofition ; ^ que
quelque crime qu'il commette ; que de quel-
que notoriété que pût être la fureur ^ avec
laquelle il vendroit les chofes facrées , que
quelque tyrannique que fût fin empire fur
a. Sylvcd, Prieras de irrcfragabili veritate Rom. Ec-
çlef. cap. II. pag. 2.74, Pontlfex indubitatus nedum à
Concilie, fed neque à totoMundo poteft deponi.
b Apol. pro illuft. Card. Bellarm. Audore Adolpîio
Schulkenio Gcldrenfi , dans le fécond volume de la Bi-
bliothèque Pontif. de Roccaberti, pag, 94.
c Rodolph. Cupers ubi fuprà Art, m. pag, ii.&c.Quae-
ritur utrum Papa poffit deponi pro quocumqne crimine
notorio , & videtur quod fie. Dicitiir enira dift. 40.
Si Papa quod ejusmodi culpas redarguere pra^fumit ,
quia cunftos ipfe judicaturus , à nemine judicandus , nid
deprehendatur à fide devius: ergo videtur quod faltem
pro hserefî- pofTit deponi. Immo & Gloffa fuper diélo
cap. dicit, quod pro quocumque alio crimine notorio,
adulterii , Simonise , & hujusmodi , fi effet incorrigibilis ,•
& fcandalizaret Ecclefiam , poffet deponi. In contra-
rium eft quod dicit Anacletus dift. 79. &c. Vide ctiam
P. Ludovic. Thomaffinum ubi Aipra diff. xv, pag. 583. Si
Papa fuae 8c fraternse falutis negligens deprchenditur, inu-
tilis & remifTus in fuis operibus innumerabiles populos ca-
tervatim fecum ducit, &c. hujus culpas iftic redarguere
praefumit mortalium nemo:quia cuiittos ipfe judicaturus?
a nemine eft judicandus.
A Baptifta Fragofus de obligatione S. Pont. cap. 4,
pag. 133-
Trémière 'Partie, iip
rEgVtfe^ on ite fatir oit fmt s crime fuhft huer
un autre hofmne en Ja place.
Vous vous êtes oppofez à ce que les
Ultramontains ont enCeigné fur les privilè-
ges de leur Pontife. Ils ont dit, ^ qu'il e/l
le feiil juge de lui-même , dans fa propre
caufe:^ qu'il iieft-pas lié parles Loix : c quil
tieft pas fournis à ce précepte , jD/V le âTE-
glijè: ^ qu'il peut faire des loix pour ;/V-
tre pas accufé d'héréfe : ^ qu'il eft aM-dcJfus
du droit :f que lorsqu'il agit C07itreles loixy
& lorfqiCil en difpenfe , il ne pèche point:
s que quand même pendant un fchifme il
aur oit juré d'abdiquer le Fontificat , il ne
fer oit pas tenu d'avoir égard à fon ferment .
Vous
a Catal. Boncompagnis de tranfl. Concil. &c. pa^. 36.
h Non Hgatur legibus à fe fadis, etiam facrorum Con-
ciliorum Canonibus, fed poteit ex plenitudine pDtellatis
fuperjus&legespofiras facere, & in Canonibus Concilio-
rumjuxta^temporum opportuniratem , autlocorum &per-
fonarum conditiones difpenlare: Joh. de Turrecremata
de potcft. papal, cap. 51. pag, 345,
c Id. ibid. cap. 98. pag. 425,
d Vide GloŒim in cap. [i Papa, &c. apud Jacobatium
de Concilio pag. 31. confutatam.
e Apud eundv ibid. pag. 356, Vide etiam pag. 348.
/ Iramut.it naturas rerum , & ei eftpro ratione voluntas,
nec poteft ei dici cur ita facis,& proptercà contravenien-
do capituHs & dirpenfando cum perfonis cuna quibus
vult, valebic quod ab eo fiet, Ikc. apud Jacobatium ibid.
pag. ^^56.
g Franc. Domiracus de S. Thoma de Ecclefia Chrifti
& Papa lecft. xxi. pag. Z04, Quod fi aliquis Papa tempoïc
fchifmatis juramento le obligallet cedcrePapatui , ut uni-
tas Ecclefiae iervaretur, Sk hanc ccffionem dilataret, non
poffet ECcieiia ipfani obligare ad cellioncm talis jura-
menti,
H 4
110 UEtat du Chriftïanifyne en France,
Vous vous êtez oppofez à ce que les
Ultramontains ont foutenu touchant Tin-
failiibilité de leur Pontife. Ils ont dit ,
^ que fans cette infaillibilité // ny mirott
rien de certain Jnr la terre-, ^ que ceux qui
ont des doutes doivent attendre fes décijîons
comme celles du T>ieu célejie ; que c'eft lui
qui comme Juge fupréme ]^ojjède la puif-
fance déjuger des matières de la foi: que
des qu^un homme eji ajjls fur le Siège Pon-
tifical , il eft éclairé d'une lumière divine ,
qîii diffïpe toutes fes ténèbres y quelque basy
quelque méprifable- que pût être le lieu ,
dont il auroit été pris : <^ qu'il peut pécher ,
mais quil ne peut pas enfeigner une doc-
trine erronée :/^ qu il n'efi pas moins infail-
lible y
a Si non effet judicium Papîe indefe(î^ibile , tota fides
Catholica evanelcerct, n.im & décréta Synodorum , Sanc-
toruiiî Canonizationes , & cultus difciplinae morum cor-
ruerent in dubiuni , & in quacllionem verti polTent , &c.
qucc famen omnia autoritate finnantur Papae , Fr. Dom.
Çrivina de Pap. infaillib. pag. 413.
h Propterea quotquot ambiguitatem , fcrupulos à men-
te evellere peroptant , ad Sedem Apoftolicam tanquam
ad fidei noi raam accedunr , Se à Pontifice maximo , oui
'àCitLEsTi NuMiNE judicium, fententiam expec-
tant ; quoniam in Romano Pontifice , ut in S u i> r f. m 0
JuDicE , eft de caufis fidei ultima judicandi poteftas ,
«kc.Alexand. àTurrecremenfisubifup. Rad. xviii.pag. 38.
c Vide Franc. Dcminic. Maria Marchef. de capite vi-
fibili Ecclef. dubiumultimum , p. 798. 799. & feq. Fabu-
Jot. de poteli. Papx, pag. 36.
d Fr. Domin. à Trinit. de S. Pont, pag 3o6.,Gregorii de
Valentia Analyf. fid. Cath.pag 8. Pontifcx in definiendo ftu-
diumadhibcat,five non adhibeat, modotamenControvei'-
ilam denniat, iniallibiliter certè detînict , ikc.
Trémière "Partie. t^t
Itblet quand il définit feul y que quand il le
fait à la tête à' un Concile \ quand il le fait
a_près avoir mîh'ement examiné un Jujet ,
que quand il le fait fans examen ; ^ quand
il parle comme *T>otleur privé ^ que quand
il far le comme DoBeur fubltc : h que fa
volonté \ê fon entendement font mus intr in-
féquemmt par le St. Efprit : '^ que c'eft de
lui que r infaillibilité émane fur les Conci-
les : ^ que quand il convoque des Conciles, il
a pour but de déclarer fes décifions ; afin
que ce qiC elles portent , vrai en foi ,
foit vrai auffipar rapport à nous ; ^ qu^on
doit s'y foumettre , quand même elles fe-
voient oppofées au jugement de toute la ter-
re -J qu'il ne peut pas être hérétique: que
jamais ^ape n'eft tombé dans Ihéréfie ;
pas même Zephirin , lorsqu'il donna aux
Montaniftes des lettres de pacification ,
qu'il
a Voiez cette opinion de Pighius lib. iv. cap. 8. de
Hierarch. Ecclefiaftica, réfutée par Franc. Dominique
Bannes, dubitationes de R.Pontificepag. 313. & rapportée
(;n ces termes : Ut primum quis creatur fummus Ponti-
fex , itatiin confu-matur in fide , ita ut etiamfî velit , non
poffit errare crrorc pcrfonali.
b Franc. Dominic. Gravina de Papse infallibilit. 8cc. Art.
II. pag 494.
c Vid. Cathedrse Apoftolicae Oecumenicae aucfloritas,
apud Roccabert. tom. vn. pag. 551. Vid. etiaifi P. Ludo-
vic. Thomair. Diflert. xviii. in Synod. Rom. pag. 663.
d Carhedrse Apoft. audioritas , pag. 664,
e Vide hanc fententiam confutatam apud Jacobatiuni
de Concilio , pag. 201.
/ Bzovius de Pontif. Rom. cap, i6. pag. 338.
339. ckc. gcc.
ïii n Etat du Cbrijî tan t/me en France,
qu'il révoqua enfuite par le confeil de
Praxeas l'erreur , dans laquelle il tom-
ba d'abord , ne concernant que les perfon-
nes^ & non pas la Religion : pas même
Marcellin,qui offrit bien de l'encens aux
îdoîes parla crainte de la mort, mais qui
ne prêcha, ni n'cxcula l'idolâtrie, &qui
perdit bien la confeffion , mais non pas
ia foi : pas même Félix , qui aiant été in-
trus par les Arriens à la place de Liberius ,
entretint communion avec eux, mais qui
ne pécha qu'i V égard de la convenance de
la communion , mais non à l'égard de ladt-
"uerjité de la fecîe ; & qui eil bien appel-
lé Arrien dans quelques exemplaires cor-
rompus, mais non dans les anciens Ma-
nufcrits de faint Jérôme : pas même Li-
berius, duquel à la vérité S. Jérôme &
un Hilaire , qui ne peut pas être le vrai
Hilaire, ont avancé qu'il foufcrivit à l'hc-
rélie Arrienne , mais qui aiant été mieux
informez corrigèrent leur flile , & dirent,
qu'il avoit fbufcrit à la méchanceté Arrien'
7/^; c'eit-à-dire, à la condamnation de St.
Athanafe: pas même Sylveftre II. qui s'a-
donna bien à F Albologie , mais non à la
Magie , & que Benno aaccufé par un prin-
cipe de malice , d'avoir voué fon ame au
Démon pour devenir Pape : pas même
Céleflin, qui regarda feulement comme
probable, mais qui ne détermina pas que
l'hé-
Crémière Partie. îij
l'héréfie annuUoit le mariage , & qu une
perionne , qui s'étoic mariée avec un hé-
rétique , pouvoir fe remarier avec un au-
tre : pas même Jean XXII. qui opina ,
mais qui ne définit points que les âmes
des gens de bien ne font admiles à
la vifion de Dieu qu'après la réfur-
re(!^iion , & qui n'auroit pas manqué de
retracer cette erreur , fi la mort ne la-
voit prévenu : pas mêm.e Jean XXIII.
quoique Philippe , Roi de France , Tait
appelle hérétique , & qu'on l'ait accufé
par calomnie d'avoir nié la vie à venir ,
ik une bienheureufe rélurredion.
Vous vous êtez oppofez aux fliilueufcs
defcriptions, que les Ultramontains ont
faites de leur Pontife : vous avez rejette
ces Proportions : ^ ^.e le ^ape eft non
feulement le plus grand dans T Eglife ^mais
qtiil cft plus grarid que Œgltfe : ^ qtiil ejl
aihdejftis des Anges : ^ que fin autorité s'é-
tend
a Vide Jacôbatium de Concilio, pag. 570.
b Soins itaque Deus major efl Papa ; nam autoritate
& poteftate cacteris etiam Sandlis exiftentibus in c^lo *
etiam iplïs Angeîis major eft. Quamvis fcandalo fît toti
Ecclefiîe , & pelEmus , ac immanibus fe devolvat pec-
•eatis , tolerandus St ôc obediendus. Vid. Franc. Alphons.
Mendoza quseft. iv, Scholaft. pag. 14. S. Anton, de Sum.
P. pag. 78.
c Chriflus plenam habiiit totius Orbis onlnifque creatu-
rse jurisdiftionem ; igitur &Vicarius illius fummus Pçnti-
fcx'j&c. Alvar. B. Antoninus Aug. Anconitanus, & plures
alii , apud Celfum Mancinum de juribus Princip. cap. 4.
pag. 54, ô:c.
114 L'^Etat du Chriflianijme en France,
tend fur tout l'Univers : c- qiC il ne fauroit
enabufer: ^ que St. Pierre n*auroit pas eu
le droit défaire une loi , four borner lapuif-
fance du Tape , farce que le ^ape eji égal
à lui : ^ qu'il tient lieu de T>ieufur la ter-
re , Ç^ que fes avions doivent être réfu-
tées celles de Dieu même : ^ qtielle ne fe
borne pas au fpirituel , mais qu'elle s'é-
tend fur le temporel , ce qui fut marqué
far ces paroles de St. 'Pierre à J. C. Sei-
gneur, voici deux epées: * qu'il participe
à la divinité de J. C. par fa puijfance
fpirituelle , ^ à l'humanité de ce divin
Sauveur par fa puifTance temporelle : qu'il
peut exercer cette puiffance temporelle fur
le monde entier ; qtîHl le fait de droit ;
que s'il ne l'exerce pas de fait ^ cefî parce
qu'il eft tout occupé des chofes fpirituelles :
f que tous les revenus du monde lui appar-
tiennent ; ^ que s'il fe contente de ceux de
l'Italie, ce n'efî pas qtiilsîie foient à lui,
mais
a Frnnc. Dominic. à Sanfl. Trinitate de fac. Ecclef.
Conc. pag. ^i^C':^.
b At ipfe Divus Pctriis non potuit legem ferre , qua-
tenus Pontifex &: caput erat Ecclefise , qua fiicceflbres
Qb'igaret , qiiia par in parem non habet i.mperium, Franc.
Alph. Mendoza ubi fup. pag. 14.
c Apud Jacobat. ubi fupra pag. 12,1. 113. &c.
d Celf. Mancin. ubi fupra pag. 51.
e Alvarez Pelagius de planftu Ecd.lib.i.cap. 37.pag.47.
/ Antonin.Aug. Anconitanus ubi fupra pag. 56. &c.
g St. Antonin. Arckiepifcop. Florent, de 5. Pontifi.ce ,
pag. 79-^-88. 89. Sec.
'Crémière Partie, i^^
mais c'e/l qu^ il aime la paix : que cette
poiTeffion lui a été conférée quand J. C.
a dit : Cherchez premièrement le Roiaume
de T^ieu ^ fajuftice y & toutes les autres
chofes vous feront ajoutées par-dejjiis :
qu'elle a été figurée par la millérieufe
conduite de St. Pierre , qui entra feul
dans la mer, lorfquej. Chrill y apparut à
fes Difciples.
Sur-tout comme François, toujours dif-
tinguez par leur fidélité , & par leur dé-
vouement à leur Roi , vous vous êtes
oppofez à l'ufurpation , que les Pontifes
ont faite des droits des Souverains. Vos
Théologiens ont proteflé contre ces ma-
ximes des Ultramontains , ^ que le Tonti-
fe a fiiccedé , quant au temporel^ à Conf-
tant in le Grand , comme à St. Pierre quant
au fpirituel: ^ que c'eft lui , quia tr an finis
r Empire à Charks-Magne : * qtie de Fa*
'veu même de VEglife Gallicane il domine
fiir les Rois, fitr les T rince s , fiir les Em-
pereurs ,ftir leurs 'Principautés , fitr leurs
Roiaume s , fur leurs Empires , puifquil
domine fur les Anges mêmes : ^ qu'il n'e/i
pas
a Robert. Bellarmin. de poteftate fummi Pontifie, cap.
17. pag. 410.
b Vid. tradat. de Cathedrae Apoft. audorit. pag. 348.
c Caeleflin. Sfondrat. Gallia vindicata ,pag. 740.741. 8c
Cap. II. cui titulus, Ecclefise Gtllicanse confenfus pro
Pontificis indireft-à poteftatc in Regcs, & Principes, eo-
ruinq. boju, & dignitates temporales,
d Fr. Léonard. Coquaei Antiniornaeus ,pag. 4^0, 8cc,
ïz6 VEtat du Chriftïan'îjme en France^
pas ^onùfe ^ Ce far tant enfemble , maif^
que la dignité de Tontife lui affujetit celle;
de s Ce fars', que fonte nir le contraire , ccji.
non feulement tme erreur , mais une héré-
fie : qu aucun Catholique ne lui a contefté
cette prérogative ^ & que toute ladiJputCy
qu'il peut y avoir eu entre eux à cet
égards roule feulement fur cette queftion:
Le T ontife a4-il cette puiffajîce d'une ma-
nière direBe , ou indireÛe?'^ Glue l'autorité
du Taf excelle des Souverains font de deux
genres dijférens^ qu'elles ne font pas com-
me deux mains , qui ont la même dignité, mais
comme le corps^ l'efprit^dontl'un eft fubor'
donné à l'autre'. ^ qu'il a le pouvoir de dépofer
les Rois y & de les élire : que quand il ufe
de ce pouvoir , il ne prétend pas être plus
grand que T^icu , de qui les Rois reconnoif
fent , qu'ils tiennent leurs Roiaumes , mais
qu'il agit en cela par l'ordre de T)ieuy
dont il eft le Vicaire: '^ que lorsqu'il appelle
nu Concile pour concourir avec lui à la
dépofition d'un Roi , ilnes'afjocie tant dau-
guftes perfoiines que par pure honnêteté ^
& non parce qu'il a befoin de leurs concours
& de leurs fujf rage s dans cet aBe de Su-
prématie: ^ que c' eft lui qui confirme ^ qui
oint ,
a Robert. Bellarm. de poteHat. S. Pontif. cap. xvii.
pag. 41?.
b Idem ibio.
c Idem ibid. pag. 389.
à Alvar. Peîagius de plandlu Ecclef.^ cap. " xiii. pag.
31. Sec.
Première Partie, 127
oint , qui couronne , qui approuve , qui re-
prouve les Empereurs , coinme bon lui fem-
ble.
Vous n'avez pu voir fans frémir des
maximes fi dangereufes mifes en exécu-
tion: un Prélat, exhortant de cette ma-
nière Léon X. /i y? prévaloir de la ton-
îe-puijfance^ qui 'lui a été donnée dans
le ciel ïê fur la terre ; '^ Trens le glaive
à deux t ranch an s , que la '^Divinité fa
mis entre les mains , enjoins , commande ,
ordonne , Lie les Rois avec les fers
du grand Roi ; contraints les Nobles a vec les
chaînes de tes cenfures\ tu ne faurois excé-
der ton pouvoir.
Vous avez frémi d'entendre un Sixte \.
fulminant cette Bulle contre les deux fils-
de la colcre , fa voir le Roi de Navarre &
le Prince de Condé: „ ^ L'autorité, qui a
été
a Arripe ergo gladium divinas Poteftatis tibi credi-
tum, bis acutum; & jube,iinpera , manda, utpax uni-
verlahs , & colligatio per decennium inter Chnftianos
ad minus fiât; & Reges ad id in compedibus magni Ré-
gis hga ; U Nobiks cenfurarum in manicis ferreis con-
ltnnge;quoniam tibi data eft omnis poteftas incœlo&in
terra. Epifc. Patrac. feff. lo. p. 131.
b Ab immenfa seterni Régis potentia B. Petro eiiifque
luccdioribus tradita , auéloritas omnes terrenorum Rc^um
^ Pnncipum fiipereminet poteftates — InconculTa pro-
i^xt in omnes judicia Et fi quos ordinationi Dei refif-
tentes invenit Jevenore hos vindifta iilcifcitur,&quam-
yis potentiores de fijlio dejiciens , veluti fuperbicntis
Luciteri Minifiros ad infima terrae deturbatos proftex-
nit— Dominus, regnis , ôcc. Nos, illos illorumque po-
ueros pnvamus m perpetuum— - A juramcnto hujusmo-
*5J, ac onvii prorfus Domirùi , Fidelitatis, ôcObfeguiide-
bito.
1x8 DEtat du Chriftianifine en France^
„ été donnée à St. Pierre & à fes Suc-
3, cefîeurs par l'immenfe pouvoir du Roi
,, éternel , excède celle de tous les Prin-
,, ces & de tous les Rois: elle porte fur
„ tous les hommes de la terre des juge-
„ mens inébranlables : fi elle trouve des
„ hommes qui lui réfiftent , elle les ter-
5, ralîè d'une manière proportionnée à
5) leur élévation ; elle les renverfe du faî-
5, te des grandeurs , où ils font élevez ,
„ & elle les précipite jufques aux lieux
5, les plus bas de la terre , comme les
5, Minillres du fuperbe Lucifer Nous
5, délivrons & nous abfolvons du ferment
5, de fidélité tous leurs Sujets Nous leur
„ deffëndons d'avoir aucune déférence
„ pour leurs mandemens & loix , &c.
Vous avez frémi d'entendre ces paroles
de Grégoire VIL ^ „ Pour la defFenfc de
l'E-
bito , illos omnes tam univerfe , quam fingulatim , auc-
toritate prïefentium abfolvimus, & liberamus, prsecipi-
musque & mterdicimus eis univerfis & lîngulis , ne illis
eorumquc monitis , Icgibus & mandatis audeantobedire.
BuUaSixti V. contra Henr. Navarr. R. &c.
à Hac itaque fiducia fretus pro dignitate Z<. tuteia Ec-
elçfise luœ fan<5t-.E , omnipctentis Dei nomme Patris ,
Filii , &Spiriius Sandi , Heniicum Regem , Henrici
quondam Iraperatoris filium, qui audafter nimis, &: te-
merariè in Ex-cldiam tuam manus injecit , Imperatoiia
adminiftratione Regiique dejicio : &: Chriftianos omnes
imperio fubjcdos juraniento illo abfolvo, quo fidem ve-
ns Regibus praeilare confueverunt: dignum enim efl , ut
is honore careat , qui MajelVatem Ëcclefiie imminuere
caulatur. Platina in Grcg. VII. &: Tora. x. Conc.Rom. 3,.
apud Bin, p. 484.
Trémière 'Partie. 129
„ TEglifc de Dieu ; au nom du Dieu tout-
„ puilfant le Père , le Fils & le Saint Kf-
„ prit , je dépofe de fon adminillration
„ Roiale , & Impériale, le Roi Henri,
„ fils d'Henri jadis Empereur, pour avoir
„ porté des mains téméraires & au-
„ dacieufes fur TEglife; j'abious tous les
„ Sujets du ferment qu'lL lui ont prê-
„ té Car celui qui a oie diminuer la
„ Majefté de l'Eglife , eil digne d'être
,. privé de cet honneur.
Non feulement vos Théologiens fe
font liffuez contre une dod'trine & contre
une conduite li funelles à lafociété , mais
vos Politiques fe font joints à vos Théo-
logiens, dans les mêmes vues. Combien
de vos Jurisconfukes ont-ils bravé les fou-
dres du Vatican , pour plaider la cauie de
leurs Rois ? En combien d'occalions le
Parlement de Paris n'a-t il pas fignalé fon
zèle fur cet important fujet. * Avec quel-
le force ne deftèndit-il point les lihertez
de VEglife Gallicane contre la Cour de
Rome , dans l'Ouvrage qu'il préienta à
Louis XI. ?Je ne faurois m'empêcher de
vousrappellerauiiiun arrêt de cetaugufte
Corps, en datte du x6. Novembre 1610.
con-
* Vid. apud Fran. Diiarenum pro libertate Ecclef.
Gallic. aiiverfus Romnnam A'il-im , deiTcnfionera Pari-
fienlls CiTri3e,Ludovico XL Galloriim Régi quondam
oblatam, pag. 103. 6cc.
Tom. I. I
130 V Etat du Qhriftïanijme en France^
contre le Livre du Cardinal Bellarmin,
dont nous avons cité quelques palFages ,
intitulé , Traité delà Tuïjfànce fiipréme du
pontife contre Guillaume Barclay.
* Cet arrêt eft rendu à la requifition
des Gens du Roi , qui après avoir re-
marqué que Bellarmin avoit déjà avancé
dans un Traité 'de la Hiérarchie du Pon-
tife , dédié à Sixte V. que le Pape a une
puifTance temporelle indireflemcnt , fe
plaignent que ce Cardinal ajoute de nouvel-
les erreurs i\ celle-là , dans TOuvrage ,
dont nous parlons; ils en marquent plu-
fleurs endroits , dont je ne rapporterai
qu'un petit nombre.
,, Que les Princes temporels peuvent
„ être dépofez par les fouverains Pon-
„ tifcs , quand la néceffité de l'Eglife le
„ demande,
„ Que les Apôtres étoient fournis
aux Princes de fait feulement, & non
pas de droit.
Que le Pontife peut, s'il eft néceffai-
„ re pour le falut des âmes , ôter le
„ Roiaume à quelqu'un, & le conférer
„ à un autre.
„ Que quand il affranchit des Sujets de
„ l'obéiiîimce qu'ils doivent à un Prin-
„ ce , il ne les difpenfe pas d'obéir à
5, leur Souverain , ce qui feroit violer le
droit
* Imprimé in 8. fans nom de lieu en 1610,
3>
5>
Trémière Partie. 131
„ droit naturel , mais il fait que celui qui
„ étoit leur Souverain légitime , celFede
„ l'être.
„ Que l'autorité , par laquelle le Pon-
„ tife contraint tous les Chrétiens de fai-
„ re leur devoir , ne fe borne pas à l'ex-
„ communication, mais quelle s'étend
„ jufqu'à la privation de leurs Roiaumes
,, & Principautez, quand le Palleur juge
„ que cela efl expédient pour le falut du
„ troupeau.
„ Que fi l'Empereur ne veut pas dé-
„ gainer fon épée au figne de la volonté
5, du Pontife , ou s'il la dégaine contre
„ ce ligne ; le Pontife le contraindra bien
„ d'abord par le glaive fpirituel , c'efl-à-
„ dire, par les cenfures Ecclefiaftiques ;
5, mais que fi l'Empereur réfilleàcescen-
5, fures, le Pontife lui ôtera l'Empire.
Voilà quelques-unes des propolitions ,
dont les Gens du Roi demandent la con-
damnation. Ils fondent leur requili-
tion fur plufieurs raifons. Celle qu'ils
apportent contre la dernière de ces pro-
pofitions, elt bien remarquable : * Ici
la Cour fe fou viendra , difent-ils, àe la
principale rai fon , qui fut alléguée par le
dernier parricide , pour le mouvement
qui l'avott poujfé à fon eutreprife fur la
fi.
* Pag. io.
I z
1 3 x L'Etat du Qhriftïanifme en France ,
facrée perfonne du Roi Henri IV. Car
parlant de la guerre de Cleves ^ de Ju^
lier s , où icelui Seigneur Roi fe fropofoit
d'aller pour fecourir les Princes à'Alle'
magne fis Alliez, , cet abominable a répon-
du en la face desju^es^ quilavoit penje
que cette guerre fi fai [oit contre le gré du
^Fape ^ ^ qiiil avoit crû que quiconque
faifioit la guerre contre la volonté du Pape y
la faifioit contre la volonté de 'Dieu mê-
me , que 'Dieu et oit le Pape , t3 que le
Tape étoit 'Dieu.
„ Sur les requifitions des Gens du Roi
la Cour fait inhibitions & défenfes à
toutes perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient , fur peine
de crime de lèieMajeilé, de recevoir,
retenir , communiquer , imprimer ,
faire imprimer, ou expofer en vente ,
le dit Livre contenant une fauile &
détellable propofition , tendente à Té-
verfion des Puiifances fouveraines or-
données & établies de Dieu , fouleve-
ment des Sujets contre leurs Princes ,
fubftraftion de leur obéifîance , induc-
tion d'attenter à leurs Perfonnes &
Etats , & troubler le repos & la tran-
quillité publ-que. Enjoint à^ceux qui
auront des exemplaires du dit Livre,
ou connoiiTance de ceux qui en feront
faifis, de le déclarer promptement aux
Juges
55
5>
Tr entière "Partie. 133
Juges ordinaires , pour en être faite
pcrquifition à la requête des fubftituts
du dit Procqreur Général , & proce-
„ der contre les coulpables : fait pareilles
„ inhibitions &défenres à tous Doéieurs,
„ ProfefTeurs, & autres, de traiter, dif-
„ puter , écrire , ni enfeigner direéle-
„ ment, ni indiredement,en leurs Ecoles,
„ Collèges, & tous autres lieux, la fufdite
5, proporition,&:c.
Je viens de marquer les idées , que
les Ultramontains fe forment de leur Pon-
tife : vous faites profefîion de les rejet-
ter ; vous avez toujours regardé ceux qui
ont voulu les introduire dans vos Ecoles,
comme les plus grands ennemis de la
France. PuifTiez-vous ne jamais démen-
tir de fi fages difpofitions ! Puiiliezvous
faire évanouir les craintes, que vous don-
nez depuis quelque temps fur ce fujet, à
tous ceux qui s'intéreffent véritablement
pour votre bonheur, & pour votre gloi-
re! Mais de quel côté fe rangera un Par-
ticulier dans ce fameux procès ? fe déter-
minera-t-il par lui même en confrontant
avec l'Ecriture la Doétrine des deux par-
tis, pour fuivre celui qui eil le plus in-,
violablement attaché au décifions de ce
Livre facré? Mais de quel droit un hom-
me , félon vous, incapable d'entrer dans
la difcuffion des Dogmes, fuivra-t-il dans
I 3 cette
134 L''Etat duChrifitanifme en France^
cette occafion les lumières de fon efprit ,
& le didamen de la confcience? De quel
droit préferera-t-il fon jugement à celui
des Auteurs Ultramontains, qui plaident
avec tant de chaleur la caufe de leur Pon-
tife, ou à celui de tant de Sa vans , que
notre France a produits , & qui fe font
acquis une réputation immortelle dans TE-
glife,pour avoir réfillé avec tant de cou-
rage aux invafions de FUfurpateur ? Que
fera donc un Particulier ? renoncera-t-il
à fon propre fens pour fe foumettre à une
Autorité fupérieure ? Mais à quel tribu-
nal aura-t-il recours, qui nefoit en même
temps & Juge, & Partie? Mettra-t-il les
quellions , qui divifent l'Eglife de Rome
d'avec l'Egliie Gallicane, dans la clalTede
celles , fur lesquelles on peut fe tromper
fans péril ? Mais il s'agit d'être Hérétique,
ou Orthodoxe: efclave d'un fnriple mor-
tel , ou Difciple docile d'un Maitre , à
qui Dieu lui-même a cédé fes droits : bon
Sujet , ou Sujet rebelle , digne d'être ad-
mis à la Communion des gens de bien, ou
d'être foudroie de leurs anathêmea? Kef-
tera-t-il indéterminé entre les deux par-
tis , fans fe déclarer ni pour l'un , ni pour
l'autre? Il encourra l'indignation de tous
les deux. Où eit donc cette tranquilli-
té, Meflieurs, que vous nous faifiez ef-
perer du parti de la foumiffion ? Où
font
Crémière Partie. 135'
font les fruits de cette unité , que vous
nous alléguiez comme un des grands ca-
ractères de votre Communion ?
Mais lailfons à l'écart tout ce qu'il y a
de plus odieux & de plus outré dans les
idées, que les Ultramontains fe forment
de leur Pontife. Prenons leur fyftême
le plus modéré , & réduifons le à cette
Propofition : On doit fe foimiettre aux dé-
cifions du Pafe , quand il prononce ex Ca-
thedra///r des matières de foi. Dans cette
fuppofition même vos objections contre
l'examen , font plus fortes contre votre
Communion , que contre la nôtre : & en
voulant affranchir les Particuliers des dif-
ficultez de la difcufTion , on les jette dans
des diliicultez beaucoup plus grandes.
I. Je demande qu'on me donne des
moiens pour dhtinguer ce que le Pape
prononce ex Cathedra , d'avec ce qu'il
prononce d'une autre manière. Quelque
recherche que j'aie faite, je n'ai rien pu
trouver de hxe fur ce fujet dans la Théo-
logie des Catholiques Romains. Non
feulement les Ultramontains font en con-
tradiéiion avec l'Eglife Gallicane , quand
ils veulent déterminer cette queition ;
mais ils font en contradi(^lion les uns avec
les autres. Ils foutlennent , qu'il n'elt
pas néceffaire que le Pape foit dans un
Concile pour prononcer ex Cathedra des
I 4 déci-
1^6 L'Etat du Chrifttan'îfme en France -^
décifions infiiillibles, ce que l'Eglife Gal-
licane n'admettra jamais. Ils font en con-
tradi^'-iion les uns avec les autres. C'eil
ce dont le L.edeur fe convaincra , s'il
veut fe donner le foin de confronter
'^ Lombard, ^ (rravine, ^ Duval, ^ Ban-
nes, & quelques autres.
Parler ex Cathedra^ félon l'opinion la
plus généralement reçue à Rome, c'eil
parler non comme Do(î-teur privé,mais com-
me Pontife: & le Pontife parle en cette der-
nière qualité I. Quand il s'adrelîèà toute
l'Eglife. 2. Quand il décide des matières ,
qu'il a mûrement examinées. 3- Quand
il les propofe comme des Articles de foi.
4. Quand il déclare hérétiques & qu'il ana-
thématîze ceux qui les rejettent. ' Cette
doftrine concilie, félon les Auteurs que
j'ai citez, les contradictions , qui fe trou-
vent entre les décifions de divers Ponti-
fes. / Par exemple , difent-ils. Sixte IV^
deffendit autrefois , fous peine d'excom-
munication , de peindre Ste. Catherine
avec des lligmates ; mais cette delience
ne
a F.ugen. Lombard, de infollibititate Papas , lib, iii-.
pag. 4<^6.
b Franc, Dominic, Gravina de Papse infallib. artic. ij.
pag. 496.
c Andi. Duval. de infallib. Pap^e , quseft. v. pag.4S4.
i Bannes art. lO. quicft i. in D. Thom. dubit. i. apiid
Duval. ibid. pag. 488.
* Confere2 les Auteurs citez ci-deiTus.
/ Percr. de'Ecclcf, cap, 6, dubit. 13.
Crémière Partie. 137
ne rouloit pas fur des matières de foi:
■elle étoit dellinée feulement à terminer
des controverfes, qui font affoupies de-
puis ce temps-là. C'ed pour cela que
dans rOrîice, publié par les ordres d'Ur-
bain VIII. Ste. Catherine elt peinte avec
des iligmates. * De même fi le St. Siège
a defïèndu dans quelques occafions, fous
peine d'excommunication , aux Tho-
mifles d'enfeigner le dogme de la Con-
ception Immaculée , & fi dans d'autres
occafions il a décidé que ce dogme n'a
rien de dangereux : c'ell qu'autre elt la
pùjfance de définitton-> ^ '^vXxç.X'^ puïjfan'
ce de jurïsâi^ion , autres les détermina-
tions des véritez ^&'o;/ ^/?i^ fr<?/>£', ^' au-
tres celles des règles du gouvernement qiion
deit fuivre : autre fanathême lancé contre
les Hérétiques , autre celui qui efl lancé
contre les rebelles. De même quand Cé-
leftin III a prononcé , que lorsqu'un ma-
ri, ou une femme , tombe dans l'héré-
fle, leur mariage e[i dilJGlu ; il na pas pro-
jionce comme "Tontife , quoique fa Décret aie
fe trouve dans le Corps du Droit Canon :
c'eil pour cela qu'Innocent III. Ta rejettée.
De même encore ce Décret d'Alexandre
m. \ Alienum efl à gêner ali coîi/uetudme,^
à
* Idem Jbid.
t Vide Caïuim de locis Theoîog. lib. v. cap. v. &
lib. VI. cap. 9. apud Duval, ubi fuperius pag. 488.
I S
158 n Etat du Chrtftiamjtne en Francey
à divina lege , ^ à fan^orum ^atrum in-
ftitutis , ut teftamenta ^fi quinque vel fep-
tem teflïum fîierint fiibfirïptione firmata^
fenitus refcindantur , ce Décret , dis-je ,
quoiqu'inferé dans le Droit Canon, na
pas été prononcé par Alexandre III. com-
me Pontife; c'eit pour cela qu'il eft rejet-
té aujourd'hui de la plupart des Théo-
logiens. Je vous lailTe juger , Meffieurs ,
s'il eft polfible qu'un Particulier, dont le
génie ne fauroit fuffire à entrer dans la
difcuflion des Dogmes de l'Ecriture ,
puilîè fortir des labirinthes , dans les-
quels toutes ces diltindions le font éga-
rer.
II. Ce n'efl pas tout. Non feulement
je me fens retenu par vos argumens ,
lorsque je veux me foumettre aveuglé-
ment au Pontife ; mais quand même je
croirois triompher de vous dans cette
difpute , je ne faurois comment m'afTu-
rer, que l'homme, qui occupe aduelle-
ment le- Siège Pontifical , efl ce Pontife,
auquel on m'a prouvé que je dois me fou-
mettre: & non un intrus , qui a envahi
cette dignité , ou un refradaire , qui y
aiant été élevé juridiquement, s'en eil
dégradé lui-même par fes erreurs & par
fes vices.
Ce fcrupuîe m'efl infpiré par ces mê-
mes Théologiens , qui me renvoient au
tribu-
Crémière Tartie» 139
tribunal du Pontife. Ils m'avertifFent,
qu'il ne iuffit pas pour être un légitime
Pontife d'en avoir le nom , d'en porter la
Thiare , d'en recevoir les hommages ,
d'en remplir le thrône. Ils me difent,
que pour être un légitime Pontife il faut
I. avoir été élu canoniquement : x. per-
fiiter dans la foi de l'Eglife ; c'ell donc à
moi d'examiner fi je trouve ces deux con-
ditions dans l'homme, qui occupe aduel-
lement le Siège Pontifical.
Me voilà engagé dans un examen péni-
ble , moi qui me promettois de me voir af-
franchi des peines de l'examen par la voie
de la foumiiïion. Bien plus , me voilà
engagé dans de nouvelles difputes , moi
qui me promettois de trouver dans la voie
de la foumiiïion dequoi m'afïranchir du
dégoût de la difpute. Je demande aux
Théologiens , qui ont marqué ces condi-
tions , ce qu'ils entendent par être élâ
canoniquement ? Je vois parmi eux fur ce
fujet, comme fur tant d'autres , une ex-
trême variété d'opinions. Je choilis cel-
le qui a le plus grand nombre de parti-
fans ; la voici. Deux fortes de chofes
font requifes pour une éledion canoni-
que, l'une de la part des fujets qui éli-
lent, l'autre de la part du fujet élu. Voi-
ci ce qui eil requis de la part des fujets
qui élifent.
I. *Ce
140 U Etat du Chrijîhmjme en France^
r i.*Ce font des Cardinaux, qui doivent
élire le Pontife, x. Ils doivent y affilier
tous, du moins il leur doit être permis
â tous d'y aiîiiter , fans qu'on en puifTe
exclurre aucun. 3. Ils doivent agir libre-
ment. 4. Ils doivent être déterminez à
ne donner leurs fuffrages par aucun mo-
tif d'intérêt, ou de malice, &c. 5-. Ils
doivent avoir l'efprit fain , & être exempts
de toute ombre de démence, ou de fré-
nefie.
Il eft requis de la part duffujet élu. i.
Qu'il ait été baptizé. 2. Qu'il foit dans un
âge mûr. 3 . Qu'il foit mâle , ëc non fe-
melle , félon cet axiome : In midierem
non cadunt C laves Ecclefia , c'elt-à-dire ,
les Clefs de r Egl'tfè 716 tombent pas dans les
mains dune femme. 4. Qu'il ne foit que
mâle , & non hermaphrodite. 5-. Qu'il ne
foit point Simoniaque. 6. Qu'il foit Ortho-
doxe , l'Héréfie feule fumfant pour an-
nuUer une élection.
Toutes ces conditions en fuppofent
d'autres , d'où elles dépendent. Par
exemple,la première fuppofe qu'un hom-
me, qu'on admet à donner fon fufliage
pour l'éleétion d'un Pontife, a non feule- ,
ment le titre de Cardinal , mais qu'il en
aj
* Franc.Domin.à S. Trin. deS.Pont. cop.x.pag. Z69.
t Vide Eugen. Lombard, de fuperiorit. Papae , &:c.'
cap. XIV. pag.446. Jacobat. ubi fup. artic. xi.pag.42.0.
Crémière Partie. 141
a l'eflence.En quoi confifte-t elle? Autre
fource de débats ; autre fource de per-
plexitez pour un Particulier. Je ne fe-
rai point d'incident fur ce fujet. Mais
par quelle voie pourrai-je m'aifurer que
les conditions , dont on rne fait l'é-
numeration , font celles que Dieu a re-
quifes pour la légitime éledlion de fon
Vicaire ?
Je ne faurois m'empêcher , par exem-;
pie , d'avoir des fcrupules fur la premiè-
re. Qui a eu le droit d'enlever au Peu-
ple la prérogative de donner fon fuffra-
ge dans l'életî'iion du Pontife, & de la
refervcraU Collège des Cardinaux ? ceux
mêmes , qui Ibutiennent qu'elle lui appar-
tient , nous apprennent'qu'il ne l'a que de-
puis le douzième Siècle. Je pourrois allé-
guer un grand nombre d'Auteurs fur ce
îujet. îl fuffit du témoignage de '^ * Ni-
colas Coeftëteau François , mais pour-
tant aiijji chéri du ^ontïfe^ que de Louis
XIII. Roi de France : ce font les termes
de ceux qui ont publié fes Ecrits , & qui
les ont jugez dignes d'être dans la clalfe
de ceux qui font deitinez à relever la
gloi-
a Fr. Nicolas Coeffeteau pro S. Monarchia Ecdel^
Cathol. fc advcrfus Remp. M. Anton, de Dominis ,
pag. 319.
* Il étoit Evcque de Marfeille , Vicaire Général de h
Congrégation Gallicane à Rome.
1 42» UEtat du Chrijiianijme en France ^
gloire du thrône Pontifical. Cet Auteur
nous apprend qu'anciennement le Clergé
& le Peuple Romain , les Evêques étran-
gers mêmes , étoient admis à donner leur
lufFrage dans l'éledion des Pontifes ; il
le prouve par un pafFage * de faint Cy-
prien.
i II ajoute que Grégoire le Grand élu
FAn ^po. ne fut confacré qu'après que
l'Empereur Maurice y eût confenti , ce
qui différa de fix mois la cérémonie de fa
confecration : que l'An fix cens quatre
vingt quatre l'Empereur Conftantin IV.
rétablit l'ancienne liberté des éledions,
en caffant l'arrêt de Juflinien , qui l'avoit
opprimée: que l'An 773. le Pape Adrien I.
à la tête d'un Concile de 150. Evêques,
défera à Charles-Magne un honneur, que
cet Empereur refufa , je veux dire celui
de nommer un Pontife : que fur la fin du
X. Siècle Léon VIII. Pape crût ne pou-
voir trouver de moien plus efficace pour
réprimer Fefprit de fa^iion , dont le Cler-
gé & le Peuple Romain étoient animez
dans les éleétions , que de les remettre
aux Empereurs , qui enabufèrent: qu'elle
leur fut ôtée par le Pape Nicolas II. l'An
105-9.
* Cornélius facfhis eft Epifcopus à plurimis Epifcopis,
qui tiyic Romîc aderant , de Clericorum ferè omnium
teftimonio , de plcbis , quœ lune adfuit, fufFragio , de Sa-
cerdotum anriquorum ck bonorum virorum Collcgio ,
Cyp. lib. IV. epift. 2. cité par Cocffeteau pag. 319.
Trémière Tartie, 143
105-9. qui la donna principalement aux
Cardinaux, quoiqu'avec quelque reftric-
tion : mais qu'elle leur fût entièrement re-
mife fous Alexandre III. vers le milieu;
du douzième Siècle par un Concile de'
Latran , compofé de plus de trois cens
Evêques.
L'Auteur , que j'ai cité , nous fournit
aufli quelques exemples des difficulrez,
qu'on fit dans TEglife contre ce préten-
du droit des Cardinaux: & il nous don-
ne lieu de foupçonner, qu'on pourroit lé-
gitimement en faire de nouvelles. Je ne
prelTerai pas cette réflexion : j'accorde-'
rai que toutes les conditions , dont nous
avons parlé , font celles qui doivent être
obfervées dans l'élertion d'un Pontife.
Mais comment pourrai-je parvenir à me
convainc re,qu'ell es ont été obfervées dans
l'éleftion de celui qui occupe aduelle-
ment le Siège Pontifical: & dans celle de
tous ceux qu'on me dit avoir occupé la
Chaire de faint Pierre depuis cet Apô-
tre, & dont on veut que je reçoive les
décifions comme des Oracles émanez de
la Vérité infaillible? Par quel fecret pour-
rai-je m'aflurer de leur baptême , de leur
fèxe , & des autres chofes , fans lesquel-
les on m'enfeigne qu'un homme ne fau-
roit être élevé légitimement au Pontifi-
cat?
Cette
144' L'Etat du Qhriftianifme en France^
/Cette incertitude, toujours capable
d'alarmer la confcience , redouble dans
le temps des fchiimes ; lorique plufieurs
fujets prétendent être légitimement par-:
venus à la dignité Pontificale, & s'ac-^
cufent mutuellement de Tavoir ufurpée. '
Ce cas n'elt pas inoui : il n eil pas même
des plus rares '^. Vos propres Auteurs
comptent pour le moins trente de cesichif-
mes, durant lesquels on a va quantité
d'Antipapes. Quelle conduite tiendra un
Particulier dans ces circonftances .? Com-
ment diicernera-t-il le Berger d'avec le
Brigand?
Se rangera-t-il du côté de ^ Corneille ^
élu par leize Evêques , mais accufé de
pafTer les bornes de la douceur Evange-
lique, & de favorifer l'Apollafie par fa
condefcendance pour les Apoilats: ou
s'il prendra le parti dé ^ Novatien fon.
Compétiteur, accufé de cacher fous les
voiles de rhumilité un efprit rongé d'am-
bition ; & de jet ter les pécheurs dans le
defefpoir fous prétexte de vouloir punir
le péché? |;
Se déclarera- t-il pour ^ Liberius , ce
grand
a Vid. Adolph. Sculkenii Geîdrenfîs Apolog. pro Bel-
larr),ino, &:c, pag. 31.
b Cyprian. cpift. 49. pag. 66. '^c.
c Eufeb. lib. vi. cap, 43. pag. 197..
d Voiez Thcodoret. hh.z. cap.17.pag.95.Sozomen.1r. j
r1.pag.448 ikc. voi. auffiBaronius Tom. iit. ad ann.'35;7.
n. 54- F^ë- 766.
Crémière T art le. I45'
grand exemple des foiblelTes & des
contradidions de l'efprit humain ^ tantôt
Apoflat , & tantôt Martyr de l'Orthodo-
xie: ou pour Félix Ion Rival , tantôt
loué d'être ennemi, tantôt blâmé detré
fauteur de l'Arianifme ?
Reconnoitra-t-il Damafe, quoique fé-
lon ** quelques-uns élevé au Pontificat ^
moins par le nombre des fuffrages, que
par la terreur des armes : ou s'il recon-
noitra Urlîn , ^ que Ruffin chargé des vio-
lences mifes par quelques autres fur lé
compte de fon Concurrent ?
Suivra-t-il Boni (ace premier ^ malgré
le témoignage defavantageux, que lui
rend «^ Symmaque Gouverneur de Rome^
qui le pourfuit comme un feditieux : ou
s'il fuivra ^ Eulalius , qu'on dit avoir pré-
venu la fentence , que lui préparoit le Sy-
node de Ravenne , & prononcé lui-mê-
me larrêt de fon abdication ?
Ce
a Ammian. MarccII. lib. xxvii. cap. 3.pag. 373J ..
^ Voiez Ruffin. lib. 11. cap. 10, p.ig. 198. Urfînus
quidam ejufdem Ecclefise Diaconus in tantum furoriâ
érupit,' lit perfuafo quodam fatis imperito &: agrefti Epif-
copa, colleda turbulentoruin & fcditioforum hominura
manu , in Balilica quse Siciniiii appcllatur ,, Epifcopum fé
fteri extorquerct, legibus & ordine Se. tnditidnè perver-
ijs. Quo ex fadto tanta feditio , imè vero tanta bella
coorta funt, altefutruni defendentibus, populls, ut reple-
rentur humatïo fanguine. orationufii ioca.
c Baronius ad Ann. 418. n. 8r. pag. 439. .
à Voiei du Chefnc , Hiiioire des Papes , dans Boîîiliî-
ce premier, pag. 136.
Tom, L K
1^6 JUEtat du Chrïftïaîiiftne en France^
Ce Pyrrhonifme revient autant de fois
que Ton trouve d'Antipnpes. La diffi-
culté , déjà trop grande en elle-même,
dans tous les fchiimes redouble, & devient
indiiïbluble durant celui d'Occident. Dans
la confufion , où Rome fe trouve alors
pendant tant d'années , non feulement
î'Artifan & l'Idiot demeurent en fufpens;
mais les perfonnes éclairées ; que dis-je ?
un Concile même , qu'on croit infpiré
du ët.Efprit, ne peut iuffire à découvrir
aux fimples , qui n'attendent que fes dé-
cidons pour fe déterminer , quel efl le
véritable Pontife, & quel eit celui qui a
ufurpé le Pontificat. * Verner Rolmunc,
que quelques-uns appellent Werner Ro-
lewink, Pveligieux de l'Ordre des Char-
treux , qui vivoit dans le xv. Siècle , dé-
clare dans fa Chronique, qu'il ne fait qui
a été Pape depuis Urbain VI. jufqu'à Mar-
tin V. Voici des paroles plus remar-
quables encore ; elles font de l'Ex-
Jéfuite Maimbourg: f 5? Le Schifme ,
„ dont j'entreprens l'hiiloire , il parle du
3, grand Schifme d'Occident , fut le
3, vingt-neuvième , qui fepara les Catho-
,, liques de Communion , en les parta-
3, géant entre plufieurs chefs d'une mê-
35 me Eglife , laquelle félon toutes les loix
divi-
* Fa'fciculus temporum inAnn. 1378.
\ Maimbourg Hilt. du grand Schifmed'Occident pag. z.
'Première T art te. i^f
^, divines & humaines n'en peut avoir
à, qu'un feul , & dans une feule perfonne:
5, mais il faut avouer que tous ceux qui
5, Font précédé dans le cours d'onze cens
j, ans , quoi qu'ils aient fliit fans doute
ij bien du dcfordre, n'ont rien eu néan-
j, moins de funefte , qu'on puiiïe compa-
i, rer avec ce qui a rendu celui-ci fans
5, contredit le plus pernicieux de tous ;
n foit pour la durée , foit pour le nom-
j, bre , foit pour la puilFance , & pour la
^ qualité des Peuples , & des Roiaumes
j, qu'il a divifez ; foit pour les maux in-
,i concevables qu'ilacaufez généralement
j, dans toute l'Europe ; foit enfin pour
5, l'extrême difficulté ,&, fi je l'ofe dire,
,j pour cette impoffibilité morale , où .
iy l'on étoit de démêler les vrais Papes
,j d'avec les Antipapes. De forte qu'un
^ Concile même Universel j qui
jf, a eu l'afiiftance infaillible du St.EfpriC
5, pour toutes les chofes qui appartiennent
») à la foi , n'a pas cru avoir assez de
j, LUMIERE en cette rencontre, pour difîi-
5, per ces ténèbres en prononçant fur le
h droit des parties. Enfuite il a jugé que
a pour prendre un parti fur dans cette in^
îi. certitude, il valoit mieux agir par Auto-^
ii RITE que par Connoissance, & fe fervir
a de la Puifîance fouveraine en dépofant
ji les deux prétendus Papes , pour ddnrler
Ï4B VEtat duChrîfiimûfme en France^
i, à l'Eglife pal* une élection légitime &
5, inconteitable un Chef, auquel on ne
j, pût difputer cette augufte qualité fans
55 une révolte manifelle.
Si UN Concile, un Concile Univer-
sel, QjLJi AVoir l'assistance infailli-
ble DU S. Esprit, n' a pu démêler les vrais
^dpes d'avec les Antipapes : Jl dans cette
Incertitude /"/ a cru devoir agir par Auto-
rité, ne pouvant suffire a agir par
Connoissance ; quel flambeau pourra
guider un Particulier dans une nuit fî
profonde ?
Voici une difficulté nouvelle : quand
un Particulier fe fera fàtisfait fur la quef-
tion, que nous venons de propofer, quand \
il aura une démonflration , que celui qui !
occupe actuellement le Siège Pontifical :
n'eft pas un intrus ; comment pourra-t-il
connoitre que ce même homme , qui a
été un véritable Pontife , en vertu de fon
élection , n'a pas ceflé de l'être par fes
crimes , ou par fes héréfies ? '^ Launoi
prétend qu'il y a des cas , dans lesquels
non
a Launoii EpiftolPart. v. epift. xiv. pag. <;50 — Non
profcindo , fed laudo Alvarum Pclagium exOrdine Mino-
rum Theologum, & Joannis XXII. Pœnitentiarium ,-cu-
jus teftimonium ibidem profero ex lib, 11, de Plandu Ec-
clefiae cap. x. In condemnatione Papae , ut didum eff,
duo (teftês) fufficiunt , nec in hoc privilegiatus eft , imo
deterioris conditionis , quia ipfe major fine comparatione
àliorum eft, 6c ideofme fpc Venise condemnandus ut Diîif
fcolHS.
Trémière T art te. 149
non feulement on peut regarder le Pape
comme un fimple homme , mais le con-
damner comme un Diable. Tous les
Catholiques Romains , un très petit nom-
bre, excepté , conviennent qu'un Pape
peut tomber dans l'héréiie : & ils foutien-
nentque quand il y tombe ,-^11 eft cenfé
mort , & il celle d'être Pape. C'ell: mê-
me par cette dernière hypothèie , qu'ils
prétendent répondre à une objeftion des
Proteftans. Comment pouvez- vous con-
cilier, leurs difent ces derniers, l'infaillî-
bilité des Papes, & leur pofîibilité de tom-
ber dans rhérélie? ils répondent, le Pa-
pe eft infaillible tandis qu'il eft Pape; il
celTe d'être Pape dès qu'il tombe dans
l'héréfie. Je pourroîs infifter ; Votre
propofition revient à celle-ci: un Pape eft
infaillible, tandis qu'il eft infaillible. Si je
me trompe ; ft vous pouvez repouftër cet-
te inftancc', comment vous deffendrez-
vous contre celle-ci ? Vous me renvoiez
au Pontife , parceque je fuis incapable
d'entrer dans l'examen de la doéirine. Et
quand je vous demande une voie pour
m'aftiirer, que l'homme , auquel vous me
renvoiez , eft aujourd'hui un véritable
Pontife 5 comme il l'étoit auparavant ;
vous
a. Vide Barthol. Fumi furama Armilla , pag. 620. v.
vol. Biblioth. Pontifie. Roccaberti , fi Papa fit haercti-
eus , ôc nolit Te emcndare , ipfo fado mortuus elt.
K 3
^^o h^Etat du Qhrïfîianifine en France ^
vous me renvoiez à Icxamen de la dodri-
ne. Vous me dites, que je puis maflû-
rer que cet homme continue d'être un
véritable Pontife , pourvûqu'il ne foît
pas tombé dans l'héréiie. N'eil-ce pas là
me renvoi er à l'examen de la doctrines
pour me difpenfer de l'examen de la doc-
trine? Puis-je m'ailûrer qu'un homme ell
exempt d'héréiie, fi je n'examine fli docr
trine? Quel autre garant puîs-je en avoir?
Le Pape ? Mais c eft de lui-mêm.e , dont
ileft queftion; il ell quellion de favoir,
s'il ell Pape, ou s'il ne lefL point. Le
Concile? Mais nous nedifuutons encore
que contre ceux qui nous propofent la
voie de la foumifllon au Poniife , pour
nous épargner les foins de la diicufîion ;
& nous verrons bien-tôt que les Tribu-
naux des Conciles ne doivent pas nous
être moins fufpeds , que ceux des Pon-
tifes.
Allons plus loin. Entrons dans le dé-
tail du caraétère & de la vie de ces Pon-
tifes , auxquels la Théologie Ultramon-
taine attribue de 11 éminentcs prérogati-
ves. Ici, Meilleurs, je ne parle qu'en
tremblant ; je crains que vous ne me ta-
xiez de violer les loix de cette modé-
ration, à laquelle je me fuis engagé , &
à laquelle je m'engage de nouveau. Mais
nous feriez-vQus cette injuflice , de
vous
Crémière Tartie. ist
vous en prendre à nous , fi la .fimple nar-
ration des faits va vous paroitre une fuite
d'inveéïives ; û tracer les mœurs de
quelques-uns de vos Pontifes, c'eft révé-
ler la honte de vos Chefs ; fi rapporter le
témoignage de vos propres Hiiloriens,
c'efl agir comme 11 on vous portoit une
haine implacable, & comme fi l'on trou-
voit des délices à attifer le iiambeau dé-^
jà trop ardent de nos Controverfes ?
Quand j'entre dans' ce détail de k vie &
du caratftère des Papes:
J'en trouve de Simples ; comme Célef-
tin V. qui d'Hermite devint Pontife , &
qui dans la dignité de Pontife conferva
la naïve '^ fimplicité d'Hermite ; ^ juf-
ques-là qu'il voulût que les Cardinaux
n'euflént d'autre voiture que des ânes,
parce que Jéfus Chriit étoit porté fur un
âne, quand il fit fon entrée roiale dans
Jérufâlem ; jufques-là qu'il abdiqua le Pon-
tificat pour avoir été efiVaié de cette voix,
que Benoit Cajetan lui faifoit entendre
par des tuyaux , Cakjîine , Caleft'me , re-
nuntia ^apatui, quia aliter Jalvari non
poteris^ nam excedit vires tuas, ' C'eil;-à-
dire, Célejîin, Ce'lejiin, renonce au Ton*
tifi-
a Homo fimplex & fanflus. . : '. . Unde & contemptus
digpitatis , & imminutio Pontificatus , &c. Platina de
Vitis Pontif. in Cseleftino V. pag. 218.
b Langius in Chron. Citizenfi ad An. 1194.
K 4
ï^% VEtat duChriJîianïjme en France^
tificat^ car autrement iu ne ^onrrois être
fàuvé^ parce qriil fnrpaife tes forces.
J'en trouve d'ïdiots;^ comme Zacharie
premier , qui dépofa Vergile Evêque
Bavarois, parce qull enfeignoiL' qu'il y
avoit des Antipodes. Comme '^ Paul IV.
qui pour juflifier le refus , qu'il failbit de
donner à François de Montmorenci une
difpenfe pour répudier fa femme , &
pour époufer une fille naturelle d'Hen-
ri IL difoit: Sï f ai jamais àomié de dif-
fenfes en pareil cas ^ je protejte ne l'avoir
fus entendu. Comme ^ Innocent XI. qui
avoit befoin qu'on lui explicât les Brefs ,
qu'on dreiïbit par fon ordre , & qui ,
lorsque fon Secrétaire lui en lifoit quel-
Gun, étoit charmé du fon des mots La-
tins , & difoit , Cofa àiranno di noi velLz
fojierita , ^uando veranno cofi bella Latini-
ta ? C'ed-à-dire , (^ne dira de non s lapof-
térite\ quand elle verra une fi belle Lati-
nitél
J'en trouve, qui fe reconnoiilent inca-
pables de décider des matières importan-
tes de Relidon ; comme Clément VIIL
qui
« Aventiniis Annales Bojor. lib. m. pag. 173. Vergi-
îtum Philofophum (fi f^cerdos fit nefcio) abtemplo Dei&
Ecclefia depelliro , facerdotio in concilio abdicato , fi illain
perverfam doârinam fuerit confefllis.
b Voi, le Laboureur additions à Çoefeteau , Tom. Zi.
page 432..
ç Menagiana, Tom, i,pag. 5^.
Crémière Partie, 15-5
fqui après avoir examiné lui-même avec
grand foin les difputes fur les V, Propo-
fitions , jufques-là qu'on difoit qu'il com-
mençoit bien vieux à étudier la Théologie,
ne put rien décider. Comme Innocent
X. qui fe voiant hors d'état de prononcer
fur le même fujet , montra fon Crucifix
en difant : 7 Voïlà mon confeïldans ces for-
tes d'affaires ; mais ne fe trouvant pas en-
fuite plus éclairé qu'auparavant fit cet
aveu : „ :j: Je crains, difoit ce Pontife,
„ que cette difculiion ne m'engage à de
„ trop grandes fatigues : elle en deman-
5, de de ceux mêmes qui fe font appli-
„ quez de tout temps à ces fortes d'é-
5, tudes ; à plus forte raifon m'en cou-
teroit-
"^ Voi. le Journal de St. Amour m. Partie chap. xii.
page 150,
I Idem ibid. chap. 4. page 97.
\ Id. chap. XII. page 150. Il me femble que la maniè-
re , doût Monfieur de St. Amour rapporte ce mot , eft
auffi fingulière que le mot même: '^e /uppliey dit-il, ceux
qui liront ceci , de le prendre dsns le même efprit , dans lequel
fil Sainteté mêle dit, ct* dans le:.iuél je l'écris , ceji àfavoir,
par comparaifon ?* l'étude du Droit Canon , à laquelle ilavoiù
donné tout fon temps , en laijfant à part la Théologie ; comme
plufieurs font dans Rome , oit il femble que les différens em-
plois , auxquels on s'addonne , ct" par lesquels on s'avance^
demandent plutôt un Canonifie , qu'un Théologien.
II elt certam qu'Innocent X. paflbit pour grand Cano-
nifte , le P. Ubaldin le dit à Monfieur de St. Amour :
Jl Papa non e Theologo , mn e la fua profejfwne , è Legifia,
Jd. ibid. ch. xiii. page 159.
K 5-
I5'4 L'Etat du Chrtftianifme en France^
5>
?>
5»
teroit-elle à moi plus qu'à aucun autre,
5, parceque je fuis déjà avancé en âge : Et
j^oi, ajouta- 1- il 5 non è la mia profejjîo-
, ne , oltre che fono vecchïo^ non ho mai
fhtdiato in Theologïa. C'eil-à-dire , Kt
5, puis ce n^eft pas là ma profeffion , outre
,, que je fuis vieux ^ je n'o/i jamais étudié
5, en Théologie.
J'en trouve qui abolilTent les Décrets
de leurs PrédecefFeurs ; comme Etienne
VI. dont * Platine dit : que ce fut de lui que
vint la coutume, qui a été obfervée par ceux
qui lui fuccedèrent , d'annuUer les Décrets
de ceux qui les avoient précédez.
J'en trouve qui fe condamnent eux-
mêmes; comme t Grégoire XI. qui mit
cette
* Platina in Steph. VI. pag. 130. Controverfia
peffimi exempli , cùm poftea ferè femper confervata haec
confuetudo lit, ut ada prioriim Pontificum , fequentes
aut infringerent , aut omnino tollerent.
t Item volumus , dicimus , & proteftamur ex noftrà
certâ fcientià , quod fi in confillorio , aut in Conlîliis , vel
collationibus , publiais vel privatis , ex lapfu linguas , aut
aliàs ex aliquâ turbatione , vel etiam laetitia inordinatà ,
aut praerentià Magnatum , ad eorum forfitan complacen-
tiam , feu ex aliquali intemperantià ,, vel inadvertentia ,
aut fuperfluitate , aliqua dixerimus errnnea contra Catho-
licam fidcm , quam coram Deo & hominibus publiée , ut
tenemur prae casteris , profitemur , colimus , 5c colère
cupimus , feu forfitan adhierendo aliquorum opinionibus
contrariis fidei Catholicas fcienter , quod non credimus ,
vel ctiam ignoranter , aut dando favorem aliquibus con-
tra Catholicam Religionem obloquentibus ; illa exprefîê
€c fpecialiter revo camus , deteftamur , & habere volumus
pïo non diâis , Luc, d'Acherii Spicileg. tom. 3. pa^.
738-
Crémière Partie. iss
cette claufe dans fon teilament: ^e fi
déins le Confiftoire , on dans les entretiens
fublics Ï3 particuliers y /bit dans quelque
mouvement de chagrin, ou de joie exceffivCy
[dit pour plaire aux Grinces de la Terre ,
il a jamais avancé quelque propofîtion con-
traire à la Foi Catholique y il le révoque
& il le détefte. Sur quoi * Launoi fait
cette remarque: c'eft que ceux, quiéta-»
bliffent leur foi fur l'inMlibiiité des Pon-
tifes , font précipitez par Grégoire même
dans le gouffre de l'Athéifme.
J'en trouve d'Adulateurs ; comme Gré-
goire , à qui Ton donne le titre de Sainte
qui écrit de cette manière à un Ufurpa-
teur , fouillé du fang de l'Empereur Mau-
rice , de celui de Conllantine fa femme ,
& de celui de tous les enfans de cet illuf-
tre malheureux , je veux dire , à l'Em-
pereur Phocas: f Gloire foit à ^im dans
les C/V//:^,s'écrie-t-il, qui change lestempSy
^ qui transfère les Roiaumes comme bon
luifemble , qui envoie quelquefois les Prin-
ces en fa colère pour abbattre les peuples ,
^9 quelquefois en fa miféricorde pour les
relever ! ^te les deux fe réjouijfenty que
la Terre foit tranfportée de joie à caufede
VaBe
* Launoii Epift.Part. vi. epift. 24. pag. 558
Igitur Chriftianos in Atheorum voraginem précipites dé-
dit Gregorius , cùm teftamentum fuum condidit. .
t D. Greg. tom. 3. epift. 36. pag. 244,
1^6 L'Efat du Qhriftianifme en France^
raBe de bénignité .^ que vous avez fait envers
rEtat', '^ que le peuple ^ quiaétéjufques
ici dans l'angoijfe , /oit confok\ que, les^ ef-
fritsfuperhes àe vos ennemis plient fous
votre joug ! Toute cette Lettre de Gré-
goire Cil remplie de pareils vœux , de
pareils éloges , & '^ il écrit dans le même
Ityle à l'Impératrice Leontine, digne
femme de Phocas.
J'en trouve qui font rongez de l'amour
des richeiïes ; comme ^ Jean XXI. qui
fut fur le point de confentir pour de l'ar-
gent, que FEglifè d'Orient fût tenue
pour Univerfelle , de même que celle d'Oc-
cident. Comme <^ Vidorlî. quimitàpriîi
d'argent le pardon de tous les crimes ;
en forte que les riches rachetoient avec
des terres & des champs des années de
pénitence, au lieu que les pauvres ne pou-
voient* obtenir leur grâce que par des mor-
tifications corporelles ; jufques-là que fé-
lon le calcul de Pierre Damian il falloit
qu'ils fe donnaiTent trois mille coups de
fouet , pour remplir une année de péni-
tence. Comme ^ Honoré ni. que quelques-
uns ont appelle jaon feulement lion
en
a Idem ibid. cp. 44. pag. 244.
h Glaber lib. 4. cap. i.
c Damian. ad An. 105 j. apud Baron, tom. xi. ad An.1055.
pag. 223.
i Vignier Théatr. de l'Antc. Part. i. cji, zp. page 272.
\
Crémière Tartie. r^f
tn férocité ^ vcï^às faifgsue en avarice. Com-
me ^ Bonitace ÎX. quiintroduifit les Dat-
tes , & les Annates ; les extorfions béné-
ficiales ; ce qui fait dire à ^ Platine , que
ce Pontife vendoit les Indulgences ple-
niaires , & à '^ Théodoric de Niem , que
c'étoit un goiijfre infatiable , dont rien
n'égala jamais l'avarice. Comme ^ Sixte
IV. qui conftruifit un lieu infâme pour en
tirer des revenus.
J'en trouve qui font fervir leur Théo-
logie aux paffions , dont ils font animez;
comme * Boniface IX. qui à la prière de
Jean Galeazzo accorda aux Milanois une
Indulgence telle qu'il l'avoit accordée à
Rome, en vertu de laquelle ils étoient
abfous de tous leurs péchez , quoiqu'il
n'euffent fait aucun atie de contrition ,
^ quils ne fe fuffent pas confeffez,. Com-
me / Etienne III. qui pour détourner
Char-
a Théodoric. de Niem Hift. de fchifm. lib. 6. cap. 37.
pag- 379-
b Platin. in Bonif. IX. pag. 249.
(. Théodoric. de Niem ubi iuprà.lib. i. cap, 68. pag, 55;.
â Agrippa de vanitate Scientiarum, tom. 2. pag. 135.
e Neir anno nonagefimo primo fopra mille trecento ,
nel mefe di Gennaro , eliendo compila la Indulgentia a
Roma, dove i Lombardi per le commue guerre ècturba-
tioni non eflendogli potuto andare, BonefaciPontefice ad
interceffione di Giovanni Galeazzo Vifconte la Concefle
in Milano nella medefima forma che era à Roma, ciô è
che cialchuno nel Dominio del Vifconte , iî anche non
fvifle contrito,ne confeflbjfufleabfolutodiqualunque pec-
cate, Bernardin. Corius apud Launoi. Epilt Part. m.
epift. 17, pag. 2,48.
/ Vid. Maria.n. Scotus in Chronic. ad An. 772.
15'S L'Etat du Chrtjîi^.nifme en France^
Charles, fiîs de Pépin, de fe marier avec'
Berte , fille d'un Roi Lombard, lui dît:
Que ce mariage lui étoit fuggeré par le
Diable, que ce feroit non pas une union
légitime, mais une affociation diabolique :
qu'il eil deffendu dans l'Ecriture d'épou-
fer des femmens étrangères ; c'eft- à-di-
re, non étrangères de Religion, mais de
nation : que jamais homme , qui époufa
de ces fortes de femmes , ne demeura
impuni: que certainement c'eil à la race
des Lombards que doit être rapportée
l'origine de la lèpre.
J'en trouve de Simoniaques ; comme
* Benoit IX. qui , après avoir été créé
Pape à force d'argent à l'âge de dix ans,
fe démit de la Papauté pour de l'argent.
Comme ^ Sylveitre lïl. qui félon le té-
moignage de Platine n'entra pas par la
porte au Pontificat , mais par la fenêtre
tel qu'un voleur & brigand. Comme
tant d'autres; de là vient cette rélle-
xion de ' Platine à l'occafion du règne
de
à Puel" ferè decennis intrudente thef;\urorum pecu'
nia elecftus exftitit , Baron, tom. xi. ad An. 1033. pag;
106. &c.
b Platina de Vit. Pontif. in Sylveft. III. Quo quidera
pulfo, ac meritô, ciira nonperoftium,fed per pofticuniin-
traffet ut fur & latro , pag. 147.
c Eô enim tum Pontificatus devenerat , ut qui pluslar-
gitioiie &: ambitione, non dico fanftitate vitae& doftri-
na , valeret , is tantummodo dignitatis graduni , bonis op-
preffis & rejedlis, obtineret : quem morem utinam ali-
quando non retinuilTent noftra tempora ! Id. ibidj
T rentière V art te. 159
de ce Pontife: ^lors, dit-il, onparvenoh
au Pontificat ^ non félon qu on étoit /avant ^
ou/àiîtt, mais félon qiion avoit l'art deré^
fandre de l'argent : fe plût à T^ieti , ajou-
te cet Hiltorien, notre temps neiU-tlpas
retenu cette coutume I
J'en trouve de Magiciens ; comme Hil-
debrand , qui, * au rapport de l'Ab-
bé d'Urfperg , fut dépofé dans un Con-
cile de Mayence , non feulement pour
avoir ufurpé le Siège Pontifical , pour
avoir prêché le facrilège , le meurtre ,
le parjure , les embrafemens ; mais pour
avoir été addonnéaux divinations, & con-
vaincu de Necromantie.
J'en trouve de Concubinaires ; f com-
me Innocent VIII. qui eut huit fils, &
huit filles , &qui par fes impudicitez s'at-
tira une Epigramme, dont la pointe étoit,
qu'il portoit à bon droit le titre de Père.
Comme :j: Landon & quelques-uns de fes
Prédecefleurs , & de fes SuccelTeurs , du-
rant le règne defquels l'impudique Theo-
dora , (qui auroit palîé pour la première
pro-
* Abbas Urfperg. Chronic. ad Ann. 1080.
t Voi. Volaterran. lib. xi.pag. 811.
Quid quaeris teftcs , fit mas , an fœmina , Cybo !
Relpice natorum , pignora certa , gregem.
Odlo Nocens pucrosgenuit; totidemque puellas;
Hune meiito poterit dicereRoma Patrem.
BayleDidl. tom. 2. pag. 1454.
\ Lnitprand. lib, 2. cap. 3. Vide Baron, ad An. 908,
pag. 650.
i6o UEtût du Qbrifiianifmè en France ^
proflituée de fort temps , fi fes filles Maro-
zia & Theodora ne l'avoienc furpaHee
dans leurs proftitutions) gouvernoit Ro-
me , ce qui fait que le * Cardinal Baroi
nius fe récrie de cette manière fur les dé-
bordemensde ce temps-là:,, Quelle étoit
alors la face de FEglife Romaine , dit-
il, de quelles impuretez nétoit-elle
pas fouillée , lorfque des Proftituées
étoient toutes - puilTantes à Rome ^
lorfqu'elles difpofoient à leur gré des
Sièges Epifcopaux ; & , ce qu'on ne
fauroit entendre qu'avec plus d'horreur
encore , lorsqu'elles faifoient monter
fur le Thrône de St. Pierre ceux qui
étoient les objets de leur infamie, &c.
J'en trouve d'Empoifonneurs ; comme
f Alexandre VI. qui s'empoifonna du mê-
me poifon , qu'il avoit préparé pour uri
Cardinal.
J'en
* Baronius ad Ann. 9T2. toiîi. x. pag. 663. - - - Quse
tune faciès fandlfe Ecclefiix; Romanct; ! quàm fœdiffima?
cùm Romse dominarentur potentiflîma; aequè ac fordi-
cliffimœ Merctrices ? Quarum arbitrio mutarentur fedes \
darentur Epifcopi ; & quod auditu horrendmn & infan-
dum ell , intruderentur in Scdem Pétri carum Amalii
Pfeudo-Pontifices , qui non fiut nifi ad confignanda
tantum tempora In Catalogo Rouianoruhi Pohtifictim
fcripti.
I Le bâtard d'Alexandre fix aiant envie d'avoir la dé-
pouille du Cardinal Adrien Cornet , avoit fait partie avec I
le Pape! d'aller fouper avec lui dans h vigne, & y avoit |
fait porter quelques bouteilles d'excellent vin , mais qui j
étoient mixtionnccs pour empoifonner leUr Hôte. Or *
il avilit que le père 'è. le fils étant arrivez de bofiîie heu-j
Trémière Partie. i6'i
j'en trouve de Sacrilèges , comme * In-
tiocent Vï.qui, àl'àgc de quatre-vingts
ans,
re & fort altérez de la chaleur de la faifon , demandèrent
à boire ; & qiie tandis que le valet , qui ftvoit le fecret»
ctoit allé quelque part , un autre leur donna de ce vin»
Le pèra, qui le bût tout pur, en mourut le même jour,'
qui étoit le 17. Août 1503. Le fils, qui étoit plus vi-
goureux , & y avoir mis de Teau , eut loifir de courir
aux remèdes , Mezerai Abrégé Chronologique, tom. 4.
page 434. Voici un paflage remarquable de George Jo'*-
Icph Eggs dans h Purpura doôîa , lib. 3, pag. 303. après
avoir fait l'énumcration des excès efFroiables de Céfar
JBorgia , qui étoit le bâtard d'Alexandre VI. dit que cet
homme abominable tua Ion propre frère Candianus , &:
le jctîa dans le Tibre, le Pape conhivant à ce parricide ,
par la crainte qu'il avoit d'éprouver lui-même la fureur
de ce barbare iils , après avoir dit qu'il abdiqua le Cardi-
nalat; qu'il fe maria ; qu'il chalîa de l'Italie , ou qu'il
fit périr par le poifon , les plus illuftres familles de Rome ;
qu'il épuifa le thréfor de la ville ; que fa barbarie n'étant
pas encore aflbuvie , il fit couper la tête au jeune Mans-
fred , après l'avoir fait fervir aux abominations , qu'il
n'eft pas permis de nommer ; qu'il empoifonna le jeune
liorgia Cardinal, &c. &c. Il ajoute, ni Dieu ni les hom*
mes ne pouvant plus fupporter cette pejie du Siècle , la Provi-
dence en délivra le Genre-humain par l'erreur d'un Echanfon,
qui empoifonna le pire c/ le fils , &c.
• Voiez, la Préface de Guillaume Ôckafïi , aii
l^ivre , qui a pour, titre , Defenforium Wdh. Ockami Pe-
irarchi contra Joannem Papam XXII. Ce fut à cette oC-
cafion que Pétrarque fit la xtx. chanfon, qui fe trouve
dans la première Partie de fes Ouvrages , & qui commen-^
ce de cette manière ,
Mai non vo pin cantar corrî io foleva , &C!,
C'eft-à-dire , î}e ne veux plus chanter comme j'avois accou'
xumé , &:c. On trouve dans l'édition de ce Poète pubhée
en 1484. cette remarque de François Philelphe: Tra lé
altre egregie Canzoni dcl Petrarcha, quefia xix. è bellif-
fima e di lihgolar gravita , alla cui intelligenza è dà fape-
re che' '1 Petrarcha hebbe una legiadra e polita firocchia,'
di cui innamoratofi il Papa in Âvignone fè fecretamentç
per uno fuo fidato Cubiculario tcntare il Petrarcha; fc'
gli la vûlea Coientiie che alcuna volta * promettçnv
Tom. L L 4i?S
* Le mot de T Original cil ©bicèjie.
ï6z UEtat du Chriflianifine en France,
ans , offrit un Chapeau de Cardinal à Pé-
trarque , s'il vouloit lui livrer fa fœur ,
afin qu^elle fût Court i fane de fa Sainteté^
meretrix fua SanBitatis : c'ell l'expreffion
de l'Auteur, qui me fournit cette anec-
dote.
J'en trouve qu'on ne fauroit caraétéri-
fer par un feul vice , parcequ'ils ont eu
tous les vices ; comme ce * Sergius , de
qui Baronius dit , qu'il ne faut pas l'ap-
peller Serviteur des ferviteurs-, mais ef-
clave de tous les vices. Comme f Grégoi-
re VII. qui fut accufé , dans une Diète de
Wormes , de renverfer la Théologie par
une nouvelle docî^rine ; d'accommoder
îes faintes Lettres à fes intérêts , par des
interprétations forcées ; d'introduire la dif-
corde dans TEglife; de confondre les
chofes facrées avec les profanes ; de prê-
ter l'oreille au Démon ; de fe porter
en même temps pour accufateur, pour
juge ,
doli farîo Cardiirale, comme altra volta gli havea data
intentione. Il chc udito Me "er Francefco afpramente
fe ne turbô, e rifpofe alCubi^jlarioche lui û credeva ef-
fet huomo, e non beftia, & che non havca punto bifogno »
d'un Cappello fi fporco & fetido , con altre parole quali f j
deftar fuolc ildifdegnocongiunto colla raggione negliani>- '
mi generofi. Vid. Append. adFafcic. rerum expetenda-
rum.&c. pag. 437.
* Baron, ad Ann. 908. pag. 649. Vitiorum omnium
Jervus facinorofiffimus.
t Vide Ayent, Annil, Bojorum, lib, v. pag, jjj^
T rémure Tartïei 1^3
juge , & pour partie ; de feparer les fem'
mes d'avec leurs maris ; de traiter des
facrez Myflères in JenaUilo Muliercula-
rum , dans an petit fenat àe femmelettes ^
&c. Comme* Jean XIV. qui, pour me
fervir encore des termes de Baronius,»
doit être plutôt compté parmi les fameux
brigands, & les deftru^eurs de leur ^a^
trie , parmi les Syllas ^ les Qatilinas i
dont ce facrilège a fîirpaffé les excès ,
qu'entre les ^Pontifes Romains. Comme
avant lui f Jean XII. qui fut convaincu
d'avoir célébré les faints Myftères fans y
prendre aucune part ; d'avoir orcionné
un
* Baron, ad An. 98c. pag. 841. Proh nefas ! tenuit
Tyrannus menfibus quatuor , qui nec pilum habuilTe did
poteft Romani Pontificis , live fpedes ingreflum , five
progreffum , refque ab eo geftas confideres. Unde pa-
rùm confulunt veritati , minusque pietati , & S. R, E. di-
gnitati , qui hune inter Romanos Pontifices referunt ; an-'
numerandum potiùs inter famofos latrones , & potentif^
fimos graffatores , atque Patriae proditores, Syllas & Cati-^
linas , horumque fîmiles , quos omncs fuperavit facrilé-
gas ilte turpiffima ncce duarum Pontificum.
t Baron, ad An. 963. tom. x. pag. 760, vide étiani'
Launoii Epiit. Part. z. epift. i. pag. 96. Qui faciebat fa-
crum , nec illius parteni capiebat uUam ; qui Diaconurtî
in equorum ftabulo non ftatis temporibus ordinavit ; qui
Presbyterorum oïdinationes numeratâ pecuniâ vendebat;
qui Epiicopum decem annos natum in Tudertinâ EcclefiS
conftituit; qui facrilegia palam committebat j qui Ray-
nerii viduam, Stephanam , Patris concubinam ,- conftu-
pravit ; qui Palatium fondum in proftibulum convertit j
qui venationem publiée exercuit ; qui Bcnedidum pa-
trem luiim cxcœcavit; qui Joannem Cardinaîem virilibus
amputatis occidit ; qui ctun ludebat aleâ ,- Jovis 3' Yenef
ris jDjeinonura opem implorabat.
Là.
ï(^4 I^ Etat du Chrijiïamfme en France j
un Diacre dans une ccuric;d Woir ventru les
Ordres llicrez à deniers comptans; d'avoir
commis des facrilèges à la vue du fo-
leil ; d'avoir entretenu un commerce in-
fâme avec la Concubine de fonpère ; d'a-
voir fait du Palais de Latran un lieu de
proititution ^ d'avoir crevé les yeux à
Benoit fon père fpirituel ; d'avoir fait
niourir Jean Cardinal , cîim ei fudenda
ampita'vjjret^ d'avoir bû du vin à la fan-
té du Diable ; d'avoir imploré le fecours
de Jupiter, de Venus, & des Démons,
en jouant aux dez. Comme * Urbain
VI. qui devint un autre homme , ou plu-
tôt qui dépouilla l'humanité dès qu'il fut
Pape; qui maudilToit trois fois par jour
l'armée de l'Empereur; qui fit maflacref
en fa préfence un Prélat d'Aquilée ; quî
fit enfermer dans un fac & jetter dans là
mer cinq Cardinaux ; qui fit périr quatre
Evêques , les uns par le fer , les autres par
la corde ; qui après avoir été empoifonné,»
du moins foupçonné de l'être , fut traitéf
par l'Antipape Clément VIL è^ Antechrïft l
àQ faux Tape y à'^furpateur y àç^ pertur^
bateur de PEglife , de damné & de dam-, j
nable. 1 1
Et quels objets ne mettrions-nous pas
de-^
* Vide Georg. jofeph, Eggs Purpura dofta , tom. i.Iibi
i.pag. 4^9. 436.
Crémière Partie. t6f
devant vos yeux , MefTieurs , fî nous en*
treprenions ici de faire le tableau de la
Cour de Rome , après avoir tracé celui
de quelques-uns des fes Monarques. Nous
vous ferions entendre vos propres Au-
teurs, les "^ Hildeberts , les ^ Matthieus
Paris, les ^ Jaques de Paradis, les ^ Gré-
goires de Heymburg , les « Ockami* , les
de/ Clemangis, les s Matthieus de Cra».
covie , les ^ Bernards , '" les Gerfons , Se
tant ^ d'autres , formant un concert con^
tre le Pape & contre fes Courtifans.
Nous vous ferions voir des Roiaumçs
entiers, ^ l'Angleterre, '" l'Allemagne, 1^^
'^"Bohè-
a Voiez , entre plufieurs de fes Ouvrages , Befcriptïo
Curu Roman* , 8c Antilogia P.aps. , dans l'Appendix du Fas-r
eiculus reriim expetendarum y pag. 7, 8.
b Voiez auffi , entre plufieurs de fes Ouvrages , Au-
reum fpeculum Papa , ejus Curise , Prdatorum , ôcp. jbid,
pag. 63.
c Voiez l'Ouvrage intitulé De feptem fiatibus Eccl. in
Apocalypfi dejcriptis, ibid. pag. 63.
d Voiez fes deux appellations du Pape au Concile ,
ibid. pag. 117. & \z6.
e Defenforium contra Joannem XII. Papam , ibid.
pag. 439.
/De corrupto Statu Eccl. ibid. pag. «i^^ç.
g Matth. Cracovienfis de Cracovia Tradt. de nœvis &
fqualoribus Ecclef pag. 584. ibid.
h i h Vid. ibid. pag. 886. excerpta quaedam c Bernardo,
Gerfone , <kc. de corruptelis 6c avaritia Ecclefiae Rom.
/ Matth. Paris , Gravamina Regni Angl ibid. pag.
415. Item epift. Cantabrig. cujufdam Anonymi de raiiero
Ecclef. ftatu , circa An. 1520. ibid. pag. 637.
m Vide Guill. Damafi Lindani Ruremont, Epifcopi ,
Epift. ad Principes èc Praelatos Germanise de pcrditiffim»s
Cleh ifloribus, ibid. pag, 670.
L 3
î66 L'Etat du Qhrijîïanifine en France^
^ Bohème, fur tout la ^ France, joignant
leurs voix à celle de ces grands hommes,
& s'adreiTant tantôt au Pape pour l'enga-
ger à reprimer ces Concuiîîonnaires; tan-
tôt au Peuple pour lui infpirer le- coura-
ge de leur réfiiler ; tantôt à Dieu pour
émouvoir fes compaflions, & pour le
conjurer d'éloigner ces fléaux envolez
contre eux par fon juile courroux.
Peut-être m'objeétera-t-on , que le ve-
îiin de la calomnie aempoifonné la vie des
Papes ; que les crimes , dont nous les avons
taxez , font inventez ; du moins qu'il y en
a quelques-uns d'outrez , & quelques au-
tres de peu avérez. Je croiois avoir afTez
prévenu ce reproche , en n'avançant fur
ce fujet que ce que des Catholiques Ro-
inains , diliinguez par leur favoir , plu-
fieurs même par leur dévouement au St.
Siège , nous ont transmis. C'efl: pour
cela, que je m'étois fait une loi de palier
fous filence Thiftoire de la prétendue Pa-
peiïe Jeanne. C'efl pour cela,que jen'avois
pas cru devoir noircir la mémoire ^ d'A-
lexandre lil. accufé d'avoir ofé mettre le
pied
« Vide Litter. Capitancorum Bohemi» ad Reges , &c.
contra Papatum, ibid. pag. 63^.
h Vide ibid. pag. ^.3^. Gravamina Ecclef, Gall. Voiez
auffi à la fin de ce Traité un Catalogue des Auteurs , qui
ont écrit contre la Cour de Rome.
<; Vide Baron, tom. xii, ad An. ii77»pag. 704.
Crémière Partie, i6y
pied fur le dos d'un Empereur , en s'appli-
quant ces paroles duPfalmifte,?« marche*
ras fur le lion ^fur lafpic\xî\ ceHe^ d'In-
nocent III. accufé d'avoir mis à l'interdit
le Roiaume de Philippe Augufte ; d'avoir
changé le formulaire ufité en France dans
les dates des Adés publics , & d'avoir
fubllitué celui de régnante Qhrifto , à ce-
lui de régnante Thilipfo. Le même
fcrupule m'a empêché de rapporter une
Lettre d'Adrien IV. qui fe trouve dans
* Nauclerus , dans ' Balœus , dans ^ Spi-
gelius , & dans d'autres Auteurs. Ils di-
fent / que ce Pape écrivit de cette maniè-
re à Frideric Barberoulfe , en fe donnant
le titre de Serviteur des ferviteurs: ^-t^on
„ très cher Fils au Seigneur , nous n'a-
„ vons pas été peu étonnez de ce que
>, vous paroiflez manquer à la vénération,
5, que vous devez à S. Pierre & à TE-
„ glife Romaine : car dans les Lettres ,
3, que vous nous écrivez , vous mettez
j, votre i^om avant le nôtre , en quoi
vous
a Voî. Blondel. Diatribe de Form. régnante Chrifto,
pag. I. &c.
b c d Vide Appcnd. ad Fafcic. rerum expetendarum ,
&c. pag. 137.
t Cardinaiibus utique veftris claufse funt Ecclefîsc , &
non patent civitates , quia non videmus eos praedicatorcs,
fcd praedatores j non pacis corroboratores , fed pecuniae
raptores; non orbis rêparacorcs, fed auri infatiabiles cor^
rafores , &c. Ibid.
L4
î68 L'Etat du Chriftianïfme en Franc e-y
5> vous agiffez non feulement avec info-
,, lence, mais môme avec arrogance. ... .
5, vous fermez à nos Légats non feuîe-
,, ment les portes de vos Eglifes , mais
3, aufîi celles de vos villes : à quoi l'Ern-
5, perenr répond ; Lorfque nous mettons
5, notre nom avant le vôtre , nous fui-
35 vons en cela les loix de l'équité & les
3, coutumes anciennes : fi nous fermons
3, nos portes à vos Légats , c'eft qu'ils
35 viennent à nous non pour prêcher TE-
35 vangile , mais pour nous enlever nos
,5 biens; non pour arracher les vices, qui
3j font dans le monde, mais pour envahir
3, les thréfors.
Je veux pourtant que trop prompt à a-
dopter des faits peu glorieux à votre Com-
munion , j'en aie rapporté , qu'on a droit de
iTie contefler ; je veux même que parmi
ceux, quej'ai produits , il n'y en ait pas un
feul, dont la vérité nepuiire être fufpede :
quoiqu'il en foit, s'ils ne font pas démon-
trez 5 ils font très probables ; & s'il n'efi:
pas facile de les prouver , il eft difficile
aufTi d'en démontrer la faufiété. Cela me
fuffit. Ramenons notre difpute à fon
principe. Il étoit queilion de faire voir
les peines & les incertitudes d'un Parti-
culier , qui veut fe foumettre au Pontife:
On lui dit, que les décifions, qu'il croit
yenir d'un Prêtre j émanent d une Prê-
treiîcj,
Première Tartïe, 1^9
■trèfle , que le véritable nom de la perfôn-
ne, qu'on appelle Jean VIÏI. eft celui de
Jeanne, qui a occupé pendant deux années
le Siège de Rome. Ce fait attefté par des
Savans eft contelté auiîi par des Savans.
* Le généreux Blondel a plaidé lui-même
la caule de fes Adverfaires ; il a entrepris
d'effacer cette note d'infamie , que les
propres enfans de l'Eglife Romaine lui
avoient imprimée, f Spanheim a cru que
Blondel étoit généreux aux dépens de la
vérité : & que ce que ce Serviteur de
Dieu traitoit de conte fabuleux , étoit une
hitloire fufceptible de démonllration.
Et l'incomparable :t^ Saumaife croioic
pouvoir faire évanouir avec un foufle tous
les argumens de Blondel. Comment un
Particulier idiot par viendra- t-il à connoî-
tre lesquels de ces grands hommes ont
trouvé la vérité .^
On peut réfoudre par le même princi-
pe , ce me femble , une objeétion d'un
autre genre , qu'on fait contre les argu-
mens,
* De Joanna Papi(T.i , five fiunofic quïeftionis, an fas-
mina illa intcr Leoncm IV. & Benedidum III. Romanos
Ponrifices , média fuerit. Amiler. 1657.
t Spanheim hiil. de la Papelfe Jeanne, traduite & aug-
mentée par M. Lenfant: à la Haye chez Scheurleer 1710.
+ Tradatur mihi liber , ego illum uno halitu difflabo ,
Curcel. m prasf. Apolog. apud Mareûmn in réfutât.
pr»f. pag. 314.
L5
1 70 L'Etat du Chrijîiamjme en France y
mens , que vient de nous fournir la cor-
ruption de quelques Pontifes, Diftin-
guez, dit-on, le St. Siège d'avec la per-
fonne qui l'occupe. Le Saint Siège eft
toujours infaillible, dans le temps même
que la perfonne , qui l'occupe , tombe
dans les erreurs les plus groflières , &
qu'elle commet les crimes les plus abomi-
nables. Je veux qu'il y ait de la folidité
dans cette réponfe; elle ne fauroit pour-
tant invalider ce que j'ai avancé touchant
les peines & les incertitudes d'un Parti-
culier, qui fe foumet aux décidons du
Pontife ; comment fera-t-il la diflindion
que vous propofez ? Comment diftingue-
ra-t-il dans un même fujet, les Oracles de
l'homme que la Divinité infpire , d'avec
ceux que le Magicien reçoit du Démon ?
On peut faire le même raifonnement fur
les desordres des autres Pontifes. Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, &€.
S I-
Trémière Partie, 171
SIXIEME LETTRE,
n)ans laquelle on prouve , que Juppofant
que c'eft dans les Conciles que l'infailli-
bilité réfiâe^ les difficulté z de l'examen
font plus grandes pour les Catholiques^
que pour les T rote fi ans.
E S S I E U R S,
Il eft aflez clair , ce me fei^ble , qu'en
fuppofant que c'efl dans le Pontife que
l'infaillibilité réfide, les difficultez con-
tre l'examen font plus grandes pour
vous , que pour nous. Elles "le Ibnt
aufTi fi nous fuppofons, que c'eft dans les
Conciles qu'on doit la chercher. On ne
peut pas raifonnablement fe foumettre à
leurs décifions , fans entrer dans un exa-
men plus long & plus pénible , que celui
auquel on eil enga2;é par les principes des
Proteltans. L'Egfife Gallicane & l'Egli-
fe de Rome font en divifion au fujet des
Conciles, comme au fujet des Pontifes;
on ne fauroit fans injuilice fe déterminer
pour l'une, ou pour l'autre, fans pefer
leurs raifons ; & dans quelles difficultez
cette difcuflîon ne jette-t-elle pas un
Particulier ? Je fupppofe d'un côté un Ul-
tra-
172» L'Etat du Qhrifttànïjme en France .^
tramontain , & de l'autre un François
zélé pour les libertez de fon Eglife ; je
m'adrelFe d'abord à l'Ultramontain, &je
lui demande :
i.Qui a droit de convoquer les Conci-
les Oecuméniques ? Il me répond , * que
c'eil le Pape : parmi un grand nombre de
raifons , qu'il m'en allègue , il infifle fur
celle-ci ; c'eil que la convocation des Con-
ciles appartient à celui-là feul, auquel Jé-
fus Chrill a donné une puilTance fur tous
les Prélats de l'Univers, ce qui ne peut
convenir qu'au Pape. Si je veux juger
du droit par le fait ; t ^ je remarque avec
Vigor Archevêque de Narbonne , que
non feulement les premiers Conciles Oe-
Gumeniqties ont été convoquez par des
Empereurs, mais que la feule Race des
Mérovingiens en a convoqué dix: fi je
conclus de-là , que les Princes temporels
ont ce pouvoir; on me répond en diftin-
guant un pouvoir de Miniftre & un pou-
voir de Maitrc ; on me 4it que les Prin-
ces
* Franc. Dominic. à S. Trinit. de ûc, Ecclef. Concil.
cap. ir. ad illiim folum fpcdat Concilia generalia juridicè
& ex auftoritate cogère , vel congregarc , cui foîi Chrif-
tus Dominas fupremam conceffit in omnes Epifcopos &:
Praelatos totius orbis , poteftatem , &c. pag. 517.
t Voi. tout ce fujet débatu par André du Val, qui ac-
cule Vigor d'avoir entrepris de renverfer toute la Mo-
narchie Ecclefialticjue , (h Bïfci^K Ecclefiafi. c^uselt. 1. pag,
503.
Crémière 'Partie. 173
ces temporels ont le pouvoir de Miniflre;
c'ell-à-dire , qu'ils peuvent exécuter les
ordres du Pontife touchant la convoca-
tion des Conciles , non pas ordonner en
Maîtres qu'ils foient convoquez.
II. Si je demande à l'Ultramontain 5 à
qui appartient le droit de préfider aux
Conciles? lime répond, que cefl le Pa-
pe, qu'il l'a toujours fait par lui-même,
ou par fes Légats : que tous les Conciles
ont fuivi en cela l'exemple, qui leur a été
donné par le premier de tous , je veux
dire celui de Jérufalem, auquel St. Pier»
re préfida. Si j'objede , qu'Ofius , Evê-
que de Cordoue^ foufcrivit le premier
aux A(î^es du Concile de Nicée : on me
répond, que peut-être Ofius étoit Légat
du Pontife. Et comme on ne fonde cet-
te conjecture fur aucune autorité , on
m'en propofe une féconde; on me dit
qu'il foufcrivit le premier, parce qu'il fut
le premier & le principal auteur de cette
efpèce de formulaire. Si j'infifte , & iî
je dis, que ni le Pape ni fes Légats n'ont
préfidé au premier Concile de Conf-
tantinople; on me dit, que s'ils ne l'ont
^zs Mt formais er y q\x ^rtefentialiter ^ ils
l'ont
* Vide Anton. Ferez. Pentatcuch. fidci , cap. 2. pag.
7i7- Vide etiam Anton, Paulutium dp Comitiis Eçclcj'.
pag. 410.
Î74 VEtat dû Qhrtfiianïfme en France i
l*ont fait pourtant- virttialiter ^ implichè,
III. Si je demande à l'Ultramontain $
quia le droit de confirmer les Conciles?
II me répond que c'eft le Pape ; & il
prétend me le prouver par l'exemple de
plufîeurs Conciles , qui ont erré , parce
qu'ils n'ont pas eu cette confirmation.
* Par le fécond Concile d'Ephèfe ^ que
\ Léon le grand appelle un Brigandage , &
qui condamna , contre l'avis des Légats
du Pape , :|: Flavien Patriarche de Conflan-
tinople, qui avoit lui-même condamné
Eutyche ; & par divers autres. Si je pro-
duis à mon tour une longue fuite de
Conciles , qui fans avoir été confirmez
par le Pape n'ont déterminé que la vérité;
on me répond que leur décifion , qui
étoit bien fondée à la regarder en elle^
même & auprès deDieUjn'obligeoitpour-^
tant pas FEglife.
IV. Si je demande à l'Ultramontain ,
qui communique rinfaillibilité aux Con-
ciles ? Il me répond auffi que c'eit le Pa-
pe.
* Vide Laurent. Brancatum de LaUrasa , in Traâ. de
Décret. Ecclef. pag. zi. Dico illud judicium verum eflc
in fe & penès Deum, tamen non obligare Ecclefiam
quia illud judicium non eft ultimum , cùm fadum fit
abfque capite , quod eft etiam Paftor , Judex , 8c Con-
firmator omnium ovium , etiam PatrumConcilii, Sec.
■j: Flav. Cliriftiani Lupi de Rom. »ppell. S,FlaYiani;f
cap. VIII. pag. 407,
% Id. ibid.pag. 14, 15. &e.,.
Crémière Partie. 175'
pe. Il le foutient non feulement contre
les Hérétiques, auxquels cette dodrine,
dit- on , eft une pierre de fcandale , mais
aufli contre trois fortes de Catholiques
Romains. I. Contre ceux qui accordent aux
Conciles de déterminer infailliblement
les dogmes de foi en l'abfence du Pape.
2,. Contre ceux qui reconnoilTant la îii-
périorité du Pape fur les Conciles , veu-
lent qu'ils foient infaillibles antecedem-
ment à fon inftruftion. 3. Contre ceux qui
reconnoilTant, comme ils parlent j/t-zW-
tatem & fuperioritatem du Pape , difent
pourtant qu'indépendemment de fon inf-
trudion & de fa confirmation les Conci-
les font infaillibles.
V. Si je demande à l'Ultramontain , qui
aie droit de difToudre les Conciles, &
le droit de les reprouver ? 11 me répond
encore, que c'eft le Pape : * parceque et-
lui qui a la puijfance de créer , a aujji celle
d'anéantir,
VI. Si je demande à l'Ultramontain ,
qui a le droit d'interpréter les Canons des
Conciles? Il me répond encore , que c'efl
le Pape.
Après
* D. Petr. à Monte , Traét. de primatu Papae , pag.
Ï15. Ejufdem eft diflblvere & deftruere, cujus eftcondere.
Voi. le même principe dans le Traité des Conciles de
Jean de Turrtcremata, cap. 17. pag. 574. Ôcc. Vid. Car-
din, de Boncompagnis , Trâ<ftât. detranllat. Conc. Bafili^
&potcft. Papae, pag. 14.
ty6 IJEtat dtiQhrïfiianifme en France^
Après avoir fait ces queflions à un Uî-
tramontain ; qu'on les propofe aux défen-
feurs de l'Eglife Gaîlicane ; aux Ri-
chers, aux Launois , aux Maimbourgs ,
aux Du Pins, qu'on les propofe aux
de Marcas , on aura des réponfes tout
oppofées à celles que nous avons rap-
portées. Je n'extrairai pas ici ce que
tant de célèbres Auteurs ont dit fur ce
fujet. Je me contente de rapporter ce que
le Cardinal de Lorraine fit remontrer au
Pape Pie IV. pour empêcher * qtCon ne fit
gliffer dans le Concile de Trente quelque
terme, qni auroit pu être interprété contre
la doàrine de toute la France , ce font
les expre (lions de Maimbourg : Je ne
pms nier , dit le Cardinal, que je ne fois
François , & que je n'aie été élevé (tans
r%)niverfité dé Taris , oà l'on tient que le
^ape eft fournis aux Conciles , ^ où ceux
qui en feignent le contraire ^ font regar-
dez, comme hérétiques Les Fran-
çois perdront plutôt la vie que de re-
noncer à cette doBriné. Ce feroit Une folie
que de croire^qti il y eût un fèulEvéque en
France^ qui voulût jamais confient ir à l'opi-
nion contraire à cette vérité. Ce font les
paroles de ce Cardinal. Un Particulier ,
qui
* Maimbourg Traité hiftor. de l'Eglife de Rome^-
pag. 351. .
Crémière Partie. lyy
tjui a recours aux Conciles , eft donc ap-
pelle à prononcer fur toutes ces quellions ;
dans le temps qu'attiré par la prétendue
unité de l'Eglife Romaine il veut fe li-
vrer à fes décifions , il la trouve divifée
fur les points les plus capitaux ; il fe
voit expofé aux anathêmes de celui des
deux partis, contre lequel il ofera fe dé-
clarer ; & au danger éminent de fe perdre,
s'il attribue l'infaillibilité à celui des deux
Concurrans , qui fe l'arrogé fans fonde-
ment.
Ici je me rappelle les plaintes , qu*on
faifoit à Rome durant le Pontificat d'In-
nocent XL fur la Théologie de l'Eglife
Gallicane , & le jugement qu'on y por-
toit fur le célèbre Ouvrage de, l'Arche-
vêque de Marca , qu'il a intitulé la G?;/-
cordance du Sacerdoce ^ de V Empire , &
qu'il auroit pu appeller , du moins à en
juger par l'événement^ la difcordance de
l'un avec l'autre. * On voit tous les jours
en France^ difoit Albizi à St. Amour, ^^i*
entreprifes contre le St. Siège , on ny eti^
tend parler que des liberté z> de l'Eglife
Gallicane y qui font autant de révoltes con-
tre t autorité jdpojîolïque. Un tal Mar«
CA HA FATTO UN LIBRACCIO IL PIU CAT-
TIVO %
"* Voi. jouniaî de St. Amour , Part. m. chap. 13.- px-^"
se 156.
Tom,h M
tyS VËtat du Qhrtftianifme en France i
tivo : ^)n certain Marcaafait un grand im-^
pertinent Livre ^ le plus méchant, dont on eût
oui far 1er auparavant : véritablement il en
a chanté la palinodie , ^ à caufe de cela
il a été fait Evêque.
Voions pourtant , fî en admettant fur
le fujet des Conciles , comme fur celui
des Papes , l'opinion la plus probable & k
plus mitigée, nous trouverons les avanta-
ges, qu'on nous promet dans la voie de
la foumiflion , & l'afli-anchifTement des
peines & des incertitudes, qu'on nous ditfe
Rencontrer dans la voie de l'examen-
Trois conditions font nécefTaires j félon
ïe fentiment le plus généralement reçu
dans FEglife Romaine , pour rendre un
Concile infaillible ; La première , qu'il
foit Univerfel : la féconde, que les voix
y foient libres: la troifiême, qu'on y dé*
batte mûrement les matières. C'efl
donc à un Particulier d'examiner chacun
des Conciles , dont on lui allègue les dé-
cidons comme infaillibles, & de voir s'il
a ces trois conditions ; cet examen lui
ouvre un monde de nouvelles difficultez :
je n'en marquerai que quelques-unes.
I . A quoi un Particulier pourra-t-il con-
îioître, fi un Concile eft Oecuménique?
Faut-il pour rendre un Concile Oecumé-
nique , qu'il y ait des Députez de tous les
Ordres Ecclefiaftiqucs , ou s'ilfuffit qu'il
foit
Trémïère Partie, i'j^
foit compofé du nombre d'Evçques, que
le Pape aura jugé à propos? Les Eglil'es^
qui font hors d'état d'y députer, transtnet-
tent- elles leur droit à celles qui y dépu-
tent? Ceux qui y donnent leur lufFrage^
le régleront-ils fur ce qu'ils penfent , ou
fur les inltrudions de ceux qui les y ont
envolez ? Les perfonnes notées d'héréfîe
feront-elles admifes à y opiner, oufi leur
erreur les prive de ce privilège? Les voix
y feront-elles comptées par le nombre des
Déléguez j ou par le nombre des Eglifes?
Autant de queitions, autant de fujets de
difpute parmi les Catholiques Romains ;
autant de fources de travaux & de per-
plexitez pour un Particulier , qui veut
foumettre fa foi aux décifions des Con-
ciles.
^:: Ne multiplions point les controverfes ,'
tenons tious en à Tidée la plus naturelle,'
que réveille le terme d'Oecuménique; ou
fi l'on veut adoptons la notion , que * le
Cardinal Bellarmin en donne, & recon-
noiilons qu'un Concile mérite le noni
d'Oecuménique, quand tous les Evêques
du monde ont pu & dû y affilier, à moins
qu'ils
* Generalia dicunturea Concilia , qiûbus interefle pof"
funt & debcnt Epifcopi totius Orbjs, nifi légitimé impe-
diantur, ôcquibiis nemo reftè prcefidet ni fummus Ponti-
fex , aut alius ejus nomine , Bellarm. Difput. tom. td^
?Art, î. Jib, I, cap, iy. pag, 13.
i8o L'Etat du Qhrtfiianïfme en France\
qu'ils n'aient eu des raifons légitimes
de s'en difpenfer , & quand le Souve-
rain Pontife y a préfidé ,ou en perfonne,
ou par fes Députez. Cela donné , un
Particulier, qui prend le parti de la fom-
miflion aux Conciles,en eft-il plus exempt
de travaux & d'incertitudes?
De favans hommes parmi les Catholi-
ques Romains, & parmi les Protçftans,
foutiennent, qu'il n'y a jamais eu de Con-
ciles Oecuméniques. L'Eglife Chrétienne
n'en a eu aucun pendant les deux pre-
miers Siècles, ni pendant une partie du
troifiême : ^1^^/^^ ce temps-Là^ dit le Pape
* Sylveftre ^les violente s perfecut ions contre
les Chrétiens empêchoient , que les ^eU"
fies ne fujfent injiruits ; ^ comme les
Evéques n'envoient pas la liberté de sap
fembler , les entrailles de lEglife furent
déchirées par diverfes héréfies , que les
Conciles réfutèrent ® condamnèrent dans la
Jîiite. t II y eut des fiècles entiers après
celui de Conflantin , dans lesquels la con-
voca-j
* SylVeft. Papa apud S. Aritonin. Archiep. Florent, de
fummo Pontif. pag. m. In praecedentibus temporibus ,
perfecutione contra Chriftianos fervente, docendarum ple-
bium non dabatur facultas ; & quia non erat Epifcopis
licentia' concefla conveniendi in unum , ideo Ecclelia in
diverfas hserefes fcifïa eft , qu» per Concilia poflmoduni ,
■ confutatae & damnatas funt.
t Vide Frideric. Spanheim, Hift. Chriftian. facr, pâg»
Ï480.
Trémtere Tartle. i8i
vocation des Conciles Oecuméniques fut
impraticable ; & Ton a donné fouvent le
nom à'Vniverfèl à des Synodes , qui n'é^
toient compofez que des Députez de quel-
ques Eglifes ; c'eft ainfi que les Conciles,
tenus à Rome fous le Pape Symmaque,
font appeliez Généraux , quoiqu'il n'y
ait eu que des Evêques d'Italie. Le même
titre eft donné au m. Concile de Tolè-
de , quoiqu'il n'y eût que des Evêques
d'Efpagne. De même à l'égard du iv.
Concile de Carthage. C'efl le * Cardi-
nal Bellarmin qui nous fournit cette re^
marque. Auffi les Catholiques Romains
fe font-ils entièrement partagez, lorfqu'ij
a falu déterminer le nombre des Conci-
les véritablement Oecuméniques ; les uns
en comptent huit, les autres neuf, lesaur
très quinze, f Bellarmin fait trois clalfes
de Conciles , dans lesquelles il en met
xviii. d'approuvez par toute l'Eglife ;
favoir,!. celui de Nicée; i. celui deCon-
llantinople ; 3 . celui d'Ephèfe ; 4. celui
de Chalcedoine; 5.6. le fécond & le troi-
fiême de Conftantinople ; 7. le fécond de
Nicée ; 8. le quatrième de Conftantino-
ple ; 9. 10. II. IX. quatre de Latran;
13. 14- deux de Lyon ; ^5, celui de
Vien-
* Bellarm, tom. i. de Concil. lib.i. cap. iv. pag. 14.
I Id. ibid. cap. v, pag. 14.
M 3
x8i UEtat daChrlftianifineen France^ ^
Vienne ; \6. celui de Florence; 17. le
cinquième de Latran; 18. celui de Tren-
te. Voilà , félon ce Cardinal , les Con-
ciles véritablement Oecuméniques. Com-
bien decontredilans n'a-t-il point trouvé
parmi les Théologiens de fa Commu-
nion .^ Et où ell le Particulier idiot , qui
puiiTe accorder ces Antagoniltes ; qui
puilîë même fe promettre de connoître
celui dont l'opinion eft la mieux fondée?
S'il ofe fe déclarer pour Bellarmin ; je ne
veux que le feul * Launoi pour l'effrayer
& pour le confondre ; il lui prouvera que
le fécond Concile de Nicée n'efl pas re-
connu en France pour Oecuménique ,
non plus que celui de Florence , ni que
le cinquième de Latran; il lui apportera
une foule de témoins contre l'univerfalité
du premier Concile de Conitantinople ;
il lui fera voir que le Pape Vigile ni les Evê-
ques d'Occident, qui n'afîiflèrent point
au
* Lannoii Epift. Part. vu. ep. xi. pag. 736. &:c. Voi.
aufiî un pafîage remarquable de Pierre deMarca : Conve-
nerunt anno 794. Regni Gallorum & Italie Epifcopi in
urbe Francofordienfi , Apoftolica Adriani Primi auftori-
çatCj&juffioneCaroli Régis congregati. Propolita cft fa-
cro'conventui Synodus Nicex habita -quam illi œcumeni-
cam dici poffe negarunt, quod Occidcntis Provinciae per
epiftolas more Ecclefiailico fententiam rogatœ non fuifTenr.
Imo Synodum omnino exploierunt , quôd Imaginibus
abea dccretum divinum cultum cxiftimarent , non qui-
dem aperta definitione , fed conniventia , de Concord. Sa-
ccrdot. U Imper, lib. 2.. cap. 17. pag- 2.05.
Trémière Partie, 183
au fécond Concile de Conftantinople ,
n'ont pu le regarder comme liniverfel ;
je vous renvoie à cet Auteur , qui finit
par cette réflexion la Lettre que nous
citons : ^oiqti aïent avancé touchant les
Conciles Oecuméniques , dit-il , Okam ^
Ger/on, Brevicoxa, Bellarmin, ^c. vous
comprenez maintenant >Jlje ne me trompe^
que j'ai été fondé y quand f ai avancé ^ que
c*eft unechofe très pénible ^ & très diffici^
le , pour ne pas dire impojjible , que de fi*
xer le membre des Conciles Oecuméniques.
Ce font les paroles de Launoî.
Un Particulier ell-il forti de cette pré^
mière difficulté , il tombe dans une fé-
conde; après s'être déterminé fur le nom-
bre des Conciles généraux , il faut qu'il
fe détermine fur celui de leurs A^tes &
de leurs Canons. On a fouvent confon-
du les Aftes & les Canons d'un Concile,
avec ceux d'un autre Concile. * Cefl
ainfi , que le Pape Zofime citoit les Ca-
nons du Concile de Sardes , comme s'ils
avoient été de celui de Nicée. Les Evê-
ques d'Afrique fe récrièrent contre cette
fraude; & pour la faire connoître ils firent
confulterles Originaux du Concile de Ni-
cée;
* Voi. de Marca de Concordiâ Sacerdot. & Imper,
lib. IV. cap. 5. pag. 370. lib. vi. cap. 14. pag. 9^5. lib. viï.
pag. 1098.
M 4
^8 4 L'Etat du Chriftïmifine en France.,
cée ; qui étqient à Conilantinpple , & \
Alexandrie.
Il y a aufîi dans les Conciles Oecumenî-
cjues des Canons , pour lefquels plufieurs
Catholiques Romains n'ont pas plus de dé-
férence que pour ceux des Conciles parti-
culiers. ^ Théodoret ne fait mention que
de vingt Canons du premier Concile de
Nicée: & fi ^ Ruîiin en compte vingt-
deux, ç'efl qu'il en a divifé deux : mais
le Pape ^ Zofimc en adrpettoit lxx. &:
le '^ Jéfuite Turrian reçoit les lxxx. Ara-
besques, publiez par Ecchellenfis : on les
trouvera à dans la nouvelle Collection des
Conciles, publiée par le Père Harduin :
outre diverfes autres Conftitutions attri-
buées par quelques-uns aux Pères de ce
Concile , quoiqu'elles portent avec elles
des marques de réprobation. Et qu^on ne
penfe pas que la divQifité des opinions fur
ce fujet ne peut avoir aucune influence
fur les Dogmes de la Religion : elle en a
iiir les points les plus importans de nos
Controverles. Parmi les Conib'tutions,
dont nous parlons, il y en a qui établiflcnt,
ou
tt Thcodoret. Hift.Ecclef. lib. i. cap. v. pag.29,
b Ruffin. voi. la CoUcdion du P. Harduin, tom.i.pag.
333-
ç Eugen. Lombard, de -ruperioritate Papce ad Concil,
V^g- 399-
^ Harduin. ubi fupra,pag. 463.
"Première ^Partie. i%^
pu qui fuppofent la préfence corporelle
dejéfus Chriftdans FEuchariftie , d'une
manière auffi exprefle qu'auroit pu le
faire le grand Concile de Latran tenu fous
Innocent lïl. dans lequel ce Dogme fut
établi. * Telle eft par exemple une Con-
llitution publiée fous ce titre par le Père
Harduin : Eortimdem Sanfforîim Patrum
cccxxviii. al't£ varia Ecckfîaftica Conf-
titîitiprtes: elle ordonne entr'autres cho-
fes à l'égard de l'Euchariitie, qu'on ne la
prenne pas par morceaux divifez , rnais
fer modum unius boli : & que s'il arrive à
quelcun par négligence , par mépris , ou
par malheur de la vomir, & qu'il y ait là
quelque fidèle arrivé à un alfez haut point
de perfe(!^ion pour avaler ce qui aura été
vomi de cette manière, il ait à le fai-
re, t Les Canons du fécond Con-
cile de Conftantinople , reçus dans les
Eglifes d'Orient , étoient encore in-
con-
* - - - - Si refiduum multum fuerit , partiantnr inter
iè , & iinufquilque luam fumât portionem : unicâ tantùm
vice per modum unius boli , five parva fit illa , five ma-
gna , nec îtemm aut' tertio fiât - - - - Si quis autem
Vel per negligentiam , 8c injuriam 8c inopinato aliquo
cafu eam evomuerit, adèritque aliquis , QUI EO PER-
FECTIONIS PERVENIT UT ILLAM HAC RA-
TIONESUMERE VELLET , SUMAT; alioquincum
Bonore ^ reverentiâ in terra fepcliatur. Idem ibid. pag.
506.
' t Vide de Marca deConcordiâ Sacerdotii 8c Imperii,
J'b. III. cap. 3. pag. 229.
M s
ï8^ VEtat du Chrifitani/me en France ^
connus à celles d'Occident fous le Pon^
tificat de Léon premier , & fous celui
d'Innocent premier , qui difoit que de fon
temps TEglife ne fuivoit point d'autres
Canons que ceux du Concile de Nicée,
* Une gran de partie des Evêques, qui a (lif-
tèrent au premier Concile d'Ephèfe , n'y
étoient point encore quand on tinf la pre-
mière Seffion. Ils étoient divifez , & ils
s anathématifoient les uns les autres pen-
dant la féconde. \ Les Ultramontains re-
jettent les Canons de la iv. & ceux de la
V. Seffion du Concile de Conitance ,
& le Pape Martin V. refufa de les confir^
mer. Le :j: Concile de Bàle , qui fut
regardé comme légitime avant la dépofi-
tion d'Eugène IV. fut traitté de Synago-
gue de Satan après l'éleéiion de Félix V .
|I1 y eût du moins onze Sefllons dans le
Concile de Trente , contre lesquelles les
François firent des proteitations.
Vn
* Voi. ce que le Père Harduin appelle Conciliab. Eph.
tom. i.pag. 1450--63.
t Emaiiuel. Schelftrate Concil. Conftant. cap. ni.
pag. 1x4.
% Concilium Bafileenfe , poftquàm ab Eugenio juffum
dilTolvi , vocat S. Antoninus , viribus caflum , fynagogam
Satanae. Caeleft. Sfrondat. Gallia Vindicata , diiîert. 3.
pag. 838.
\ De l'aveu d'André Duval. VideTraélat. de DifcipL
Ecclef. quaeft. vu. pag. 511. Et Vigor Archevêque de
Narbonne foutenoit , qu'il n'y avoit aucune Seffion de ce
Concile, dnns laquelle on n'eilt porté atteinte aux libertés
de l'Eglife Gallicane. Id.ibid.
f. V... Crémière Partie. 187
^H ahime appelle un autre abîme au fin
4e fis canaux. Un Particulier eil-il par-
venu à démêler , dans les Conciles Oecu-
méniques, les Canons & les Ades généra-
lement reçus d'avec ceux qui ne le font
point ; il faut qu'il travaille à démêler
ceux qui font authentiques d'avec ceux
que la fraude ou l'ignorance ont fuppofez.
Le Cardinal ^ Bellarmin prétend , que
les Hérétiques ont inféré dans le v. Con-
cile Oecuménique des Lettres fuppofées
du Pape Vigile, f Le même Cardinal fou-
tient avec Baronius & plufieurs autres
Théologiens de l'Eglife Romaine , qu'on
a ufé de la même fraude dans les Ades
(lu VI. Concile Oecuménique , qui ell le
III. de Con{tantinople,&qu'onya inféré
fdeux Lettres d'Honorius adrelTées à Ser-
gius , Chef de la Sede des Monothelites ,
4ans lefquelles la dodrine de ces Héré-
tiques elt approuvée. :|: Plufieurs ont crû
que les Ades du m. Concile de Conf-
tàntinople étoient fuppofez. Et comment
n'auroit-on pas fuppofé des Ades & des
Canons, puifqu'on a fuppofé des Conci-
les entiers ? Tel ell celui de Sinueiîè ,
qu'on
^ Bellarmin. de Pontif. Rom. lib, iv. cap. ii. pag. 993;
t Idem ibid.pag. 991. Voi. dans Maimbourg la lifte des
Théologiens , qui font dans ce fentiment, Traité hiflor,
de l'Eglife de Rome , chap. xii. pag. 163.
^ Voi. Dupin Bibli. Eccl. tom.vi. pag. 67.
ï88 L'Etat du Chriftmtfme m France^
qu*on prétend avoir été tenu fous le Pon-
tife Marcellin, & à la fin duquel fe trou-
vent ces paroles ^ frima Sedes à nemineju"
dicatur. * Le Cardinal Bellarmin l'a ci-
té pour prouver que le Pape eft au-deflus
des Conciles. Si nous nous en rapportons;
à t Albert Pighius,le vi. Concile géné-
ral & le VII. doivent être mis dans le
même rang.
Un Particulier n'a pas moins de peine »
Jorfqu'il eft queftion de fuppléer auxMo-
numensdes Conciles ce qu'on lui dit avoir
été enlevé par les Hérétiques , qu'à fe
munir contre ceux que les Hérétiques ont
fuppofez. :|: Eugène Lombard dit , que les
A6les du premier Concile de Nicée oiit
été brûlez par les Ariens,
. Un Particulier efl-il parvenu au point
de fuppléer à ce qui manque aux Con-
ciles, il fe voit appelle à iine tâche en-
core plus difficile que celle qu'il vient de
terminer ; c'eft de les accorder. Je ne
parle pas ici des contradiétions , qui font
venues de la différence des décidons pro-
noncées dans ces Afîèmblées; je parle de
celle des différentes leçons qui s'y trou-
vents t&: qui font une fource de difputes
dans
^ Bellarm. de Goncil lib. ii.' cap. xvn. pag. T31.
t Albert. Pighius in Diatribà de Concil.vi, & vis,
i^ Ubi fuprà> pag. 401.
Crémière Partie, ï8^
dans le fein même de l'Eglife Romaine.
* Le VI. Canon du Concile de Nicée neft
pas dans le Grec , tel qu'il fut cité dans le
Concile de Chalcedoine , par les Légats
du Pape Léon^ où il commence de cette
manière; Ecclejia Romana femper habuit
^rimatum^ teneat autem & Mgyftus. La-
quelle de ces leçons choifira un Particu-
lier? S'il foutient avec le Père Quesnel,
que ces derniers mots font une addition
faite par inadvertance , peut-être aufïi à
defTein ; il a contre lui Bellarmin , Baro-
nius , le Père Sirmond , & plufieurs au-
tres grands Hommes, qui prétendent,
que le texte de Nicée eft défedueux , &
qu'on doit y fuppléer par la citation faite
à Chalcedoine : & combien de fembla-
bles contrâdiftions un Particulier ne trôU-
vera-t-il pas , s'il veut comparer cette mul-
titude de Colledions de Conciles , que
nous avons aujourd'hui ? s'il confronte
feulement le Concile de Nicée , écrit par
Gelafe de Cyzique , avec les deux édi-
tions publiées par Alphonfe de Pife j l'une
à Dilinghen en 1 5'7x. & l'autre à Cologne
en 158 1. Je laiffe aux Savans à exami-
ner.
♦ Voi.Labbe tom. iv. col. 40. & 46. Voi. auffi toute
cette matière difcutée dans un nouveau Traité des Conci-
ks & de leurs CoUeétions, imprimé à Paris en 1714,
Part. II. chap. 3. pag. 301.
19 o L'Etat du Chriftianijme en France ^
-iier, ficcs contradiftions font réelles^ ôii
fi elles ne font qu'apparentes ; tout ce que
je foutiens i c'etl qu'on ne fauroit les con-
cilier fans faire des recherches profondes i
auxquelles un Particulier , incapable d'en-
trer dans l'examen des Dogmes de l'Ecri-
ture fainte , ne fauroit fuffire.
On nous indique un moien pour fortir
des difiicultez i que nous venons d'allé-
guer , & fans lequel on nous avoue qu'el-
les font indilTolubles. Ce moien c'ell de
conférer les divers Manufcrits des Con-
ciles : * Sans ce fecoursy dit un Auteur
moderne, on ne peut encore à^réfenîs'af-
furer de lajïncerité des ABes des Conciles^
ni en fixer la véritable leçon , quand il y
en a de àijfér entes dans les imprimez.
Mais comment un Particulier fortira-t-il
des Labyrinthes ^ dans lesquels ce travail
l'engage ? La rareté & la multitude de Ma-
nufcrits,auxquels on le renvoie,feront pour
lui également des fources de difficultez;on
n'a qu'à confulter là-delTus l'/Vuteur, que
je viens d'alléguer. Je ne rapporterai ici
qu'un exemple de ces variétez : il efl: pris
de la célèbre difpute de \ l'Ex-Jéfuite
Maim-
^ * Traité de l'étude des Conciles & de leurs Colleéïions,'
Fart. II. chap. 3. pag. 301.
t Maimbourg Traité hiltorique de l'Eglife de Rome ,
cap. Kxii. pag. 170.
Première T art te. i ^ i
Maimbourg avec Emmanuel Schelftrate,
Chanoine d'Anvers ^ fous-Bibliothequai^
re du Vatican : les Décrets de la qua-
trième Seffion du Concile de Confiance ,
& ceux de la cinquième , en ont été l'oc-
calion. Ils établillent la fupériorité du
Concile par-deffus le Pape. Les Ultra-
montains ont fait des efforts extraordi-
naires pour en éluder la force. * Les uns
ont dit , que le Concile étoic fans tête ,
quand ces Canons furent dreffez.- f Les
autres j qu'ils ne regardent que le temps
de Schifme , lorfque plufieurs Antipapes
fe difputent la Thiare Pontificale: % D'au-
tres , qu'on les avoit formez avec préci-
pitation , fans y apporter l'examen nécef-
faire pour les rendre légitimes. Emma-
nuel Schelftrate a aufïï recours à une par-
tie de ces folutions : mais ce qui lui eft
particulier, c'eft qu'il prétend que le Dé-
cret de la IV. Seffion a été corrompu par
les Pères du Concile de Bâle , qui dans
l'extrait, qu'ils en firent en l'Année I44^.
omirent ce mot adfidem, ëc y ajoutèrent
ceux-ci, ad reformat ionem ^eneralem Ec^
clejlie
* Vide Roccabert. Biblioth. Pontif. tom. xviii. pag. 5^.
t Voi. dans le vrr. Vol. de la Biblioth. Pontif. de
Roccaberti le Livre intitulé , Cathedrse Apoft. Oecum. Au-
«ftoritas , pag. 596.
% Gerfon. apud Schelftrat. inTraitatude fenfu&auâo-
îitate Coacil, Conltant.pag. 157.
ïp! VÉtat duQhriftianïJme en Francèi
clejîa T^ei m Capite & membris ; c'eft-à-
direi que tout homme, faiïsen excepter
le Pape même , efl obligé d'obéir au Con-
cile dans ce qui concerne la réformation
de FEglife , foit dans le Chef, foit
dans les membres. 11 fe fonde fur
neuf anciens Manufcrits , dans lefquels
ces paroles ne fe trouvoient point.
* Maimbourg oppofe Manufcrits à Manus-
crits: Au moment que j'* écris ^ dit-il , fai
devant moi le célèbre Manu fer it de lafa-
meufe Bibliothèque de S. ViBor , d'otï
Monjieur Sponde a tiré tout ce qiCily a de
fhts rare dans fin Hifloire du Concile de
Confiance; ^ afin^ ajoute-t-il, que Mon-
fieur Schelftrate ne fenfi pas nous oppojer
la mitltituàe de ceux qu*il a confiait ez , fai à
lui dire qu'il y en a dans ^ arts plus de
dix très conformes à celui de St. ViBor^
qui fieul vaut mieux que tous les fiens.
Ce qu'il y a de plus digne de remarque
fur ce fujet, c'eft que quand même. on
pourroit alléguer beaucoup plus de Ma-
nufcrits en faveur d'une leçon qu'en fa-
veur d'une autre, il ne faudroit pas fai*
re beaucoup de fonds fur cette fupériori-
té de nombre. Je n'ai cité , dans tout ce
que j'ai dit jufqu'ici touchant lesConcifes,
que
* Voi. Maimbourg Traité hiftor.de l'Eglife deRomcj'
ch.xx11.pag.z70.
t ^à&m ibid. pag.zTp,-
Crémière Partie. 193
que des Auteurs Catholiques Romains:
qu'il me foit permis d'en citer un Pro*
teftant ; c'eft * Thomas James , Dodteur
dans rUniverfité d'Oxford : il dit , qu'i
y a dans le Vatican des hommes , donC
l'office eft de contrefaire les anciens Ma-
nufcrits, & que c'eft à eux que l'on con-
fie le foin de tranfcrire les A(?tes des Con-
ciles & -les Ouvrages des Pères. Il tient
ce f-iit d'un homme digne de foi, quis'of-'
froit d'attefter avec ferment , toutes les
fois que cela feroit néceftaire, qu'il avoit
vu lui-même ces Copiftes de fes propres
yeux.
Voiez , Meilleurs , je vous prie , quels
travaux vous faites fubir à un homme ,
de qui vous exigez qu'il fe foumette aux
décifions des Conciles. Non feulement
il faut qu'il prenne parti dans les difputes,
qui s'agitent parmi vous fur les queftions
touchant ce qui rend un Concile digne du
nom àiOecumenique , & fur le nombre des
AlTemblées, qui méritent ce nom : mais
vous lui dites vous-mêmes, qu'on a con-
fondu les Ades & les Canons d'un même
Concile; il faut qu'il les démêle. Vous lui
dites, qu'on doit diftinguer dans le même
Con^
* Thomas James Treatis. of tlie corruption of fcript.
in append. to the Reader, apud Jenkins Hifloric. exami-
na, otthe authorit. of Concil, pag. ^.
Tom. L N
194 L'Etat duChnftianifîne en France^
Concile des Aéïes & des Canons drelTez,
pendant qu'il étoit Oecuménique , d'avec
ceux qui y ont été drefleZîlori'qu'il ne l'é-
toit point encore, ou loiTqu'ilavoit cefTé
de l'être ; il faut qu'il faffe cette diftinc-
tion. Vous lui dites, qu'il y a dans un
même Concile des pièces authentiques ,
& des pièces qui ne le font point ; il faut
qu'il les démêle les unes d'avec les autres.
Vous lui dites , qu'on en a enlevé quel-
ques-unes; il faut qu'il y fupplée. Vous
lui dites , qu'on en a altéré quelques au-
tres; il faut qu'il les rétabliffe : fans cela le
même Tribunal , auquel vous voulez qu'il
fe foumette pour connoître la vérité , fe-
ra pour lui une fource" féconde d'erreurs.
Quels travaux , MefTieurs , pour un hom-
me , que vous jugez incapable d'entrer
dans la difcufîion des Dogmes de la Reli-
gion! Quels travaux pour un homme,
auquel vous propofez la voie de la fou-
mi ifion , comme un moien de s'épargner
les foins de l'examen!
Nous n'avons encore parlé que de la
prémiè^'e condition , qu'on nous dit être
nécelîaire pour rendre un Concile infailli-
ble, c'ell qu'il doit être Univerfel ; La fé-
conde, c'eil que les fufti'ages y foient li-
bres : St. Paul dit ,que * Où ejt l'EJprit du
Sei-
* II. Cor. m. i~.
Crémière T art te, 195
! Seigneur ^ là eft auffi la liberté. De même»
. félon le fentiment le plus généralement
reçu dans votre Communion , où eit la
liberté , là ell aulli l'Efprît du Seigneur,
Vous avez toujours donné à ceux qui
ont opiné en efclaves dans ces AlTem-
blées, le droit de reclamer contre la con-
trainte. * „ C'eft ainii que ce qui avoit
j, été décidé à Rimini par les fedudions
„ & les menaces de l'Empereur , fut
„ annullé dès que les Evêques eurent la
„ liberté C'eft ainfi que tant de
5, Conciles tenus à Milan , à Seleucie ,
,, &c. ont été regardez avec horreur^
„ & que tout ce qui avoit été fait par
5, violence au fécond Concile d'Ephèfe,
,; fut déclaré nul & illégitime dans le
,, Concile de Chalcedoine. Et le Père
„ Daniel remarque dans fon Hiftoife de
„ France, que les Evêques, que les me-
„ naces ou les promelîés delà Cour avoient
„ engagez dans le Concile de Conilanti-
„ nople il abandonner la foi , demandè-
„ rent pardon dans le fécond Concile de
,, Nicée de leur lâcheté. La liberté des
(uffrages eO: donc nécefTaire pour rendre
un Concile infaillible: ceux qui y opinent,
peu-
t ^^<^i- le Livre , qui a pour tîtie, Renveifement de£
il>ertez de l'Eglife Gallicane dans l'^flaire de laConRitu-
ion Unigcnitus, i->art. ii.r^a-439-
N ^
iç)6 L Etat du Chr ifliani fine en France ^
peuvent donc être contraints en deux fa-
çons différentes ; l'une par l'efpérance ,
l'autre par la crainte ; ce font les idées de
vos propres Auteurs.
Mais comment un Particulier parvien-
dra-t-il, fans d'immenfes travaux, à con-
noître fi les Conciles , auxquels vous vou-
lez qu'il fe foumette, ont été libres de
ces deux fortes de chaînes ? Quel Conci-
le fi refpedable pouvez-vous lui alléguer,
qui foit entièrement exempt de foupçon
fur ce fujet?
Ce n'elf pas le Concile de Nicée:* quel-,
ques-uns des Ariens, quiy avoient affilié
firent cet aveu à Conftantin: Nous avoji
féché , 6 Empereur , la crainte , que 'vous
fions avez iujpirée , nous a fait fou fcrire à
rhéréfie.
Ce n'efl pas le premier Concile d'E-
phèfe : f Ibas fe plaint que les fuffrages
y furent achetez avec l'or de Cyrille.
Ce n'efl pas le premier de Chalcedoi
ne : X Les Légats de Rome prétendirent
qu^
* Nicetaslib. V. cnp. 8. Bibliot.Patr, Tom. xxii.pag.ijiij
t Voi. la Lettre d'Ibas Evcque d'Edeflc à Maris, dans
le II. Volum. de la Colleétion des Conciles du PèreHar-
duin. Priùs autem quàm Epilcopi , qui juffi fucrant con-
gregari,veniflent in Ephefum , anticipans idem Cyrillus
aures omnium quodam medicamine , quod iolet fapien-
tum oculos obcîEcare , prsoccupavit, Concil. Chalced.
pag- 530-
% Idem ibid.
I
1
première T art te. 197
que les Evêques avoient été forcez d'y
foufcrire.
Ce n'eft pas celui que l'on compte pour
le cinquième Oecuménique, je veux dire
le fécond de Conilantinople : ** Lupus at-
tefle , que Juilinien y fit le perfonnage d un
Diocletien , & que tous les Evêques de
la Grèce y étoient alTervis aux volontez
de cet Empereur: ^ & Euftathe, qui y
afiida , dit , que tout s'y pafla avec
violence, avec partialité, & avec con-
trainte.
Ce ne font pas non plus les Conciles,
qui ont fuivi ceux que nous venons d'al-
léguer: du moins ^ Richer foutient, que
depuis le Pontificat de Grégoire VIL
jufqu'au Concile de Confiance , c'efl-à-
dire, pendant près de trois fiècles & de-
mi, les Papes faifoient la loi à l'Eglife ;
qu'ils dreiïbient eux-mêmes dans leur Pa-
lais les Canons des Synodes, qu'ils pro-
pofoient enfuite ces Canons avec tant de
hauteur , que perfonne n'ofoit s'y oppo-
fer.
Etoit-ce un Concile libre que celui de
Con-
a Lupus tom. i. pag. 737. In hac Synodo Juftinianug
Diocletianum indiierat, ejus afFedtibus ferviebant omnes
Gr3ecorum Epifcopi. i
h Idem ibid.
c Richer Apolog. axiom. 38.
N 3
198 L'Etat du Chriftianifme en France ,
Confiance ? Il le fut fi peu ,que , félon *Em-
manucl SchelUrate , chacun y étoit plus
occupé du foin de defïëndre fa vie , que
de l'utilité publique.
Etoitce un Concile libre que celui de
Bàle? t Eneas Sylvius rapporte , que les
partifans d'Eugène y étoient fi atterrez ,
qu'ils crioient : La liberté ^ la liberté nous
a été enlevée.
Etoit- ce un Concile libre que celui de
Trente? Qu'il nous foit permis de nous
tranfporter dans les déplorables circonf-
tances de l'Eglife de ce temps-là. L'erreur
fe gliiTe peu-à peu; la fuperflition va do-
miner. Chacun murmure en fecret, &
ii'ofe fe plaindre à découvert ; le nom-
bre des mécontens grofîit ; la crainte cè-
de à la néccllité. Les plaintes , renfer-
mées dans le fein des malheureux , écla-
tent publiquement. Chacun veut une
réformation , & menace d'y travailler ,
fi
* Unum tamen liîc addere necc(Tc eit, varia
fcilicet à Rege Romanoium mota fuifle , quorum occa-
fione' magnac ammorum difcordiae inter Patres Concilii
exortae, plurefque impreflîones fadtœlunt, ut non folùm
vi rationum , Icd &: mctu ac tcrrore animi concertare
viderentur. Videbaturrenovata tempeltas ab Evangelio de-
icripta , in qua navis Ecdefiss venris percuiïa , undifque
agitata , aperiebatur fiudtibus, ut jam plurium audiren-
tur clamores , defperatum eiTe de unione Ecclefîse , &.
ron araplius curandum de falure publica , fed cogitanduni
de falvanda propria perfona , Emmanuel Schelllrate de
Concil. Conltantienfi cap. 3. pag. 122..
I Duval Anteloq. ad Tradatura de S. Pcnt. poter-
lUie.
Crémière Partie. 199
Ti on refufe d'y procéder dans les règles.
Nous demandons un Concile: on élude
nos demandes ; on difpute ; on contelle;
on refuie ; on promet-; on diiière ; on
cède enfin plutôt par la crainte d'une ré-
formation forcée , que par un défir fm-
cère de fe réformer. Le Concile tant
défiré s'alfemble ; nous croions qu'on veut
nous entendre , & revêtus des armes de
la vérité nous efperons la voir triompher
dans le Concile.
Mais quelle AiTemblée, bon Dieu! On
nous traite comme des criminels déjà
condamnez, & non comme des légiti-
mes membres de l'AiTemblée , qu'on doit
entendre. On refufe de nous écouter:
On nous donne des faufs-conduits équivo-
ques: On gagne quelques-uns des afiilfans
par les promeflés, on en atterre quelques au-
tres par les menaces : On fe referve le
droit d'agiter les quedions qu'on voudra
choiiir , & on ne touche que celles qui
ne pouvoient porter aucune atteinte an
Pontife: On prépare les Décifions dans
des Conventîcules avant que de les rap-
porter à l'Alfemblée: On ne reconnoît
d'autre loi que celle du Pape ; & on don-
ne lieu à ce Proverbe profane dans fon
expreflion, mais vrai dans fon fens, que
* le St. EJprit venoit tous les jours de Rome
N 4 dans
* Fra PaoloHift. duConc.deTr. lib.vi. pag. 480.
xoo UEtat du Cbrïjïimiïfme en France ^
dans une cajfette. Les Légats du Pape
font les feuls , qui ont la liberté de pro-
pofer les matières, qu'on y doit traiter,
& cela, dit * Richer, fous prétexte-d'é-
viter la confufion, mais réellement pour
prévenir toute occafion de parler fur la
nécefîlté de réformer l'Eglife dans fon
Chef & dans fes membres,
t Les Ambaifadeurs des Rois fe réu-
nirent contre cette tyrannie : ils foUici-
tent l'abolition de la claufe proponentïbus
Legatis , qui leur ôtoit la liberté de faire
les demandes qu'ils croiroient utiles pour
leurs Princes & pour leurs Eglifes. Le
Pape femble déférer à une requifition fi
jufte: il mande à fes Légats, qu'il entend
que chaque Prélat propofe ce qu'il lui
plairoit, &que les réiolutionsfe prennent
à la pluralité des fuffrages. Mais la Let-
tre du Pontife n'elt deilinée qu'à en-
dormir les gens ; & Moron , envoie à
Trente pour ouvrir le Concile , a des inf-
trudions à part, qui lui marquent la ma-
nière, dont il doit exécuter les ordres ,
qui lui viendront de Rome.
On
* Colore quidem impcdiendjc confufionis , {^à. reverà
wx omnis occalio liberiùs difputandide neccffitateEcdeliie
reformandae in capite Se in membris Patrlbus Concilii
tolleretur; & hp3 funt aites cximise, quibus Curi.iRo.ma-
na fuam abfolutam fulcit Monarchiam, ne dicam Tyran-
nidcm , Rich. Apolog. a^c. 2,1.
t Voi. F. Paofo Sarpi Hift. Conc. Trident, traduit par
Amelot , lib. vi. pag. 484. Id. ib. lib. vu. pa^. 6G().
Crémière Tartïe. 201
On pourroit facilement rapporter un
plus grand nombre d'exemples , & un
plus grand nombre de paffages de vos Au-
teurs, pour prouver que la liberté a tou-
jours été bannie des Conciles : aufîi quel-
ques-uns de vos Théologiens ont-ils coupé
ceneud, qu'ils ne pouvoient défaire, f Mel-
chior Canus ne feint point de dire, que fi
ceux qui foutiennent qu'un Concile légi-
timement alTemblé peut errer par crain-
te , font fondez , les Hérétiques triom-
phent, & qu'il n'y a aucun Concile, dont
l'autorité foit hors de leur atteinte.
Il nous feroit aifé maintenant de prou-
ver, que les Conciles n'ont pas rempli la
troifiême condition, fous laquelle ils pré-
tendent que l'infaillibilité leur elt promi-
fe ; mais ce que nous venons de dire ,
pour faire voir qu'ils ont manqué de liber-
té , fuffit pour montrer qu'ils n'ont pas
pu examiner mûrement les queilions qu'ils
ont décidées, quand même ilsenauroient
eu l'intention. Comment auront-ils mû-
rement examiné des queflions Théologi-
ques dans des Alfemblécs , dont les mem-
bres ont été tantôt éblouis ou atterrez
par la préfence des Empereurs , ou de
leurs Commiiîaires ; tantôt achetez à
deniers comptans ; tantôt contraints par
N s ' une
t MMchior Caïuis Loc. Theol. lib. 5. cap. 5. pag. 190.
^o^ L'Etat du Chrijîiamfme en France ^
une force majeure de foufcrire à des
Décrets, qu'ils nepouvoient pas s'empê-
cher de condamner intérieurement ; tan-
tôt li occupez du foin de préferver leur
vie , menacée par des faélions fanguinai-
res, qu'ils ne pouvoient penfer à la iùre-
té publique ?
Si CCS faits ne fuffifoient pas pour prou-
ver ce que nous avançons , quatre autres
confiderationii lemcttroient dans une par-
faite évidence. La première feroit prife
de rhlitoire de quelques Conciles ; com-
me par exemple le premier d'Ephèfe ,
dont *■ TEvêque d'Edefle dit, que Cy-
rille y fit condamner Neitorius avant que
tous les Evêques , qui avoient été con-
voquez, y fulTent arrivez, & qu'on pro-
nonça la condamnation de cet Héréfiar-
que fans avoir examiné ion Héréfie.
La féconde confideration feroit prife de
la défiance, que quelques-uns de vos Au-
teurs témoignent de leur propre caufe
dans cette occafion. \ Ils reconnoiffent
bien
* Priufquam omnes Epi^copi veniiTentin Ephefum. . .
^: antcqivani inSynodr.m advenirèt fancftiffimus ôfà Deo
amatiirimus Aichiepiicopus Johannes, Ncilorium ex Epif-
copalu depcfuerunt , Kpirsui x.ui ^r.T.'c-faç ^sî yfné.uîVijç.
Vide apud Harduin. Concil. Chalced. tom. z_. pag. 530.
t în Conciliis non debent Patres mox quaii ex aucto-
vitate fcntentiam abfque aîia difculTione dicere , led
collationibiis & difoutationibus re antè tradatâ , pre-
cibusque piimum ad Deum fufis ; lum vero quxftio à
Concilio fine errore finietur , Dei fcilicet auxilio atquc
fa-
Crémière Partie. 203
bien d'un côte , que les membres d'un
Concile ne doivent pas difécider les quef-
tions avec autorité , fans avoir fait ladif-
cufîionnéccilaire pour les entendre* Mais
ils foutiennent d'un autre côté , que fi l'on
accorde une fois aux Hérétiques la licen-
ce d'examiner , fi l'on a rempli ce devoir,
tous les Décrets des Papes & des Conci-
les tombent par cela même. Non feule-
ment nous trouvons cet aveu dans quel-
ques-uns de vos Auteurs , mais quelques
autres nous allèguent eux mêmes des
exemples , qui prouvent ce que nous fou-
tenons , que les matières n'ont pas tou-
jours été bien examinées dans les Conci-
les, t Matthieu Paris ne dit-il pas qu'on
ne
fiworc , hominumque diligentia & ftudio confpirantibus.
Ex quo perfpicuum ed: non dormientibus §c ofcitantibus
Patnbus Spihtum ianftum affiftere, fed diligenier humanâ
via & ratione qiiccrentibus rei , de quà dilieritur, verita-
tem quamobrcm , qui five Ponrificum , five Conci-
liorum diligcntiam in fidei caufà finicndà în dubium vo-
cant, eos necelî'c eil Pontificum judicia ac Conciliorum
infirmare,Can. Loc. Theol. Iib. 5. cap. 5. pag. 293. &c.
* Si femcl Hœreticis hanc licentiam permiirimus , ut
m quaîitionem vocent , &c. quis adeo csecus eft ut non
vidcai: , omnia mox Pontificum Conciliorumque Décréta
labefaftari? Iraque praedat iemper Pontifex quod
inie elt, prïcftatque Concilium ,cùm.de fide pronunciant;
caditque cauia, li quis è noïiris aliter exillinut, Can. ubi
fupra pag. 295.
t ExMatthseo Parifienfi difcimus nihil quicquam aclum
in ijla Synodo conciliariter ex raorer.Iiorum Concilioiaim;
nimiruni communihus votis atque i'tiffragiis Patrum lî'^^iû
latim difcufîis , perpenfis , & colledis."^ Cùm or-^o
aliud fit aliqua recitare Capitula in Conci^ii) , aliud, &c
Rich. Apol. ax. 38.
204 L'Etat du Chrijiimifme en France ^
ne fit rien dans le iv. Concile de Latran ,
félon la coutume qu'il fuppofe avoir été
obfervée dans ceux qui lui étoient moins
connus , je veux dire , qu'on n'y examina
pas les fuffrages , qu'on ne les pefa point ,
& qu'on ne les compta point.
La troifiême conîideration feroit prife
de la précipitation, avec laquelle on a
Ibuvent déterminé des queflions , dont
la difcufîion auroit demandé un temps
confidérable. Je n'en alléguerai qu'un
exemple ; c'eil celui du premier Concile
de Lyon , déclaré Oecuménique par le ^
Pape Innocent IV. qui y aiïifta en perfon-
n*e : je ne fai fi on en a jamais tenu , où
il y eût des matières plus graves , & en
plus grand nombre, à débattre: qu'on
en juge par le Sermon, que le Pape pro-
nonça dans cette Ailémblée. Il prit pour
texte ces paroles de Jérémie ; * Vous tons
^ajfans écoutez ^ voiez , s'il y eût jamais
douleur femblable à ma douleur. Il compa-
ra fes douleurs aux fept plaies du Crucifix:
il dit , que cinq douleurs avoient envi-
ronné fon ame ; La première venoit des
ravages, que les Tartares faifoient dans
les pais Chrétiens ; la féconde du Schif-
me de l'Lglife Grèque , qui depuis peu
de
* Lament. i. 4,
Première Partie. 205-
de temps avoit abandonné le giron de
l'Eglife Romaine ; latroifiême des Héré-
fies adoptées par les Patarins.par les Bul-
gares , par les Joviniens , & par un grand
nombre d'autres Sedes ; la quatrième
du miierable état , oh. fe trouvoit la Ter-
re Sainte; & la cinquième (qui étoitfans
doute celle dont il étoit le plus touché)
venoit de la conduite de l'Empereur ,
qui appelle à être le défenfeur de l'Egli-
fe , étoit devenu fon ennemi. Cepen-
dant ce Concile fut terminé en trois Sef-
fions. Dans trois SeiTions on eut débat-
tu les grandes queftions , pour la difcuf-
fion desquelles il avoit été convoqué, &
fans donner le temps à* Thaddée&aux
Apologiftes de l'Empereur d'expofer les
raifons de leur Maître, on le déclara dé-
chu de la dignité Impériale , excommu-
nié , &c.
En-
* Intertia verôSaffione Thaddœus nimis timcns & do-
lens de Domini fui periculo , maxime pro eo quod fi-
lia Ducis Auftrise , vel ipfi Imperatori copulata , vel in
proximo copulanda matrimonio , amplexus ejus abhor-
rens evitabat , eo quod excommunicationi lubjacenti
depofitionis periciilum imminebat ; apparuit in Concilio
pro Domino fiio refponfurus &; appelbturus. Et cùm
cœpifTet eum multiformiter excufare , nec audiretur, ap-
pellavit pro eo ad Concilium proximè futurum gencralius,
Harduin. Afta Concil. tom. vix. Conc. Lugd. pag. 399.
Dominas igitur Papa 6c Praelati affiftenres Concilio ,
candelis accenlis in diâ:um ImperatoremFredericum ,qui
jamjam Imperator non eft nominandus , terri'nliter, re-
cedentibus ôc confulis ejus procuratoribus , fulgurarunt ,
id. ibid. pag. 401.
%o6 UEtat du Qhrïfiianïfme en France^
*'■ Enfin la quatrième confideration ,
par laquelle nous aurions pu prouver,
qu'on n'a pas examiné mûrement les ma-
tières dans les Conciles, feroit prife des
raifons, fur lefquelles on a fondé les Dé-
crets , qui y ont été formez. Qui ne
fera fcandalifé d'entendre des perfon-
nes , qui fe difent infpirées du St. Ef-
prit , pour faire diilinguer aux fidèles
le vrai d'avec le faux . raifonnant d'une
manière , qu'on ne pardonneroit point au-
jourd'hui à des hommes,qui nefe glorifient
pas d'avoir eu de fi puilFans fecours ? Quel-
le Théologie, quelle Metaphyfique, que
celles du fécond Concile de Nicée ! Quel-
les raifons que celles qui y furent alléguées,
& qui réunirent plus de trois cens
Evêques pour le Culte des irnages ! Si
nos exprelfions paroiireat outrées , fi
elles femblent peu convenables à un Ou-
vrage de Religion, d'où l'on doit écarter
tout ce qui feroit plus capable d'irriter les
efprits que de les ramener , je vous con-
jure , MefTieurs , de lire fans partialité
dans les Ades de ce Concile , rapportez
par * le Père Harduin , la partie qu'il intitu-
le : 71?//iwc7//^ è Scripturâ ïê'Patrïhns ^ro
ima^ïn'îbiis. Jettez encore les yeux fur
quelques-unes des preuves , qui fuivent
celles qui iont dans l'endroit que je viens
/ de
* Torn.iv. pag. 159.
Trémière 'Partie. 207
de citer ; & voiez s'il efl pofiible de fe
perfuader , que des gens , qui allèguent
de femblabîes argumens en faveur des
Dogmes qu'ils détiniiïènt , les ont mûre-
ment examinez.
Ajoutez à toutes ces raifons , celles qui
font prifes du dégoût , que trouvent des
perfonnes d'un certain ordre dans la mé-
ditation des véritez de la Religion. Penfez
aux paiïions qui les animent , lorfqu'ils
veulent juger de la dodrine de ceux dont
ils ont rélblu la perte. Souvenez vous
ici , Meilleurs , de la defcription , que
fait Berenger des préliminaires d'un Con-
cile tenu à Sens , dans lequel la Dodrine
d'Abelard fut condamnée:* Berenger dit,
que pendant la ledure des Ouvrages d'A-
belard,
* Poft aliqua Pontifices infultare , pcdem pcdi applo-
dere , ridere , nugari confpiceres , ut facile quifque jii-
dicaret , illos non Chrifto vota perfolvere , fed Baccho.
Intcr hœc ialutantur fcyphi, pocula celebrantur, laudan-
tur vina , Pontificura guttura irrigantur . . . Ljeth^eipo-
tio fucci Pontificum corda jam fepelierat. Ecce,inquitSa-
tyricus ,
Inter pocula quxrunt
Pontifices faturi quid dia pocmata narrent.
Denique cùm aliquid fubtile divinumque fonabat ,quoii
aurions Pontificalibus erat infoiitum , audientes o;nnc.s
diiTecabantur cordibus fuis, & ftridebant dentibus in Pe-
trum, & oculos talpae habentcs in Philofophuni. Hoc,
inquiunt , iinerenius vivere monltrum. .,...? Cujus
(yini) calor ira incefferat cerebris , ut in fomni icthai-
giani oculi omnium folvereiitur, Inrer hacc fonat Lec-
tor, ftertic auditor, alius cubito inniiirur, ut det oculi>
luis fomnum; alius laper molle cervical dormitionem ocu-
lis fuis molitur ; alius fuper genua caput rëclinans dormi-
ao8 DEtat du Chriftianïjme en France ^
belard, les Pères de ce Concile frapoient
des piez , ils rioient , ils badinoient , ils
buvoient ; & lorfqu'ils entendoient quel-
que chofe, à quoi leurs oreilles n'étoient
point accoutumées , ils grinçoient les
dents contre cet Auteur , & fe de-
mandoient s'ils lailFeroient vivre un tel
monftre ? Il ajoute qu'avant les SefTions ,
ils avoient bû tant de vin qu'ils dormoîent
en plein Concile , de forte que quand le
Lefteur rencontroit quelque endroit fca-
breux, & qu'il leur demandoit s'ils ne le
condamnoient pas? Ils fe réveilloient en
furfaut , & ils difoient moitié endormis ,
les uns , damnamtis , les autres feulement,
namus.
Souffrez aulfi qu'en finiflant ce que je
n'ai fait qu'ébaucher ici fur les Conciles ,
je vous rappelle, comme je l'ai fait dans
la Lettre précédente en parlant des Papes,
qu'il ne s'agit point dans cette occalion lî
tous les faits, que j'ai puifez dans les Ou-
vrages de vos Auteurs , ont été fidèle-
ment rapportez ; il s'agit feulement fi la .
voie de la foumiiîion aux décifions des 7
Con-
tât. Cîim itaque Leftor in Pétri fatis aliquod reperiret
fpinetum , furdis exclamabat auribusPontificuni,Damna-
tis? Tune quidam vix ad extremam fyllabam expcrge-
fafti iomnolenta voce, capite pendulo , Batnnamuszjçhzrw,
alii verô damnantiam tumultu excitati , decapitatà primd
fyllabâ , nantus inquiunt. Apud Bail. Didt. Tom. i. pag jzo.
Trémière Partie, 209
Conciles exempte un Particulier des pei-
nes & des incertitudes , qu'il trouve
dans celle de l'examen : je veux, par exem-
ple , que ce que j'ai appelle la féconde
SelTion du premier Concile d'Ephèfe ,
fût un Conciliabule, & non une véritable
Seffion du Concile. Voici des faits , qui
demeurent toujours certains, ^queper-
fonne ne contefîe ; c'eft que Neilorius fut
condamné dans là première SefTion avant
Tarrivée des Evêques d'Orient, dz que
dans l'adreife de la Lettre , qui fut écrite
pour lui fignitier fa dépofition , il fut traité
de nouveau Judas ; que cinq jours après
qu'on l'eût dépofé , Jean d'Antioche &
les Evêques d'Orient arrivèrent à Ephè-
fe ; que s'étant joints aux Evêques du
parti de Neftorius , ils s'aiîëmblèrent (les
uns difent qu'ils n'étoient que trente -{ïx,
les autres qu'ils étoient cinquante) &
qu'ils dépofèrent St. Cyrille , Memnon , &
tous ceux qui avoient communiqué avec
eux. V^oilà donc dans la ville d'Ephèfe
Evêques contre Evêques. Comment un
Particulier connoîtra-t-il fans de grandes
difcu (fions , quelle des deux AlTemblées ,
tenues dans la même ville , a été le
Con-
* Voi. Dupin Bibliotîi.EccIefiaft. tom. iv. pag. 195.
. Toni. I. O
iio L'Etat du Chriftianïfme en France , ^
Concile , & quelle le Conciliabule ; quels
font ceux qui ont été dépofez avec
juflice , & ceux qui l'ont été injufle-
ment ? Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, &c.
I
H U I.
Crémière Tartie. xn
HUITIEME LETTRE,
"Dans laquelle on examine une troijîême hy*
fothefe touchant la JoumiJJion aux déçu
Jîons de rtgl'tfi.
M
E S S î E U R S,
Il nous relie un troifiême fyflême à exa-
miner, c'eft celui de quelques-uns de vos
Théologiens , qui difent que c'eft dans la
doftrine unanimement enleignée par les
Pères , & toujours reçue par les vrais fi-
dèles, qu'on doit chercher les déciiîons
infaillibles de rEglîfe. Maisj'ofe foutenir,
que cette voie de foumifTion engage, com-
me les deux autres, à des travaux plus
' pénibles , & jette dans des incertitudes
incomparablement plus grandes , que la
voie de Texamen propofée par les Pro-
teltans.
Je commence par les Pères. Un Par-
ticulier, qui voudra chercher dans leurs
Ecrits les Dogmes, qu'il doit recevoir ,
trouvera un grand nombre de difficultez,
que je me contente d'indiquer après de
grands Hommes, qui en ont fait fentir
toute la force.
I. Nous n'avons que très peu d'Ecrits
O 2 des
atx JJEtat du Chriftianifme en France^
des Pères des premiers fiècles. * Les Li-
vres des Papias , des Quadratus , des A-
riltides, des Melitons, des Denis de Co-
rinthe , des Apollinaires, font perdus, &
fî le temps nous a confervé les noms de
ces Auteurs , il nous a enlevé leurs Ou-
vrages.
II. Une piété mal- entendue porta les
Pères à adopter divers Ouvrages fuppofez,
qu'on croioit être glorieux à la Reli-
gion Chrétienne. Nous mettons dans
ce rang la prétendue Lettre dej. C. aii |
Roi Agbare , & celle du Roi Agbare à,
Jéfus Chrift ; deux Lettres de la fainte
Vierge, l'une à St. Ignace, & l'autre aux
Florentins; celles de St. Paul à Senè-
que , & celles de Senèque à St. Paul ;
celles de Lentuîus & de Pilate tou-
chant Jéfus Chrill ; l'Evangile félon les
Egyptiens ; l'Evangile félon les Hé-
breux , & celui de Nicodème ; le Prot-
Evangile de St. Jaques ; les Livres des
Sibylles ; la Mclfe de St. Pierre , cel-
le des Ethiopiens; la Liturgie de St. Ja-.
ques, celle de St. Marc , celle de St.!
Barnabe , & celles des douze Apôtres ;!
les Livres de Prochore , ceux de St. Lin,'
ceux d'Abdias, & quelques autres, dont;
on peut voir la lifle dans f la Bibliothè-*
que
* Voi. fur cet Article Jean Daillé de l'Emploi des Srs.
Pères, lib. i. pag. ij. &c.
t Dupin Biblioth. Ecclefiaft. tom. i. pag. i. Sec.
Crémière Tartïe. 213
que Ecclefmftique de Mr. Dupin ; tous
ces Ouvrages & quelques autres font gé-
néralement attribuez aux fraudes pieufes
de l'enfance du Chrillianifme.
III. Plufieurs Kcrits,que de favans Hom-
mes croient être des Pères des premiers
fiècles , font rangez par d'autres dans la
clafTe des pièces fuppofées. Telles font
les Conftitutions & les Canons Apofloli-
ques ; l'Epitre de St. Barnabe; celles de St.
Clément ; la plupart de celles de St. Ig-
nace ; les Livres d'Hermas le Palteur;
les Clémentines ; & plufieurs autres Ecrits
publiez par Jean Cottelier fous le titre,
dC Ouvrages des F ères , qui ont fleuri da?is
les temps Apoftoliques : * l'authenticité
de ces Écrits efl un fujet de conteflation
parmi les du Perrons , les Baronius , les
UlTerius , les Petaus , les VofTius , les
Brunos , les Beverigges , les Blondels ,
lesDaillés,les Le Clercs, & plufieurs au-
tres grands Hommes de toutes les Com-
munions Chrétiennes.
IV. Les Ouvrages généralement recon-
nus pour être des Pères , dont ils portent
le nom, font tronquez &; altérez, f St.
Jé-
* Voi.Ia lifte de la plus grande partie des Ouvrages de
ces Auteurs fur ce fujet , dans le i. vol. du Recueil de Cot-
telier. Voi. auffi M. Daillé de Pfeudepigraphis Apoftolic.
t Hieronym. Epift. zS. ad Lucin. tom. i. pag. 247.
O 3
214 VEtat duChriftianifine en France^
Jérôme s'en plaignoit déjà de fon temps ,
nous n'avons que trop de fujet de former
les mêmes plaintes. Et foit calomnie,
foit vérité, on a accufé la Congrégation,
à laquelle nous devons aujourd'hui les
plus belles Editions des Pères, d'exceller
dans l'art de corrompre les Manufcripts ,
d'en effacer des paiTages, d'en fubftituer h
d'autres à leur gré ; * un Homme célè* "
bre , dont le témoignage doit être
toujours fufpeét , mais non toujours re-
jette, a fait des efforts extraordinaires
pour donner du poids à ces accufations.
Ce qu'il y a de plus déplorable dans ces
altérations, c'efl que, comme nous l'a-
vons remarqué à l'égard des Conciles, l|
elles influent fur des Dogmes très
importans. Louis Vives, f dans fes fa-
vantes Notes fur la Cité de Dieu de St.
Auguflin , remarque , que dix, ou douze
verfets , qui fe trouvent dans le chap.
XXIV. du liv. 21. de cet Ouvrage, & qui
établiflent le dogme du Purgatoire, ne
font point dans les Manufcrits de Bruges,
ni dans ceux de Cologne..
Cet-
'' * Voi. Bibliothèque critique de Sainjore.tom. i. chap,
VII. VIII. pag. 89. &c. Simon Lettr. critiq. i. p3ge 11.
t Voi. Ludovic. Vives comment, in Hb. Auguftini dç
Civit. Dei lib. 11. cap. 16. pag. 419. Voi, Mr. Daillc de
l'Emploi des faints Perdes, chap. iv.pag. 71.
Trémière Partie, aiy
Cette altération n*efl pas la feule de ce
genre , que nous trouvons dans les Ou-
vrages des Pères : * Monfieur Daillé en
produit d'autres exemples , & nous a-
vons de juftes fujets de foupçonner, qu'il
y en a un grand nombre d'autres , qui
ont échapé à fes recherches. Un homme
d'honneur, qui ne vit plus, m'a afluré ,
qu'il avoit vu une Edition de St. Augu-
ftin , dont le titre portoit , qu'on avoit
pris foin d'en retrancher tous lespafTages,
qui auroient pu être favorables aux Hé-
rétiques.
V. Les Pères ne font pas toujours
d'accord entr'eux , quelquefois ils ne
font pas d'accord avec eux-mêmes, f St.
Jérôme nous apprend, qu'Origène avoit
écrit dans fa vieillefle une Lettre à Fabien,
par laquelle ildefavouoit diverfes chofes^
qu'il avoit enfeignées auparavant. St. Au-
guftin fit un Livre de Retraftations , &
il auroit pu groflir facilement ce volu-
me. Vos Dodeurs ont fû fe prévaloir
de cette contradiétion , qui fe trouve
entre ce que les Pères ont crû dans un
temps, & ce qu'ils ont crû dans un autre.
* Le
* Dailîé ubi fuprà , &c.
t Hicron. Epilt. 6ç. de crror Origcnis tom. 2.. pag.
80.
O 4
zi6 VEtat du Chrtftïanïfme en France^
* Le Cardinal du Perron , prelTé par les
argumens , que les Proteflans tiroient des
Ouvrages de. St. Jérôme , pour prouver
que les Livres des Maccabées ne font pas
Canoniques , répond que ces palTages a-
voient été écrits par St. Jérôme, lorsqu'il
n'avoit pas encore conduit fes études à la
perfeétion : mais qu'aiant mieux connu
dans la fuite l'intention de l'Eglife, il fe
retraéta de tout ce qu'il avoit dit dans les
trois Prologues , où il exclut ces Livres
du Canon des Ecritures. Quoique nous
n'admettions pas cette hypothèfe , elle nous
paroit beaucoup plus foutenable, que cel-
les des t Théologiens de votre Commu-
nion , qui prétendent , que quelques pal-
pables que femblent les contradictions des
Pères, elles ne font jamais qu'apparentes,
non plus que celles que les Ennemis de
la Religion ont crû voir dans nos Livres fa-
cre2:& que quand on trouve dans les Ecrits
de cesDoéieurs de l'Eglife deux propofi- '
tions , qui paroiilent fe contredire , il faut
fous-
* Du Perron Réplique liv. i. chap. 50. page 374,
\ \A. Petr. Ludovic. Tliomriffin DiTertat. xvii. png.
f)io. Si fallut nos eorum clandellina inter fe concordia ,
hebefcere potiiis acumen noftrorum intelligamnsquàm to-
tam haliucinari EcclefiafHcam Antiqiiitatem, hujus concor-
diœ teftem & adminiflricem. Hoc faltem argumente revin-
camusiltosfabuloli-e diicordiseaudores, quodnonGra^cos
tantiiin Latinis , Chryfoftomum Auguftino , Latinos an- [
teriores pofîcrioriLus , fcd ipfum Aiiguilinum lîbi juvcncm,
imô feuem feui coramittunt, ficc.
Crémière Partie. 217
foufcrire refpedueufement à l'une & à
l'autre , & fuppofer qu'elles ont un fens rai-
fonnable.
VI. Il y a très peu de Pères, qui aient
l'érudition néceiTaire pour bien expliquer
l'Ecriture fainte : 11 vous en exceptez
Origène, Eufèbe, Théodoret, St. Jérô-
me, St. Auguilin, & quelque peu d'au-
tres , il n'y en a eu aucun , dont le favoir
n'ait été modique ; & parmi les plus fa-
vans d'entr'eux, vous n'en trouverez pas
un feul , dont la fcience puilTe être éga-
lée à celle de Sirmond, de Petau,deSca*
liger , de Blonde! , de Saumaife , de Bo-
chart;j'ofe même direque dans la feule tête
de ce dernier il y eût plus de fcience que
dans celles de tous les Pères de l'Eglife; fur-
tout ils étoient pour la plupart très médio-
crement verfez dans la Langue Hébraï-
que, fans l'intelligence de laquelle un Inter-
prète du V ieux Tcflament ne fauroit avoir
beaucoup de fuccès. Ils flaifoient fuppléer
la Verfion des LXX. au Texte Hébreu ,
dont ils avoientpeude connoilTance. Leur
attachement outré pour cette Verfion les
a portez à en adopter les fautes ; c'ell
pour cela qu'ils ont mal pris ces paroles de
Moïfe : * Souviens toi du temps a autrefois
^tand le Soiroerdïn partageait les
Nations , quand il feparoit les enfans des
O f hom.
* Deuter. xxxii. 7. 8.
II 8 VEtat du Qhrïflianifme en France^
hommes les uns d'avec les autres ^ alors il
établit les bornes des Peuples félon le nom^
bre des En fans d'ifrael. Les Septante
ont traduit, le nombre des Fils de T)ieuy
c efl-à-dire , les Anges , au lieu de tradui-
re, le nombre des Enfans dîfrael. Il n'eil
pas qneflion ici d'en examiner la raifon ,
tout ce que je dois remarquer , c'eft que
la plupart des Pères ont non feulement
fait cette faute après les LXX. mais qu'ils
ont conclu de la première partie de ce
paflage mal comprife , qu'il étoit defcen-
du des trois familles de Noé feptante Na-
tions; * ils ont aufîi conclu de la féconde
mal traduite, que chacune de ces Nations
avoit un Ange qui lui étoit prépofé. C'elt
encore pour avoir fuivi les LXX. que
quelques Pères ont donné des figniiica-
tions myftiques à ces paroles , que Jéré-
mie met dans la bouche des Juifs , qu'il
introduit parlant de cette manière : f T)é-
truifons l'arbre avec fin fruit , extermi'
nons le de la terre des vivans. Les Sep-
tante ont traduit : Jetions le bois fur fin
pain y ou contre fin pain. % Juilin Martyr ,
* Voi. Clément. Rom. Ep. i. ad Corinth. cap. 29.
pag. 165. Iren. lib, 3. cap. li. pag. 230.
t Jérém. xi. 19.
% Juftin. Martyr. Dialogo cumTryphone pag. 298.
Trémière Tartie. 219
* St. Cyprien, j Tertullien, \ Ladance,
& plufieurs autres ont adopté cette tra-
dudion : par ce pain ils ont entendu non
le pain de Jérémie , mais le pain de Dieu ,
& ils ont crû que ce pain de Dieu étoit
Jéfus Chrifl, & que le bois, que les Juifs
propofoient de jetter contre ce pain , c'é-
toit la Croix , à laquelle ils attachèrent
ce divin Sauveur. Ce n'efl pas ici l'en-
droit de compiler un plus grand nombre
de palFages , que les Pères auroient mieux
traduits , s'ils avoient été en état de ju-
ger par eux-mêmes du fens du texte Hé-
breu , & s'ils avoient fuivi des guides
plus fûrs que les LXX.
VII. Le goût &: le tour d'efprit des Pè-
res étoient peu propres à les faire entrer
dans le fens des Ecrits façrez ; ils avoient
fouvent recours à l'Allégorie, lorfque la
Critique auroit dû leur fcrvir de guide.
Quelles explications forcées cet amour
immodéré pour l'Allégorie ne leur a-t-il
pas fait inventer! \. Les renards , les
loups & les autres bêtes , dont parle l'E-
criture , marquent les Hérétiques, qui
font
* Cyprian. Homil. x. in Jerem. pag. io8.
t Tcrtull. Adverfus Marcion. lib. 3. cap. 19. pag. 408.
4" Ladlant. lib. iv. cap. 18. pag. 141.
I Origen. Homil. 4. pag. 99. Ambrof. Homil. xi. in
Pfal. 118. pag. 565.
210 L'Etat du Chrijîimijme en France,
font tant de ravages dans l'Eglife. Les
inceilueux , les adultères , dont elle rappor-
te les Icandaleux exemples, font des ty-
pes de Jéfus Chrill & de l'Eglife ; c'efl l'i-
dée , qu'on doit fe former en particulier
de l'incefle "^ de Lot avec fa fille ; De
celui de Juda avec Thamar; ^ De l'adul-
tère de David , dans lequel le Prophète
eit le type de Jéfus Chrill , Batfeba celui
de l'Eglife , Urie celui du Démon. '^ Ra-
hab recueillant trois efpions, & marquant
fa maifon avec un fil d'écarlate , eil la fi-
gure de l'Eglife, qui reçoit le Père, le
Fils , & le faint Efprit , & qui par le fang
de Chriil fe garantit de la ruine généra-
le , dans laquelle tous les Enfans d'Adam
font envelopez. '^ Le fupplice de la Croix,
que le Meffie devoit fouffrir, efl figuré
par le nombre de trois cens dix-huit hom-
mes , qu'Abraham arma , & avec lefquels
il défit les Rois de la Plaine: ^ par la
pièce de bois , que coupa un des Difciples
d'EIifée : / par la fituation des mains du
Prophète , qui diibit : * J'ai tout le Jour
ten-
a Iren. lib, iv. cap. 51. pag .353.
b Ambrof. lib. 3. in Lucam, pag. 4Z.
c Iren. lib. iv. cap. 37, pag. 336. 337. Ambrof. to. i.lib.
de Solom. cap.v. çol. T357.
d Clem. Alex. Stromat. vi. pag. 656.
e juilin. Dialog. cum Tryphon. pag. 319.
/Tertullian. adverfusjudxos, cap. 13. pag. 198,
* Efaie txv. 2.
'Première partie. an
tendu mes mains 'vers un Peuple rebel-
le: * par les buchètes, dont la veuve de
Sarepta difoit à Elie: \ Je n ai f lus que ma
main pleine de farine dans une cruche^ ^
un peu d'huile dans unephiole : voicifamajfe
deux buchètes ^ puis je m* en irai , je Paprê-
teraipour moi ^ mon fils : nous le mangerons^
f3 puis nous mourrons.
Les Juifs convertis au Chriflianifme
furent ceux probablement , qui portèrent
ce goût pour les Allégories dans l'Eglife
Chrétienne. Qui ne lait , que ctitte Na-
tion a eu de tout temps un panchant in-
vincible pour allegorifer fur les pafîa-
ges les plus fimples de l'Ecriture ? Philon
trouve les Myftères les plus fublimes de
la Théologie , & les préceptes les plus
purs de la Morale , dans les Loix céré-
monielles de MoiTe. Les Commentaires
des Rabbins font remplis de ces fortes de
fpéculations.
VIII. Les Pères ont eu des erreurs grof-
fières. :|: On trouve dans leurs Ecrits la
néceiïité du Baptême & celle de la fainte
Cène portées à un fi haut point, qu'ils ont
condamné aux flammes éternelles les en-
fans , auxquels on n'avoit pas adminifbé
ces
* Auguflin. tom. vri. de peccat. merit.Ub. i. cap. xx.
pag. 282.
t I. Rois XVII. II.
:j: Voi. iur ce fujet WitliSy Differt. de Sciipturâ inter-
prète, Part, ir. pag. 23.-. &c.
xiz L'Etat du Chriftïanijme en France^
ces facremens , ceux mêmes qui mou-
roient dans le fein de leur mère. Origè-
ne a débité beaucoup plus d'héréfies,
qu'il n'en faudroit avijourd'hui pour faire
excommunier un hoitime.
On peut mettre paVmi les erreurs des
Pères certaines opinions bizarres , moins
dangereufes véritablement , mais très pro-
pres à prévenir contre le jugement de
ceux qui les font , ou qui les reçoivent :
telles font celles-ci, "■ que les Anges a-
voient eu un commerce charnel avec les
femmes du premier monde ; ^ Que les
Saints vivroient mille ans fur la Terre ,
où ils trouveroient des fruits d'une grof-
feur prodigieufe ; '^ Que la Terre n'eft
pas ronde , & qu'elle flote fur l'eau com-
me un navire ; ^ Que Dieu n'avoit pref-
crit d'abord aux Juifs d'autres Loix que
celle du Decalogue ; & que ce fut après
l'idolâtrie du veau d'or, qu'il leur donna
les loix cérémonielles.
On
a Juftin. Martyr. Apol. i. pag. 44. Ircn. lib. lu. cap. 7.
pag- 371-
b Vol. un Recueil de l'opinion des Pères fur ce fujet
dans le Traité du Règne de mille ans , qui eft à la fin
du Commentaire de Daniel Withby fur le Nouveau T.
Tom. H. pag. zji. &:c.
c Vid. Chrylbll. in Hebr. Homil. xiv. Tom. iv. pag.
507. Item Catena in Job. cap. xxxviii. pag. 38.
à Iren. lib.iv. cap. 18. pag. 3i8.Laélant. lib. iv. cap.
10. pag. 375.
T rentière T art te.
21
On pourroit encore ranger dans la claf-
fe des erreurs des Pères la manière, dont
ils ont prouvé certaines véritez. Par
exemple , ^ St. Irenée conclut de ce qu'il
y a quatre vents généraux , qu'il n'y peut
avoir que quatre Evangiles. ^ Ils ont prou-
vé la Réfurredion par la fable du phœnix.
Ils ont trouvé la Génération du Fils de
Dieu dans ces paroles du Pfalmifte: «^ Mon
cœur bouillonne un bon propos : dans cel-
les de Michée : ^ Voici le Seigneur va
/or tir de fin lieu.
Ceux qui voudront avoir de plus gran-
des lumières fur les Ouvrages de,s Peres,
peuvent confulter deux Auteurs j qu'il
faudroit tranfcrire , fi Ton vouloit mettre
ce fujet dans tout fon jour. Le premier
c'eft Monfieur Daillé : il a rangé dans
certaines claiTes générales les railbns , qui
doivent nous empêcher de nous foumet-
tre à ces premiers Doc^kurs de l'Eglife :
fon lâvre , connu & admiré de tout le
monde , a pour titre, de l'Emploi, ou du
vrai 'Vfage des Thés : le fécond Auteur
ell
a Voi. la Differtation de St. Irenée fur le nombre des
Evangiles, lib. m. cap. xi. pag. ixi.
b Pf. XLV. r. Voi. Conllitutions Apolloliques , lib. v.
cap. vr. pag. 146. Tertullinn. de reiuneifc. Garnis , cap. 13.
pag. 3u. Cyrill. Hierof. Carech. xviii. pag. 213.
c Tcrtullian. contra Prax. cap. vir. pag. 503.
d Mich. 1.3. Ongc-n. in Jùhan. pag. 306,
il 4 V Etat du Chrljîianijme en France y
efl Monf. Daniel Withby , qui efl allé au
même but par une autre voie ; il a fuivi
Tordre de notre Canon , & en parcou-
rant depuis la Génèfe jufqu'à l'Apocalyp-
fe , il a ajouté à chaque chapitre de nos
Livres (lierez les explications peu exades ,
que les Pères en ont donné ; fon Ou-
vrage eil intitulé : T>iJfertatio de S. Scrïp'
turarum interprétât lone , fecundtim Ta-
trum Comment arios.
Je fai bien que quelques perfonnes pieu-
fes croient, qu'on fait tort à la Religion
Chrétienne, quand on ravale les Ecrits
des Pères. Ce fcrupule paroit même
d'abord bien fondé. Comment fe peut-
il que dans les fiècles , qui donnèrent au
Paganifme les plus beaux génies, on n'ait
vu dans le Chriitianiime que des Efprits
médiocres ? D'ailleurs comment pouvons-
nous nous afTurer de la vérité de certains
faits, fur lefquels roule la vérité de la
Religion Chrétienne , fi les Auteurs , qui
nous les ont tranfmis, n'ont pas toujours
eu, ni alTez de pénétration pour ne pas fe
laifler furprendre, ni allez de fmcérité
pour ne pas vouloir furprendre les autres :
en un mot , s'ils n'ont pas été exempts
des foiblelTes , qui invalident leur té-
moignage.
Mais 11 cette difpenfation de la Provi- ji
dence étonne , fi même elle fcandalife ,
quand
Crémière Fart le. ^zf
quand on lenvifage ainfi dans un premier
point de vue , on en admirera le delTein,
quand on fera parvenu à le pénétrer. Les
mêmes raifons , qui portèrent Dieu à choi-
iir des hommes peu verfezdans les Scien-
ces , pour écrire les Livres facrez du Nou-
veau Tellament , l'ont porté à ne pas
choiiir des perfonnes du premier ordre,
pour en être les premiers Interprètes: fi
les Apôtres avoient été des efprits fupé-
rieurs, n'aurions-nous pas été tentez de
croire , qu'ils avoient tiré de leur propre
fonds ce beau plan de Religion , qu'ils
nous ont tracé ? De même fi les premiers
Interprètes de leurs Ecrits avoient été
aufiî favans que Varron , aufii éloquens
que Ciceron, n'aurions-nous pas foupçon-
né, que c'ell à leur lavoir & à leur élo-
quence, que le progrès de la doctrine de
ces Livres doit être attribué. Ce double
foupçon s'évanouit, quand on confidère
le cara(!!fère . des Apôtres & celui de
leurs premiers Interprètes , d' nous ne
faurions douter, que le même Dieu , qui
eil l'Auteur de la Révélation, ne foit auiîi
l'Auteur de fes progrès ; nous pouvons
dire à ces deux égards , * qu'// a mis fis
thé for s dans des Vaiffeaux dt terre , afin
qu'il parût que l'efficace de la Religion
Chré-
* II. Cor. IV. 7.
To7n. I. P
^^6 U Etat du Chrifiïanifme en France^
Chrétienne venoit de Dieu , & non pas
des hommes.
Après tout on voit -à travers la confu-
/ion, qui règne dans les Ouvrages des
Pères, la vérité de certains faits, fur lef-
quels notre foi eil appuiée ; cette confu-^
fion inême les prouve , bien loin qu'elle
en invalide la vérité : quand on exami-
ne ces Ouvrages avec attention , oji re-
connoitque lesmauvaifes interprétations ,' _
que ces Auteurs nous ont données , fup-
pofent qu'il y avoit un texte généralement j
refpedé des Chrétiens : le refpeét gêné--
rai , qu'on avoit pour ce texte , fuppofe »
qu'il y avoit eu des Apôtres, dont la mif-
fion avoit été confirmée par des mira-
cles : ces miracles fuppofent , que Dieu'
animoit ceux à qui il avoit confié des dons
il extraordinaires. Les fraudes pieufes
mêmes des Pères fuppofent, qu'ils étoient
fmcères dans l'attachement qu'ils avoient
pour la Religion Chrétienne; & l'attache-
ment, qu'ils avoient pour elle, fuppofe que
les grands événemens,fui' lefquels elleétoit
fondée, & qu'ils étoient à portée d'exa-
miner , étoient réels , & non chiméri-
ques. Et pourquoi les Pères auroient-
ils eu tant d'attachement pour une Reli-
gion , qui leur attiroit tant de perfecu-
tions, & qui a conduit quelques-uns d'en-
tr'eux fur les échaffauts ; s'ils n'avoientcrû
quelle
Crémière Tartïe. 217
qu'elle a une origine célefte? Comme j'ai
dit,ces véritez fe démêlent à travers lacon-
fulion , qui règne dans les Ecrits des Pè-
res ; mais pour démêler ces véritez il ne
faut pas le foumettre aveuglément à ces
Ecrits , au contraire , il faut en pefer les rai-
fons ; on ne fauroit pefer ces raifons fans un
examen plus long & plus pénible, que ce-
lui que vous voudriez interdire aux Par-
ticuliers , & dont vous dites qu'ils font
incapables. Ce font vos principes, & non
pas les nôtres, qui énervent les argumens,
qu'on peut puifer dans les Livres des Pè-
res pour la vérité de la Religion Chré-
tienne. C'efl ailèz fur ce fujet.
Mais nous avons dit aufîi , que quel-
ques-uns de vos Dofteurs foutiennent ,
que c'eit dans la dodrine non feulement
enfeignée unanimement par les Pères,
mais auiïi toujours reçue par les vrais fi-
dèles, qu'on doit chercher les décilions
infaillibles de l'Eglife : c'efl: la féconde
Partie de cetroifiêmeSyftême, ou plutôt
c en elt un quatrième; volons s'il exemp-
te un Particulier des peines & des incer-
titudes , que vous lui faites craindre
dans la voie de la difcuiïion ; ce fera le fu-
jet d'une autre Lettre. Je fuis,
MESSIEURS,
Votre, &c.
P X NEU-
2i8 L'Etat du Qhriftïmifme en France^
NEUVIEME LETTRE,
Tymis laquelle on examine un quatrième
Syftéme fur la voie de la foumijjîon.
M
ESSIEURS,
J'extrairai d'un Livre , qui paroit de-
puis quelques années, & qui eft intitulé ,
le témoignage de la vérité dans fEglife,
le dernier Syftême fur la voie de la fou-
miffion. Cet Ouvrage doit fa naifTance
aux malheurs des Janleniltes des derniers
temps. Qui n'eût crû qu'on lés avoit for- 1
cez de renoncer au dogme de l'infailli- j
bilité de l'Egiife , & d'abandonner la voie ,|
de la foumiffion? Les foudres du Vaticanj
lancez contr'eux ; un Concile taxant leur j
do6lrine d'héréfie , & leur fermeté de
rébellion ; tant d'Eveques foufcrivans
à leur condamnation ; le bras feculier
fe joignant au bras Ecclcfiailique pour
les exterminer ; une partie de leurs
J3effénfeurs entraînée par les raifons, ou
feduite par les menaces de leurs Ad-
verfaires , l'autre contrainte de cher-
cher fon refuge dans * les terres des Thi-
lift in s ^
* Les Chartreux ont mis ce pafl^ige au titre de -leur
Apologie : 5^ périrai par' les -/nains de S,ïM; ne vaut-il pas
mieux que je me fauve an Pais des Phili/iins f
Crémière Fart le. 129
llftins, comme David pourfuivi par Saiil;
toutes ces chofes ne fembloient- elles pas
les engager à ne reconnoître d'infaillibili-
té que dans les décilions de Jéfus Chrift,
& à ne fuivre d'autre voie pour les con-
noître que la méditation des Livres , qu'il
a lui-même infpirez? Mais leur zèle pour
le dogme de l'infaillibilité de l'Eglife n'eft
point encore éteint^ ils font encore par-
faitement foumis à fon Tribunal Voici
les principes de l'Auteur, que j'ai allé-
gué.
. '^ ,, L'Eglife efl la règle de notre foi ;
5, quand une fois elle a parlé , plus d'e-
5, xamen après elle.
,, ^ L'autorité de l'Eglife ne confille
5, pas à faire de nouveaux dogmes ; mais
„ à témoigner quels font ceux que Jéfus
„ Chrill a révélez.
5, ^ L'Eglife , qui rend ce témoigna-
„ ge, vivra, & fera toujours vifible juf-
5, qu'à la fin des fiècles : anathême à qui
„ veut la réduire, à je ne fai quelle chi-
,, mérique Société d'hommes inconnus,
„ qui retiennent la vérité captive dans
, l'injullice, & qui celTent de lui rendre
,, le témoignage public, qu'elle exige de
„ tous ceux qui la connoiiTent.
* Cet-
n Pag 2.
l Voi. les chap. XXV. XXVI. xxvii. xxviii. pag. 77. &c.
c Pag. 9.
P 3
230 L'Etat du Chrïjîianïfme en France ,
*
Cette Eglifcc'eft TEglife Romaine :
„ elle a feule la lucceifion légitime des Paf-
5, tecrs dans ruiiité, ce qui fait une démonf-
5, tration complète qu'elle eil véritable.
„ t Un fidèle doit examiner , non fi
5, ce qu elle propofe eil vrai ; (il doit tou-
„ jours le fuppofer) mais fi ce qu'on lui
5, dit être la voix de cette Eglile , l'eit
„ réellement ; parceque \ Ange de ténè-
j, bres fe transforme quelquefois en Ange
5, de lumière.
Je vous prie,Meiïieurs, de faire atten-
tion à cette dernière propoiition ; car
l'hypothèfe ,que l'Eglife Romaine eft la vé-
ritable Eglife , à laquelle on doit fe fou-
mettre même fans examiner fi ce qu'elle
propofe eil vrai, cette hypothéfe, dis-je,
une fois donnée , il femble que les Papes,
que les Conciles , que le plus grand nom-
bre des Evêques , & la pluralité des fuf-
frages, réunis contre une dodrine, obli-
gent tout • bon Catholique Romain à
l'abjurer. Mais non: c'eillà précifémenc
le piège, dont l'Auteur veut nous garan-
tir. Ces Evêques , ces Pères alFemblez
dans un Concile, & tous leurs adhérans,/
font aujourd'hui des Anges de ténèbres
transformez, en Anges de lumière , & s'ils
connoif*
* Pag. 16.
^ I Pag. z. "
Crémière Partie. 131
connoilTent la vérité , ils ia retiennent dans
l^injufiice.
„ * Ce n'cft pas par la bouche desPonti-
,, fes, j'emprunte encore les termes de l'Au-
„ teur, ce n'ed pas par la bouche des Pon-
„ tifes,même parlans ex Cathedra , quel'E-
„ glife Romaine prononce fesdécifions in-
„ faillibles, t L'EgUlp Gallicane fait contre
5, V Ex-Cathcdra des Ultramontains des
,, objedions défolantes. Toutes les hy-
,, pothèfes fur l'infaillibilité du Pape n'a-
„ boutiiîent qu'à footenir qu'il eil infail-
„ lible , lorsqu'il ne fe trompe pas: fa
„ faillibilité a été décidée par les Conci-
„ les de Confiance & de Bàle. Et quant
„ au St. Père régnant aujourd'hui , déjà fi
„ connu par les affaires de la Chine, fa
„ Bulle fera la flétriifure éternelle defon
„ Pontificat, &*ne fervira dans la Poilé-
„ rite qu'à faire reconnoître à l'Eglife,
„ qu'il ne fauroit peut-être lui arriver un
5, plus grand mal, qu'un Pape gouverné
„ par les Jéfuites. [ Depuis le Problê-
,, me, qui entama la Bulle, jufqu'à la Con-
„ ilitution qui vient de la terminer , tout
„ parle contre elle : L'efprit de brouille-
„ rie l'a fufcitée ; l'ignorance l'a appuiée ;
les
* Png. 67. 117.
t P^g- 1-
X Pag. 68.
\ Pag. 314. _
x^z UEtat du Chriflïanifme en France,
„ les pa (Fions l'ont pourfuivie ; l'impoflure
„ l'a conduire; le violemcnt des loix l'a
„ conibmmée; l'aurorité s'en eft faifie;
5, la flweur en a décidé ; les Parties en
„ ont été les Juges \^ la plus julie défen-
„ fe a été refuiee. * A peine a-t-elle été
„ répandue parmi nous , qu'elle a été
„ l'horreur ^ la conlternation des gens
,, de bien ; le mépris des perfonnes fa-
„ ges & éclairées ; la raillerie des Liber-
5, tins & des ennemis de TEgliie ; l'in-
„ quiétude des Politiques; l'enibaras de
5, fes Défenfeurs , & la confufion de Ton
5, Auteur. L'Eglife n'a point changé. Ce
5, que la Conlb'tution étoit pour elle, Tell
5, encore, & lefera jufqu'àla fin des fiè-
5, clés. Jufqu'à la fin des fiècles elle afi^i-
5, géra tous ceux qui s'intérelîënt vérita-
„ blement à l'honneur de l'Ëgliie & du
„ St Siège.
„ Ce n'etl pas non plus par le mîniltè-
,, re des Conciles que l'Ëgliie rend témoi-
,5 gnage à la vérité: au contraire c'eit au
5, témoignage de l'Eglife que les pluscélè-
„ bres Controverfiile? ont toujours rappel-
„ lé la célèbre queilion touchant l'authen-
5, ticité des Conciles Oecuméniques , &
„ c'eil là qu'il faut la réduire en eftèt.t Eli-
W
* Pag. 67.
t Pag, 156. 157.
Trémière Partie. 133
„ il un feul Théologien, qui n'ait toujours
„ fuppofé la liberté comme la condition
„ la plus nécefîaired'un Concile Oecume-
„ nique? Et cette condition conflamment
„ fuppofée, & toujours regardée com-
'„ me la principale & la plus néceifaire
„ de toutes, ne dit-elle pas que fuppofé
„ le cas d'épreuve on ne répond de rien;
„ - - - que la tentation peut entrainer,
„ même dans un Concile, le plus grand
„ nombre des Palleurs.
„ Ce n'eit pas non plus par le plus
„ grand nombre d'Evêques ,que l'Eglife
„ prononce fes décidons infaillibles; *car
„ Il la tentation peut entrainer le plus
„ grand nombre des Pafteurs, même dans
„ un Concile , où les Evêques ont fans
„ doute beaucoup plus de force; n'eit-il
„ pas encore plus naturel, qu'elle entrai-
„ ne ces mêmes Palleurs feparez , & dès
„ là même dautant plus difpofcz à fe
„ rendre, que l'incertitude de leurs Col-
„ lègues efl toute feule une tentation des
„ plus violentes?
„ L'Auteur appelle l'exftérience au fe- '
„ ct)urs du raifonnement ; il rapporte en
„ abrégé ce qui fe palla dans les Con-
„ ciles de Seleucie , de Rimini , & de
., Conilantinople, & il cite ces paroles
de
* Ibid.
^34 L'Etat duChriftîaîtifine en France,
,, de St. Grégoire de NaYianze ; „ * Cet-
,, te ville Impériale, difoit ce Saint, a vd
„ la confommation de l'iniquité com-
„ mencée dans les Conciles de Rimini &
„ deSeleucie; villes infortunées , quicé-
„ lèbres autrefois ont perdu tout leur é-
5, clat par les chofes honteufes , qui s'y
„ font pafTées. C'eft là qu'on a vu re-
5, nouveller l'image de laconfufion de Ba-
„ bel, ou plutôt de la perfidie de Caï-
„ phe, (^ du Confeil Judaïque qui con-
„ damna Jéfus Chriil. Après avoir pro-
,, fcrit l'ancienne DoiTrine, on y ouvrit
„ les portes \ l'impiété par Tambiguité
„ des termes qu'on y adopta. Les P a-
„ STEURS DEVINRENT ALORS I N-
„ SENSEZ, jufques à ravager la vigne
5, chérie & l'héritage- du Seigneur, juf-
„ qu'à couvrir d'opprobre & deconfulion
,, cette Eglife, qu'un Dieu a confacrée
„ par fes fueurs & par fon fang. §^fon
„ 710US dtfe après cela, ajoute notre Au-
„ teur, que le grand nombre des F afieur s
5, eft la voix cou ftante de r Eglife , ÏS cet-
,, te chaire refpeèlable, contre laquelle on
3, ne s'' éleva jamais fans crime : ce font
5, encore les termes de l'Ouvrage, que
„ j'ai cité.
Comment pourrons-nous donc connoî-
tre
* Pag. loj.
'première Partie. 2,35'
tre l'Eglife ? Par quel Organe prononce-
t-elle fes décilions infaillibles ? Ici l'Au-
teur craint qu'on ne lui falTe l'injudi-
ce de le prendre pour Proteflant ; & fa
crainte eil fort naturelle. Il eil aiïez
naturel qu'un homme, quinepeut favoir,
ni par les décifions du Pontife de l'Egli-
fe Romaine, ni par celles de fes Conci-
les, ni par celles du plus grand nombre
de fes Evêques, quelles font les véritez
révélées , croie avec les Proteflans , qu'el-
le n'eft point infaillible. Il eil: aflez na-
turel qu'un tel homme les cherche dans
leur fource ; je veux dire dans la Parole
même de Dieu ; qu'il falFe de cette Parole
feule f\ règle, ion guide, fon juge infaillible.
Mais non'* Veuille le T>ieu des fniféricor-
des, s'écrie l'Auteur, après avoir cité un
paljage de St. Paul , dans lequel cet A-
pôtre dit aux Corinthiens , qu'ils font f
manifeftement la Lettre àeChrifl cdnimede
tous les hommes , veuille le T^ieu des mi-
féricordes ouvrir les yeux de nos Frères
errans à ces paroles de V Apôtre', elles fou-
droient le -principe captai de leur fcbifîne^
^ s ils les avoient entendues ^ ils naur oient
eu garde d'appeller , comme ils ont fait , du
témoignage de l'Eglife Catholique à l'auto-
rité
* Pag. 79.
t II. Cor. III. 2..
^ 3 <^ L'Etat du Chriftiantfme en France^
rite feule de h Parole écrite ; d^un témoi-
gnage , qui efl pour ainfl dire une Lettre vi-
vante , ^ qui s'explique elle-même , à une
Lettre morte , qui ne peut s'expliquer. Ne
faifons point de reproche à l'Auteur fur la
citation du paiTage de St. Paul; elle nous
a beaucoup étonnez, & nous ne fommes
point accoutumez à entendre citer l'E-
criture fainte de cette manière. Les En-
nemis de St. Paul l'accufoient d'altérer la
Doctrine de Jéfus Chriil : l'Apôtre de-
mande aux Corinthiens, fi cette accufation
a pli faire impreiîion fur leur efprit : (i
elle les a prévenus contre lui : s'il eft né-
ceffaire qu'il entreprenne fon Apologie ,
& qu'il follicite des Lettres de recom-
mandation auprès d'eux : Après avoir
formé ce foupçon , il le repouiFe : il leur
dit, que les converfions,que Dieu a opé-
rées dans leur Eglife par fon minidère ,
font la meilleure Lettre de recomman-
dation qu'il puilFe avoir: * Commençons-
nous de nouveau à nous recommander nous-
?némes? Oîi avons -nous bejoin de Lettre de
recommandation auprès de vous . . . vous êtes
vous-mêmes notre Lettre écrite dans nos
cœurs , ^ comtue de tous les hommps : vous
êtes la Lettre , que Chrift lui-même a
écrite par notre minifîère , non avec de
reii-
* II. Cor. III. I, z. 3.
Crémière Tartie. ' 237
P encre , mais avec rEJprit du Dieu vU
vant ; non fur àes tables de pierre , mais
fur des tables de chair. Quoi ! ces paroles
foudroient le principe capital du prétendu
fchifme des ^Proteftans ? Elles prouvent
qu'on ne doit pas appeller du témoignage
de l'Eglife à celui de la Parole de Dieu ?
Revenons à notre fujet ; à quoi donc
pourrons- nous connoître la véritable E-
glife : puis qu'elle peut être trahie par le
Pape , par les Conciles , par le plus
grand nombre d'Evêques ? A fon petit
nombre, à fon oppreiïion, répond notre
Auteur, i. A fon petit nombre. * Suppo-
fé le cas de partage , dit-il , ^ le défaut
de liberté ^ le petit nombre par lui-même ., à
moins d'un miracle^ eft le fîgve naturel ^
vi/Ible de la chaire. 11. A fon oppreflion.
t 'Vopprelfion lui rend avec ufnre les fïgnes
de fidélité., qu'elle perd du côté de la multitu-
de. Et par quel Organe cette Eglifc con-
nue à ces lignes prononce-t-elle fes déd-
iions? :j: C'eitpar un cri public ; c'eftpar
l'aveu., ou par le desaveu des fidèles, qui
la compofent ; c'ell par Vimprejjion de nou-
veauté., ou de conformité avec P ancienne
DoBrine de foi , qu^on leur propofe.
Voilà les Principes , dont l'ingénieux
Auteur, que j'ai cité, fe fert contre les
Dé-
* Pag. 141.
t Pag. 95. ç)(>. 8cc.
X38 L'Etat du Chriftïanifhte en France ^
Défenfeurs de h Bulle 'Vnigenïtus. Je
ne prendrai de part à cette difpute qu'au-
tant que mon lujet le demande. Il me
femble que quelques plaintes , que nos E-
gliies aient lieude former contre les Janfe-
niftes , ce n'eft pas le temps de les atta-
quer ; on ne fauroit le faire dans cette
conjondure fans violer en quelque forte
ce qu'on doit aux opprimez. Les Etats
Protellans le félicitent de pouvoir donner
à ceux dont nous parlons une protection,
que leur refufe cette même Eglife , à la-
quelle ils ont voulu nous réunir ; & nous
trouvons des délices à ne leur témoigner
notre reifentiment , de ce qu'ils fe font
joints tant de fois à nos Perfecuteurs ,
qu'en les mettant à couvert des coups ,
dont ils veulent les fraper.
Il fuffira de faire voir ici , que quand
même les Particuliers auroient pour l'E-
glife la déférence aveugle , que notre Au-
teur en demande, ils trouveroient dans
la voie de la foumiffion plus de peines que
dans celle de l'Examen. On a prouvé de-
puis long-temps aux Janfeniiles, que cette
difficulté fe rencontroit dans leur Syllême
contre la Religion Proteftante : qu'ils prefr
foient eux-mêmes la nécelîité de l'Examen,
dès qu'on vouloit exiger d'eux la foumif-
fion, qu'ils veulent eux-mêmes exiger de
nous. Jamais caufe ne fut mieux attaquée
que
Œ^rémïère !P art te. 2 3 q
que la nôtre Ta été par Mr. Nicole. Jamais
caufe n'a été mieux défendue que la nô-
tre l'a été par Mr. Pajon. * Le Livre de
TAggreiFeur elt excellent dans fon genre ;
t celui du Défenfeur l'elt dans le fien ; ce
n'a pu être que la Vérité, qui a fait
triompher le dernier. Je me borne à l'Ou-
vrage que j'ai cité.
I. Son Syllême a toutes les difficultez
générales, que nous avons trouvées dans
la voie de la foumiiîîon. Il nous engage à
l'Examen dans le temps qu'il fuppofe que
nous en fommes incapables. Je ne fau-
rois avoir pour l'Eglife la foumiflion,
que demande notre Auteur , à moins que
de bonnes raifons ne me perfuadent, qu'il
y a une Eglife infaillible. Je' ne faurois
croire qi^'il y a une Eglife infaillible . à
moins que je n'admette une Révélation ,
& que je ne fois capable de fentir la
force des preuves, qui en établiflënt la vé-
rité ; & je ne faurois tirer de la Révéla-
tion aucune confequence pour finfaillibi-
lité de l'Eglife, à moins que je n'entende
le fens des paiîages, dans lelquels elle é-
tablit ce dogme.
II. Non
* Préjugez contre les Calviniftes.
t Examen des préjugez, SccVoiGi aufli fur ce fujet le
Livre du Doéteur Scherloc , intitulé Préfervatif contre le Pa-
pilme, chez Jean Neauhnc à la Haye, traduit par un Au-
teur anonyme, & non par ^Jr. de Joncourt, comme je
l'a vois crû.
24^ L'Etat du Chriftïan'tfme en France ^
II. Non feulement ce Syftême a les dif-
jficultez générales du dogme de la foumif-
fion ; il en a même qui lui font particu-
lières-. L'idée , que notre Auteur donne
de l'Eglife, eft différente de celle que
s'en forment d'autres Janfenilles. Les Par-"
ticuliers font appeliez par fes principes
non feulement à prendre parti entre les
Partifans de la Bulle & ceux qui la rejet-
tent; mais même entre l'es diftérens Syf-
têmes de ceux qui la rejettent. * Je prie
mon Leéieur de conférer mon Auteur
avec ceux que j'ai citez au bas des pages.
HT. Les caractères , auxquels il veut
que nous reconnoiiïions la véritable Egli-
fe, font équivoques; En cas de partage ^
dit-il, Coppreljion rend avec 11 fur e à .l' L-
q^lïfe ce qu'elle perd du côté de la multitu-
de Ce principe feroit inconteilable , je
l'avoue, Il la véritable Eglife n'avoit ja-
mais emprunté les armes des Commu-
nions Antichrétiennes pour maintenir fes
conquêtes, ou pour les étendre: fi les
Difciples de Jéfus Chriilavoient toujours
fuivi les leçons de fupport, de tolérance,
de
' T
* Conférez les paffoges que j'ai alléguez ci-defTus , pris
du Livre, intitulé le témQignage de la vérité , avec le Syflcme
deTOuvrage, que j'ai cité, intitulé dn RenvorfcmeiJt des li~
bertez de lEglife Gallicane dans Vajfaire de la Conftitution
VnKenitiis , tom. r. pag. 350. & ce qu'il dit fur le Livre
de l'unité de l'Eglife par Mr. Nicole.
Tr^mière partie. 241,
ide charité^, qu'ils ont reçues de leur Maî-
tre: mais combien de fois leur ett-il ar-;
rivé de les oublier ? Combien de fois les
Orthodoxes, après avoir gémi fous le
joug de la perlecution, ont-ils pris eux-
mêmes pour rnodèles leurs Perfecu-
teurs?
jv. Le Syftême 4^ notre Auteur fur
l'infaillibilité de l'Eglife ell abitrait ; bien
loin que des Particuliers idiots puiffent le
iuivre avec facilité , ils auront beaucoup
de peine à l'entendre. Jugez-en par ,cè
long paiïage, que je luis obligé de citer:
^, * L'infaillibilité divine des promeiles,
_5, dit-il , ne peut être pp.poiee à l'infail-
I,, libilité humaine, qui doit être com-
p mune entre l'Eglife & les autres Socié-
5, te.z du monde : celle-ci prête le fond ,
5, l'autre la fovnie ; l'une edje terme St
^y la fin de l'analyCe , J'autre eft.le .moien
^, qui m'y conduit. .L'Eglife a les deux,
5, parcequ'elle ell à la fois humaine &
„ divine: L'une eil le (igné extérieur de
,, l'autre, ^t dans toutes les conjonc-
„ tures, où fur l'évidence naturelle je né
.5, conclurrois qu'une infaillibilité humai-
.„ ne dans toute autre Société, j'apper-
„ çois dans la nation desEnfans de -Dieu
.,, celle- ci d'abord, mais en mêjpe temps
* Pag. .14?. ^*-C,
7om. /. ,Q
24^" L'Etat du Cbrtjlmûfme en France^
,VTinfaillibilité divine, cjui'la fmtJ'Àinft
„ Dieu me conduit tout enfemble par lé
j', . bon fens & par la foi.
".„ Ce principe fi fimple, continue notre
jV Auteur , n'ed pas aiîez connu : de-là
5, double mépriie. Quelques Théolo»
3, giens frapez de f infaillibilité humaine,
fondée fur l'évidence , réduifeht à rien
rinfaillibilité divine fondée fur les pro*
melTes. D'autres frapez de l'infaillibi-
lité divine, îie veulent jarnais entendre
parler de l'infaillibilité humaine, (??^ s'ils
ne trouvent la première par-tout , ils
croient que tout eil perdu. M.Holden,
habile Théologien d'ailleurs , donne
un peu dans le premier excès : M. de
Cambray donne, à plein dans le fécond,
3, & fi dans l'analyfe de fa foi Dieu ne lui
y garantit à chaque pas unfe infaillibilité
5^;furnaturelle, il ne croit rien. Il faudri^
5,' 'donc par une cortféquence nëceilaire ,'
;,, que l'ébranlement de mon tympan foit
,] lurnaturellcment infaillible: caria cer-
^^/^" titude , que j'ai d'avoir bien entendâ
5, rnon Catechilme , entre affûrément dans
,, l'analyfe de ma foi , fiâes ex aud'ttu. Ef»
^ai fet naturel d'une imaginïition dominan-
',.;',te. La Nature ne fauroit contenter
',3j:cles gens de cecaraéîère; il leur faut
,', de l'extraordinaire & du Roman par-
5, tout: Du Roman dans la Théologie;
du
%\
V
V.
5)
r
5î
,Trémîère Partie. 243.
^t du Roman dans la fpiritualité ; du Ro-
5, man dans la Politique. Et l'Eglife pour,
y, eux ne feroic infaillible fur rien , fi elle
5, ne l etoit fur tout ; comme ils ne croi-
3, roient point aimer Dieu , fi pour fon
5, amour ils ne confentoient à le perdre.
„ Les Théologiens, qui donnent dans
5i, l'un ou dans l'autre de ces excès, font
„ précifément =, par rapport à FÉglife,
„ ce qu'étoient , par rapport à Jèfus
5, Chriit , ces anciens Hérétiques , qui
s, ne vouloient admettre en lui qu'une
3, intelligence toute humaine , ou toute
„ divine: leur erreur cft vifible ; en J.
3, Chrifl chaque nature avoit fes proprié*^
5, tez , mais les deux appartenoient à une
y, feule & même perfonne; il n'étoitpas
5, uniquement homme, iln'étoit pas uni-
^, quement Dieu ; mais il étoit l'un &
a, l'autre ; amfi ^FEglife n'efl; pas une So-
„ ciété purement humaine, niuneSocîé-
5, té purement divine ; mais elle eli hu-
„ maine & divine, une feule & même So-
5, cié,:é pourtant ; aiant indivifiblement
y, les propriétez des deux. Ce font les
paroles de notre Auteur ; je ne dis
pas qu'elles foient inintelligibles , mais
qu'elles font difficiles à entendre.
V. L'idée, que notre Auteur donne de
J'Eglife , eft une démonilratien , qu'on
^ne fauroit connoïtre ce qu elk témoigne,
Q 2 fanii
i44 ^^tat dît Qhrïjîianifme en France^
finis entrer dans de grandes difcufTions.
Cette Eglife peut être réduite au plus petit
nombre: Papes , Conciles, Conciles même
Univerfelâ , pluralité d'Evêques , & par
conféquent cette multitude d'hommes ,
qu'une autorité fi grande a accoutumé
d'entrainer, peuvent de concert non feu-
lement l'abandonner , mais même la per-
fecuter. Les Protellans conviennent de
ce principe; ils en ont été fouvent les
preuves vivantes. "Nous aimons d'enten-
dre notre Auteur s'exprimant avec autant
de force que nos pluszélez Réformateurs,
quand il entreprend de repouirer les ob-
jections , que cet état d'oppreflion , dans
lequel fe trouvent quelquefois les Enfans
de Dieu , pourroit faire naître contre leur,
doctrine.
Mais comment un Particulier idiot
pourra -t -il difcerner la véritable Egli-
le; lorfque, félon les ^xpi-effions de no-
tre Auteur , * les faux Prophètes s'é^
lèveront en foule , ï£ que revêtus de toutes
les apparences de la piété ^ on les rjerrti:
confirmer par leurs ?niracles le menfonge,-,
que leur bouche aura prononcé ; lorfque
leurs miracles feront fans nombre & de
toute efpèccy dans le Ciel ^ fur la Terre %
lorfque la fedu^îion fera fl générale & fi
puif*
■* Pag. 13. 14. ?cc.
'Première Partie. 245*
^u'iffante , que les élus mêmes s'y laijferont
nller, s il étoit pojjible % lorlque * la C07i-
tagion Je répandra non feulement far une
partie ccnfdérable de l'Eglife-, mais fur
presque tout le corps \ lors o^une affrew
fi nuit fe faijîra de tous les efprits. Com-
ment un Particulier , incapable d'entrer
dans la difcufrion des dogmes de la Paro-
le de Dieu, pourra-t-il démêler l'Eglifec^
fon témoignage à travers les ténèbres, dont
elle fera couverte? Quels feront les ap-
puis de fa foi dans ces fombres conjonc-
tures, s'il efl incapable d'entendre les dé-
cidons de l'Ecriture fainte?
Enfin je n'ai befoin que de l'aveu même
de notre Auteur pour prouver , que la
voie de la foumillion , expliquée felori
fes hypothèfes , demande de plus grands
travaux que celle de l'examen. Il eil
vrai que prévoiant cette difficulté il tra-
vaille à la prévenir : car dans la fedioa.
XXXIX. de fon Livre il fe prévaut contre fes
Adverfaires d'une règle , que donne Vin-
cent de Lerins pour le temps de trouble
& de violence de FEglife: mais en ci-
tant ce paflage il n'en prend que ce qui
Taccommode , & il laiifc ce qui le gène.*
T)ans le temps de trouble^ dit Vincent de
.Lerins , tout fidèle Difciple de Je fus Chrijî
fi
"•[ Pag. i(5x.
%j^6 U Etat' du "tl^rîftïanîfnîeen France,
fe p'éfervera facilement de là pefîe de la.
nouveauté , en fe tenant mvioiahlement'
à 1(1 foi , qiiïl avoir reçue de je s P^res.
Ces paroles accommodent notre Auteur 9,
parcequ'elles lui paroilîent favorables à
ion Syftême , dans lequel .il réduit tout
Fexamen à écouter le témoignage
3e l'Eglife. Maiis' Vincent de LerinsL
avoit ajouté ,, qu'un fidèle Çonnoïtroic
quelle ell cette foi de fes Pères à laquel-
le il doit fe tenir , en entrant dans la
difcuflion de leurs fentimens : Operam,
dabit , ut collatas inter fe major iim inter--
roget confulatqiie fententias. Ces derniè-
res paroles donnent du poids aux objec-
tions des Proteltans contre îe dogme de,
la foumilîion : elles prouvent ce que,
nous foutenons , que la voie la plus cour-^
te & la plus aifée pour connôître les vé-
ritez révélées , c'ell de les chercher dans
k Révélation ; auffi l'Auteur met-il céj
paflage à l'écart : Avouons le ^ dit-il , après'
l'avoir cité , la rejfource eft inutile ( c efl-
à'dire, la reiïburce d'entrer dans la dif- |
cufTion des fentimens des Anciens) /^r<?/î''
four ce efi inutile pour la plupart des hom-
mes^ qui n'^ont certainement ni le loijïr ,-
ni peut-être la portée d^efprit nécejfairé.
four fout enir ce travail fl long & fl péni'
bie. Mais notre Auteur ne fe feroit pas
ex-
Première T art le. i^j
exprimé de cette manière , s'il s'étoit
fouvenu que quelqu'effort qu'il ait fait
pour rendre la voie de lafoumiflionaifée,
il nous fom*nit lui-même des preuves des
difficultez immenfes , qui s'y rencontrent?
Malheur , dit-il , à celui qui refufe d'écouter
VEglife ; mais aujji malheur à qui s'y mé^
j^rend: * Malheur à qui 7iéglige d'obfer-r
ver fur ceci le précepte de l' Apôtre % Exa^
^inez, tout , retenez, ce qui efi bon. Et ailr
leurs , t I-'^ Gouvernement de VEglifi
m' efi cofmu , ^ par une génération tout s
fpirituelle je fai inconteflablement fur iV-
^vidence des faits ^ que de père en fiLs\ les
Magijtrats publics , qui me gouvernent
aujourd'hui, font les enfans des ApôtresM
des Prophètes. Et dans un autre endroit;,
:j: Cherchez la chaire qui lie périt pQiti,t\;,
■mais cherchez la dans la ■ conftitution fia-
îurëlle de l'Eglife , dajts les Ecritures ^^
dans les 'Pères , dans les événemens de nor
tre Hiftoire , & dans les Théologiens applir
^uez à repoîiffer les ejfort s des Hérétique^,,
En un mot , cherchez la dans l^ analogie ^
4afii. ''^ ol :! V
Cet aveu de notre Auteur nous difp,eri-
.fe de travaillpr à Id ramener à- nos prin-
'T .oiir^'f-f / -. ';■
T Pag. 14. &:g. . ^
' \ Pag. 2^0.--^^" w .
Q4
I4B VEtat àuChrïfiianifmé en Franc t^
cip'es par unelongue fuire de raifonnemen'5*
Il ne luffit pas même félon fes hypotbè-
fès , dans la voie de la foumiflion ,
d'ouvrir les yeux pour cohnoître FEglifc,
à laquelle on doit fe foumettre , & les
oreilles ^ pour entendre ce cri pttblic,^ par
lequel elle refîd fon témoignage. Il faut
qu'un Particulier, qui veut fe foumettre à
î'Eglife,ExAMINE TOUTES CHOSES; il
faut qu'il ait l'évidence de^ faits ;
c'elt -à-dire, qu'il remonte defiècle enfiè-
cle jufqu'à ce que parvenu à celui des A-
pôtfes , il connoifFe par la confrontation
de fa dodtrine avec celle de ces hommes
facrez , qu'il n'admet point d'autres dog-
mes que ceux qu'ils ont tranfmis à l'E-
glife. Il faut qu'il entre dans la difcuf-
fion des Ecritures, desPEREs, de
t*HisToiRÉ: il faut qu'il cherche la-
NALOGiE DE LA FOI. Qu^'avions-nous
entrepris de prouver, Meffieurs ? Cela
niême que votre Auteur avoue avec tant
d'ingénuité, & qu'il prefTe avec tant de
force.
Qu'il nous foît permis de le dire en fi-
tiifTant; les Protéflans ne peuvent afTez
s'étonner, que les Catholiques Romain?,
qui ont l'Evangile entre les mains, veuil- ^
lent fe foumettre à l'Eglife. Peut-être'
ont-ils lieu d'être plus furpris encore que
des Janfeniltes , qui ne veulerit fe fou-
met-
Crémière Tdrt te, 249
mettre ni aux Papes, ni aux Conciles, ni
aux plus grand nombre d'Evêques , puif-
fent malgré ce refus plaider pour le dog-
me de la foumillion, & déclamer Cor?-
tre les Proteltans , qui.ne veulent d'autre
règle de leur foi que l'Ecriture fainte. Je
fuis,
MESSIEURS^
Vôtre, &<*.
Q 5 DIXIE*
ij^é L'Etat -dû Chrifiianïfme en France^
DIXIEME LETTRE,
^ânflnifîielle' on- àémk^re une nouvelle
' fiurce de dijjicuîte^ dans le S^ fi âme. ds
^A la fourni ffionr^''^^'^U^ lo\ ^i; i. :^f> '^ï^i^
E S S I E U R S,
Ce n'eft là encore qu^une partie désdif-
ficulrez , qui fe trouvent dans le Syltême
de la foumiflîon. ' Nous avons dit, s'il
vous en fouvient, Meffieurs , qu'on ne
fauroit fe fournettre raifonnablement aux
décifions de TEglife, fi l'on ne fait préci-
fément, i. Dans laquelle de fes parties
réfidè Ijnfaiïlibilité. i. Quel eil le fens de
fes décifions. Le premier Article ell une
fource féconde de difficultez pour des
Particuliers, qui préfèrent la voie de la
foumiflîon à celle de l'examen : nous en
avons vu les preuves. Le fécond les jet- il
te dans un autre abyme. îl nous fufîit
d'indiquer ce que nous ne faurions prou-
ver en détail fims aller beaucoup au-delà
des bornes, que nous nous fommes pref- |
crites. j
' : lï [Jf fuppofe qu'un Particulier prenne I
le para de fe fournettre aux décidons I
4es Pontifes : leurs Bulles iont- elles tou-
jours
Trémière Partie. ^St
jours claires? Chacun ne les explique-t-il'
pas comme bon lui femble? Je n'en veu^
pour preuve que la Bulle Vmge^mus , qui
fait aujourd'hui tant de bruit dans le mon-'
de , & tant de ravages au milieu de vous.
Les Partifans de Monfieur le Cardinal de
Noailles ne doivent-ils pas reconnoitre'
qu elle eil très obfeure , 11 elle a le fens
que cet illuftre Prélat lui donne dans ion
Mandement, eh datte dui. Août 1720?;
Cette Bulle, pour laquelle les Jéfuites té-
moignent tant de zèle, n'établit rien à.
quoi un bon Janfeniile ne piTilFe foufcri-
re. Quand elle femble condamner léser.
Propofitions du Père Quefneî, elle ne fait
que les contirmer. Dans les Conférences
pacifiques^ qu'on a tenues fur cçfujet, on
a vu * que la Bulk n'avoit produit aucu-
ne diverfité cCavîs parmi les Evéques Jur
le fonds du dogme , Ç^ fur la fubfîance de
la foi. Au milieu même du trouble y qu'el-
le avoit cnufé^ ^ dans le fort de la tem-
fête , Morif le Cardinal reconnoiflbit
que des explications concertées entre les
'Prélats du Roiaume fouvoient appaifer
l'orage , qu'elle y avoit excité , ^ y faire
fitcceder la tranquiitté. Ces explications
ont été approuvées par un fi grand nom-
- bre d'Evêques , qu'on les peut regar-
der
\ Pag- 1'
z$% UEtat du Chrijîianijme en France y;
der \ comme V ouvrage de cette portion iU
lufire dit Troupeau de 'je (us Chrift^ qui
sefi toujours rendue également célèbre par
la pureté de fa doflriney & par la ferme^
té de fin attachement aufaint Siège.
Je rapporterai des exemples de cqs
explications ; voici quelques Propofitions
du Père Quefnel : lxi. Propofition , La
crainte n'arrête que la main , & le cœur
eft livré au péché , tant que l'amour delà
jultice ne le conduit point, lxii. Propofi-
tion , Qui ne s'abilient du mal que par
la crainte du châtiment , le commet dans
fon cœur, & eit déjà coupable devant
Dieu. Lxvi. Propofition, Qui veut s'ap-
procher de Dieu ne doit ni venir à lui
avec des paillons brutales, ni fe conduire
par un inltinét naturel , ou par la crain-
te, comme les bêtes, mais par la foi &
par l'amour , comme les enfans. La Bul-
le condamne ces trois Propolitions, &
femble condamner avec elles les Auteurs
làcrez, & tous ceux de leurs Interprè-
tes , qui ont quelque idée de la Morale
Chrétienne: f mais félon les explications
du Mandement la Bulle n'anathématife
que ceux qui difent , que la douleur du
péché 5 fondée, fur la crainte furna-
' • . tu^
■*Pzg.6.
t Pag. -,9.
Trémière Partie, îl5J
lureîle de l'enfer , par laquelle nous avons
recours à la miféricorde de Dieu , & nous
nous abflenons de pécher, eit un nou-
veau péché ; ik. que cette crainte rend
les pécheurs hypocrites & plus coupa--
blés.
Par exemple encore, voici d'autres
Propofitions du Père Quefnel : xci. Pror
pofition, La crainte même duneexcom»
mumcation injufle ne nous doit jamais
empêcher de faire notre devoir
On ne fort jamais de l'Egliie, lors même
qu'il femble qu'on en foit retranché parla
méchanceté des hommes, quand on eit
iittaché à Dieu, à Jéfus ,Chriit & à l'E-
.glife même par la charité, xcii. Pro-
portion , Jéfus guérit quelquefois les
-blelllires , que la précipitation des pre-
miers Fadeurs fait fans fon ordre, il ré-
tablit ce qu'ils retranchent par un zèlein-
confideré. xciir. Propofition, C'eii: imi-
ter St. Paul que de iouffrir en paix l'ex-
communication , 6c l'anathême injulle,
plutôt que de trahir la vérité , loin 4e fe
lever contre l'autorité, ou de rompre l'u..
-nité. La Bulle condamne ces trois Pro-
pofitions, & femble en cela condamner
les Auteurs facrez, & tous ceux deleurs
interprètes , qui ont quelque idée de la
Morale Chrétienne : * mais félon les •eX'-
pli-
^5*4 L'Etat du Chrïjîianifme en France ^
plicatiofïs du Mandement la Buiîe n'ana-
rhématife que ceux qui croient, qu'il eit
permis de méprifer l'autorité des Eve-
ques, fous prétexte qu'ils en abuienr : que
dans le doute fur la juilice ou fur rinjuiti-
ce d'une excommunication , la préfom*
ption n'efl pas pour les fupérieurs : qu'un
Prêtre; doit continuer fes fondions , qui
lui ont été injuftement interdites.
Autres Propolitions du Père Quefneh
Lxxiv. Fropofition, Il eil utile & nécef.
faire en tout temps, en tous lieux & à
toutes fortes de perfonncs, d étudier i'E-*
criture, & d'en connoîtrerefprit, lapié-
té & les myilères. lxxxii. Propolitions
Le Dimanche, qui a fuecedé au Sabat,
doit être fanétifié par des le£lures de pié-
té , & fur-tout par celles des faintes E-
critures : c'eil le lait du Chrétien , & que
Dieu même, qui connoit fon -œuvre , lui
a donné ; il eil dangereux de l'en vouloir
ièvrer. lxxxv. Propoiition , Interdire k
ledure de l'Ecriture, t^. particulièrement
de l'Evangile, aux Chrétiens, c'eil inter-
dire l'ufage de la lumière aux enfans de
ia lumière , & leur faire fouffrir une ef-
pèce d'excommunication. La Bulle con- i
damne ces Proportions , & femble encore
en cela condamner les Auteurs facrez ,
& tous ceux de leurs Interprètes, qui ont
quelque idée de la Morale de l'Evangi-
le* i
Crémière Partie^ .\ y; -v^ * ^5^
le : *; mais félonies explications du Man-
dement, la Bulle n'anathématiie que ceux,
qui voudroient s'infcrire en faux contre
ce que dit St. Irenée, que plufieurs Peur
pies barbares , fans favoir ni lire , niécrir
re, confervoient le- dépôtde la foi dans
toute fa pureté ; elle n'anathématife que
ceux qui nieroient, qu'on ne peut pas
fanctifier le Dimanche indépendemment
de la ledure de' l'Ecriture fâinte. . Elle
n'anathématife que ceux qui foutiennent-,
qu'on n'a pas fait lagement de prévenir
l'abus, que l'on pouvoit faire de certaiV
nés Verfions dangereufes des Livjres la-
CYQZ. ^ .,. :..- . . ■.',;->;'_;':: V, ' • •
II. Je fuppofë qu'un Particulier prenne
Je parti de fe foumettre aux Canons des
Conciles , trouvera-t-il -moinS' de difiicuL-
Xé, que celui qui fe foumetaux.décifioriB
des Papes? Ces Canons font -ils toujoufô
clairs ? Chacun ne les expiique-t-il pas à
fon gré ? Qu'on en juge par les Décrets
du Concile de Trente: ils ont uneobfcu-
rite aftèdée : le Pape, qui les dida;,
avoit deux vues oppofées , lune de ne
•pas réformer l'EgUfe; l'autre de fatisfaire
ceux qui vouloient une Réformation: pou^r
concilier ces deux chofes les Pères du
Concile s'exprimèrent d'une manière
ara-
* Pag. 51:
^^S VEtat duChrifiianïfine en France ,
ambiguë , témoins, parmi plufieurs Der
crets , ceux qui concernent le dogme de
la Juftification : témoin cette phralè , * Le
mérite de Jé/us Chrift nous donne de méy
riter: témoin cette autre, dont l'Hiltor
rien , que nous avons cité , dit que les
Grammairiens admiroient l'artifice, f ne-
que homo ipfe lûh'tl omnino agat. Mais de
peur que les Particuliers ne s'émancipaf-
(ent à éclaircir ces ambiguitez , le Pape
:|:Pie IV. deffendit,par la Bulle Benedic-
tus T)eus , à tous les Rvêques fous peine
de perdre k liberté d'entrer dans Jcs E-
glifes , & à tous les autres Eccleliaftiques
fous peine d'excommunication, de faire des
Commentaires , des Glofes , des Notes , des
Scholies furies Décrets de ce Concile,
d'entreprendre de les interpréter , de
quelque manière , par quelque autorité ,
fous quelque prétexte que fe put être , le
St. Siège fe refervant cette autorité.
III. Je fuppofe enfin qu'un P-articulier
prenne le parti de fe foumettre aux déci-
îions des Pères, trouverat-il moins de
difficukez q-ue s'il fe fouiriettoit aux Dé-
crets des Conciles, ou aux Bulles des Pa-
pes? Les décidons des Pères font-elles
clai-
* Concil. Trident, SeflT. m. Can. xxxir. p. 55.
t Voi. Frà PaoloHift.du Conc. de Tr. liv. ii.pag. i:^,
% Vid. BuUarium fol. vpp.apud Baptift. Fragof. de ob]i-
gatione S. Pontifie. Sert. vin. pag. 155.
Trémière Tartk. 257
claires ? les Théologiens conviennent-ils
du fens qu'ilfaut leur donner ? Un favant
homme de votre Communion prétend
non feulement que les Pères font obfcurs,
mais qu'ils ont voulu l'être : que des rai-
fons très fages les avoient obligez de gar-
der, dans leurs Ecrits, un profond filen-
ce fur plufieurs dogmes, & fur plufieurs
cérémonies de la Religion Chrétienne,
du moins de n'en parler que d'une maniè-
re très envelopée. C'elt D. Emmanuel
Schelftrate , qui eil l'Auteur de ce Syftê-
me, & qui a crû rendre de grands fer-
vices à fa Religion en le publiant : il l'a-
voit ébauché en 1681. dans un Livre im-
primé à Anvers , & intitulé , T)e facro
Antiocheno Concilio^ pro Arianorum Con-
cUïabulo pajjîm habito^ nunc verb primùm
ex omnt antiquïtate & au^oritate fiia re^
Jîituto. CetOuvrage fut attaqué dans une,
Difpute publique àWittemberg en 1683.
par * un homme très verfé dans l'anti-
quité Ecclefiaftique. Schelflrate ] dou-
ta pendant quelque temps , s'il étoit à pro-
pos qu'un homme comme lui répondit à
un
* Erneft Tentzeîius.
t Diù mecum cogitavi nn rcrponderem homini fatis
lirban è mecum agénti , an verô infiftendo ,Cypiiani
veftigiis, viri à Religiônc noftra alieni Scripta contemne-
rem, & cum Doftore Gentium eosqui foris funt non eu-
rarem , Praefat. pa^. i.
Tom. L R
\
15" 8 L'Etat du Chriftianifme en France^
un Luthérien; ou s'il ne valoit pas mieux,
à l'exemple de St. Cyprien , méprifer les
Ecrits d'un Auteur , dont la Religion étoit
différente de la Tienne , & à Texemple de
St. Paul ne pas fe foMcier de ceux qui font
de dehors. Il fe détermina pourtant à ré-
pondre ; en quoi il auroit pris fans doute
le bon parti , s'il avoit eu quelque chofe
de bon à répliquer : car les raifons , qui
Favoient fait hefiter ,étoient des moins Ib-
lides. Le mépris, que St. Cyprien eut
pour les Livres de ceux qui n'étoient pas
de fa Religion, ne l'empêcha pas de ré-
pondre à leurs argumens, & d'écrire des
Traitez entiers contre les Juifs, & contre
les Paiens. Et quant au pafTage de * St.
Paul, auquel Schelllrate fait allufion , il
ne fignifie rien moins que ce que cet Au-
teur lui fait fignifier ; St. Paul dit, qu'il lui
auroit été inutile de donner aux Paiens
des règles touchant leur Difcipline Ec-
clefiaflique , non qu'il ne fe fouciât pas.
de ce qui les concernoit.
Schelllrate fait fes efforts dans fa f Répli-
que pour deffendre fes hypothèfes,touchant
ce qu'il appelle T)i/ci_plina Arcaniy la Difii-
^line
* 0iu'ai-je À faire de juger de ceux qui font ^le dehors , i • I
Cor. V. IX.
t Imprimée à Rome en 1683. fous ce tître, de Difci-
plinà Arcani contra Difputationem Emefti Tcntzelii , Dif-
icrtatio apologetica.
Trémtère Taf-tte, 15*9:
fline du Secret. Il fonde ce qu'il en avoit dit
fur un fait , que perfonne ne lui contefte ;
c'eil que dans les premiers fiècles de l'E-i
glife, les Chrétiens ne permettoient pas
que les Catéchumènes, non plus que les
Juifs, & que les Paiens, affiftaflent à la
participation de l'Euchariftie. Un Diacre
leur crioit, lorfqu'on alloit participer à ce
Sacrement : Ite , miffa eji ; c'efl-à-dire,non,
On va dire la Mejfe ; mais , Sortez , on
vous donne congé. * Si c'eit bien avant
dans le fécond Yiècle , que cette coutu-
me a commencé , ou dès les commence-
mens du premier, en vertu de cet ordre
du Sauveur, ne jetiez, point les perles de^-
vant les pourceaux-^ c'eftce qui n'efl pas
queilion de rechercher ici : mais Schel-
Itrate prétend , que la Difciplinedu Secret
avoit beaucoup plus d'étendue , qu'on ne
lui en attribue ordinairement. 11 foutient,
qu'elle rouloit non feulement fur l'Eucha-
riftie, mais furies dogmes & fur les au-
tres cérémonies de la Religion Chrétien^
ne. Cette penfée lui fournit une fource
féconde de réponfes aux objedions des
Proteftans contre l'Eglife Romaine : nous
croions avoir beaucoup fait contr'elle ,
quand nous avons prouvé, qu'on ne trou-
ve
* Vid, Joh. Clerici Hiltor. Ecckr. &c. an. cx.pag. 531,
an. cxvui. pag. 574.
R
I
z6o VEtat duQhrïftianifme en France^
ve dans les Ecrits des Pères, non plus
que dans les Auteurs infpirez , aucune
trace de quelques-uns de fes rites, & de
fes Syflêmes Théologiques. Schelllrate
avoue le fait ; mais il s'infcrit en faux
contre les conféquences,quenousen tirons.
* Il nous accorde , que nous fommes
fondez, quand nous foutenons , que les
Dofteurs de l'Eglife primitive n'ont fait
aucune mention des cinq Sacremens , que
la Communion de Rome ajoute à ceux qui
ont été inllituez par J. Chrill; mais pour-
quoi ne l'ont-ils pas fait? C'eft que ces
cinq Sacremens étoient une partie de la
Di/cipline du Secret, f II nous accorde
que le Concile d'Eliberi dreiïa % ce Ca-
non contre les images ; Nous trouvons à
propos qu'il n'y ait aucune peinture dans
les Eglijès , de peur que ce que l'on fer tre-
ligieufcment , Ç^ que Von adore ^^ ne fiit
peint fur les parois. \ Baronius croioit
que
* Schelftrat. de Difcipliriti Arcani, &c. cap. vu. pag.
104. Si pervolvamus omnia Antiquiratis monumenta , fi
perfcrutemur cundla antiquiffimorum Patrum Scripta , fi Ai
inveftigemus ipfa Synodorum décréta , nullum Librum , fi
nullum dccretum rcperiri , quod ante feptimura fecu-
lum egerit de feptem Sacf amentis , eorumque ritus cxpo-
fuerit.
I Ibid. pag. izi.
:|: Canone XXXVI. Placuit piduras in Ecdefîa efle non
debere , ne quod colitur & adoratur , in parietibus pin-
gatur. Voi. Harduin tom. i. Ann 513. pag. 2.54. 1
4. Baron, ad Ann 57. tom. i pag. 484. Itaque non ni- !
hil fufpicor in hoc Canone impofturam. !
Crémière Partie. 261
<que ce Canon étoit fuppofé. * Bellarmin
voulok qu'il ne concernât que les images
de la Trinité. Schelflrate l'attribue à la
Difcipline du Secret, f Les Pères de ce
Concile defFendirent défaire des images
dé la Trinité, dit-il, de peur qu'elles ne
fulTent profanées par les Ennemis du
Chriftianii'me , & que la foi des Chrétiens,
touchant le dogme de la Trinité , ne ren-
dit leur Religion méprifable.
X II réfute de la même manière les ar-
gumens , que les Pères nous fournilTent
contre la Tranfubttantiation , lorfqu'ils ap-
pellent /es Symboles de l'Eucharillie , les
types , les antitypes , les figues , les ima^
ges, les figures, &c. au corps de Chrifl.
Je ne fais qu'expofer le Syllême de
ScheKtrate ; & vous le rejettez fans doute
comme nous : mais fmousfommes très éloi-
gnez d'accorder à cet Auteur, que les Pè-
res aient été obfcurs àdellein, nous fou-
tenons pourtant qu'ils l'ont été ; vous ne
fauriez en difconvenir, Meflieurs; vous,
qui nous avez fi fouvent allégué , contre
ce que nous avançons touchant la clarté
de l'Ecriture fainte , la diverfité des fen-
timens, dont elle a été l'occafion , ^ la
multitude de Commentaires dellinez à en
don-
* Bellarm. tom. i. part. i. de Imaginib. lib. ii. cap. 8.
pag. osx.
t Schelftrate ubi fupra. \ Ibid.
R 3
i6z VEtat du Qhrijîimifme en France^
donner l'intelligence : les feuls endroits de
îeurs Ecrits , qui concernent le Sacrement
de rEuchariftie , n'ont-ils pas fait naitre
des conteftations , & produit des volumes,
à la difcuflîon defquels la vie d'un hom-
me fuffiroit à peine?
Concluons ; la voie de la foumifîîon eft
non feulement fujette aux mêmes difficul-
tez que celle de l'examen ; mais elle en a
d'incomparablement plus grandes: c'eft
ce dont nous avons apporté des preuves;
la voie de l'examen eft le feul moien qui
vous refte , pour fortir de Tabime de pei-
nes & d'incertitudes, dans lequel la voie
de la foumifîîon vous avoit jettez. C'eft
ce que nous allons prouver. Je fuis,
MESSIEURS,
Votre, &c.
ON.
Trémière Partie. 2^3
ONZIEME LETTRE,
Dans laquelle on répond d'une manière di'
reBe aux difficultez de l'Examen»
M
ESSIEURS,
Nous n'avons encore répondu à vos
objedions contre l'Examen , que par k
voie de la retorfion , nous voudrions à
préfent y répondre d'une manière direc-
te. Que nous importe , qu'elles détrui-
fent vos propres principes , fi elles détrui-
fent auiïi les nôtres , & fi nous fommes
envelopez dans votre ruine. Que nous
importe que vous loiez vaincus , li le
Déiite demeure vainqueur , & s'il efl en-
droit de tenir ce langage aux témoins de
nos controverfes : les Catholiques Ro-
mains vous prouvent , que vous êtes in-
capables de l'examen, auquel vous enga-
gent les principes des Proteftans ; les Pro-
teflans vous prouvent , que vous êtes en-
gagez à cet examen, même par les prin-
cipes des Catholiques Romains. Ils ont
raifon les uns & les autres. Il ne
vous refte plus qu'un parti à prendre ,
c'efl de vivre fans Religion , puifque vous
ne fauriez connoitre quelle eit la vérita-
R 4 ble.
a ^4 L^ Etat du Cbrijîianijhie en France^
ble. Nous le reconnoijGTons , Meflieurs ,
la grande difficulté contre l'examen de-
meure encore dans toute fa force : com-
ment un Artiian , un efprit borné, pour-
ra-t-îl fe promettre de parvenir à l'intel-
ligence d'un Livre , dont il n'entend ni
la Langue , ni le dyle ? Comment aura-
il le front de préférer fon jugement fur
ce fujet à celui de tant de Savans , de tant
de Pontifes, de tant de Conciles ? Nous
vous conjurons , MefFieurs , de n'être
-pas ingénieux à rendre inutiles les efforts,
■que nous allons faire pour repouiler cette
difficulté , & pour lever les fcrupules ,
qu'elle fait naitre dans la confcience
des foibles. La caufe , que nous allons
plaider , eit la caufe du Chritlianifme :
c'efl la vôtre comme la nôtre , & vous
avez le même intérêt que nous à la voir
triompher. Voici quelques Maximes ,
qui peuvent nous conduire à ce but.
Première Maxime. Il n'ell pas nécef-
faire, pour entendre un Livre , d en fa*
voir la Langue originale. Il y a des dé-
monftrations morales pour ceux même,
qui n'entendent ni Grec , ni Hébreu , que
les principaux endroits de l'Ecriture 8te.
font fidèlement traduits. Par exemple ,
il y a des démonflrations m. orales , que
la tradudion de ces paroles du Sauveur ,
Ceci eft mon Corp, cil fidèle : elles ont
donné
Trémure Tartie. 16^
donné occafion à de grands débats entre
les Cath. Romains Ck les Proteflans ; cepen-
dant les Catholiques Rom. & les Proteflans
les ont traduites de la même manière. Si
elles avoient été fufceptibles d'une autre
tradudion ; fi on avoit pu les traduire ,
Ceci e/t la figure de mon Corps ^ fans dou-
te les Protelkns s'en feroient prévalus :
il n'eft paspoffible qu'ils fefuifent accor-
dez avec une Communion ennemie, pour
leur donner une lignitication, qui paroit
lui être favorable. On peut faire le même
raifonnement à l'égard de plufieurs pafTa-
ges de l'Ecriture : il y en a bien quelques-
uns, fur la verfion dcfquels on difpute;
mais il y en a alfez , qui font traduits de
la même manière dans toutes les Commu-
nions , pour former le corps de doctrine ,
dont la connoifTance elt nécelTaire au fa-
lut. Un homme , qui n'entend pas le
Grec , a des démonltrations morales,
qu'Homère a raconté l'hifloire ou la fa-
ble du Siège de Troie. Ce genre de dé-
monflration eft plus fort dans les matiè-
res de Religion, que dans celles d'un au-
tre ordre , parce que les divers partis ,
que le prétexte de .la Religion a formez ,
ont eu plus d'intérêt à altérer le fens des
Auteurs facrez , qu'on n'en a eu à altérer
celui des Auteurs profanes. Le raifonne-
ment, que nousfailons à l'égard des Ver-
R 5 fiors
^66 V Etat du Chriflianifine en France ^
fions de l'Ecriture fainte , nous le faifons
^uffi à l'égard de fes diverfes leçons ; cha-
cun peut fans peine appliquer à celles-ci
le principe , que nous venons d'appliquer
aux autres.
, Seconde Maxime. Il faut donner au
préjugé de la multitude fon jufle poids.
On a outré ce préjugé en plufieurs façons.
Quand on reproche à un homme raifon-
nable , qu'il préfère fon jugement particu-
lier à celui de la multitude, on doit ex-
pliquer ce qu'on entend par la multitu-
de; j'avoue que, toutes chofes d'ailleurs
égales, une dodrine, qui a un grand
nombre de partifans , eft plus probable
que celle qui en a moins : mais il y a plu-
fieurs circonilances , dans lefquelles l'ad-
hérence de dix perfonnes à une doéfri-
ne prouve plus , que ladhérence de mil-
le. Ce qu'il y a de plus remarquable dans
cette propofition , c'efl qu'elle eft fondée
fur ce qu'il y a de plus raifonnable dans
l'objeftion même , qu'on fait pour la ren-
verlér. Ouï, il y a des circonftances ,
dans lefquelles une doftrine reçue par dix
perfonnes eft plus probable, que celle qui
eft reçue de mille. Pourquoi? Parce
qu'il y a quelque chofe de raifonnable
dans le préjugé de la multitude ; parce
que, toutes chofes égales, une dodrine,
qui a un grand nombre de partifans , eft
plusj
Crémière Partie. 1^7
plus probable que celle qui en a moins.
Je m'explique.
Si Ton veut que le préjugé de la mul-
titude foit de quelque poids en faveur d'u-
ne doéirine, il faut i. retrancher de la
multitude tous ceux qui n'ont pas exami-
né cette doftrine. Ceux, qui ne font pas
entrez dans cet examen, font un pur néant
par rapport au poids d'un fufFrage ; une
dodrine reçue par dix perfonnes, qui
l'ont examinée, elt plus probable que celle
qui efl reçue par mille perfonnes , qui ne
l'ont pas examinée; les mille perfonnes
font un néant à cet égard-là. La doc-
trine, qui a mille perfonnes, fi elles font
de cet ordre , n'en a aucun , & l'autre en
a dix ; cette dernière a donc pour elle le
préjugé de la multitude.
Si l'on veut que le préjugé de la mul-
titude foit de quelque poids en faveur
d'une do(îT:rine, il faut i. retrancher de
la multitude tous ceux , qui ne reçoivent
cette doftrine que par un efprit de par-
ti, & par des motifs d'intérêt. Ceux,
qui ne reçoivent une doctrine que par un
efprit de parti, ^ par des motifs d'inté-
rêt, font un pur néant par rapport au
poids du fufFrage des perfonnes , dont
le nombre fait préjugé. Une doftrine,
que dix perfonnes reçoivent uniquement ,
parcequ elles croient y voir des caradères
de
î68 VEtat du Chriftiamfme en France^
de vérité, eft plus probable, que celle
qui eft reçue par mille perfonnes ,quinela
reçoivent que par un efprit de parti &par
des motifs d'intérêt. La dodrine, qui
n'a que mille perfonnes, fi elles font de ce
fécond ordre, n'en a proprement aucun,
l'autre en a dix ; cette dernière a donc
pour elle le préjugé de la multitude
Si l'on veut que le préjugé de la multi-
tude foit de quelque poids en faveur d'une
doctrine, il faut retrancher de la multitude
ceux qui ne reçoivent cette dodrine
qu'extérieurement, & qui font intérieure-
ment convaincus de fa faulTeté. Ceux,
qui ne reçoivent une dodrine qu'extérieu-
rement, font un pur néant par rapport
au poids d'un fuffrage. Une dodrine re-
çue par dix perfonnes, qui l'admettent
par convidion , ell plus probable , que
celle qui a mille partifans , qui ne l'ad-
mettent qu'extérieurement. La dodri-
ne, qui n'a que mille partifans, s'ils font
de ce fécond ordre , n'en a proprement au-
cun, l'autre en a dix ; cette dernière a
donc pour elle le préjugé de la multitu- '
de.
Qu'on applique cette Maxime aux Cor-
troverfes des Proteilans avec les Catholi-
ques Romains ; on verra que l'argument
de la multitude , fi fouvent allégué en fa-
veur de ces derniers , s'évanouit entière-
ment.
Trémière Tartîe, 16^
ment. Nous n*avons pas befoin pour le
repoufler de prendre la Carte de l'Europe,
d'oppoier multitude à multitude, d'étaler
le nombre des Etats Proteftans & de leurs
Sujets ; mais qu'on retranche des Difci-
ples de l'Eglife Romaine ces efprits indo-
lens, qui demeurent fans fa voir pourquoi,
& comme par une efpèce de hafard , dans
la Religion, qu'ils ont fucée avec le lait ;
ces ignorans, qui ne flivent abfolument
rien de ce qui pourroît rendre leur Reli-
gion foutenable ; ces Provinces , ces
Roiaumes entiers , oi^ l'on fait à-peine
qu'il y a une Révélation venue du Ciel.
Qu'on en retranche encore ceux qui ne
font retenus dans fon fein , que par les
avantages temporels qu'elle leur procure,
par le rang auquel elle les élève , par les
riches bénéfices, dont elle les fait jouir.
Qu'on en retranche enfin tant de perfon-
nes éclairées, qui ne s'obllinent à la pro-
feiïer que par la honte qu'on fe fait d'a-
vouer, qu'on a été dans l'erreur pendant
un grand nombre d'années , ou par la
crainte des maux qu'on s'attire , quand on
abjure la Religion qu'on a reçue de fes
Pères; fi l'on fait ce retranchement, à
quoi fe réduiront les partifans, dont vous
nous avez fi fouvent oppofé le nom-
bre?
Troifiême Maxime. Les plus grands
^'J0 VEtat duChriftianifine en France^
génies font capables des plus grandes ex-
travagances ; les hommes les plus renom-
mez fe font diftinguez par quelque abfur-
dité, qui leur a été particulière, & qu'ils
ont pris à tâche de foutenir. Il n'y a
point d'efprit fî fublime , dont le jugement
fur certains articles ne foit moins fenfé
que celui d'un idiot. Si une foule de per-
fonnes éclairées condamne un dogme que
je crois fondé , je ferai bien frappé de leur
autorité ; je redoublerai bien la défiance ,
que je dois toujours avoir de moi-même;
j'examinerai bien avec une nouvelle con-
tention un dogme, que je puis avoir reçu
trop légèrement , & qui eft rejette par
des hommes fi refpedables ; mais après
tout , la démonftration a toujours fes
droits: fi le dogme, qu'on me contefte,
me fembîe démontré , je ne croirai pas
que les lumières de ceux , qui me le con-
teltent, doivent m'obliger à l'abandon-
ner.
Quatrième Maxime. La nature de l'e-
xamen de la Religion eft proportionnée
aux facultez de ceux dont nous l'exi-
geons, à l'étendue de génie qu'ils ont re-
çu du Ciel , aux moiens qu'ils ont de s'in-
Itruire, aux emplois qu'ils exercent dans
la Société ; en un mot aux circondances,
dans lefquelles la Providence les a placez.
Autre elt l'examen, que nous exigeons
d'un
^Première Partie, 271
d'un génie fupérieur ; autre celui que
nous exigeons d'un petit efprit. Autre
efl l'examen, que nous exigeons d'un
homme , qui efl à la fource de la lumiè-
re , qui a des Dodeurs qu'il peut interro-
ger, dès Livres qu'il peut confulter; au-
tre celui que nous exigeons d'un homme,
qui a été renfermé dès les premières an-
nées de fa vie dans le fond d'un Mona-
ftère, ou exilé dans un lieu feparé de
tous les humains. Autre efl l'examen , que
nous exigeons de celui à qui Dieu donne
abondamment tout ce dont il a befoin
pour fournir à fon entretien , & à la
bienféance de fa condition ; autre celui que
nous exigeons d'un manœuvre , obligé
de gagner fon pain & celui de fes enfans à
la fueur de fon vifage. Cette proportion,
que tout Cafuifte doit obferver dans la
Morale, qu'il prefcrit aux âmes qui lui
font commifes , Dieu l'obièrvera auffi
dans le compte , qu'il leur fera rendre.
Cinquième Maxime. Les points fon-
damentaux de la Religion font en plus
petit nombre & plus clairement révélez ,
que les efprits, prévenus des idées de l'E-
cole, ne veulent nousleperfuader. Parmi
les Articles, pour l'éclairciflement defquels
on a écrit tant de volumes , tenu tant de
conférences, émû tant de débats, il y en
a un grand nombre, qui font moins de foi ,
que
1
%j^ UEtat du Chrïjîïanifinè en France ^^
que des objets de curiofité ; quelquefois
même d'une curiofité vaine , téméraire,
& dangéreufe.
Sixième Maxime. ,La plupart des hom-
mes ont plus de t^lens pour étudier la
Religion, qu'ils ne prennent foin d'en cul-
tiver : leur tiedeuKpour elle ^l une des
principales caufes des difficultez , qu'ils
trouvent à la connoître. Il faut moins de ;
génie pour entendre ce que la Révélation
nous enfeigne, touchant certains points
fondamentaux de la Religion , qu'il n'en
faut pour réufnr dans les Arts libéraux &
dans les Sciences humaines. Si ceux qui
fe difent incapables d'examiner la Reli-
gion , avoient apporté à cette étude la
même application, qu'ils ont mife à ac-
quérir les autres connoiiïances , ils y au-
roient eu le même fuccés. Dieu , qui leur
avoit donné la portion d'intelligence ,
qu'ils ont épuifée en fpeculations pour
leurs intérêts temporels , faura bien démê-
ler l'impollure des prétextes, dont ils ont
couvert leur ignorance , & les punir de
la manière , dont ils ont emploie des
dons , qu'il leur avoit faits pour un plus
digne ufage.
Septième Maxime. Les peines, infe-
parables de l'examen de la Religion , font
une partie de l'exercice, auquel Dieu nous
appelle tandis que nous fommes fur la ter-
re :
Crémière Tarùe. 273
re : elle entre dans les vues qu*il a eues
en nous y mettant. Il lui eût été aifé
dapplanir toutes les difficultez, qui fe
trouvent dans la recherche de la vérité ,
& dans la pratique de la vertu ; il auroit
pu accompagner la vérité de tant d'éciat ,
que les plus aveugles auroient été con-
trains de Tappercevoir , & la vertu de tant
d'attraits, que les plus vicieux auroient
aimé à la fuivre : il a voulu que nous par-
vinilons par des travaux & par des peines
à la récompenfe, dont il nous promet de
les couronner.
Huitième Maxime. Quand nous tra->
vaillons à nous inllruire , nous ne travail-
lons pas feuls : un Etre puiflant travaille
avec nous; la Grâce nous foutient , la
Providence nous guide, l'Efprit de Dieu
nous éclaire ; nous pouvons toujours nous
promettre le fecours du Ciel , pourvu
que nous faffions nous-mêmes des efforts
pour acquérir les lumières , que nous en
attendons.
Neuvième Maxime. Il n'y a rien de
parfait fur la Terre. Les voies les plus
fûres ,que les hommes puilfent fui\Te pour
parv^enir à la vérité & à la fageffe, fe
relfentiront toujours de cet état, où ils fe
trouvent dans cette œconomie d'imper-
feétions. Ce ne fera que dans une autre
vie, que leurs lumières feront fans mèlan-
Tom, /. S ge
a 74 L'Etat du Qhrïjîiantfme en France ^
ge de ténèbres , & leurs vertus lans ta-
che.
Enfin Dieu eft miféricordieux, &lorf-
que nous aurons fait tout ce qui dépend
de nous pour connoître la vérité , nous
devons être perfuadez , que quand mê-
me , nous nous ferions trompez fur cer-
tains articles , il aura pitié de nos égare-
mens , & il ne nous imputera point une
ignorance , qui vient de la foiblelTe de
notre efprit, & à laquelle notre coeur
n'a point de part.
Ces Maximes fuffifent pour ôter aux
Incrédules les avantages , qu'ils préten-
dent retirer des difficultez de l'examen,
& pour prévenir les fcrupules , qu'elles
pourroient faire naitre dans la confcien-
ce des foibles. Il eit temps d'entrer dans
la difcullion du prétendu Miracle, opéré
en la perfonne de la Dame d^ la Foiîé à
Paris. Je fuis,
MESSIEURS,
Votre très humble & très
obéifîant Serviteur
SAURIN
Dï la Haye le u. Janviev
PRIVILEGIE.
DE STATEN VAN HOLLAND
ENDE WESTVRÏESLANDT,
doen te weeten , alfoo ons vertoont is by P i e-
-T E R H u s s o N, Inwoonder , Burger en Boek-
verkopcr in s' Gravenhage, dac hy Suppliant
beefig was met feer veel moèyten en koite te
drukken, en daagelyks by flukken uyt te gce-
ven , zeeker Werk van de Heer^^^^^i Saurin^
genaemt L'Etat du Chrijiianifme en France , di-
m fée en trois parties ^ou Lettres addrejfée aux Catho^
ïiques Romains^ aux Protefians Temporifeurs (^ aux
Déiftes^ in Octavo, in drie deelen, de weiken
van meer Ibude gevolgt werden, onder foodnni-
ge tytel en naam, als àcn Aiuctir by den uyt-
gave foude kunnen fchikken en goetvinden toc
iiyibryding van het gemelde werki en vermirs
den Suppliant in ervarcn was gekoomen en fee-
kere narigt hadde , dat het booven gemelde werk
alhier binnen decle Landen, door quaadaardige
en baatibekende Menfehen, en tôt des Supplt.
-feergroote nadeelcn fchaadenwiertnaargedrukc
ende verkogt, zoo kcert den Suppliant zig tôt
ons, feer ootmoedelyk verlbekende, dat wyge-
licfde te verleenen Gâ:roy en Privilégie voorden
tyt van vyftien agter een volgende jaaren met
verbot , dat nie,mant de boovengemeïde werken
van de Heer Jaques Saurin , onder deelen of an-
dere ty tels of naame binnen deefen Landen lou-
de moogen naadrukken, doen naadrukken ofie
verkoopen , nogtc eenige buyten deelen Lan-
den naargedrukte Exemplaaven intevoeren, de-
.biteercn of Negoticren, 't zy direâ: nog in-
,dirjeâ:, 't ^y in grooter of kleyndiir formaat ofte
laal
PRIVILEGIE.
taal foo aïs hfet fonde modgdn weefen , op foodani-
ge penaliteyt als het ons foude gelieve ^oet te
te vinden, SOO 1 S 'T, dat wy de zaaken'c
verfoek voôiTz. overgemerkt hcbbende, cnde
genecgen wecfende ter bceden van den Supplti,
iiyt onfe rcghte weetenfcbappen , Souveraine
inagt ende authorireyt , den feiven Suppliant
gcconfènteert, geaccordeert ende geoclrojeerc
hebben , Confenceeren , accordeeren ende Oc-
trojeeren hem mirs deefen, dat hy gedurende
den tyd van vyftien eerft agter een volgendejaa-
ren, de voorfz. werkcn van de f-leer Jaques Sau-
rin^ genaemt UEtat du Chrifïiauifme en Fran^
ce , divifée en trois parties ou lettres addrejje aux
Catholiques Romains , aux Protefîans tempori-
feurs y ^«.v Déifies , in Octavo, in drie Dee-
len , welken van meer deelcn fouden gevolgt
werden, onder zoodanige tytel en naam als den
Autheur, by de uytgaave, Ibude kunnen fcbik-
ken en goetvinden, tôt aytbryding van hct ge-
meldc werk, indicrvocgen als fulks by den Supr
pliant is verfogt en hiervooren uytgedmktftaat,
binnen den voorfz. Onfen Landenallcen falmoo?
gendrukken, doen drukken, uytgeeven ende
verkoopen, veibiedende daaroin aile ende een
iegelyk de Çç\\'t werken in't geheel ofcetendee-
len te drukken, naar te druken , te doen naar
drukken, te verhandelen ofte verkoopen. ofte
elders naargedrukt, binnen denfelven onlèn Lan»
den te brengen, uyt te geeven of te verhande-
len ende verkoopen , op verbeurten van aile de
naargedrukte, ingebragte , verhandelde ofte
verkogte Exemplaaren, ende een boeten van
drie duylènt guldens daar en booven te verbeu-
ren, te appliceeren, een derde parc voor den
Offi-
P R I V I L E,G I E.
Officier die de Calange doen fal, een derde part
voor den armen ter plaatfen daar het Cafus voor-
vallcn fal , ende het refteerende derde part voor
den Suppliant, ende dit telkens zoo meenigmaal
als den felven ibllen werden agterhaalt, ailes in-
dien vertlande, dat wyden Suppliant indeeson-
i'c 06lroy allecn willende gratilicèeren tôt ver-
hceding van fyn fchaaden door her naadrukkea
van het vooriz. werk, daar door in genig-sndee*
len vcrilaan den inhouden van dien te Authori-
feçren . ofte te advoueeren onde veel meer de fel-
ve onder onfe prote£tie ende befchermin-
gen eenig meerder crédit , aaniien ofte repuf
tatie te geeven, neen maar den Suppliant in Cas
daar inné iets onbehoorlyks loude mflueren aile
het felve tôt fynen laften lai gehouden weefen te
verantwoorden 5 tôt dien eynden wel exprefle-
lyk bcegerende, by aldien hy de felven onfen
Oéiroy voor de felve fal willen flellen , daar van
gcengeabrevieerdeoftegecontrahcerde mcntie fal
moogen maaken , neen maar gehouden weelen ,
het felve Oclroy in 't gchecl en fonder eenige
ommifîiejdaar voor tedrukken ofte doendruk-
ken , ende dat hy gehouden fal fyn een Exempjaar
van 't voorfz. werk ingebonden en welgecondi-
tioneert te brengen in de Bibliotheek van onle
Univerfiteyt tôt LeydenjCnde daar van behoorlyk
te doen blycken , ailes op peene van het efFe£t
van dien te verliefen , ende ten eynde den Sup-
pliant deefen onfen confenteerende 06lroy moo-
gen genieten als naar behooren , laften wy allen
ende een iegelyk die het aangaan mag , dat Cy
den Suppliant van den inhout van dien , doen
laaten ende gedoogen , ruftelyk, vreedelyk en-'
de volkomcQtlyck genieten ende gebruyken,
Cef-
PRIVILEGIE.
Ceflerende aile de Beletfelen ter Contrarie. Gc-
daen in den Hage onder ons groote Zeegel hier
aangehangen op den derdcn January in 'c jaar
onfes Heere en Zaaligmaaker, feevcntien hon-
dcrt Tes en twintigh.
ï. V. HOORNBEEK.
Ter Ordomantie van de Staten,
In abfcntie van den Secretaris
L. RENESSE.
€hangemens ^ additions,
Pag. 60. l^n, 9. qui, lifez , q»e,
Pag. 70. lign. 3. l'Eglife.lifez, Fglifé,
Pag. 104. lign. 23. s'ils, lifez, 5'//.
Pag. 114. lign. 7, qu'elle, liÇez , que fa juri/diâiion,
Pag.izS. ajoutez a la 5. ligne des citations , Voi. Mezerai
fur Henri III. pag. 593.
Pag. 157. lign. 4. des citations, Ubi fuprà , lifez, quarts
fuo tempore cum Itaperio aUifque Regnis fub Caro-
lo IV. &c. lib. IV.
Pag. 158. lign. 7. femmens, lifez , femma.
Pag. 204. lign. 23. fept, lifez, cinq.
Pag. 256. penult. ligne, fol. 799.apud, lifez ,w/î^»«»», Tom\
II. pag. 104. vid.etiam.
Pag. 271. lign. dernière, de foi, lifez, des articles de foi.
On avoir d'abord partagé en deux Lettres ce qui eft con-
tenu ici dans la quatrième : de même à l'égard de
la lixiême: c'eft ce qui fait qu'au haut de lapag. 171.
il y a fixiême Lettre , liiez, cinquième; & pag. zii,
il y a huitième , lifez , feptiême. (
^ LA H AYE^
Chez PIERRE HUSSON. 172^.
Avec Privilège de Nos Seigneurs les Etats
de Hollande £5? deïi^ejîfrife.
PIERRE HUSSON avertit le Pu-
blic, qu'on a contrefait les premières feuil-
les de rEtat du Qbrifiïanïfme en Fran-
ce y par Mr. Saur in ^ qu'on y a fait diver-
les fautes qui défigurent cet Ouvrage , &
emprunté le nom de TAuteur & de Tlm-
primeur, ce qui a obligé le dit Huflbn à
demander un Trivilèç^e à Nos Seigneurs
les Etats de Hollande ^ de Weftfrife , qu'il
a obtenu , & de mettre fon feing à la fia
des Exemplaires, qui feront avouez par
l'Auteur.
Trémière Partie, 277
ONZIEME LETTRE*,
Dans laquelle on raf forte le prétendu mU
racle ^ oferé en laperfonnedelc^
*Dame de la Fojfe. '-.:
M
ESSIEURS,
Le fécond point de nos controverfes ,
que nous avons entrepris de traiter , doit
rouler fur le prétendu miracle , opéré en
îa perfonne de la Dame de la FolTe ; nous
donnerons un peu plus d'étendue à nos
réflexions, que ce fujet ne femble d'abord
le demander, & à Toccafion de cette gué-
rifonnous parlerons de miracles d'un tout
autre genre. Voici l'ordre que nous fui-
vrons.
I. Nous rapporterons le fait, je veux
dire cette guérifon prétendue miraculeu-
fe , félon la relation , que Mr. le Car^
dinal de Noailles en fait dans fon Mande#
ment.
II. Nous expoferons les raifons > qui
engagent les Proteftans à examiner cet
événement , & à prendre part aux dé-
bats,
* Quoique le tître de la Lettre , qui précède , porte
vui'elîe cft ia douzième , elle n'eft que h dixième.
Tom. L T
278 L'Etat du Qbriftianifme en France',
bats , qu'il a excitez au milieu de
vous.
III. Nous rechercherons en quoi con-
iifte lellènce d'un vrai Miracle , & quels
en font les caractères diilinftifs.
IV. Dans un quatrième Article nous fe-
rons quelques réflexions fur la foi des mi-
racles; & nous tacherons de marquer les
bornes, qui feparent cette vertu d'avec
deux difpofitions , qui lui font oppofées ;
je veuxdire la crédulité ,& l'incrédulité.
v. Enfin nous ramènerons les princi-
pes, qui auront été établis dans le troi-
liême & dans le quatrième Article, &
nous nous en fervirons pour régler les idées,
que nous devons avoir de l'événement ,
qui nous a obligé d'entrer dans ces dif-
culîions.
I. Il y a près de zo. ans , dît Mr. le
Cardinal de Noailles dans fon Mande-
ment en date du i. Août i/is". „* H y a
„ près de vingt ans , que Dieu affligea
„ d'une perte de fang Anne Charlier,
„ époufe du Sieur de la Folle, maître E-
„ beniile, âgée de quarante-cinq ans.
5, Cette infirmité étoit devenue depuis
„ fept années, fi continuelle, fi violen-
„ te & fi opiniâtre, que les tentatives,
„ qu'on avoit faites pour la guérir , avoient
„ été auffi inutiles que dangereufes.
De-
*Pag.7.
Crémière partie, 279
„ Depuis 28. mois fon épuifement ne
lui permettoic plus de marcher , même
avec des béquilles, ni de foutenir la lu-
mière ; les plus légers mouvemens la
faifoient tomber en foiblefle , elle ne
pouvoir prefque demeurer dans fon lit
à caufe d'une grande douleur de côté ,
& pour pafTer de fon lit à fon fauteuil
on étoit obligé de la porter. Pour re-
cevoir la fainte Communion le Lundi
,, qui précéda fa guérifon, elle fe fitpor-
5, ter dans une chaife jufqu'aux pieds de
3, l'Autel, elle ne put fe mettre à genoux
5, que foutenue par deux perfonnes , &
„ on la rapporta de TEglife prefque mou-
„ rante.
„ Son infirmité connue d'un grand
a, nombre de perfonnes, tant du Faux-
5, bourg faint Antoine , que de diftérens
5, autres quartiers de Paris, étoit deve-
5, nue de notoriété publique ; & foixante
5, témoins dignes de foi attellent les
„ circonltances , que nous venons de vous
5, marquer. La vérité & la promptitu-
5, de de fa guérifon ne font ni moins no-
„ toires , ni moins atteftées.
„ Prellee cette année par un grand dé-
„ fir & par une foi vive de demander fa
5, guérifon à JéfusChrifl, lorfque la Pro-
„ cefllon du Saint Sacrement palTeroit
M devant fa maifon , le Lundi précédant
T 2 „ el-
3>
28 o L'Etat duChrifiïanifme en France '^
„ elle déclara fon projet à l'Ecclefiafti-
„ que, auquel elle le confeffe depuis dix
„ ans , qui lui confeilla de ne point ten-
„ ter Dieu par la demande d'une guéri-
„ fon fi publique , & de fe concenter de
„ prier Jéfus Chrifl de la guérir en com-
„ muniant; elle fuivit ce confeil, mais
5, Dieu, qui vouloit rendre cette guéri-
5, fon plus éclatante ^ plus utile, ne l'e-
„ xauça point dans ce moment ; fe fen-
„ tant donc plus incommodée qu'aupa-
„ ravant, elle perfifla dans la réfolution
„ de s'adreiïer à Jéfus Chriit le jour du
„ Saint Sacrement , que laProceifionde-
„ voit paiTer devant fa porte. Le matin
„ môme de cette Fête folemnelle, une
„ femme née dans la Religion Proteitan-
„ te , que la Malade connoifîbit depuis
„ lohg- temps, la vint voir, (Srlalauttrou-
„ vée confternée par l'augmentation de
„ fon mal , elle l'exhorta à mettre toute
„ fa confiance en JéfusChriil, elle lui re-
„ préfenta que le Fils de Dieu reffufcité
„ d'entre les morts , toujours vivant, n'é-
„ toit pas moins puillant dans le Ciel,
5, que lorfqu'il ctoit fur la terre: Qu'il
„ pouvoit donc la guérir, comme ilavoit
5, guéri l'Hémorrhoïire , l'Aveugle né ,
„ le Paralytique, & tant d'^^utres : qu'el-
„ le n'avoit qu'à l'invoquer avec la même
„ Foi , dont ces malades étoient pénétrez.
La
Crémière Tartk, 28 r
„ La Dame de la Foiïe , fortifiée par
,, cedifcours, réfolutdefuivrelemouve-
„ ment , que Dieu avoit mis dans foa
„ cœur, & de demander fa guérifon à
„ JéfusChrift; non àJéfusChrill préfent
„ feulement dans le Ciel, félon le confeil
„ de la nouvelle Réunie, mais à Jéfus
„ Chrift réellement préfent dans le Sacre-
„ ment de l'Euchariflie , félon la Foi de
„ l'Eglife. Animée de ces fentimens , el-
5, le fe fit defcendre dans la rue ; la nou-
„ velle Réunie fe retira dans ce moment,
„ pour aller dans une mailon voifine , où
„ plufieurs nouveaux Réunis étoient af-
„ femblez, & où Dieu avoit permis qu'ils
5, fe trouvafTent , pour êtreinftruitsexac-
„ tement du miracle qu'il vouloit ope-
5, rer, peut-être encore plus pour eu:ç
5, que pour la Malade.
,, Lorfqu'elle fut à fa porte, elle fe
„ trouva très mal, ne pouvant foutenirni
„ l'air , ni le grand jour. Cependant
„ quand on lui dit, voilà le Saint Sacre-
,, ment', elle fit un effort pour fe jetter à
5, genoux , & elle tomba dans l'inltant fur
„ fes mains, criantenmemetem.ps: Sei-
„ gneur , fi vous voulez , vons pouvez me
„ guérir^ je crois que vous êtes le même
5, qui êtes entré dans Jérufalem : lardon*
9, nez moi mes péchez^ ^ je fierai guérie,
g, Elle marcha fur fes genoux, & fur fes
T 3 „. mains
iSi L'Etat du Chrijîimijme en France^
„ mains quelques pas , criant toujours à
^, haute voix, Jéfas Chrïfty vous pouvez^
5, me guérir. Le peuple étonné du fpec-
3, tacle parut fcandalifé de voir une fém-
3, me fuivre le Saint Sacrement fe traînant
3, par terre, & criant à haute voix: les
3, uns crûrent qu'elle étoit yvre , ou en
5, démence , d'autres qu'elle tomboit du
3, mal caduc : tous la prêtèrent de fe re-
„ tirer; fa foi ne fut point refroidie par
3, tous ces obflacles , rien ne put l'empê-
3, cher de continuer fa marche, & d'in-
3, voquer Jéfus Chrift , difant o^on la
„ laiffa fuivre fon'T>ieUy^{'X foi fut bicn-
„ tôt exaucée.
3, Sentant tout d*un coup fon cœur fe
3, fortifier, elle fe leva, encore foutenue
3, par les deux perfonnes qui l'avoientac-
3, compagnée ; & dans le moment , éprou-
3, vant que fon corps tournoit comme
„ pour retomber, elle cria encore plus
3, fortement: Seigneur^ que feutre dans
j, votre Temple y ^ je ferai guérie. Elle
3, dit même à ceux qui la foutenoient de
5, la lailfer , perfuadée qu'elle marcheroit
3, bien ; ils la virent en eifet marcher dans
3, la foule du peuple & fuivre le Saint Sa-
„ crement : frappez d'étonnement , &
5, croiant à tous momens qu'elle alloit
), tomber , ils lui préfentèrent leurs mains
jj & leurs bras pour s'appuier; mais cet-
5> te
Crémière Partie, 2.85
» te précaution fut inutile : elle alla feu-
„ le & fans fecours jufqu'à TEglife de
„ fainte Marguerite , perdant toujours
5, néanmoins une très grande quantité de
„ fang.
„ Arrivée à la porte de l'Eglife, elle
j,, redoubla fes prières, & demanda à
5, Dieu avec une nouvelle ferveur , qu*el-
5, le n'entrât point dans le lieu Saint,
5, fans être pleinement guérie : au moment
„ donc qu'elle eût mis le pied dans le
5, Temple du Seigneur, elle fentit,com-
„ me l'Hémorrhoïfle de l'Evangile, k
5, fource du fang qu'elle perdoit defle-
„ chée. Elle refta debout ou à genoux
5, à la porte du Choeur , pendant Tier-
5, ce & la grande MefTe, qui durèrent
5, une heure & demie, fans être aidée de
5, perfonne, ni pour fe mettre à genoux,
5, ni pour fe relever ; pendant Sexte elle
5, entra dans le Chœur, & demeura quel-
5, que temps à genoux devant le Saint Sa-
3, crement: elle en fortit fans être in-
2, commodée de la lumière , qu'elle ne
5, pouvoit foutenir auparavant. Enfin,
„ fans être foutenue par perfonne, elle
revint à pied chez elle , accompagnée
d'une grande multitude , qui fembla-
ble aux peuples , témoins des miracles
de Jéfus Chrift, faifie de crainte &
9> d'admiration glorifioit Dieu, qui don-
T 4 noit
L
2,84 L'Etat du Chrîft tant fine en France ^
,, noit aux hommes dés pteuves fi furprc*
„ nantes de fa puilTance.
„ Ceux qui avoient vu la Malade fe
„ jetter par terre en préfence du Saint
„ Sacrement , & qui n'avoient pu la fui-
i, vre à eaufe de la foule du peuple , s'at-
„ tendoient fi peu à une guérifon mira-
„ culeufe, qu'ils lai iïerent quelque temps
à fa porte le fauteuil , dans lequel on
l'avoir defcendue, convaincus qu'on
alloit la rapporter prefque mourante,
& que le fecours , qui avoit été nécef-
faire pour la defcendre , le feroit enco-
5, re plus pour remonter dans fa cham-
„ bre.
5, A fon arrivée dans fa maifon , quel
5) concours de fes voifins & de tous ceux
5, qui avoient été exactement inflruits de
„ fa maladie! En la voiant monter fon
„ efcalier, comme fi elle n'avoit point été
„ malade, ils ne pouvoient croire ce qu'ils
„ voioient ; à-peine étoit-elle ailife,
„ qu'ils la prioient de fe lever & de mar-
,i cher dans fa chambre, pour confirmer
„ à leurs yeux la preuve d'une guérifon
5, au-delTus des forces de la nature, &
,j qui ne pouvoit venir que de Dieu.
5, Le bruit du miracle parvint bien-tôt
'„ jufqu'à la nouvelle Réunie, qui avoit
5, vu le matin la Dame de la Foife , & qui
„ s'étoit retirée dans le voifinage. Elle
dé-
Trémière Partie* %2^
a dépofe elle-même , que frappée d'éton-
), nement & de joie , fur la nouvelle de
ï, la guérifon de fon ancienne amie , elle
5, en perdit la parole, & quelle envoia
?, dans le moment fon fils, aufli nouveau
j> Réuni, chez la Malade, pour s'afTurer
5, de la vérité du fait.
„ Le fils courut à la maifon de la Dame
5, de la FoOc, qu*il rencontra dans la rue
9) arrivant de la MefTe : il attelle dans fa
5, dépofition, que le fpedacle de cette
9, femme, qu'il voioit marcher libre-
5, ment , après l'avoir vue depuis fi long-
9, temps , ne marchant que fur fes genou;:
3, & fur fes mains, & qu'il appelloit/é?
5, Fer rempantj le toucha & le faifit fi
„ fort , qu'il ne pût lui parler : il ajoute ,
5, qu'il ne fût tout-à-fait perfuadé de la
5, guérifon, que lorfqu'il l'eût vue, fal-
9, faut plufieurs tours dans fa chambre, t:
j, le reconduifant jufqu'à l'efcalier, fans
9, que perfonne la foutint.
„ Dès qu'il eût rendu compte à fa mè-
9, re, elle vint elle-même, pour voir de
9, fes propres yeux les merveilles de Dieu ;
9, la Malade lui donna des preuves li clai-
„ res & fi convainquantes de fa guérifon ,
„ que la mère a reconnu, & déclaré au fli
9, bien que fon fils, que c'étoit //» effet
9, miraculeux de la touîe-puiJfancedeT>îeUy
,> ^ qîiils ne croient pas qiCil y ait eu de
T 5" mi"
^26 VEtat duQhrïftiamJhie en Frmce^
99 miracle plus certain que celui-là; ce
99 font les propres expreluons de leur dé-
99 pofition.
Voilà la relation de Mr. le Cardinal
de Noailles.. Nous rapporterons dans la
fuite les preuves , fur lesquelles il- veut
l'appuier. Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, &c.
DOU^
Première T art te. 187
DOUZIEME LETTRE,
Dans laquelle on expofe les r ai fins ^ qm
portent les Proteftans à examiner l'é-
vénement , quott a rapporté.
E S S I E U R S,
Nos Eglifes ont tant d'amour pour la
paix, que quelques-uns de ceux qui les
compolent, auroient ioubaité que nous
ne filfions point mention d'un événement,
qui a excité tant de débats au milieu de
vous. Le prétendu miracle opéré en la
peribnne de la Dame de la FolTe, di-
foient-ils, efl publié dans un temps, où
l'Egliié Gallicane eft déchirée par deux
factions : par celle des Jéfuites , & par
celle des Janfeniiles ; ou plutôt dans un
temps , où les Janfenifles plient fous le
poids du pouvoir des Jéfuites. La pu-
blication d'un miracle opéré dans le Dio-
cèfe d'un Prélat, qui eft à la tête des op-
primez, pourra leur concilier le refped
du Peuple , & reprimer la fougue du par-
ti , qui a réfolu leur perte. Pourquoi tra-
vailler à leur enlever ce triomphe?
Je l'avoue , Meflieurs , j'ai été frappé
de
a 88 V Etat du Chrlftianifme en France\
de cette objeélion ; mon penchant me
porfoit à m'y rendre, fur- tout quand je
faifois réflexion au caraftèrede FAuteur^
du Mandement. Ce Prélat s'attirera
toujours la vénération de ceux qui aiment
la piété & la vertu. Zélateur ardent;
pour fa Religion il a fù tempérer fon zè-
le par un efprit de douceur & de charité.
S'il y a quelques Proteltans dans fonDio-
cèfe, qui aient renoncé fmcérement à
notre Communion, c'eit à fes difcours
mfmuans , c'efl à fes tendres exhortations,
qu'on doit l'attribuer. Ceux mêmes, qui
lui ont réfifté , aiment à publier encore
l'afcendant qu'il avoit fur leur cœur , &
le plaifir qu'ils auroient eu à lui témoi-
gner leur déférence , en cédant à fes rai-
fons, il leur confcience ne s'y étoit op-
pofée. En un mot ce Prélat avoit trouvé
l'art de réunir trois chofes fi difficiles à
concilier dans les premières années de
nos défolations: Le zèle pour fa Reli-
gion ; l'obéiirance à fon Roi ; & la com-
pafîion , que des Ames généreufes ne re-
fufent jamais à des affligez , fur-tout quand
c'elt leur droiture , qui caufe leurs afflic-
tions.
Mais bien loin que ces confiderations,
lo.rfque je les ai bien nefées, m'aient em-
pêché d'examiner le Mandement de Mr.i'
le Cardinal , elles m'y ont engagé, Ce
Man-
Crémière T art te. 289
Mandement doit être regardé comme un
fruit de la vigilance, que Mr. le Car-
dinal a toujours témoignée pour ramener
ceux qu'il regarde comme des Errans.
Il croit qu'un Miracle vient de donner un
nouveau poids aux raifons , qu'il leur a
tant de fois alléguées en faveur de l'Egli-
fe Romaine. Il fe fert de ce motif pour
les attirer , & il déclare qu'en publiant la
guérifon de la Dame de la FofTe, il n'a
pas eU moins en vue d'ouvrir les yeux des
Protcilans , que de reveiller la piété lan-
guifiante des Catholiques.
Quel parti pouvions- nous prendre fur
cette déclaration ? Ilfalloit, ou nous ren-
dre aux argumens de Mr. le Cardinal,
ou les combattre : le milieu entre ces
deux partis auroit été odieux ; c'étoit de
garder le filence. Aurions-nous donc
rangé les argumens de ce Prélat parmi
ceux qui fe détruilent d'eux-mêmes, &
auxquels on ne répond point ? Quand mê-
me nous en aurions fait ce jugement , ce
dont nous fommes très éloignez, la con-
fideration,que nous devons à celui qui les
propofe , ne devoit-elle pas nous obliger à
y répliquer?
Pour juflifier notre conduite à cet é-
gard, il fera à propos de cotter ici les
endroits du Mandement , qui regardent
les
x^o UEtat dti Qhrifiianijme en France y
les Proteftans. Voici comment MrJ
le Cardinal déclare la double vue qu'il a
eue en le publiant , l'une de réveiller le
zèle des Catholiques Romains pour l'Eu-
chariflie; l'autre, de reditier les idées,
que les Proteltans fe forment de ce Sa-
crement. * Comme je fus Chrïft nous a
donné dans V Etichariftïe ^ dit-il, un des ^
principaux Myjïeres de notre fot^ le gage
le plus précieux de fon amour ^ l'objet du cul-
te , le fiutien de la piété des Fidèles , il
sefl plû dans tous les temps , comme nous
vous le montrerons dans La fuit e^ àfgnaler
fa puiffance d'une manière fenfible dans le
Sacrement de PEuchariJiie , par des Mi--
racles également propres à établir la ^vérité
du dogme Catholique , ^ à infpirer aux
femmes les fentimens , dont ils doivent être
pénétrez pour cet augufte Myftère. f T)ans
ces jours de licence & de corruption ^ ou
V irréligion fait tant de progrès y "Dieu a
voulu confondre les incrédtiles y donner pour
la confiât ion des Fidèles , ^ pour laplei-
ne conviêfion de nos Frères réunis y une
preuve fenfible ^ éclatante des grandes vé-
riteZy que les premiers font a [fez heureux
pour croire dune foi ferme, & dont les f^
condsont tant de peine àfeperfuader.
Dans
* Pag. 6.
t ?ag. II.
Première T art te, api
Dans un autre endroit , après avoir
fait fes efïbrts pour juftifier l'inftîtution de
la Fête , qu'on appelle du Saint Sacrement
dans l'Eglife Romaine , & qu'il recon-
noit n'avoir été établie que depuis le xiii.
liècle, il ajoute: * Nos Frères feparezi
bien éloigne'z de ces fentimens reli^
gieuXi feduits par les erreurs de Cal-
vin y contre la -parole Jl claire ^ Jï forme le
^^ J^fi^ Chriji même , contre la créance (^
la -pratique de toutes les Eglifes Chrétien-
ftes dans tous les temps y contre le co^ffen-
tement ^ le témoignage de toutes les Com-
munions feparées de /' Ëglife Romaine de*
puis tant de Jïècles , refujent de croire le
Dogme de la préfence réelle de J. ChriJI
dans l' Euchariftie ; ils condamnent V adora-
tion , que l'on rend au Fils deT>ieu dans cet
augufte Myftère^ comme un aEîe d' idolâ-
trie : la vénération y que nous témoignons
pour la fainte Euchariftie dans les procef-
fions folemnelles établies -pour l'honorer ^
leur par oit un culte abufîf ïê fuperftitieux.
Trois véritez, , que T)ieu a voulu démon-
trer d'aune manière vifible ; trois erreurs
oppofées au dogme ^ au culte de VEglife^
que T)ieu a voulu détruire par le miracle
opéré fous nos yeux.
Mr. le Cardinal appelle même des
per-
Pag. 14.
%'^L JJEtat du Qkrîfiïanifme en France i
perfonnes de notre Communion à témoin
de la guérifon miraculeufe de la Dame
de la FoiTe: il dit qu'une mère & un fils.
Tune & l'autre Protedans, ont vu ce pro-
dige de leurs propres yeux, qu'ils ont dé-
claré que * cétoit un effet miraculeux de
la toute 'fuiffance de DieUy ^ qu'ils ne
croient pas qu'il y ait eu des miracles plus
certains que celui-là : fur quoi le Prélat
s'écrie: f 7)ieu daigne éclairer ces deux
nouveaux Réunis: s'ils ont eu la bonne foi
de convenir d'un Miracle opéré par la
Sainte Eucharijîie <, qu'ils avoient intérêt
de contejfer : que J. Chriji , auquel ils
ont commencé à renare gloire ^ achevé de
dijjîper leurs ténèbres, & de les convaincre
qu' il eft réellement pré fent\ ^ qu'il veut
être adoré dans un Sacrement , par lequel
U opère ces prodiges ! ^le plu/leurs Trote-
Jîansy dit-il encore, que T)ieu a permis
qu'ils aient été témoins des infirmité z, de
la Malade , ^ de fa guérifon miraculeufe ;
que ceux d^ entre eux qui ont eu la fincéri-
té & la bonne foi d'atte/ter la vérité du
Miracle ; que tant d'autres , qui tC en peu-
vent douter , profitent donc de la grâce fin-
gulière , que ^ieu leur accorde pour les
éclairer , ^ pour dijfijjer leur ténèbres y
que
Pag. IQl
. ^-^0 vv. . Crémière Partie. 193
^ue Iss'circonftances de ce prodige les ren^
dent attentifs à tant de preuves éclatantes
du dogme de la préfence réelle , tirées de
l Ecriture (^ de la tradition , qui nont pu
jufques ici les convaincre ; ^ qiiils recon^
noiffent avec nous^ que Chrift eft réelle^
fnent préfint fur nos autels^qt^ilveut y être
adoré ^ \ê quil approuve l'hommage & le
culte public^ que nous lui rendons dans le
Sacrement de lEtichariJiie.
Enfin il produit une longue liile de
miracles , qu'il prétend avoir été faits an-
cienncment, & qui lui paroiiTent lembla-
bles à celui qui efl: le fujet de fon Man-
dement; il conclut par cette réflexion;'
* Après tous ces exemples, dit il , Jî grands
en eux-mêmes , Jl certains par le caractère
des témoins, qui les rapportent , devons^
nous être étonnez, qu'aujourd'hui^ que lé
Myftère de Œuchariftie ejt l'objet de Pin-
crédulité des Libertins , des blafphêmes
des Hérétiques , de l'tndiff'érencc ou de la
profanation des mauvais Chrétiens, T^ieu
manifefte par des prodiges la vérité du dog^
me Catholique fur l'Euchariftie, attaqué de
toutes parts, ^lafincéritédu culte, que
nous rendons à J. Chrijt dans ce Sacre-
ment^, Culte méprifé par les Hérétiques ^
(ê pratiqué par plufîeurs Catholiques
avec
* Pag. 13.
fom. L V
194 L^Etat dtïChrtftianïfmeeit France^
avec tant de négligence 'W d'irréligion.
Voilà comment Mr. le Cardinal ne
perd jamais dé- vue les Proteflans dansfon
Mandement. Pouvions.-nous nous dif-
penfer de lui rendre raifon de notre foi,
& de lui témoigner l'attention & la re-
connoifrance,qiie nous avons pour Iqs foins
qu'il fe donne de notre falut? Nous nous
infcrivons en faux contre le Miracle qu'il
rapporte , je l'avoue; mais à Dieu ne
plaife que nous foullions nos Ecrits des
invedives effroiables, dont quelques per-
fonnes de fa propre Communion ont eu
l'audace de le noircir à cette occafion.
Nous fommes très convaincus, que s'il a
trompé quelqu'un par fon Mandement,
c'eft qu'il a été trompé le premier. Nous
ne doutons pas même que fon erreur ne
foit venue d'un motif rcfpedable. Et
nous appliquerons à ce Prélat ce que
nous avons dit d'un des Palleurs, dont
nos Eglifcs chériiTent tendrement la mé-
moire , & dont ils ccnfervent précieufe^
ment les Ecrits : Son amour tro]? véhément
pour la icrité PfZ fait tombe?' dans le
wf,^/^;/{?-r; c'ell-à-dire, ààiis Villufion. Si,
nous faii'ons une faute en emploiant cette
phririfé , c'eil: une faute * contre la Langue,
non contre le refped , que nous devons à <
ces ..
* Le Diifiionnaire de l'Acnd. Fr. explique pourtant le
mot de menfon^e par ceux à'errsur & à'illufion.
^réméré Partie. %^s
çesilluftres Perr(;xanages, que leur rang ou
que leurs talens élèvent au-delTus du relie
des hommes.
Dans le temps que nous croïons finir
cette Lettre, nous recevons celle que
* iVlr. l'Evêque de Montpelier vient
d addrelTer à fon Diocèfe. Elle a produit
fur notre efprit le même efïet , que le
Mandement de Mr le Cardinal de
Noailles. D'un côté elle a augmenté les
fcrupuîes, que nous avions de décrier un
miracle, qui femble 11 glorieux à des
Hommes, dont nous voudrions pouvoir
adoucir les peines. D'un autre côté elle
nous met dans rindifpenfable nécefîité
de répondre aux argumens , qu'on en ti-
re contre notre Do^rine.
I. Mr. l'Evêque de Montpelier dit ou-
vertement ce que Mr. le Cardinal n'a^
voit fait qu'infmuer. C'efl qu'une des
principales vues de la Providence, dans
la guérifon miraculeufe de la Dame de
la FoiTejÇ'a été de fe déclarer hautement
pour les Janfenifles. f,, Ce miracle , dit-il ,
5, paroit vifiblement avoir été fait pour
5, confoler l'Eglife dans fes membres af-
fli-
* Lettre Paltoralc de Mr. l'Evêque de Montpelier , ad-
flreflee aux Fidèles de fon Diocèfe, à rôccailon du Mira-
cle opéré à Paris dans la Paroifle de Ste. Marguerite le
31. Mai, jour du St. Sacrement.
tPag. i6. & 17.
V Z
5>
^^6 L'Etat du Chrijîimifme en France^
„ fligez, & lui donner des marques fen-
„ llbles de la protedioû de Dieu dans un
„ temps , où celle des hommes lui efluni-
j, verfellement refufée. Seigneur , di-
5, foit à Dieu cette mère défolée, faites
5, éclater quelque figne en ma faveur , a-
5, fin que ceux qui me haïlTent le voient,
„ & qu'ils foient confondus , parce que
„ vous m'avez afTiflée & conlblée.
„ Dieu l'a fait ce ligne, mes très chers
5, Frères ; la voix du Seigneur s'efl fait
„ entendre dans la Capitale du Roiaume;
5, voix pleine de magnificence & d'éclat;
,, vox i^omini in virtute^ vox T)omini ht
ma^nificentta ^ &c.
„ Depuis douze ans , que durent les
„ malheureufes conteflations , qui défo-
5, lentTEglife, quels efforts l'homme en-
5, nemi n'a t il pas faits , pour lui arra-
„ cher fes membres les plus unis ? On ne
„ peut jetter les yeux fur un objet fi tri-
„ fie , fans être attendri & pénétré de
„ douleur. Dans les campagnes comme
„ dans les villes, dans le^ cloîtres & les
folitudes , comme dans les lieux les
plus fréquentez, on ne parle que de
„ Schifme & de feparation. Ce terme
„ fatal, cette parole cruelle, qui fit au-
„ trefois difcerner à Salomon la faufTe
„ mère d'avec la véritable, rententit de
„ toutes parts. L'heure eit venue, où
„ l'on^
I
5>
Première Partie. zc^y
„ Ton croit rendre fervice à Dieu en ve-
„ xant par toutes fortes de voies les fer-
„ viteurs de Dieu ; & jamais on ne vit
j, accomplir d une manière li fenfible la
3, prédidion de S. Paul, que tous ceux
j) qui veulent vivre avec piété enJ.Chrift,
j, fouffriront perfecution.
„ Par-tout l'ignorance, l'aveuglement
„ & le faux zèle lailîent des traces fune-
„ fies de ce qu'ils font capables de faire.
„ C'eft aux Pafteurs, qui ont plus de lu-
5, mière, plus de Religion, plus de pié-
„ té, qu'on en veut principalement. Il
5, fuffit qu'on les croie favorables à la
5, caufe , que nous avons portée avec tant
„ de juftice au Tribunal de l'Eglife uni-
„ verfelle , pour qu'on fe croie en droit
„ de les décrier, & de les perdre dans
„ l'efprit de leurs peuples ; on veut que
5, leurs Ouailles renoncent au fentiment
„ d'etlime , à l'aftèrtion & à l'attache-
5, ment , qu'elles avoient toujours mon-
„ trc pour eux ; du mépris on les porte
„ à la révolte, & on n'eil pas content
5, qu'on ne les ait engagez à refufer les
5, Sacremens même de leurs mains.
„ Telles étoient , mes très chers Frè-
„ res , ajoute le Prélat , les fcmences de
„ Schifme & de divifion, que l'homme
3, ennemi avoit jette à Paris dans la Pa-
5, roifTc de S.Marguerite. Cette Paroiflé,
V 3 ,, dont
i^§ UEtat du Qhr'ijlîanifme en France^
5,'-;dont le Curé eft Dot^eur de Sorbonnc,
j, des plus attachez à la caiife ,. que nous
^i-^ dépendons , conn.u d ailleurs par fonïè^
fy le, fa piété, fon grand amour pour les
'ji' Pauvres, étoit devenu par ces endroits
^,niême plus en butte i\ la contradiétioii
„ des faux Frères. La conquête , ou
ïi'^lûtôtla défolation , de fa Paroilîèleur
;, paroilîbit un objet digne de s'y atta-
,,' cher; aufîî n'ont-ils rien omis pourfol-
ji 'liciter les cœurs de fes Paroif liens, &
J, les détourner de l'obéilTance qu'ils lui
^„ doivent: Rens gloire à Dieu, difoient-
5, ils à l'un , nous favons que cet homme
"i, dil un pécheur. C'ell homme n'eil
,, point de Dieu , difoient-ils , puifqu'il
„ ne penfe pas comme nous fur les afiai-
,, res de l'Eglife. bi toutes les Ouailles
„ de ce digne Paileur avoîent eu les yeux
,-, de laveugle-né , la pureté de fa Doc-
5, rrine, dans laquelle ils n'ont jamais re-
5, connu de changement, fa pieté exem-
,, plaire, les auroient mis en état de répon-
5, dre & de fermer la bouche à la calom-
„ nie. Mais Dieu permit , queplufieurs
„ fe lalifèrent feduire par les difcours,
„ ainfi qu'Eve fe lailTa feduire par le
„ ferpent. Cependant la feduftion pre-
;, noit de nouvelles forces, & faifoittout
,■, craindre pour l'avenu', quand tout-à-
coup Dieu fe montre, fend la nuée, qui
5j l'en-
>>
Trémière Tartie.^ i^^
.5, l'environne , , & devient l'ApoIogifle de
.jsjfon ferviteur,^ & delacaûfe ^qu'il^def-
,;j'..fend. Pàrcequ*on ne veutj point récë-
\,' voir les, Sacrernens d^ Tes mains,' c'eft
,p entre fes' mains que,). Clinlt,, le Ppn-
^.'■;tife'& l'Evêque de'nos-aîïies, Ve^t'ab'-
Ij. corder la guérifon^ mlricuîeviie de Ta
V,. nouvelle Hémorrhôîfle/' .Cette ' ferW-
i)/me,^tfaché^ à ion Palteiiif' s'apptoche
j«^ ayéç çpnÇance ^ de J..; Çhrilt | "que îe
«"Paileur porte entre ■fe^>.VnamSf, elle ne
ip- craiiit point que la marqçie' de cô
.,, munion, qu'elle lui doni^ejai cette oc-
, ' Cvalion . retarde la gr^'çë %ii elle attend
j^yde fon Rédempteur, &G.,^/,,,'^ ^'"/ "■•
7* Mr. l'Evêque de Mbntpétiér 'va'plâs
loin encore : non feulement il regarde lit
guérifon dé la Darfie.dé, la Fofle cqïû-
me une marque particulière de ramôilr
de Dieu pour les Janfeniites ; il y décou-
vre même un argument décifif en faveur
du Dogme capital, qui les fepare de leurs
x-lntagonilles. * „ rÉfprit de Dieu, qui
„ conduit la Dame de la Foiîé, continue lé
„ Prélat, lui met dans la bouche les pa-
„ rôles, les plus propres à exprimer le dOg-
„ me de la tpute-puifîance de Dieu fur le
„ cœur de l'homme ; le même , pour îe-
j, quel nous fouffrons aujourd'hui tant de
V 4 „ ve-
*Pag. 17. 18.
5>
,55
300 VEtat du Chrtjïïanifme en France^
„ vexations, Seîgnçur, dit-elle, ainfi que]
5, le Lépreux de rEvangilC;, fi vousvou-i
;„ lez, vous pouvez me guérir, Seigneur,
3j que j'entre dans votre temple, & je fe-
„ rài guérie.. . . Parce qu elle eft perfua-
"35 'dée, qu'il neft pas moins puilfant pour
3^ guérir les âmes, qu'il l'eit pour guérir
les corps; elle ajoute: pardonnez moi
mes péchez , & je ferai guérie. Sa
foi ne met 'point de bornes au pouvoir
5, de celuiqti elle invoque : Tidée, qu'el-d
„ le a de la toute-puiirance de J. Chrilt
^3, fur les corps pour les guérir par le feul
'5, 'mouvement de fà volonté, ell l'image
„-de celle qu elle a pour la toute-puilfan-
3, ce de fa grâce pour guérir les âmes de
3, la cupidité, elle croit que J. C. guérit
j, l'ame auffi bien que le corps par le \
5, feul mouvement de fa volonté ; qu'il '
3, parle, & tout fe fait, qu'il comman-
„ de, & il eft obéi, &c.
C'eil: ainfi que Mr. l'Eveque de Mont-
pelier regarde la guéri Ton dé la Dame de
I4 FolTe, comme un feau appofé de Dieu
aux principes des Janfenilles , ou pour
me fervir de fcs propres expreffions,
comme le * triomphe de l'tnvocence contre
la c a l'unie, & de la vérité contre rer-
r(titr. Il ne tient pas à ce Prélat, que ce
prér
* Pag. 19..
T rémère T^artie. 301
prétendu Miracle ne foit auiïl le triom-
phe de TEglife Romaine contre l'Héré-
iie , c'ell-à-dire , félon les idées de cet
illulire Auteur, contre la Dpdrme des
Protellans. fin .j
„ * Qui ne voit , dit-il , l'avantage,
„ que rÈgîife eil en droit de tirer de ce
5, Miracle , pour jullifier fa foi contre les
„ calomnies des Hérétiques ? Rien de lî
„ ordinaire, que de les entendre traiter
„ d'idolâtrie le culte, que nous rendons
5, à J. Chrilt dans le très faint Sacrement
,, de nos Autels; ce qui eil pour nous
,, une odeur de vie, eft pour eux une o-
5, deur de mort. Ils regardent comme
,. des cérémonies profanes & luperfti-
„ tieufes les Proceflîons inftituées en
„ l'honneur de Jéfus Chrift dans l'Eucha-
5, riilie. Cette pompe , avec laquelle
5, nous célébrons la Fête de ce grand
5, myllère, devient tous les ans pour eux,
',, à caqfe de la mauvaife dii'pofition de
„ leur cœur , une pierre dachopement
5, & de fcandale.
5, Si , comme ils difent » J. C. n'efl
„ point réellement préfent dans l'Eucha-
„ riilie, fi on commet une idolâtrie en
5, l'y adorant ; fî les Fêtes & les Procef-
„ fions ) inftituées en l'honneur de ce
V 5" „ grand
* Pag. 13.
301 L'Etat du Chriftianifme en France^
„ grand myllère, font autant de fnper-
55 llitions criminelles ; comment la foi en
,5 J. C. dans l'EucharilHe peut-elle avoir
„ été le principe du Miracle , qui fait au-
„ jourd'hui le fujet de notre admiration?
5, Comment Dieu a t-il choifi le jour mè-
„ me, où nous célébrons la Fête du très
„ faint Sacrement, pour l'opérer ? Pôur-
5, quoi n'a- t-il exaucé les vœux de no-
„ tre nouvelle HémorrhoïiTe que dans
„ le temps de la proce/Hon ? Seigneur ,
5, s ecrie-t-elle , fi vous voulez , vous
,,. pouvez me guérip^ .j^ crois que. vous
5, etez le rnême ^ui êtes entré 4ans Jéru-
,, (alem. '■ - ; r > .
. ■ „ Faites attention, mes. très chers Frè-
y, res, à ces. paroles. X^ns les principes
„ des prétendus Réformez, elles de-
5, voient irriter J. Chrill,. loin de le tou-
„ cher : s'il n'eit point réellement préfent
„ dans l'Eucharillie, cette, prière ell une
„ profefîion publique d'idolâtrie , fi on les
„ en veut croire, qui devoir attirer fur
5, la femme, qui la faifoit , la malédic-
„ tion 'au lieu de la bénédiélion. Enco-
„ re aujourd'hui elle le dit à qui veuti'en-
„ tendre, aux Proteilans, comme aux
„ Catholiques, que c'étoit J. C. préfent
,^ dans le Sacrement de l'Autel, quiétoit
„ l'objet de ion adoration & de l'on cul-
5, te; que c'étoit à J. C. caché dans les
5> fa-
ti
3ï
Trémière Partie. 303
facrez rnyftères , expofé dans la Pro-
ceflion folemnelle à la vénération des
fidèles, quelle avoit demandé fa gué-
rilbn avec des lentimens de foi , que
Dieu a bien voulu exaucer. Mais lî
cette femme eft abufée , qu'elle fe
„ trompe grollîérement, en rendant à la
„ Créature l'adoration , qui n'ell due
,, qu'au Créateur ; comment, encore une
„ fois, Dieu a-t-il fait un miracle fi é-
„ tonnant en fa faveur, miracle, qui en
„ la délivrant de fes maux corporels ,
„ n'auroit fervi qu'à rendre ceux de fon
a*; ame incurables , en la plongeant déplus
5, en plus dans l'idolâtrie ? Car le moien
3, que cette femme fe perfuade mainte-
„ nant, que J. C. n'ell point dans le Sa-
„ crement de nos Autels, qu'il ne faut
„ point l'y adorer, & qu'il a en abomina-
„ tion tous les hommages qu'on lui rend
„ en cet état , elle qui a reilënti les ef-
„ fets de fa divine préfence dans l'Eucha-
„ riib'e d'une manière fi marquée ? Le
5, moien que nous-mêmes nous penfions
„ diiiëremment , quand Dieu autorife
„ d'une manière fi fenfible le culte, que
^ nous nous eiîbrçons de lui rendre dans
5, ce même Sacrement ? Si nos
„ Frères feparez rendent à Dieu le culte
•^, pur & {lins tache, l'adoration en efpric
„ ^ en vérité , tandis que nous avons le
„ mal-
504 L'Etat du Chriftianifme en France^
„ malheur de le deshonorer par des
„ idolâtries , & des abominations affreu-
„ fes , il en faut conclurre qu'ils font les
„ véritables Enfans d'Elie , & nous les
i, imitateurs des Prêtres de Bahal. Cela
„ étant, par quel étrange renverfement
„ eil-il donc arrivé , que les Prêtres de
„ Bahal foient écoutez , & que le feu du
„ Giel defcende fur leur facrifice , tan-
„ dis que le Ciel demeure fermé fur le
„ facrifice des Enfans d'Elie ? Voilà les
argumens , que M. l'Evêque de Montpe-
lier propofe pour ramener les Proteltans.
Mais quand nous comparons fa Lettre
avec le Mandement de Mr. le Cardinal
de Noailles, nous trouvons que ces deux
Prélats ont eu beaucoup plus de fuccès
dans le delîein, qu'ils avoient de fortifier
la foi chancelante desjanfeniltes, que dans
celui de convaincre les Proteltans. La
gué-rifon de la Dame de la Foiîè a fait de
vives impreilions fur les efprits de ces
premiers. * Ceux qui avoient été Jeduits
clans la Paroijfe de Ste. Marguerite , dit
Mr. l'Evêque de Montpelier , revien-
Tîent tous les jours Je réunir à letir "Ta-
Jieur: c'eft le fruit du miracle^ que J.C. a
voulu jaire entre fes mains. Ils en ont
tiré cette conféquence y que piifque J. C.
l'a choifi ])0ur le rendre leMiniftre dune fi
grau-
* Pas. 18.
Crémière Partie, 305'
grande œuvre, ils ont eu tort de Je fefarer
de lui: qutl n^eft pas pojfible que de lamê^
me main, d'où ce divin Sauveur fe fiait à
répandre fes bénéâiUions fur les pécheurs y
il n'en faille attendre que des malédictions^
comme on le leur avoit dit , &c. Mais fi
nous en jugeons par le Mandement de
Mr. le Cardinal , non feulement le plus
grand nombre des Proteftans doute de la
vérité du Miracle, opéré dans la ParoilTe
de Ste. Marguerite; mais ceux mêmes,
qu'il prétend en avoir été les témoins o-
culaires, ont encore befoin que les vœux
de ce Prélat achèvent une converfion,
que cet événement n'a fait que commen-
cer, ^ieu daigne éclairer ces deux nou*.
veaux Réunis, dit-il dans les paroles, que
nous avons déjà citées ^teJ.C.achève
de dijfper leurs ténèbres, & de les convain-
cre quil ef réellement préfent , ^ qu'il
veut être adoré dans un Sacrement , par
lequel il opère de fi grands prodiges. Ce
font les vœux de M. le Cardinal. Si les
perfonnes, en faveur desquelles il les
fait, ont encore quelque relie des con-
noiflances, qu'elles puilèrent dans notre
Communion, elles fauront bien réfifter
aux efforts, qu'il fait pour les en arracher
entièrement: & dans le temps même
qu'elles verront avec reconnoilîance la
charité qu'il leur témoigne, elles fentiront
bien
^o6 L'Etat du Çhrjjiianijme en France ^
bien la faufTeié des conféquences , qu'il
tire du prétendu Miracle, qu'il leur allè-
gue. Mais vous êtes ordinairement
moins en garde que nous contre ces
fortes d'illufions. Yx comme nos vœux
pour votre falut ne font m moins fincè-
res, ni moins ardens que ceux que vous
faites pour le nôtre, nous vous conju-
rons de faire attention à ce que nous al-
lons propofer , pour vous faire difcerner
les vrais miracles d'avec les phénomènes,
auxquels mie pieufe crédulité donne ce
nom. Je fuis.
MESSIEURS,
Votre, &c.
TREI-
Trémière T artie, ;o7
Dans laquelle on donne le cavalière des
Miracles.
M
ESSIEURS,
Il y a peu de termes pius équivoques
que celui de Miracle : l'ambiguité du
mot caufe de la confufion dans les idées.
Sans faire ici la lille des notions , qui doi-
vent être redifiéesà cette occafion , nous
nous contenterons de marquer la véri-
table.
Mais avant que d'aller plus loin, nous
devons remarquer, qu'on peut traitter ce
fujet en Tiiéologien , ou en Philofophe.
C'eil le traitter en Philoiophe que d'agi-
ter certaines queltions metaphyriques ,
telles que font celles-ci ; Les loix de la
Nature font-elles fondées fur l'eiTence des
fujets , ou fi elles font arbitraires ; en for-
te que le Créateur en eût pu établir de
tout oppofées ; faire que les corps , qui
font pefans , fuîTent légers ; que ceux qui
font légers, fufiéntpefans ; que ce qui pro-
duit le mouvement, produifit le repos; que
ce qui produit le repos, produifit le mou-
vement , & ainfi du relie ? Jufques oùs'é-
ten-
5o8 L'Etat du Chrtftianïjme en France^
tendent les caufes naturelles? Quelle eft
précilement l'influence, que les Efprits
bons , ou mauvais , qui ne font pas unis
comme nous à une portion de matière,
ou qui le font fous d'autres loix,ont fur les
Etres fublunaires? Cette influence, en
quoi quelle puilfe confiiler, elt elle per-
manente , ou s'ils l'ont dans certaines oc-
cafions feulement, &par quelque difpen-
fation particulière du premier Être? Agi-
tei ces queilions & pluiieurs autres de ce
genre, c'efl traitter notre fujet en Phi-
lofophe.
C'efl: le traitter en Théologien , que
de fe borner à celle-ci: A quoi peut-on
connoître, fi un événement extraordinai-
re émane de Dieu, qui le dcfline à autori-
fer une Doftrine, à juftifier une adion,
ou un genre de vie ? Nous nous renfer-
mons dans cette dernière queflion , &
nous ne toucherons aux autres , qu'autant
que nous y ferons indifpenlablement en-
gagez pour réclairciflemcnt de cel* -
le-ci. ^'"jjfù'li
Nous devons avertir aufll, que dansce |
que nous dirons fur les Miracles, nous
ferons abftradion des objections des Déi-
fies fur cette matière ; non qu'elles ne
méritent qu'on travaille à les réfoudre; 1
mais parceque ce n'eft point ici le lieu
d'envifager notre fujet fous ce point de 1
vue; I
Crémière T art te. 309
vue; nous le ferons dans notre troifiême
Partie, ii Dieu nous donne de remplir le
plan, que nous nous fommes formez.
* Les chofcs, que nous avons été obli-
gez d'avancer juiques ici contre les gens
de cet ordre, ne font que des pierres d'at-
tente, que nous mettrons en œuvre dans
un autre endroit. Nous confiderons donc
ici les miracles indépendemment de ces
objedions, &, comme nous l'avons déjà
déclaré , nous prenons cette cxprei.ion
dans un fens purement Théologique.
Enfin il eit néceliaire , pour l'intelli-
gence de ce qui va être propofé fur les
miracles , que nous fixions la fignification
du mot àt Nature -, qui reviendra fi fou-
vent dans la fuite, & celle de quelques
autres termes, qui fe rapportent à celui-
là. Nous entendons par la Nature l'af-
fem-
* Nous prions notre Lecteur d'appliquer rette réflexion
aux Mciximes , que nous avons avancées dans une Lettre ,
qui précède celle-ci. Nous ne pouvions pas garder en-
tièrement le filence fur les obieAions , que les Dcifl.es
font contre les principes des Protefl:ans fur l'examen de
la lleligion : cela auroit laiiTé un trop grand vuide dans
ce que nous en difions. Nous ne pouvions pas non plus
y répondre fort au long; fans faire une trop grande di-
verfion au but , que nous nous propofions dans nos pre-
mières Lettres, qui efl: de triitter les matières controver-
fées entre les Catholiques Romains &.les Protefl:ans , &
fans confopdre notre troifiême Partie avec la première,
pour concilier la nécefuté de répondre à ces objections,
& l'impuiirance , oîi nous étions de le faire fort au 1 -ng,
nous nous fommes contente?, de propofer des Maximes
générales, que nous avons deflein d'étendre dans la fuite.
Tom. 1. X
310 UEtat du Chrtfîianijme en France^
femblage des Etres créez , les facultez
que le Créateur leur a données, & les loix
phyfiquesjpar lefquelles il a accoutumé de
les conduire. Quand nous difons, qu'un
événement eji une fuît e des loix de la Na-
ture , nous entendons que Dieu en le
produifant , ou en permettant qu'il foit
produit, agit félon le cours, qu'il a ac-
coutumé de fuivre dans la conduite du
monde. Quand nous difons , qu'un évé-
nement ejî contraire au loix de la Nature ,
ou qu'il efl l'effet d'un pouvoir flirnatu-
rel, nous entendons que Dieu en le pro-
duifant eil; forti de ce cours ordinaire :
qu'il a donné aux Etres, dont il s'eit fer-
vi pour le produire , des facultez , dont
il ne les avoit pas douez auparavant ; du
moins qu'il a communiqué à celles qu'il
leur avoit données , un nouveau degré
de puilTance & d'a(îT:ivité.
Ces réflexions marchant ainfi devant
nous , la définition du Miracle s'ofïre d'el-
le-même à l'efprit ; nous l'avons même
déjà fliite. Nous entendons par un Mira-
cle : IJn événement extraordinaire , pro-
duit par un pouvoir Jnrn aï urely & dejiiné
de T)ieu à autorifer une do6îrine , àju-
Jiifier u?ie aBion , ou un genre de vie.
Pour expliquer cette définition,' & pour
entrer dans le détail des caradères des
mi-
Crémière Tartie, 311
miracles , après avoir donné une idée gé*
nérale de leur eiîènce , nous rappelle-
rons ici quelques véritez , fur lei quelles
nous n'avons point de difpute avec vous,
Mefiieurs ; & nous tâcherons de faire
fervir les chofes, dont nous convenons,
à l'explication de celles fur lesquelles
nous avons le malheur de ne pas conve-
nir encore.
I. Il y a des hommes , qui par la fou-
plefle de leurs doigts , par leur connoif-
fance des fecrets de la Nature, par Tart
qu'ils ont de ménager des intrigues , de
réunir & de mouvoir des relîbrts cachez,
font des aétions, qui femblent ne pou-
voir émaner que de la Toute-puiffancç
divine.
II. La Nature a des profondeurs ,
auxquelles toutes les expériences des Phi-
lofophes & toute la fagacité de l'efprit
humain n'ont encore pu atteindre. PIu-
fieurs phénomènes , que nous rangeons
parmi les événemens furnaturels , ne
doivent qu'à notre ignorance , (& à la pré-
cipitation de notre jugement, ce degré
éminent , où nous les plaçons. Notre
progrès dans la Phyfique nous a ouvert
les yeux fur quelques phénomènes de ce
genre : probablement les découvertes ,
que nos Delcendans feront dans cette
X X Scien-
311 VEtat duChriJîianifme en France,
Science, leur en expliquera un beaucoup
plus grand nombre, & les empêchera de
crier auiTi fou vent au miracle , qu'on le J j
fait aujourd'hui ; comme on le fait beau-
coup moins aujourd'hui que dans les fiè-
cles plus ténébreux, que ceux dans lef-
c^uels nous avons le bonheur de vivre.
lîi. La Raifon nous fait préfumer , ^
la Religion nous apprend, que les Efprits
dégagez de la matière ont la faculté de
l'agiter. Ils peuvent par les mouvemens ,
qu'ils impriment à celle qui environne la
maife de notre corps , agiter notre corps
même : & comme les mouvemens de no-,
tre corps font les caufes occafionelles desj
idées de notre ame, & de fes pafîions :]
les Efprits , dont nous parlons, peuvent!
'exciter des idées & des paillons dansno-l
tre ame , en produifant des mouvemens
dans notre corps. Ni la Raifon , qui}
nous fait préfumer cette vérité, ni la Ré-,
vélation, qui nous la confirme, ne nousj
apprennent jufqu'où s'étend cette puif-
fancc: elles nous en donnent pourtant de
grandes idées La pénétration naturelle'
de ces Intelligences, leur longue expé-
rience, leur concours , peuvent dans
certaines occafions opérer des effets beau-
coup plus furprenans , que ceux que nous
avons rapportez à l'induilrie des hommes.
Mais
Crémière Tartis. 313
Mais en attribuant ce pouvoir aux Efprits
déQ;agez de la matière, nous fuppofons
qu'ils n'agi fient jamais fans la permiflion
de la Providence. Quand ellefoutîre qu'ils
faifent en fliveur de l'erreur , ou du vi-
ce, des prodiges, qui fembloient ne de-
voir être faits que pour la vérité & pour
la vertu , elle a des vues conformes à
cette Sagelfe, qui eil le grand caraftère
de toute fa conduite : elle fe propofe , ou
de punir l'indolence & l'endurciirement
des iVîéchans , ou d'exercer la foi des
Jultes.
IV. La preuve, qui réfulte d'un mira-
cle , ne peut jamais être oppofée à une
vérité évidente , fur-tout fi l'évidence de
cette vérité elt parfaite dans fon genre.
La démonibation a toujours fes droits;
cependant il fe peut , que de deux véritez
démontrées, l'une ait un plus haut degré
de démonllration que l'autre. Si la Rai-
fon, les Sens, & la Religion concourent
à porter la démonitration d'une certaine
vérité au plus haut degré de démonitra-
tion, il implique contradidion, que la
preuve, qui réfulte d'un miracle, dé-
truife ce qui réfulte du concours de ces
trois témoins.
v. Un événement extraordinaire , par-
ti immédiatement de la Toute-puillance
divine, n'eit rien par rapport à nous, s'il
X 3 n'ell
3 14 L'Etat du Chrijliani/me en France^
n'eft bien prouvé; tout ce qui manque à
fa certitude , doit être rétranché de la
preuve, qu'on en tire pour autoriiér la
do^rine , pour jullifier Taétion , en fa-
veur defquelles on prétend qu'il eil ope-
ré.
Voilà des véritez, Mefîieurs, qui ne
font pas moins reçues dans votre Com-
munion que dans la nôtre , admettez en
les conféquences . Un Miracle, ou, pour
ramener notre définition , tm événement
extraordinaire , -produit par un pouvoir
furnaturel , ^ defliné de T^ien à autori-
fer une do6irine , à juftifîer tme a 61 ion , ou
un genre de vie^ doit avoir cinq caradè-,
res. I. 11 doit furpalfcr les forces humai-
nes. 2. Etre hors du cours ordinaire
de la Nature. 3 . Combattre les delfeins du
Démon. 4.S'ajufter avec les véritez dé-
montrées. 5". Avoir des démonllrations
de fa certitude. Reprenons chacun de
ces caradères , & chacune des véritez ,
fur lesquelles ils font fondez ; c'ell, ce
mefemble,la voie la plus fûre pour fe for-
mer de juftes idées des Miracles. Je fuis,
MESSIEURS,
Votre, &c.
LET-
Trémière Tartie. 3 15-
LETTRE XIV.
Dans laquelle on explique le premier
caracière des Altracles.
M
ESSIEURS,
I. Un véritable miracle doit être au-
cleiTus des forces humaines: nous enten-
dons que fi l'adion, dont il eil queftion,
n'eitpas fupérieure au pouvoir de l'homme
à la regarder en elle-même, elle lefoit du
moins dans fes circonllances. La guéri-
fon de certaines maladies n'eft pas au-def-
fus des forces humaines; mais guérir des
maladies par une parole, par un geite,
par un regard , c'eil à quoi le pouvoir de
l'homme ne fauroit fuffire.
Une perfonne raifonnable refufera de
reconnoître pour .miraculeux un phéno-
mène, non feulement lorsqu'elle décou-
vrirais relTorts cachez, que les hommes
ont emploiez pour le produire : il lui fuffi-
ra pour l'empêcher de s'en former cette
idée , qu'il ait pu être produit par ces
reiTorts. Si nous étions obligez de recon-
noître pour miraculeux tous les événe-
mens , dont nous ne fommes pas à portée
de découvrir la fraude , nous devrions re-
X 4 • garder
31^ VEtat du Chriftianifme en France -^
garder comme des miracles une infinité
d'impoilures faites dans des lieux, où il
ne nous efl p\s poffible de pénétrer.
La Divinité n'exige jamais d'une Intel-
ligence , qu'elle donne à un argument
plus de poids qu'il n'en a réellement,
qu'elle regarde une fimple préfomption
comme une preuve folide, & une pro-
babilité comme une démonflration. Le
corps de Jéius Chriil ne fut pas trouvé
dans fon tombeau, quelques jours après
qu'il y eût été mis : ce phénomène fut
un effet immédiat de la Toute-puiflance
divine. L'Egliié ne dût pourtant le re-
garder comme tel, que lorsqu'elle eut des*
démonilrations , que les hommes n'y
avoient en rien contribué. Un bruit fe
répandit, que lesDifciples dej. Cavoient
enlevé ce corps : ce foupçon étoit fans
fondement ; il n'étoit pourtant pas deilitué
de probabilité. Ce n'étoit pas alFez pour
le fûre évanouir, d'alléguer, que des fol-
dats avoient été commis pour garder le
tombeau du Sauveur ; il n'étoit pas impof-
fible qu'ils fe fufTent endormis , ou qu'on
eût trompé leur vigilance , ou ébranlé
lem- courage. Ce n'étoit pas allez de
lire, que les Difciples de J. Chriil étoient
es efprits timides , incapables d'entre-
f^rendre une adion aufîi hardie que celle
de forcer une Garde , ou de la furprendre ;
le
Crémière Partie. 317
le defefpoir infpirc quelquefois du coura-
ge aux personnes les plus purillanimes. Ce
n'étoit pas allez de dire, que ces Difci-
ples n'auroient pas expofé leur vie pour
la gloire d'un Maître , qui les avoit trom-
pez en leur promettant qu'il rciîufciteroit.
Le fruit , qu'ils efpéroient de retirer du
bruit de fa refurredion , ne pouvoit-il pas
les portera le publier ? Il falloir que la re-
furre^tion de Jéfus Chrilt, démontrée par
la defcente du S. Efprit, prouvât, que ce
n étoit pas les hommes , qui avoient en-
levé fon corps du tombeau.
De même à l'égard des autres événe-
mens extraordinaires , nous ne devons
les regarder comme miraculeux , que
lorsque nous pouvons nous allurer, qu'ils
lont au-dellus des forces humaines , ou du
moins que les forces humaines ne font
point intervenues pour le produire.
Notre défiance doit aller d'autant plus
loin fur cet article , que nous trouvons
dans tous les fiècles des exemples d'évé-
nemens crûs miraculeux, quoiqu'ils fuf-
fent l'effet des fourberies des hommes:
rippofture a été quelquefois ii grofîière,
qu'il a fallu être ilupide pour s'y mépren-
dre. Telles font celles des Altrologues
des Indes : * Bernier dit , qu'on les voit
X 5- afiîs
* Voyages de Bernier ,&c. Tom. ii. première Let-
tre, pag. 13. &c.
3 18 L'Etat du Chrijîianifme en France y
allîs fur des tapis poudreux dans une
grande place de Dehli, capitale de l'In-
doflan ; qu'ils ont des inftrumens de Ma-
thématique , & des Livres , où lont repré-
fentez les fignes du Zodiaque, d'oùils font
proleffion de tirer leurs oracles. Ce fa-
meux Voiageur rapporte, qu'il trouva par-
mi ces Allrologucs un Portugais, qui ne fa-
voit ni lire, ni écrire : tous fes inftrumens
contiftoient en un vieux compas de Mari-
ne , & tous fes Livres d'Aftrologie en une
vieille paire d'Heures à laPortugaife ,dont
il étaloitles images, comme les figures du
Zodiaque du Franguiftan. Unjéfuite lui
demanda, comment avecii peu d'induftrie
il avoit tant de fuccès : A talbeftïas ^ ré-
pondit-il, tal ^Jirolo^o;ceik'k-dii'Q,â tel-
les bêtes , tel Aftrologue.
Quelquefois l'impofture doit fes fuccès
au penchant de ceux pour lesquels elle
efl: faite. *" Il y avoit à Rome , du temps
de Tibère, une Femme célèbre par fa
vertu, comme elle l'étoit par fa beauté &
par fa naiilance : un jeune-homme appel-
lé Mundus Conçût pour elle des défirs
criminels. Il emprunta, pour l'engager
aies fatisfaire, le langage, qui eft fou-
vent fi perfuafif dans ces occnfions; ce
fut de lui offrir jufqu'à cent mille drach-
mes :
* Jofèphe Hiftoire des Juifs, liv. xviu. chap.4. pag.
684.
Crémière Partie, 219
mes: ce moien fut inutile ; il eut recours
à un autre. Il corrompit un Prêtre d'A-
nubis, & il fit dire à Pauline par ce Mi-
nière de fa cupidité, que le Dieu vou-
loit lui donner les marques les plus réelles
de fa bienveillance , dans une chambre
fecrète de fon Temple: Pauline futprife
dans ce piège ; Mundus feignit d'être
Anubis: les Hiftoriens nous donnent de
grandes idées des mœurs de cette Fem-
me ; nous n'avons aucun intérêt à décrier
cet exemple de challeté : mais peut-on
s'empêcher de foupçonner , que Pauline
ne fe feroit pas lailFée feduire d'une fa-
çon fi grofllère , li elle avoiteu une ré-
pugnance infurmontable pour l'erreur ,
qu'elle attribua à fa dévotion pour A-
nubis ?
Il y eut plus d'artifice dans la fourberie
des Dominicains , dans la ville de Berne ,
au commencement du feiziême fiècle.
Les Cordeliers leur avoient enlevé une
partie de leurs Dévots , en prêchant le
dogme de la Conception immaculée de
la Ste. Vierge ; les Dominicains eurent
recours à de faux miracles, pour fe met-
tre en réputation. Quatre d'entr'eux for-
mèrent ce complot, & ne le communi-
quèrent à peribnne. Il y avoit dans leur
Couvent un nommé Jetzer, homme fim-
ple, mais dont la fimplicité même leur
pa-
310 VEtat du Qhrifiimifme en France y
parut propre à feduire des efprits rafinez.
Un des Complices entreprit de perfiiader
àjetzer, qu'il étoit une ame ai:rivée du
Purgatoire : 11 prit la forme la plus propre
à déguiier cette impolture: Il mit dans la
bouche une boite pleine de feu ; il emme-
na avec lui pluGeurs chiens , qui fem-
bloient lui avoir été donnez pour le tour-
menter. Avec ce terrible appareil il fe
glilîa de nuit dans la chambrede Jetzer :
il s'approcha de fon lit en faifant des cris
effroiables, comme s'il avoit été dans les
flammes, il lui demanda non feulement
lefecoursde fes prières, mais aufîi celui
de fes mortifications & de celles de tous
les Pères de fon Convent. Il marqua lui-
même le genre de mortiiications, qui hâ-
teroient fa délivrance, ^le tout Le Cou-
vent y\\\\ài)X-'A ^ fe donne une violente dïfcï-
fl'ine pendant huit jours ^ ïê vous, demeurez
couché en forme de croix dans l*Egltfe, à
la vue de tout le Peuple durant la célébra-
tion des facrez My fi ères.
Jetzer raconta fa vifion. Tous les Pè-
res du Convent des Dominicains furent la
vidime de fa crédulité , & fubirent les
mortifications, que la prétendue arae du
Purgatoire avoit elle-même marquées.
Les Fourbes n'en demeurèrent pas là.
Ils convinrent que le ConfeiTeur de Jet-
zer , complice de l'impoilure, donneroit
ai
Première Partie. 321
à cet efprit crédule une Hoftie & un mor-
ceau de bois, qu'il diroit être de la vraie
Croix , auxquels on attribueroit la vertu
de mettre en fuite les Efprits infernaux.
Jetzerle crût, il fut confirmé dans fon er-
reur, lorsquaiant préfenté cette Holtie
& ce morceau de bois à deux Moines,
qui lui apparurent en forme de Dia-
bles, il les vit incontinent s'éloigner de
lui.
Le Moine, qui avoit feint d'être un
ame du Purgatoire, revint à la charge,
& après pluiieurs autres apparitions, qu'il
elt inutile de rapporter, il feignit d'être
fainte Barbara , pour laquelle Jetzer avoir
une dévotion particulière, & lui annonça
fous ce perj'onnage, que la Ste. Vierge
alloit bien tôt lui apparoitre , & récom-
penfer elle-même fa charité. Cette pro-
meile fut bien -tôt accomplie : le fourbe
contrefit la S. Vierge après s'être donné
pour la Melïagère : Il fe préfenta à Jetzer
avec les habits , dont on avoit accoutumé
de revêtir Tlmage de cette fainte Femme
dans les Fêtes les plus folemnelles: Il at-
tacha à des poulies de petites (latucs,
qu'il fiifoit monter ou dcfcendre à fon
gré, & Jetzer les prit pour des Anges.
La feinte Vierge lui déclara, qu'elle étoit
conçue en péché : elle lui donna trois
gouttes, qu'elle diibit être trois larnies
ré-
32X VEtat du Chrïjîiantjme en France ^
répandues par fon Fils fur Jérufalem ; el-
le l'aflura , que ce nombre myltérieux
niarquoit , qu elle avoit demeuré trois
heures dans les feuillures du péché ori-
ginel ; elle accompagna ces trois gouttes
de cinq autres , que fon Fils avoit répan-
dues, difoit-elle, lorfqu'il étoit attaché
à la croix; elle y ajouta une Hoitie,
dont !a couleur blanche changea bien-tôt
en rouge foncé.
La fauiïe Vierge ne fe contenta pas
dune feule apparition. Dans une de
fes apparitions àjetzer, elle lui fit en-
tendre, qu'elle prétcndoit manifefler à
toute la terre l'amour qu'elle avoit pour
lui, & lui imprimer les ftigmates, dont
elle avoit honoré Ste. Lucie, & Ste. Ca-
therine. Elle lui dit même, qu'elle ne
vouloit pas diminuer le prix d'une grâce
fi précieufe en la différant, & elle lui or-
donna d'étendre incontinent fa main
pour la recevoir Jetzer pâlit à cette pro-
pofition , & retira fa main ; mais le
Phantôme s'en faifit de force , & la tranf-
perça avec un gros clou ; ce qui fit paf-
fer Jetzer d'une fauiîé extafe à un véri-
table martyre.
La Vierge lui apparut encore la nuit
fuivante ; elle lui apporta des linges ,
qu'elle fit paiFer pour ceux dans lefquels
J. Chriit avoit été envelopé, & auxquels
el-
Œ^rémière Partie. 313
elle attribuoit la vertu d'adoucir la plaie '
qu'elle lui avoit faite ; elle lui donna aufîi
un bruvage compofé d'eau de fontaine,
de chrême, de poils de fourcils d'un en-
fant, d'encens, de cire d'un cierge de
Pàque , de fel confacré , & de fang. Ce
bruvage jetta le malheureux Jetzer dans'
un profond afîbupiirement , pendant le-
quel elle lui imprima les quatre autres fb'g-
mates, qu'elle lui avoit promis. Le Moi-
ne fut tranfporté de joie à fon réveil ,
quand il trouva cinq Itigmates empreints
l'ur fon corps au lieu d'un feul , qui y
étoit auparavant. Les Fourbes crièrent
au Miracle. Ils expofèrent Jetzer fur leur
grand Autel, à la vue de tout le Peuple,
qui donna bien-tôt la préférence aux Do-
minicains fur les Cordeliers.
* Je n'infillerai pas fiir les autres cir-
conftances de cette impofture , ni fur la
manière, dont elle fut découverte. Il
fuffira d'ajouter , que les ïmpofleurs s'é-
tant apperçûs de la défiance de jetzer,
firent des eitbrts inutiles pour l'empoifon-
ner, tantôt avec du pain ordinaire, tan-
tôt avec une Hoftie , que fa bonne con-
flitution lui fit rendre. On découvrit le
complot: les Complices furent tous brû-
lez
*Mr.Burnet avoit examiné toutes les pièces du procès
de ces fourbes. Voi. Voyage de SuiffcA^c Lettre i.pag.
39. item Ludovic. Lavater. de Spedlris, Lemunbu? , Sec.
Pars'i. cap.vii.pag. 31.
3 ^4^ L'Etaf du Chriftianifme en France^
lez vifs, à la referve d'un feul,qui prévint
fon lupplice en fe donnant lui-même la
mort. On voit encore à Berne le lieu de
leur exécution , & l'ouverture où abou-
tiflbit le tuyau, par où ils parloient à
Jetzer. Je me borne à cet exemple ; mais
combien de pareilles trames le filence
desMonaflères n'a-t-il pas couvertes?
Sans être aujffi ûupideque les Indiens, ni
aulli facile à feduire que Pauline, ni aulli
crédule que Jetzer, on pourroit aifément
fe laifler furprendre. On a rafiné dans
l'art de feindre des miracles : ne prefTons
pas cette réflexion. Mais ce que perlbn-
ne ne peur conteder, c'eft qu'un hom-
me, qui prétend julb'iier fa dodrine, ou
fa conduite, par des phénomènes mira-
culeux, doit les foumettre à l'examen le
plus exad & le plus fevère.
Dit-on que des fons extraordinaires rou-
lent dans les airs? Je veux favoir s'ils ne
font pas reflet des fecrets de la jMagie
* phonotechnique ; s'ils ne font pas pro-
duits par quelque inllrument femblable à
celui , donc | les Juifs difent qu'on fe fer-
voit anciennement à Jérufalem pour con-
voquer le Peuple, & qui fe faifoic enten-
dre jufqu'à Jéricho.
Veut-
* L*-<ut de produire des fons extnordinaires.
f Ils r.ippcHoient Margraphe Tamid. voi. Athan. Kir-
cher. MururgiiE lib. z. cap. 4. §. z. n. 4.
Crémière Tartïô. jiy
Veut- on me perfuader que Dieu fe dé-
ôlare contre ma Religion par des mugiire-
mens affreux, qui Ibrtcntdes entrailies de
la terre ? Je veux iavoir il quelque antre
fouterrain , qui n'eit connu que de celui
qui tn'allègue ce prodige, ne favorife pas
ion impoïkire. * Olaus M. Arch. d'Upial
aiîure, que près de la ville de Viburg en
Finlande, il yen a un fi merveilleux ^ que!
quand une bote y eil enfermée, elle y fait
un bruit, qu'aucun homme ne peut fou "
tenir : fi nous avons la crédulité de nous
en rapporter à ce Prélat, les Finlandois,
en temps de guerre , mettent toute leur
induitrie à en faire approcher l'eUnemi:
quand ils ont réuiïï dans ce deiîein, ils
fe bouchent les oreilles ; ils jettent enfui-
te quelque animal dans cet antre , «& les
heuN
* Specus efl: fubterranéa propè littoraîem uÀcm Vi-
burgum , Smellcn appellata , Mofcoviticis terris plmimuiîi
vicinaj quae ejus fecretœ viriutis eft, ut auimali vivj irn
ipfam projedio, tam horribilis fonus in eaexcitetur,quod
iuà exccllentiâ aures propè pofitorum fufTocat , ne audire^
aut loqui, vel ftare polTint. Qua virtute multô plures
«luàmvehementiffima bombarda interimit ^, vcl débilitât
in momento. Sed neque hoc naturae opificium vidctur
otioium: ingruente enim hofliliiatc Prœfeflus terrae ju-
bet omnium aures occludi cerà, cellariifque ac antris ab-
icondi vifturos ; & démum fe muniens , animal allquod
vei haftà , vel fune prïecipîtat in os fpeluncae : undé
tam horridus exciratur fonus ^ lit hoftes obfidentes m
GÏrcuitu quaii mac^anda pccora collabuntur j lapfique (fî
incolis vifum eft) longo intcrvallo remaneant fpoliandi*
Olaus Magnus ,' Go'chus, Uplaleni". Arcljiep. Hjiî, Oênt,
Scptentr. Ub. 2., de Finnis cap. 4. pag. 64.
Zom, L Y
32,6 VEtat du Chriflïantfme en France^
heurletnens affreux, quils y font par ce
llratagéme , renverfent Tarmée ennemie ,
& la mettent entièrement hors de def-
fence.
Entreprent-on de me perfuader, que
le Ciel , pour me notifier fes volontez ,
prête du fentiment & de Tintelligence à
des Etres inienfibles & inanimez ; que
des ftatues ont roulé leurs yeux & pro-
noncé des fons articulez? Je veux voir
s'il eft nécelTaire de monter fi haut pour
trouver lescaufes de ces phénomènes, &
il des raifons de Méchanique ne font pas
fuffifantes pour l'expliquer. Je me rap-
pelle * la colombe d' Archytas : t Les oi-
leaux chantans & les lions mugiflans du
Philofophe Léon: :t^ La tête fabriquée par
Albert le Grand 4 La Itatue de Memnon ,
qui
• Plerique nobilium Grœcorum & Favorinus Philofo-
phus, memoriarum veterum exfequentiffimus , afBrma-
tiffinè fcripferunt , fimulachrum columbae, è ligno ab
Archyta ratione quadam difciplinàque mechanicâfadlum,
volafle, Aul. Gell. Nodt. Attic. I. lo. cap. 12. pag. 481,
t Michaelus cùni forte pecuniis indigeret etiam plata-
nes illas aureas fadlas à Leone Philofopho , de que fuprà
locuti fumus , in quibus aviculae fedentes per machinam
quandam cantillabant ; itemque laones aurai, qui & ipft
hominum admiratione maxima nonnunquam rugitum
edebant operà certè praeclara , &c. Mich. Glyc. Annal. Part.
4. pag. Z91.
% Dclriolib. r. Difquifit. Magic, cap. 4. pag. 31.
\ Erat aliud fraudis genus hujufmodi ; natura lapidis
Magnetis hujus virtutis perhibetur , ut ad fc rapiat & at-
tr»hât ferrum; fignum folis ad hoc ipfum fubtiliffimama-
m Artiâcis fuerat fabricatum , ut lapis , cujus naturam
fer-
Première T art te» 317
qui par des fons harmonieux fembloit t é-
moigner de la joie à l'approche du So-
leil, comme elle paroliFoit répandre des
larmes, quand cet ailre s'éloignoit d'el-
le. Et * je me fouviens des amufemens ,
que Jannel de la Tour procuroit à l'Em-
pereur Charles-Quint , pour charmer les
ennuis de fa folitude.
Les précautions, que noiis avons mar--
quées à l'égard des fons & des voix ex-
traor-
ferrum ad fe traherc diximus , defuper in laquearibus li-
xus , ciim temperatè fub ipfo radio ad libram fuiiïet po-
lîtum fimulachrum , & vi naturali ad fe raperet ferrum ,
aflurrexifle populo iimulachrum , ut in aëre pendere vi-
deretur , Ruffin. Hillor. Ecclef. lib. z. cap. 13. pag. loz.
Memnonis autem ilatuam imberbem folis radiis obvcrti ,
& ex lapide cffe nigro canunt .... Ubi ycro
folis radius in ftatuam incidiflct , id autem circa folis or-
tum evenire , fe quidem ab admiratione temperare non
potuifle: vocemenim emittere, fimulatque radius ad ejus
os perveniflet. Videre autem oculis jucundis magis lu-
cem intueri, ficut ii mortalium folent, qui valde folede-
ledlantur , & tune quidem fe intellexiffe aiunt , quod
foli affurgere videatur , ut folent ii qui Deum liantes ve-
nerantur, Philoftr. in Vita Apollon. lib, 6. cap. 4. pag. 233.
* C'étoit cet homme, (Jannel de la Tour) qui tous les
jours par quelque nouvelle invention divertiflbit l'efprit
de Charles, curieux & palfionné de toutes ces chofes; ainfî
après le repas il failbit fouvent paroitrc fur fa table de
petites ftatues , armées d'hommes & de chevaux ; les
unes battoient le tambour , les autres fonnoient de la
trompette , & quelques-unes , comme feroient des enne-
mis , couroient les unes contre les autres , & fe battoient
avec des lances. Quelquefois illailToit aller dans fa cham-
bre de petits oifeaux de bois, qui voloient de tous co-
tez,; & cela fe faifoit avec un fi merveilleux artifice , que
le Supérieur du Convent , qui s'y trouva d'aventure une
tbis , s'imagina qu'il y avoit de la Magie , Strada Hiltoire
de Fiand. hv. i. pag. 13.
Y 1
3x8 VEtat du Qhrijlianijme en France^
traordinaires , on doit les prendre aufli à !
regard des autres phénomènes prétendus
miraculeux. La Magie Pyrotechnique
n'efl pas moins propre que la Phonotech-
nique à fournir des fecrets pour feindre
des Miracles.
* Si vous vous oignez avec unecompo-
fîtion d'alun de fouphre, &c. & que vous
y mettiez le feu , vous ferez tout raion-
nant de lumière , & vous paroitrez brûler
fans vous confumer. ^
t Si vous faites bouillir , dans une
chambre clofe , un vafe plein d'eau de
vie, dans laquelle vous aurez diflbus une
certaine quantité de camphre ; cette li-
queur
* Quando vis ut vidcaris totus ignitus à capite ufque
ad pedes , & non laedaris , recipe Malavifcum album ,
confice cum albumine ovorum , deinde Une cum eo cor-
pus tuum , & dimitte donec exficcetur . & deinde line
te cum alumine , & pulveriza fuper illud fulphur fubtile;
inflammatur enim ignis in eo , & non laedit ; & li facis
fuper palmam , poteris tenere ignem fine lîefione , Pfcu-
do-Albcrt. Magn. in lib. de Mirabilib. Mund. fub finem.
t Sumatur quantitas magna aquae vitae optimè repur-
gatae, in ea projiciatur caraphora particulatim concifa,
nara brevi fpatio in ea diffblvetur. Jam diirolutâ fene-
lîrae & fores cubiculi claudantur , ne exhalan: vapor fo-
ras exfpiret; vas ubi aquâ vitae plénum eil, fine flam-
ma carbonibu^ fubjedis ferveat , ut tota aqua in fumum
folvatur, qui cubiculum expleat ; 8c adeo tenuiffimus
erit, ut vix confpici poffit. Cogatur aliquis accenfa in
manu candela cubiculum ingredi : nam aer vifa candela
totus accenditur , & cubiculum totum inflaiîimatur , ut for-
nax accenfa videatur , maximumque terrorem introeunti
incutit, Voi. le i.de ces palTages dans Scott. Mag. Univ.
Part. XV. cap. viir. pag. 129. &lei. ibid. cap. m. pag. 114.
Les Auteurs , fur la foi delquels Scott_ rapporte ces expé-
riences, doivent être lus avec précaution.
Crémière Partie, 319
^ueur s'exhalera en vapeurs : un hom-
me , qui entreroit inopinément , une chan-
delle à la main, dans le lieu où ces ex-
halaifons font renfermées , les embrafera
incontinent , & aura des fraieurs mortel-
les de fe trouver au milieu des flammes,
fans favoir quelle en ell la caufe.
C'eft fur- tout par les fecrets de la Ma-
gie Catoptrique , & par ceux de la Dioptri-
que , qu'il eil aifé d'impofer aux perfon-
nes , qui ne font pas en garde contre ces
fortes de furprifes. * On peut avec des
verres & de miroirs artificiels leur faire
voir,dans un grand éloignement,des carac-
tères myilérieux, qu'elles prendront pour
des oracles venus du Ciel, f On peut leur
montrer tout-à-coup, & comme par une
efpèce d'enchantement, des palais, des
jardins , des villes entières : on peut leur
faire paroitré des morts fortans de leurs
tombeaux ; des phantômes fufpendusdans
les airs ; des armées qui femblent fe
combattre ; des bûchers allumez , au mi-
lieu defquels l'auteur de ces merveilles fe
promène fans recevoir aucun dommage.
Ce
* Vide Henr. Corn. Agripp. Occult. Philof.lib. i.cap.6.
pag. II. Gafp. Scotti Magia Univerialis , Catoptographica,
Part. I. lib. 8. pag. 438. &c. Item Mag. Catoptrica ,
Part. I. lib. 6. cap. i, pag. 312.
t Idem ibid. cap. 13. pag.içB. cap. zi. pag. 310. &'c,
ubi plura ejuûnodi.
Y i
330 UEtat dit Chriftianifine en France y
Ce n'ell point ici le lieu d'infifler plus
long-tems fur les effets de la Magic artifi-
cielle , qu'on doit foigneufement éviter
de confondre avec les Miracles ; un re-
cueil exaél de tous ces fecrets ^ des il-
lufions, qu'ils ont produites dans le Pa-
ganifme, feroit d'une grande utilité pour
l'avancement de la Religion Chrétienne.
Faut -il que nous foions appeliez à pren-
dre contre les Miniftres du véritable Dieu
les mêmes précautions, dont nous avons
befoin contre ceux des Idoles! C'eft
aflez fur le premier caraélère des mira-^
clés: ils font au-defTus des forces humai-
nes. Je fuis.
MESSIEURS,
Votre, &ç,
LET.
\i
Crémière Partie. 331
LETTRE XV.
Dans laquelle on examine le fécond & le
troîjiéme caractère des Miracles.
M
ESSIEURS,
Le fécond caraélère des Miracles, c'eft
d'être hors du cours ordinaire de la Na-
ture; cela fuit de la définition, que nous
en avons donnée. Trois fortes de phé-
nomènes font hors du cours ordinaire de
la Nature. Les premiers font opérez par
un concours des loix naturelles , qui n'ar-
rive que rarement : les féconds par un
concours furnaturel de ces loix : les troi-
fiêmes par leur violation. Nous ne regar-
dons comme miraculeux que les deux
derniers de ces phénomènes.
Un Etat eft au terme de fa ruine ; il
ne peut échaper aux malheurs extrêmes
que par une réunion de circonltances ,
dont on voit à-peine un exemple dans
tout un fiècle. Ces circonilances fe ré-
unifient à point nommé. L'événement,
.qui en réfulte , ell hors du cours ordinai-
re de la Nature; ce n'efl pourtant pas un
Miracle; c'elt une faveur lingulière du
Y 4 Ciel,
3 3 2- VEtat du Chrîftianifine eu France^
Ciel , opérée par un concours des loix na^
turelles, qui n'arrive que rarement.
Un Peuple fuit la voix de Dieu qui l'ap-
pelle ; il tente pour lui obéir des routes
inouïes ; il fe voit enfermé par une chaîne
de montagnes , par les eaux de la mer ,
& par une armée formidable. Le Chef,
qui le conduit , addrelîë des vœux au
Ciel ; un vent fe lève à la prière de ce
ferviteur de Dieu ; le lit de la mer fe dé-
couvre, fe desfèche, & fe confolide ; les
eaux fe fendent & forment comme * un
mur à droite & à gauche^ & lailTentàce
Peuple un pafîage libre. C'cft un phéno-
mène produit par un concours furnatu-
rel des loix naturelles. C'ell un véritablç
Miracle.
Des Sujets font fidèles à leur Prince:
ils ne violent fes loix , que lorsqu'elles
fe trouvent en oppofition avec celles de
Dieu : leur rébellion , aufîi digne de
louange que la f.dèlité la plus inviolar
ble, eil jugée digne du dernier fupplice:
t on les jette dans une fournaife ardente ;
le feu n'agit point fur leurs perfonnes ; pas
même fur leurs habits ; & ils fe promè-
nent au milieu des flammes. C'eit un
phénomène produit par la violation des
loix
* Exode îciv.zp.
\ D;in. îii. zo.
Il
Trétnïère Tartie. 333
îoix naturelles. C'eft un véritable Mira-
cle.
Si touî:es les Ioix de la Nature & tous
leurs e^ts nous ctoient parfaitement con-
nus ; t\ tous les événemens extraordinai-
res étoicnt exaétement narrez ; nous pour-
rions ailemcnt découvrir dans quelle de
ces trois claiTes on doit les ranger. Mais
l'omiiTion, ou l'addition des moindres
circon (lances 5 dans la narration des faits,
en changent la nature par rapport à
nous.
Suppofé même qu'on les raconte exac-
tement , nous manquons fouvent des fe-
cours nécelîaires pour en bien juger. Sa-
vons-nous ce qui doit réfulter de ralfem-
blage de diverfes caufes physiques? Pou-
vons-nous affirmer que les Corps n'ont
aucune propriété, dont nous n'aionsdes
idées? N avons-nous pas des raifons de
préfumer , que le Créateur ne nous a dé-
couvert que celles , dont la connoiffance
nous étoit néceiïïûre pour notre con-
fervation ? Quand le concours furna-
turel des Ioix naturelles ell fenfible ,
comme dans le premier événement,
dont nous avons parlé ; quand la viola-
tion de ces Ioix ellvifible, comme dans
le fécond : fur-tout quand elle eft généra-
le, comme dans la publication de la Loi
jmcienne & de la nouvelle , nous ne pou-
y 5 von§
534 L'Etat du Chriftimifine en France^
vons pas nous tromper en rangeant ces
phénomènes dans la clafle des Miracles.
Mais ces cas arrivent rarement. Un hom-
me fage fufpendra fon jugement l'ur la
plupart des événemens , qui lui paroif-
îent miraculeux; parce, comme j'ai dit,
qu'un véritable miracle doit être Teffet
d'un pouvoir furnaturel , & que la Natu-
re a fes profondeurs , auxquelles toutes
les expériences des Philofophes , &; toute
îa fagacité de l'efprit humain ne fauroient
atteindre.
On peut ranger parmi les profondeurs
les plus impénétrables de la Nature, les
quelHons touchant le pouvoir des Efprits ,
qui ne font pas unis comme nous à une
portion de matière, ou qui le lont avec
d'autres loix. Ils peuvent faire mouvoir
la matière. Ils peuvent , en agitant cel-
le qui nous environne, exciter des mou-
vemens dans notre corps , & par cela
même des idées & des pafîions dans no-
tre ame.
La Révélation, qui nous donne de
plus grandes lumières que la Raifon , fur
ce qui concerne ces Efprits , nous ap-
prend , que Dieu permet quelquefois aux
Démons de troubler les loix naturelles;
ou de produire des phénomènes extraor-
dinaires en fuivant celles qui font établies,
J. Chriil avertit fes Dilciples , qu'il devoir
Crémière Œ* art te, 335*
* s'élever de faux Chrifts ^ de faux Pro^
phètes ^ qui fer oient de grands Jîgn es ^ de
grands miracles ^ pour feduire les Elus y
s'il étoit pojjible. t Et St. Paul avertit tous
les Chrétiens , que l'on verra dans l'Egli-
fe une révolte caufée par un homme ,
qu'il appelle * r homme dépêché ^ déper-
dition , le méchant par excellence ; que
la-
* Math. XXIV. 14.
t ii.ThefT. ir. 3. &c.
% Je placerai ici quelques Remarques fur ce paflTage.
I. II ne nous femble pas que;par Xhommt de péchés dont
parle l'Apôtre , il faille entendre un individu : on doit
prendre ce mot dans un fens colleétif , comme l'on par-
le , pour des hommes qui s'oppofent au Règne de J,
Chrift. II y a toujours eu des gens de cet ordre : il y en
eut parmi les Juifs ; il y en eut parmi les Païens ; il y
en eut parmi les Chrétiens dès les temps Apoftoliques ,
&: il devoir y en avoir dans la fuite, De-là vient ce que
dit St. Jean dans fa première Epître chap. 11. 18. Ce
font ici les derniers temps , CT* comme vous avez, entendu qu*
l'AntechriJi viendra ; il y a des maintenant plujieurs An-
Uchrifis ; z^ nous connoijfons en cela que ce font ici les derniers
temps. Mais les hommes , qui fe diltinguent parmi ceux
dont nous venons de parler, & qui combattent la Religion de
Jéfus Chrift avec le plus de fureur & avec le plus defuc-
cès , ce font ceux qui font appeliez dans le ftylc de l'E-
criture , & en prenant cette expreffion dans le fens col-
leétif, que nous lui avons donné , X homme de péché , ou
l'AntechriJi , par excellence.
2. Ma féconde remarque , c'eft que par l'homme de péché ,
dont il eft ici queftion , on doit entendre des gens , qui ne
fubfiftoient pas encore du temps de notre Apôtre } du
moins , qui trouvoicnt encore des obftacles aux finiftres
delTeins , qu'ils avoient contre l'Eglife : cela ell dit ex-
prelfément dans les paroles , que nous avons citées : Vom
favez ce qui le retient , il ne fera révélé que dans fin temps :
Celui qui obtient , c'eft-à-dire , celui qui fubfîfte , & qui
s'oppofe encore aux vues de Xhommi dt ^éthé , fùtiendra,
ij
3 3^ UEtat du Qhrïftiamfine en France-,
Favénement de ce Méchant fera félon
l'efficace de Satan en toute pttijfajice , en
frodiges , en miracles de menfonge.
Non
il fubfiflera encore » & ce jj'eft qu'^/)m fon abolition , c^ue
le méchant ou que Y homme de péché fera révélé.
3. Ma troifiême remarque , c'eftque l'homme , dont
St. Paul prédit qu'il s'oppoiera à l'établiffement de la Re-
ligion , ne devoir pas le faire de front; je veux dire qu'il
ne devoit pas travailler ouvertement à empêcher , qu'on
ne rendit à Dieu & à fon Chrilt les hommages de l'ado-
ration , mais il devoit travailler à fe faire adorer dans
l'Eglife avec la Divinité. C'eft ce qu'emportent les pa-
roles , qui précèdent celles que j'ai citées : il efi affis
dans le Temple de Dku , H agit , ou il fe porte , comme s'il
ftoit Dieu.
4. Ma quatrième remarque , c'eft qu'il ne fuffit pas
pour avoir droit de rejetter les conclufions, que nous ti-
rons d'un paflage de l'Ecriture contre une dodlrine, de
prouver que l'Auteur facré n'avoit pas en vue dans ce paf-
iage la doétrine , à laquelle nous l'oppofons ; il faut prou.-
ver auffi que cette dernière n'eft pas fondée fur les mê-
mes principes que l'autre , & qu'elle ne ramène pas les
mêmes erreurs. Un paiTiige de l'Ecriture , deftiné a com-
battre les Gnolliques, n'ell pas plus fort contr'eux que
contre un Chrétien , qui fuit leurs principes.
Ces reiu.uques juuifient çeu-x de nous , qui ont cru
que St. Paul dans les paroles., que nous avons citées,
avoit en vue le Pontire de Rome. Le portrait , que
trace l'Apôtre , relTemble allez à l'original , auquel ils
l'ont appliqué. L'efprit de. domination , que les Catho-
liques Romains les plus fenfez reprochent eux-mêmes à
leur Pontife , commcnçoit dès les fiècles Apoftoliques
à s'introduire dans l'Eglife : il y avoit dès lors des Doc-
teurs, qui vouloient dominer fur l'héritage du Seigneur.
Voïez I. Timoth. vi. 5. & iv. r. ôcc. Philip, ni. 18.
Sec. Il y avoit dès lors des Dofteurs , qui fefoient trafic
des chofes lacrées , & qui , fous prétexte de faire refpec-
ter la Religion , vouloient alTervir les confciences àt^
Peuples aux Miniftres qui la prêchoient. Le m'^jTert d'ini-
quité fe mettait donc déjà en train. Mais la Religion Chré-
tienne ctoit encore opprimée; on ne pouvoir pas aquerir
de grands honneurs, ni de grandes richelTes en la prêchant;
aulîi
Trémière Tarùe. 337
Non feulement la Révélation nous ap
prend, que le Démon & fes Emiiïaires
peuvent troubler les loix de la Nature,
ou
auffi le myjïerik et iniquité , qui fe mettoit en train , n était
pas encore révélé , & il ne devoit l'être , que dans fon
temps. UnePuilfance abforboit celle de ces indignes Paf-
teurs, qui ne pouvoicnc voir leur avarice & leur ambi-
tion affouvies, que lorfque cette Puiflance, je veux dire
celle de l'Empire Romam, feroit détruite. L'Empire de
rTVntechrift devoii s'établir fur les ruines de celui des
Einpereurs : Vous favez ce qui retient l'homme de péché ;
eelut qui obtient maintenant , obtiendra ju/quà ce qu'il
fait aboli: c'ell-à-dire , l'Empire , qui a tant d'éclat au-
jourd'hui, fubfiftera jufqu'à l'Epeque, que Dieu a mar-
quée pour fa ruine. Le fens , que les Proteftans donnent
à ces dernières paroles , leur étoit donné par les premiers
Chrétiens .- de-Ià vient qu'ils prioient pour la durée de
l'Empire Romain , afin que • l'Antechrill: ne vint pas de
long-temps dans l'Eglile. Voi. Tertull, Apologet. cap. 32.
& 39. pag. 27. 31. ad Scapulam cap. 2. pag. 69. &
de Refurr. carnis cap. 24. pag. 340. De-la vient que lorf-
qu'Alaric vint laccager Rome , les premiers Chrétiens cru-
rent que l'Antechrill alloit paroitre. Celui qui ebte-
noit , dit St. Jérôme en faifant allufion au paflag(b que
nous expliquons , vient d'être détruit , c nous ne compre'"-
nons pas que l'Antechrift approche. A Gerunt. de Mono-
gamia , fol. 3o.tom.r. Voi. auffi St« Ambroife fur le paffa-
ge de la ii.aux ThefTal. ir. 3. tom. m. pag. 189. S. Cy-
rille de Jérufalem catech. xv. pag. 210,
Après la dellrudion de la Puillance , dont parle l'Apô-
tre, le myfiere , qui commençait à fe mettre en train avant
ce temps-là, devoir fe manifefter: l'homme de péché, qui
soppoje à Dieu jufqu'À être aj^^ comme Dieu au Temple de
Dieu , devoit être révélé : il devoit feindre ou opérer des pro-
diges, ou des miracles f pour augmenter l'éclat de fon Em-
pire , ou p.ur en étendre les bornes. Je lailTe à la con-
fcience des perfonnes, qui jetteront les yeux fur cet Ecrit,
à juger fi le fentiment dç ceux de nous , qui ont crû que
St. Paul a voulu dépeindre la puillance exorbitante , que
le Pontife de Rome exerce dans l'Eglife , efl fans fonde-
ment; je les prie aulli de conférer le palfage, que nous
venons
338 L'Etat du Qhriftianîjme en France^
ou produire des phénomènes extraordi-
naires , en fuivant celles qui font établies.
Elle nous dit même , que Dieu fe propo-
fe en cela quelquefois de punir les hom-
mes , quelquefois de les éprouver.
Quelquefois il veut les punir de ce que
leur mépris , ou leur haine pour la véri-
té, les a empêchez de fe prévaloir des fe*
cours, qu'il leur avoit donnez pour la
connoître. Cette première vue elt mar-
quée immédiatement après les paroles de
St. Paul , que j'ai citées , Farce qu'ils
fC ont point aimé la vérité^ T)ieu leur en*
voiera efficace d^ erreur pour croire au men^
fonge.
Quelquefois Dieu fe propofe d'éprou*
ver les hommes ; cette féconde vue eft
marquée dans le célèbre paiïage du trei-
ï.iême du Deuteronome : * S'il s'élève au
milieu de vous quelque prophète , quifaf-
fe devant vous quelque Jî^ne ^ ou quelque
mi^
venons de citer, avec les chap. xvii. &i xvin. de l'A-
pocalypfe.
Cependant quelque probable que foit ce fentiment , i!
y a des Proteftans, qui ne .'adoptent point; nous nepro-
noncerons pas fur leurs difFérens Syllêmes : mais voici
Une réflexion , qui me paroit devoir réunir tous les ef-
prits; c'eft qu'il n'eft pas vraifemblable que Jéfus Chrift
eût voulu établir pour fon Vicaire fur la terre un homme,
qui reflemble fi bien au portrait, que nos Ecritures nous
font de celui qui oppofera les plus grands efforts à la gloi-
re de l'Eglife Chrétienne , & auquel elles donnent pour
cette raifon le titre odieux d^AmeçhriJi»
* Deut. XI II. I.
Crémière "Partie. 339
miracle , ^ que ce Jîgne , ou ce mira-
cle , dont il aura far lé , arrive ; j'i/
vous dit y allons après des T)ieux étran^
gersy que vous n avez f oint connus y ^
fervons les. Vous iî! écouterez point les pa-
roles de ce Trophète , car l'Eternel vo-
tre 7)ieu vous éprouve. A -peine eft-il
nécellaire d*avertir , que l'Etre parfait n*a
pasbefoin d'éprouver les hommes pour
les connoître ; mais quand il nous met
dans ces circonftances délicates , qui peu-
vent nous découvrir , ou faire connoître
aux autres, fi notre foi eft ferme, ou fi
elleefl chancellante, alors dans le llyle de
l'Ecriture Dieu ndus éprouve. La cir-
conftance, dont parle Moyfe dans le tex-
te que nous avons cité, ell précifémenc
de ce genre. La Religion , que Dieu a-
voit donnée aux Ifraelites par le miniftè-
re de ce Légiilateur , étoit fondée fur ce
grand principe; c'eil qu'il n'y a qu'un
Dieu, & que des Créatures raifonnables
ne doivent adorer que lui. Le Démori
ne pouvant combattre cette Religion par
des raifons propres à perfuader l'eiprit,
la combattoit par des prodiges capables
de fraper les léns. Les Ifraelites fem-
bloient devoir être partagez entre les
preuves réelles , dont Dieu avoit accom-
pagné fa Religion , & les preuves appa-
rentes, dont le Démon accompagnoit la
fien-
1 4© JUEtat du Qhrijlianifme en Fy^ancê^
fienne. La conduite , qu'ils tenoient dang
cette occafion , décidoit fi leur foi étoit
ferme, ou fi elle chanceloit encore. C'eft
le fens de ces paroles , l'Eternel votre
T>ieu vous éprouve.
On ne fauroit donc douter raifonnabîe^
ment , non feulement que le Démon né
produife quelquefois des phénomè-
nes tels que ceux dont nous venons de
parler, mais que cela n'entre dans les vues
de la Providence. D'où je tire cette con-
féquence , c'eil que nous devons fufpen-
dre notre jugement fur les événemens^
qui nous femblent furnaturels , jufqu'à ce
que nous fâchions s'ils viennent de Dieu ,
qui veut nous confirmer dans la vérité &
dans la vertu, ou du Démon , qui veut
nous en détourner. Or une marque cer-
taine, qu'un événement de ce genre vient
de Dieu, & non pas du Démon , c'elt
quand il a le troifiême caractère ^ que
no^s avons afTigné au véritable Miracle ^
quand il elt oppofé aux vues du Démon:
je veux dire, quand il eit opéré pour con-
firmer une Doctrine oppofée à la fien^
ne.
Les Miracles de J. Chrift avoîent ce
caraéière : c'ell par là que ce divin Sau-
veur refutoit l'objedion la plus odieufe^
qu'on ait jamais faite pour le décrier: fes
ennemis l'accufoient de ne chafier les
Dé^
»
'Première Partie. 341
Démons qu'en vertu d'un pouvoir , qui
lui étoit communiqué par les Démons
mêmes, * Tout roiaume divifé contre foi^
même^ répondit Jéfus Chrill, fera réduit
en de/ert , ^ toute ville , ou toute mat/on^
divifee contre foi-même ne fubfiftera point.
Si Satan jette Satan dehors , // efi divife
contre foi même •, comment donc fin roiau^
me fîtbfiftera-t-il ? C'eit-à-dire , je n ai
point d'autre but en faifant des Miracles ,
que de confirmer la Dodrine que ie vous
prêche, & que je deftine à difîiper les
ténèbres , que le Démon répand dans le
monde, & de réparer les delbrdes, qu'il
y caufe; comment pouvez-vous vousper-
fuader, qu'il foit alTez aveugle pour ne
pas voir mon delTein , ou alFez ennemi de
lui-même pour le favorifer?
On propofe une objedion fur ce que
nous venons d'avancer touchant ce dernier
caractère des Miracles. On nous accufe de
faire un cercle vicieux, de juflifier la
Dodrine par les Miracles , & les Miracles
par laDodrine. Vous juftifiez la Doftri-
ne par les Miracles, nous dit-on, puifque
vous alléguez les miracles faits en faveur
de la Religion Chrétienne , comme une
des grandes preuves de fa vérité. Vous
judifiez les Miracles par la Doéîrine,
puil*
* Matth. XII. ij,
Tom. I, Z
S^^z L'Etat du Ghftfiiàni^e en France y
puifque la gi'ande preuve, qufe vous allé-
guez en faveur des Miracles faits pour la
Gonfirmation de la Religion Chrétienne,
c'eft la Religion même, en faveur de la*
quelle ils ont été opérez. Mais cette ob-
jection tire toute fa force de l'équivoque
des termes . dont elle eft conçue. Nous
jullifions la Dodrine par les Miracles
dans un fens , & les Miracles par la
Dodrine dans un autre fens.
Nous juilifions la Dodrine par les
Miracles. Je diitingue trois fortes de
Doctrines : i . Une Do(fl:rine connue par
les lumières de la Raifon c^ par celles de
la Révélation: ^. Une Dodrine, que la
Raifon ni la Révélation ne nous font con-
noître que d'une manière obfcure & en-
veloppée: 3. Une Doctrine, fur laquelle
ni la Révélation ni la Raifon ne fe font
point expliquées , mais qui n'ell oppofée
ni à l'une, ni à l'autre. Ces trois fortes
de Dot^b-ines peuvent être jultiliées par
des miracles.
I. Une Doélrine, connue par les lu-
mières de la Raifon & par celles de la Ré-
vélation , peut être juilifiée par des Mira-
cles, en ce que des Miracles, faits en fa
faveur, ajoutent de nouvelles preuves à
celles qu'on avoit de fa vérité. Us por-
tent ceux, en la préfence defquels ils font
opérez , \ un redoublement d'attention
pour
Crémière Partie. 343
pour les raifons , que nous avions de nous
y foumettre. C'ed pour cela que £)ieu
envoioit fouvent à l'ancien Peuple des
hommes extraordinaires , qui operoient
des Miracles pour le rendre attentif aux
exhortations, qu'ils luifaifoient de renon-
cer à l'idolâtrie.
^. Une Do/trine, que la Raifon & la
Révélation ne font connoître que d'une
manière obfcure & enveloppée, peut être
auffi jultitiée par des Miracles. La mê-
me raifon , qui prouvoit que le Démon
ne voudroit pas emploier fon pouvoir pour
la confirmation de la première Do<^lrine,
dont nous avons parlé , prouve qu'il ne
voudroit pas l'emploier pour confirmer la
féconde ; qui eft parfaitement conforme
à la première, & qui fe propofe le même
but. C'eflainfique les Miracles , opérez par
les Apôtres, confirmèrent ce qu'il paroif-
foit y avoir de nouveau dans leur Doc-
trine. Les Ecrits du Vieux Tefla-
ment ne s'étoient expliquez que d'une ma-
nière peu claire fur la nature du Règne
du Mellîe, fur l'abolition du Cérémonie!
Levitique , &c. Mais ces dogmes n'a-
voient rien d'oppofé à ceux , fur lefquels
ces Ecrits s'étoient clairement expliquez.
Au contraire les raifons , qui avoient por-
té la Divinité , dans un certain temps ,
à ne parler qu obfcurément fui* la nature
Z i di4
344 L^Etat du ChriJîUnifme en France,
du Règne du Meffie, la portèrent à en
parler clairement dans un autre temps.
Les raifons , qui avoient porté la Divini-
té . dans un certain temps , à établir le
Cérémoniel Levitique , la portèrent à
l'abolir dans un autre temps.
Enfin une Dodrine, fur laquelle ni la
Raifon , ni la Révélation , ne fe font
point expliquées , mais qui n'a rien
d'oppofé ni à la Révélation, ni à la Rai-
fon, peut être confirmée par des Mi-
racles. Un homme entreprend un vola-
ge, qui eft dans tes devoirs de fa vo-
cation; il fe trouve en perplexité entre
deux chemins: il ne fait s'il doit fe déter-
miner pour celui qui conduit vers l'O-
rient, ou pour celui qui conduit vers l'Oc-
cident; un perfonnage extraordinaire lui
apparoit & lui dit, qu'il vient de la parc
de Dieu pour fixer fes penfées flotantes :
il fait uneaétion furnaturelle pourjullifier
fa Miffion: fa Milhon eft futrifamment
prouvée par ce Miracle. Mais le Démon
en pourroit faire de pareils, direz-vous:
je l'avoue, mais il n'agit jamais que par
les ordres ou par la permiftion de la Pro-
vidence: & nous n'avons aucune raifon
de croire , qu'elle voulût lui permettre,
ou lui ordonner, de faire des Miracles
pour nous jetter dans une erreur, dont
nous ne pourrions nous préferver, ni par
les
I
Trêmière Tartle, 345*
les îamières de la Raifon , ni par celles
de la Révélation,
Que lî dans un cas de perplexité un
homme fefoit un Miracle pour nous dé-
terminer d'un côté, & qu'un autre hom-
me fit aufTi un Miracle pour nous déter-
miner d'un côté oppofé, nous devrions
fans doute prendre le parti, en faveur du-
quel le plus grand Miracle auroit été
opéré. Cela ûiit encore du dogme de la
Providence. Moife & Aaron viennent vers
Pharao, ils lui difent qu'ils font envoiez
de la part du Dieu tout-puifTant , pour
demander la liberté du Peuple Juif; Ils
juftifient leur million par des Miracles.
Les Magiciens foutiennent que Moife &
Aaron font des Fourbes , qui impofent à
Pharao, & ils appuient leur propofition
fur des Miracles. La Raifon naturelle ne
fauroit faire démêler à Pharao la vérité
d'avec Timpollure ; aucune Révélation
furnaturelle ne lui fournit des fecours,
pour fupp^éer aux foiblelTes de fa Raifon.
La Providence préfide fur les Miracles
des Magiciens, & fur ceux d'Aaron &
de Moife. Quelle fupériorité ne don-
iie-t-elle pas aux Miracles , faits par les
Miniftres de la vérité, fur les Miracles o-
perez parles Miniftresdu menfonge! Les
Magiciens firent réellement , ou en appa-
rence , quelques-uns des Miracles de
Z 3 Moi-
• 3 4^ UEtat du. Chrïfl'tanïjme en France.,
Moife & d'Aaron , mais ils ne firent que
ceux que l'on pouvoit attribuer le plus fa-
cilement à la fourberie, & ils ne purent
imiter ces hommes facrez, quand ilspro-
duifirent des Poux , quand ils firent ve-
nir des ténèbres fur l'Egypte , quand ils
excitèrent des grêles, des foudres & des
tonnerres. Les Magiciens firent des Mi-
racles, mais ils furent enveloppez eux-mê^
mes dans les plaies, qu'Aaron & Moife
envolèrent fur l'Egypte. Les Magiciens
firent des Miracles , mais ils rendirent
eux-mêmes hommage au pouvoir fuprê-
rne , par lequel Aaron & Moife agîf-
foient ;ils dirent en voiant quelques-uns de
leurs prodiges, que c'étoit là * le doi^t de
*T>ieu, Voilà dans quel fens nous julli-
fions la Dodrine par les Miracles. Et voi-
ci comment nous jullîfions les Miracles
par la Dodhûne.
Tout Miracle eit fait par l'ordre, ou
par la permiflion de la Providence. Tout
Miracle fait par la permiflion de la Pro-
vidence, ou par fon ordre, jultifie la
Doctrine, en faveur de laquelle il eft o-
peré. La règle efl générale ; un feul cas
en doit être excepté , c'eft lorfque le
Miracle eil opéré en faveur d'une Doc-
trine, qui favorifeles vues du Démon,
.* Exode vra. 19.'
Première Partie. 347
Un homme m'annonce qpedoftrine, dont
j'ignore l'origine, ou dont les preuves ne
me frïipent pas aiïez, mais dans laquelle
je ne trouve rien qui favorife les vues du
Démon ; je refufe pourtant de l'admet-
tre , tandis qu'elle n'a d'autre garant que le
témoignage de celui qui me l'annonce. 11
fait un Miracle pour la confirmer : ce
Miracle , qui n'auroit pCi me cQnvain(»e ,
s'il avoit été deftiné à me faire recevoir
une Dodrine favorable aux vues du
Démon , m'engage à recevoir celle-ci.
Dans ce fens nous juflifions les IVJiracles
par la Dodrine. Nos hypothèfes n'ont
rien de contraire l'une à l'autre. Je fuis,
MESSIEURS,
Votre, de.
'l A LET-
B48 VEtat duChrifliani/me en France^
LETTRE XVI.
Dans laquelle on examine les deux derniers
caractères des Miracles.
Messieurs.
Ce que nous avons avancé fur le troi^
fiême Caractère des IMiracles , juftifie ce
que nous avons à dire fur le quatrième.
Si les véritables Miracles font oppofez
aux vues du Démon , ils ne fauroient être
contraires à des véritez démontrées; nous
ne ferons ici que préfenter le même objet
fous un autre point de vue.
Toute Intelligence , qui eft ^ppeîlée à
connoître, doit avoir certains fondemens
de fes connoiiïances. Toute Intelligence,
qui efl appellée à croire, doit avoir cer-
tains motifs de crédibilité. Toute Intelli-
gence, qui eft appellée à admettre des
propolitions évidentes, doit difcerner cer-
tains caradères d'évidence. Ces diffé-
rentes exprefîions, caractères d'évidence y
motifs de crédibilité^ fondemens de con^
ftoij/ance; ces expreffions, dis-je, font
fynonymes ; nous ne les joignons enfem-
ble, que pour mettre notre penfée dans
tout fon jour. Lors donc que j'admets-
une propofition évidente , je fuppofe que
Tévidence d'une propofition eft une raifon
fuf-
Crémière Partie. 349
fuffifante pour m*engager à Tadmettre.
Lorique je connois un fujet, je fuppofe
qu'un certain degré de lumière eit un
fondement folide de la connoiflance , que
je prérens en avoir. Lorfqueje crois une vé-
rité, je fuppofe que les argumens, furlef-
quels elle me paroit appuiée, font des
motifs fuffifans pour la croire. Ces pro-
pofitions portent leurs preuves avec elles ;
les avoir avancées, c'elt les avoir fuffifam-
ment prouvées. Il n'efl queftion que d'en
faire l'application.
Suppofons un Miracle, fait en faveur d'u-
ne Dodrine contraire à des véritez démon,
trées; ce Miracle ne peut rien prouver : fi ce
Miracle prouve, il prouve qu'une Doctri-
ne démontrée eft faufTe. Si une Doélri-
ne démontrée eft faufTe, nous n'avons
plus de caractères d'évidence , plus de
motifs de crédibilité, &c. Donc ce Miracle
ne prouve rien : tout au plus il prouve
qu'on ne peut rien prouver; car toute preu-
ve fuppofe que celui qui efl obligé de s'y
rendre, a quelque fondement de connoif.
fance , quelque caraCfère d'évidence, &c.
Plus une propofition a d'évidence,
moins elle efl fufceptible d'être détruite
par un Miracle. Nos connoifTances peu-
vent être appuiées fur un de ces trois fon-
demens, ou fur tous les trois enfemble.
ï. Sur les Sens. i. Sur la Raifon. 3. Sur la
Z5 Ré-
35^ V Etat du Çhri^iani/me en France^
Révélation. Mais fi un miracle, fait en
faveur d'yne doélrine contraire à des vé-
ritez démontrées par les Sens , prouve,
alors les Sens ne font plus le fondement
de nos connoiirances : fi un miracle,
feit ep faveur d'une doftrine contraire 4
à des vçritez, démontrées par la Raifon ,
prouve , alors la Raifon nefl plus
le fondement de nos connoilTances. De
înême à Tégard de la Révélation. Que
J{î un miracle , fait en faveur d'une doc-
trine , oppofée & aux Sens , & à la Rai-
fon , & à la Révélation , prouve , alors
ces trois fon démens de nos connoiiTances
font renverfez; alors nous ne pouvons
rien connoître , alors nous ne pouvons
pas connoître même fi un Miraele ell une
preuve folide de la Doârine , en faveur
de laquelle il ell opéré.
Il vaut mieux être diffus pour être
clair, que d être obfcur pour être concis.
Qu'il me foit permis de donner un peu
plus d'étendue à me>s réflexions.
Jefoutiens i.Que, dans le cours ovdi^
naire des chofes, les Sens font un fon^
dément de nos connoiiTances ;la Foi mê-
me ell fondée fur ce principe. Quand
je lis la Parole de Dieu , je fuppofe que
n^es yeux me préfentcnt les objets tels
qu'ils font, Je fyppofe que quand je lis,
Oui dans Ufl pafîage de rfLcriture , il y a
Oîù ,
Trémière Partie, ssi
Oui, & qu'il n'y a pas JSfon. Si je pou-
vois foupçonner qu'il y a Non dans le paf-
fage , où je lis Oui^je ne pourrois ajouter
foi à aucune des proporitions,que je trou*
ve dans la Parole de Dieu. De même quand
j'écoute un Dotfteur , je fuppofe que mes
oreilles , affedées d'une certaine manière,
excitent en moi les fons , auxquels les
hommes font convenus d'attacher de cer-
taines idées: fans cela les Juifs n'auroient
pas pu ajouter foi aux témoignagv'^s , que
Dieu rendit à Jéfus Chrilb Ilsauroient pu
foupçonner, que la voix célelte, qui di-
foit; * Celui- c f efl mon Fils bien-aimé, di-
foit , Celui- ci n'eftpas mon Fils bien- aimé.
Ils n'auroient pas pu ajouter foi aux dif-
cours de Jéfus Chrift, ni à ceux de fesA-
pôtres. t L(^foi eft de Vouie, La Foi mê-
me ell donc fondée fur ce principe, c'eft
que dans le cours ordinaire des chofes
les Sens font un des fondemens de nos
connoiilances.
Je vous prie , MefTieurs , de remarquer
ces expreflions dans le cours ordinaire des
chofes. Je ne difconviens pas que Dieu
ne puifle faire illufion à nos Sens ; je ne
difconviens pas même , qu'il ne l'ait fait
dans certaines occalions. Elifée fe trou-
ve tout-à-coup afiiégé dans la ville de Do-
than par une troupe de Syriens : dans
* Matth. III. 17. t Roni- x- 37»
3i5'2' V Etat du Chriftianifine en France ,
l'inftant même, qu'il découvre les Enne-
mis, il voit une multitude * de chevaux
iê de chariots de feu, que Dieu lui envoie
pour ledefFendre. Mais le Serviteurd'E-
iifée ne voit que les Ennemis ; & il s'écrie ,
Hélas \ que ferons-nous? Alors Eliféefaic
cette prière , Eternel ^ ouvre fe s yeux afin
^u' il voie. Cette prière efl exaucée ; le
Serviteur d'Elifée voit la montagne de Do-
than couverte de chevaux & de chariots
de feu. Sur quoi l'on peut faire ce rai-
Ibnnement: Ou il y avoit réellement de
chariots de feu fur la montagne de Do-
than , lorsqu'Elifée faifoit cette prière,
& alors les yeux du Serviteur d'Elifée lu;
faifoient illulion , puifqu'ils ne lui mon-
troient pas des objets , qui étoient à
leur portée ; ou il n'y en avoit point ,
& alors les yeux lui faifoient apper-
cevoir des objets , qui n'étoient point.
Quand donc je foutiens que les Sens fer-
vent de fondement à nos connoifîànces ,
je reflreins cette propofition au cours or-
dinaire des chofes : j'entens que nous de-
vons nous former cette idée des Sens,
dans toutes lesoccafions, où Dieu ne nous
avertit pas , que nous ne devons pas nous
en rapporter à leur témoignage.
Mais quand je dis ^. que la Raifon efl:
un
* îî. Rois VI. ic.
Trémïere Partie. 35 j
un des fondemens de nos connoifTances ,
je ne mets aucune reftriftion à cette pro-
pofition ; & je veux dire , que toutes les
fois que ma Raifon me fournit des dé-
monftrations en faveur d une propofition,
je dois admettre cette propofition. La
Foi même eft fondée fur ce principe. Nous
croions ce que l'Etre infaillible attefle,
parce que notre Raifon nous démontre ,
que l'Etre infaillible ne peut ni être trom-
pé , ni tromper les autres ; donc la Foi eil
fondée fur ce principe, c'eflque nous de-
vons admettre ce que notre Raifon nous
démontre.
Cependant quelque évidente que foit
une propofition , fondée fur le témoigna-
ge des Sens , & fur celui de la Raifon , el-
le reçoit un nouveau degré d'évidence»
lorsqu'elle eft atteftée par la Révélation.
Quand tous les Arithméticiens du Mon-
de voudroient me perfuader que deux &
deux ne font pas quatre, je le croirois
pourtant; mais quand je vois que cette
propoiition évidente au tribunal de mes
Sens, & à celui de ma Raifon, a encore
pour elle le iuffrage de tous les Arithmé-
ticiens , j'y trouve alors un nouveau de-
gré d'évidence. De même j'ofe foutenir
que s'il étoit ppflTible, que l'Etre infailli-
ble atteMt une propofition contraire à une
autre propofition évidente nu tribunal
des
^^"4 L'Etat du Chrifttamjme en France j
des Sens &de la Raifon, onncpourroit
pas déférer à fon témoignage ; parce que
ce qui nous porte à nous foumettre à l'E-
tre infaillible, c'ell que la Raifon dé-
montre qu'il ne peut ni fe tromper, ni
tromper les autres. Mais s'il attelloit
une proportion contraire à une autre
propofition démontrée , le principe,
fur lequel la déférence qu'on a pour fon
témoignage ell fondée, feroit renverfé.
Cependant quand l'Etre infaillible attefbe
dans la Révélation une propofition, que
nos Sens & notre Raifon nous ont démon-
trée, elle a un nouveau degré d'évidence ;
elle eft appuiée fur les trois fondemens de
nos connoiiTances , & elle a toute l'évi-
dence, dont une propofition peut être
fufceptible.
D'où je conclus , qu'un miracle fait en
faveur d'une dodrine contraire à une
propofition évidente au tribunal des Sens ,
au tribunal de la Raifon & à celui de la
Révélation, ne prouve rien. Cette con-
féquence eit fenfible. Quelques fortes
que puilîènt être les raitons, qui nous
porteroient à croire qu'un miracle prou-
ve la dodrine , en faveur de laquelle il
eft opéré , elles ne fauroient être plus for-
tes que celles que nous avons d'admetti-e
la propofition contraire. Si une propofition
démontrée par les Sens , par la Raifon ,
&
il
Première Partie, sSf
& par la Révélation petit être faufle , mal-
gré les raifonsque nous avons de la croire
véritable, nous devons croire auflî qu'un
miracle ne prouve point la doctrine , en
faveur de laquelle il eil opéré , quelques
fortes que puiiTent être les raifons , que
nous avons de croire qu'il la prouve.
Donc un véritable Miracle nefauroit être
contraire à des véritez démontrées, C'cft
ce qu'il falloit prouver.
Nous avons dit enfin que la certitude
d'un véritable miracle doit être démon*
trée. Un miracle, félon la définition
que nous en avons faite, eft mi événe^
ment deftiné de ^ieu à autorifer
une doctrine. Or il eft évident, qu'une
doftrine ne peut pas être autoriféêparua
événement incertain.
Mais quelle démonftration doit-on de-
mander de la vérité d'un Miracle ? Ce ne
peut pas être une démonftration f Meta*
phyfique, les faits n'en font pas fufcepti-
bles ; ils ne-fbnt fufceptibles que de dé-
monftrations morales. Ce font aufti des
démonftrations morales, que nousdeman*.
dons, telles que font celles des faits, que
perfonne ne peut raifonnablement conte-
fter. Je
* On appelle dcmonftruuon Metaphyfiqu* , celle que novs
fournit l'idée claire, que îioûs avons d'un fujet; nous
avons une idée claire d'un nombre pair ; nous eoncltioHS
de cette idée , que le nombre de deux eft j>air. La dé-
monftration, que nous avc«s fur ce 'fujet, eft Metaptyf»
3^6 LEiat du Qhrïftïanïfme en France ^
Je vous prie feulement ^ Meffieurs,
qu'il n'y ait point d'équivoque dans l'i-
dée, que nous nous formons de ce que
j'ai appelle àémonftration morale. Il y a ,
s'il m'eft permis de me fervir de cette ex-
preffion, une démonflration juridique,
6c une démonitration morale. J'appelle
démonftration juridique cet aflemblage
de vraifemblances , qui autorife des Ju-
ges à regarder comme parfaitement avé-
rez les faits , où elle fe trouve. Cet af-
femblage peut fe rencontrer dans des faits
fuppofez. Des Juges font autorifez à re-
garder comme avéré un fait attefté par
un certain nombre de témoins irrépro-
chables. 11 n'implique pourtant pas con-
tradidion, que des témoins irréprocha-
bles attellent un menfonge. Mais le bien
de la Société demande, que le témoigna-
ge d'un certain nombre de témoins tien-
ne lieu de démonitration. Cela a des in-
convéniens dans la Société, je l'avoue,
mais ces inconvéniens n'égalent pas ceux
auxquels elle feroit fujette , fi des Juges
ne pouvoient prononcer que fur des faits
évidemment vrais.
J'appelle démonflration morale^ celle
qui réfulte d'un certain nombre de dépo-
litions & de circonftances , qu'il n'elt pas
queftion de déterminer ici. Cette dé-
monitration n'accompagne jamais le men*
fon-
Crémière T art le. 35*7
fonge : & quoique nous la diflinguions de
la démonftration Metaphyfique , elle n'en
diffère que dans notre manière de conce-
voir ; & à le bien prendre elle elt fondée
fur les mêmes principes. Pourquoi de-
vons-nous croire aufli fermement un fait,
de la certitude duquel nous n'avons
qu'une démonftration morale , qu'une
vérité de laquelle nous avons une dé-
monftration Metaphyfique ? C'eft qu'il
n'implique pas moins contradiction, qu'un
certain nombre de dépofitions & de cir-
conftances fe réuniifent en faveur d'un
fait fuppofé , qu'il implique qu'un tout
foit moins grand qu'une de fes parties.
Que fi cela même m'étoit contefté , je
fonderois l'infaillibilité de la certitude mo-
rale fur l'idée, que nous devons avoir de
l'Etre parfait. Il implique contradi(?lion,
que l'Etre parfait permette que des faits ,
que nous avons intérêt de connoître , &
il la connoiflance defquels il a lui- même
attaché notre bonheur , foient accompa-
gnez de toutes les marques de vérité ,
dont un fait peut être fufceptible, s'ils ne
font réellement vrais. La démonftration
morale n'accompagne donc jamais le men-
fonge du moins àl'égard des faits , fur lef-
quels nous ne pouvons pas nous tromper
fans être éternellement miférables: & c'eft
le genre de démonftration , que nous
Tom. L A a exi-
358 L'Etat du Chrtftiantfme en France ,
exigeons pour la certitude d'un événe-
ment, que Dieu deitine à autorifer une
do(!^rine, fur laquelle nous ne faurions
nous tromper , fans être perdus pour jamais. '
Que 11 Ton nous demande , pourquoi
• nous ne nous contentons pas d'avoir une
démonllration juridique de ces fortes d'é-
vénemens , pourquoi le même degré de
certitude, qui autorife un Juge à regarder
!un fait comme avéré, ne nous ftiffit pas
à l'égard des événemens miraculeux? Il
nous iera aifé de répondre , nous l'avons
même déjà fait en partie. Nous avons
reconnu que la Société peut fouffrir , de
ce que la démonllration juridique auto-
rife un Juge à regarder comme fuffifam-
ment avéré un fait, dont on n a pas des
démonflrations ; mais le mal , qu'elle en
fouffre , n'ell pas comparable au bien,
qu'elle en retire. Il n'en cil pas de même ,
dans le cas , dont nous parlons. Quel
bien pourroit nous dédommager de la
perte de notre falut ? * ^le ferviroit-ïl à
l'homme de gagner le monde entier , s'il
'veJio'tt à perdre fin ame ?
Aulîi voions-nous que Dieu a accom-
pagné des preuves les plus éclatantes les
événemens miraculeux , qu'il a opérez
pour confirmer l'Evangile. Nous n'avons
pas feulement des démonflrations juridi-
ques
* Matt. XVI. ^6.
Première Partie. 35*9
ques de leur vérité , nous en avons des
démonllrations morales. Ce n etoit pas
affez qu'ils eulîént été atteflez par autant
de témoins, que les tribunaux humains
ont accoutumé d'en exiger dans les faits
ordinaires; Dieu a voulu que des milliers
de témoins dépoiaiTent de leur vérité.
Ce n'étoit pas allez que ces témoins fuf-
fent en grand nombre ; Dieu a voulu
qu'iL donnaîîcnr les marques les plus évi-
dentes de leur flncérlté , & qu'en facri-
fiant leur vie pour la Religion Cnrétienne,
ils filTent voir que l'attachement, qu'ils
avoient pour elle , ne venoit d'aucune
vue mondaine. Ce n'étoit pas afTez que
ces témoins euflent donné de fi fortes
preuves de leur fmcérité; ils étoient Chré-
tiens 5 & on auroit pu foupçonner , que
leur prévention pour la Religion Chré-
tienne étoit la caufe de la conilance du té-
moignage qu'ils lui rendoient ; Dieu a vou-
lu que les faits, dont nous parlons , fuf-
fent avouez par ceux mêmes qui avoient
le plus grand intérêt à les contefter, je
veux dire par les plus cruels ennemis des
Chrétiens. Ce n'étoit pas allez du témoi-
gnage des plus cruels ennemis des Chré -
tiens , on pourroit s'imaginer qu'il a été
altéré par la fucceffion des temps ; Dieu
a voulu que nous eullions dans tous les
fiècles de l'Eglife un monument de la vé-
Aa 2 rite
3^0 L'Etat du Qhrïfttanifme euFrancelj
rite des Miracles, fur lefquels la Religion
Chrétienne eft fondée : ce monument
c'eft la converfion du fVIonde Paien.
Ce n'etl point à moi , Meffieurs , à
vous marquer la multitude & la force des
preuves , que nous avons de la vérité de
ces Miracles : plufieurs de vos Auteurs
les ont mifes dans tout leur jour , & dans
les exceilens Ouvrages, qu'ils ont publiez
fur ce fujet , ils ont fait voir dans toute fa
pompe le triomphe de la Religion Chré-
tienne fur les difficultez des Libertins &
des incrédules. Nous avons puifé plus d'une
fois dans ces riches fources des fecours pour
l'affermilTement de notre foi. Mais nous ne
pouvons nous empêcher de déplorer, que
vous , qui connoilTez fi bien les preuves,
qui doivent accompagner les faits qui in-
térelfent le (alut, vous exigiez de nous
que nous croions fur de iimples préfom-
tions, quelquefois fur les plus foibles
apparences , des événemens , auxquels
nous devons prendre le même intérêt,
qu'à ceux que vous avez fi bien démon-
trez.
Quoiqu'il enfoit fur ce dernier article,
nous difons que les véritables Miracles doi-
vent avoir des démonllrations morales de
leur certitude. Si nous ne devons pas tou-
jours demander qu'on les démontre avec
tout cet éclat,& avec toute cette réunion de
prcu
1
Trémière Partie. 361
preuves , qui mettent les Miracles de Jé-
fus Chrift & ceux des Apôtres au-defliis
de tout foupçon ; du moins nous voulons
en avoir ce genre de démonflration , qui
ne fe trouve jamais dans le menfonge, &
qui eft un caraétère infaillible de vérité.
Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, &c.
Aa 3 LET-
3"^^ ISEtat du Qhrifiianïfme en France j
LETTRE XVÏL
T^ans- laquelle on examine ce qu'ejï la foi
des Miracles.
M
E S S I E U R S,
IV. Nous nous fommes engagez à faire
quelques réflexions fur la foi des Mira-
cles, & à eiïaier de marquer les bornes,
qui feparent cette vertu de deux difpofi-
tions qui lui font oppofées; je veux dire
Imcrédulité , & la crédulité. Cette dif-
cufîlon eft importante en elle-même : el-
le l'eft aufli pour réclairclifement de nos
controverfes fur les Miracles. C'efl une
chofe très ordinaire parmi vous de repro-
cher aux Proteilans, qu'ils manquent de
foi lorsqu'ils refufent de croire certains é-
vénemens , qui vous femblent miraculeux ;
de même vous regardez les prétendus
miracles , accordez à quelques perfon-
nes de votre Communion , comme
la récompenfe de leur Foi , ^ vous at-
tribuez au défaut deFoi le refus que Dieu
fait à d'autres, de faire des miracles en
leur faveur , ou de fe fervir de leur mini-
ilère pour en opérer. Il femble même
que vos idées fur ce fujet font fondées
fur des pafTages exprès de l'Ecriture fain-
te.
Crémière Partie. 3 (> 3
te. J. Chrifl exigeoit prefque toujours la
Foi de ceux qui lui demandoient des mi-
racles : il promettoit tout à cette ver-
tu^
Dans le chap. viii. de l'Evangile félon
St. Matthieu , un Officier Paien vient à
Jéfus Chrilt, &, pour me fervir des ter-
mes de * faint Jérôme, il découvre la Di-
vinité du Sauveur à travers les voiles,
dont elle étoit encore couverte. Jéfus
Chrill regarde cet événement comme les
prémices de la vocation des Gentils , qui
dévoient j venir d'Orient ^ d'Occident
s^affeoir à table dans le Roiaume des deux
avec Abraham , Ifaac , ^ Jacob , tandis
qm les Enfans du Roiatimeferoient jette z»
dehors. Il accorde tout à une fi grande
foi , &il dit à celui qui lapolTède, allez, ^
qu'il vous fuit fait Je Ion que vous ave si
crû. Dans le chap. ix. du même Evan-'
gile deux aveugles fui vent J. Chrifl en
criant, % Fils de ^avid ^ aiez. fitié de
fions. Il leur répond , Croie z-vous que je
puiffe faire ce que vous me demande zl Ils
répliquent, Oui véritablement ^ Seignetir :
alors il touche leurs yeux , & ils recou-
vrent la vue. Dans le chap. xvii. du
mê-
* Hieron. in Matth. viii. 8. tom. iv. pag. 27.
t Ver. II.
i Ver. a 7.
Aa 4
I
3^4 VEtat dti Chriftianï fine en France y
même Evangile les Difcîples de J. Chrift
viennent fe plaindre de ce qu'ils n'ont pu
guérir un Démoniaque; J.Chrill leur ré-
pond , que leur impuifTance eil venue de
leur incrédulité : à quoi il ajoute ; * Si
'VOUS aviez de la foi gros comme un grain
de femence de moutarde , vous diriez à
cette montagne ^ tranfporte toi dicilây ^
elle fe tr an /porter oit , & rien ne vous fer oit
impojjîhle. Danslechap.viii.de l'Evangile
félon S. Luc,une femme s'approche deJ.C.
toute tremblante , mais convaincue que
le fimple attouchement des bords de fon
habit aura plus d'efficace pour la guérir
de Tes infirmitez , que tout l'art des Mé-
decins. J. Chrift la raiTure : il couronne
fes efpérances, & il lui dit: f Ta foi fa
guérie, va-t-en en paix. Dans le même
chap le Chef d'une Synagogue vient fol-
liciter la guérifon de la fille unique: quel-
qu'un , qui refpedoit la perfonne de J. |j
Chrill, mais qui bornoit fa puifFance, -^
dit à ce père affligé : Ne fatiguez plus le
Maître , votre fille eji morte. J. Chrifl
lui fait entendre, que la loi n'a pas moins
de pouvoir pour relRifciter les morts, que
pour guérir les malades: :|: Ne craignez
point ,
* Ver. 20.
t Ver. 48. &c.
% Ver. 50. &c.
Crémière Œ* art te. 3 ^ -
pint^ dit-il au père de la fille ,Crotez feu-
lement t & votre fille fera guérie \ ce qui
fut exécuté. Dans le chap. xi. de l'E-
vangile félon S.Jean, Marthe explique
de la refurredion univerfelle ces paroles
de J. Chriil , votre frère rejfufiitera',].
Chrifl lui dit; * Je fuislarefurreEiion^
la vie , cîliii qui croit en moi, encore qu*il
foit mort , il vivra. ]^ pourrois alléguer un
beaucoup plus grand nombre de paflages
du même ordre. Je n'en ajouterai qu'un
feul,qui eft des plus fmguliers ; c'eft celui
duchap.vi.de S. Marc, où il eft dit, que
Jéfus Chrift fe trouvant dans ] /on pais,
c'eft-à-dire, non dans la ville de fa naif-
fance, mais dans celle de Nazareth, où il
avoit été élevé, il ny fit g74ères,'St.y['àvc
dit, qu'il if ;^^ pût y faire beaucoup de mi-
racles à caufe de l'incrédulité de fes ha-
bitans. Quelle eft cette Foi, dont Jéfus
Chrift donne de fi grandes idées ?
Pour le comprendre , il faut fe former
de juftes idées de la Foi prife dans fa
notion la plus générale. YjxY o\ eft cette dif
^ofition d'e/prit, qui non feulement nous fait
croire tout ce que T)ieu attefte , mais q ui mus
perfuade qu'il fera en notre faveur tout ce
qui eft une fuite naturelle de Nminence de
fes
* Ver. 15.
t Ver. I.
î Marc VI. 5.
Aa s
3,^^ L'Etat du Chrifiimifme en France,
fes per f étions ^ ou ( remarqucT. cette al-
ternative ) tout ce à quoi il s*ejt engagé
par quelque révélation particulière . C'eft
une fuite naturelle de l'éminence des per-
fedions de Dieu , qu'il couronne tôt ou
tard la perfévérance d'un homme , qui fe
dévoue à fon fervice. De-là vient que
St. Paul dans le chap. xi. de fon Epître
aux Hébreux dit , * qu i/ faut que celui
qui ment à T)ieu , croie non feulement?
qu'il exifte^ mais qtîHl eft le rémunéra-
teur de ceux qui le cherchent. La Foi eft
cette diipofition d'efprit, qui nous per-
fuade que Dieu couronnera tôt ou tard
notre perfévérance , fi nous nous vouons
à fon fervice. Abraham avoit une pro-
melTe particulière, que fa pollérité ^ fe-
rait aufjl nomhreufe que les étoiles du Ciel.
La Foi d'Abraham lui perfuada, que fa
poflérité feroit nombreufe comme les
étoiles des Cieux.
De ce que nous venons d'établir fuit
immédiatement cette conféquence; c'elt
qu'il y a autant de fortes de Foi, ou pour
parler avec précilion , c'eft que la Foi
produit autant de fortes de perfuafions,
qu'il y a de diverfité dans les circonftan-
ces,où les fidèles peuvent fe rencontrer.
Cette conféquence eft fenfible : la Foi eft
cette
* Hebr.xi, 6.
\ Génèfe xxii. 17.
TrérHière T art te, 367
cette difpofitîon d*efprit, qui nous per-
fuade , que Dieu fera en notre faveur tout
ce qui fuit néceflairement de Téminence
de fes perfeftions. Donc ce que la Foi
doit nous engager d'attendre dans une
certaine circonltance, elle ne nous enga^-
ge pas de l'attendre dans une circonftan-
ce différente: parce que s'il fuit de Té-
minence des attributs de Dieu dans telle,
ou dans telle circonftance , qu'il fera telle,
ou telle chofe en notre faveur , cela n'en
fuit pas de même dans une autre circon-
ftance. La Foi efl cette difpofition d'ef-
prit, qui nous perfuade, que Dieu nous
accordera une certaine grâce , qu'il s'eft
engagé de nous accorder ; mais dans cer-
taines circonflances il s'engage par des
révélations particulières d'accorder des
grâces, auxquelles il ne s'efl point enga-
gé dans d'autres circonftances : donc ce
que la Foi veut qu'on attende dans une
circonftance , & dans une certaine Oeco*
nomie , elle ne veut pas qu'on l'attende
dans des Oeconomies, ou dans des cir-
conftances différentes : ce qui me femble
démontré.
Ces chofes étant ainft établies il eft
aifé, ce me femble, de fe former une
jufte idée de la Foi , dont il eft queftion
dans les textes que j'ai citez , & de dé*-
couvrir pourquoi J. Chrift l'exigeoit de
ceux
368 VEtat duChriflianipHe en France^
ceux qui lui demandoient des Miracles ,
ou de ceux à qui il vouloit accorder la
grâce d'en opérer ; nous n'avons qu'à exa-
miner les circonllances , où fe trouvoient
ces gens4à , nous verrons que c'étoit alors
une fuite naturelle des promeiTes qu'ils
avoient reçues , & des perfedions de
Dieu, que J. Chrifl leur communiquât le
don de faire des miracles, ou qu'il en fit
en leur faveur , pourvu qu'ils cruiTent
, qu'il avoit ce pouvoir.
Jéfus Chrilt avoit fuffifamment prouvé,
qu'il étoit le MefTie promis par les Ora-
cles des Prophètes ; & les Oracles des
Prophètes avoient fuffifamment prédit ,
que le Meffie feroit des Miracles , &
qu'il en communiqueroit le don : fur-tout
les Oracles avoient fuffifamment prédit,
qu'il opereroit des guérifons miraculeu-
fes. C'eft pour cela que St. Matthieu a-
près avoir rapporté que Jéfus Chrifl
avoit guéri plufieurs malades à Caper-
naum , ajoute ; * o^ alors fut accompli ce
dont il avoit été parlé par \ Efaie le
'Prophète: Il a pris nos langueurs ^ ^ il a
porte
♦ Matth. VIII. 17.
\ Efai. LUI. 4.
Ces paroles de St. Matthieu font difficiles ; leur diffi-
culté vient principalement de la différence qu'il y a entre
l'explication , qu'il donne au paflage d'Efaie , & la ma-
nière , dont St. Pierre l'a expliqué. St. Matthieu le prend
dans
Crémière Partie. 3 69
forte ms maladies. J. Chrift étoit donc en
droit d'exiger de ceux qui lui deman-
doient des Miracles » qu'ils cruffent qu'il
avoit ce pouvoir.
Bien
dans un fens littéral. St. Pierre dans le chap. ii. vers 14.
de fa I. Epître le prend dans un fens myftique; ScilTex-
plique du facrifice , que J. Chrift a offert pour nous fur
la Croix ; î}t:fiis Chrtjl a porté nos langueurs dans fan corps
fur le bois , dit-il , C nous fommes guéris par fa meurtrïf-
fure.
Pour réfoudre cette difficulté il faut remarquer , que
non feulement toutes les miieres de la vie, parmi lefquclles
les maladies corporelles tiennent un fi grand rang » font
des fuites du péché; mais que Dieu envoie quelquefois
aux hommes des maladies particulières , pour les punir
de certains péchez particuliers. Je dis quelquefois , non
pas toujours. Les Juifs du temps de Jéfus Chrift croioient
qu'il le fefoit toujours. Du moins quand les Apôtres
virent cet aveugle, dont il eft parlé dans le chap. ix. de
l'Evangile félon S. Jean, ils firent d'abord cette queltionà
].C Maître., quia péché, celui-ci, oufon p'ire , oufaniere,
pour être ainfi né aveiii^le f A quoi J. Chrilt répondit .• Ni
celui-ci na péché, ni fon p'ire , ni fa mère, mais (efi afin
que les œuvres de Dieu foient manifeftées en lui. Ce qui
lignifîoit , non que cet aveugle , fon père & fa mère fuf-
fent fins péché, mais que ce tlcau n'étoit pas un châti-
ment infligé pour quelque crime particulier , commis
par celui qui en étoit vitité, ou par fon père, ou par fa
mère. Mais fi les maladies corporelles ne font pas tou-
jours le châtiment de quelque péché particulier , elles le
font quelquefois. C"eft pour cela que Moiie dans le chap,
X XVIII. 60. &c. du Dcuteronome range les maladies dans
la claife des châtimens , dont il menace les Ifraelites. St.
Jaques parle de ces fortes de maladies , lorfqu'il dit dans
le chap. V. de fon Epitre catholique , vers. 14. T a-t-il
quelqu un parmi vous qui fuit malade i ^t'il appelle les Anciens,
qu'ils l'oignent d'huile au nom du Seigneur , qu'ils prient pour
lui; cj?' la prière faite avec foi fauvera le malade, cr s'il n
commis quelque péché , il lui fera pardonné. Quoi donc ,
CCS premiers Hérauts de l'Evangile avoient-ils reçu le
pouvoir de rendre tous les honmes immortels .'' Non,
mais il s'agit de certaines maladies envolées pour quelque
péché particulier ; je croirois même de quelque péché
con-
3 70 UEtat du Chrîjîiànifint en France y
Bien plus , il n'étoit ni de fa fa-
gefle, ni de fa juftice , qu'il les accor^.
dât à ceux qui doutoient de fa puif-
fance : car vu les Oracles , par lefquels
ils
contre rctabliffement de l'Evangile. Celles , dont l'Eglife
de Corinthe fut inopinément affligée du temps de St.
Paul , étoient de ce genre ; elles étoient le châtiment
des Communions indignes, dont les Corinthiens s'étoient
rendus coupables, i. Cor. xi. 30. La Paralyfie, dont il
clt parlé dans le chap. ix. de S. Matth. étoit encore du
même genre: elle étoit le châtiment de quelque crime
particuher, commis par celui qui en étoit vifité. De-là
vient que J. Chrift en le guériiîant dit au Paralytique :
Vo'ict tu, as été rendu fa'm , ne pèche plus Reformais de peur
que pis ne iavienne. De-là vient encore cette réponfe
particulière, que J. Chrift fit aux Juifs Icandalifez de ce
qu'il avoit dit au Paralytique , que fes péchez, lui étoient
pardonnez. ; lequel eft le plus aifé , dit-il , de dire , tes pé-
chez te font pardonnez. , ou de dire ; levé toi , er marche ? C'eft-
à-dire , tout ce que vous pouvez conclurre de ce dont
j'ai aiïuré le Paralytique, quand je lui ai dit que fes pé-
chez lui font pardonnez , c'eft non que je pardonne tous
les péchez ; (car quoique J. Chrill eût ce droit, les Juifs ne
pouvoient pas encore conclurre de fes expreffions qu'il
ie l'arrogcât) mais que je déclare au Paralytique que le
péché particulier , qui lui a attiré cette maladie , lui eft
pardonné. Or pour vous prouver que je fuis en droit
de faire cette déclaration , c'elt qu'il m'eft tout auffi
aifé de délivrer cet homme de la Paralyfie , qui eft la
peine de fon péché particulier , que de lui en annoncer
le pardon: Lequel eft le plus aijé de dire, tes péchez, te
font pardonnez , ou de dire ; levé toi , CT" marche ^
On peut donc conciher St. Matthieu , qui explique des
maladies corporelles cet oracle d'Efaie , il a pris nos lan-
gueurs, il a oté nos infirmitez , avec S. Pierre , qui l'ex-
phque de la peine de nos crimes , dont J. Chrift s'eft
lui-même charge : car puifque certaines maladies particu-
lières étoient le châtiment de quelque péché particulier,
commis par ceux qui en étoient vifitez; il étoit naturel
que celui qui devoir expier les péchez des hommes , les
délivrât des fléaux , qui leur avoient été envoiez pour les
châtier des péchez, qu'il s'étoit charge d'expier.
Crémière T^artie. 371
ils pouvoient fe convaincre que le Mef-
fie feroit des Miracles , & vu les
preuves , qui témoignoient qu'il étoit
le MefTie , leur incrédulité fur cet ar-
ticle feroit venue , ou d'un principe
d'obilination , ou d'un principe de
négligence , qui les auroit empêchez
d'examiner les raifons , qui dévoi-
ent les convaincre , que Jéfus Chrifl
étoit ce Mefiie , dont les Oracles a-
voient prédit qu'il feroit des Miracles.
Or il n'étoit ni de la fageffe , ni de la ju-
itice de Jéfus Chrifl, qu'il prodiguât fes
Miracles en faveur de ceux , qui par
négligence ne vouloient pas étudier les
preuves de la divinité de fa Mifîion,
ou qui refufoient de fe rendre à leur
évidence par un principe d'obflination.
Et voilà la clef des paifages , que nous a-
vous citez; voilà en particulier ce que
fignifie celui que nous avons noté com-
me un des plus fmguliers : Une pit pas
faire des Miracles à caufè de lettr incré-
dtditc\ c'efl.-à-dire, non quej. Chrift ne
fut aufîi Maître de forcer les loix de la
Nature au milieu de Nazareth, qu'en
tout autre lieu, mais c'eft que les crimi-
nelles difpofitions des habitans de cette
ville les rendoient indignes , qu'il dé-
ploiàt cette puiiîance en leur faveur.
Mais on ne doit pas juger de notre é-
tat,
3 72' VEtat du Chriftianifine en France,
tat , par celui où étoient les Juifs du temps
de J.Chrift: dans les circonll:anceg,oùnous
fommes, il ne fuit pas de l'éminence des per-
fections de Dieu, qu'il falTe tel ou tel miracle
en notre faveur ; nous n'avons point de
promelTe particulière, par laquelle Dieu
fe foit engagé de nous guérir miraculeu-
fement de nos maladies , pourvu que nous
croïons avec fermeté , qu'il veut opérer
ce prodige en notre faveun Les Juifs du
temps de Jéfus Chrift étoient dans des
circonftances toutes différentes: c'ell pour
cela que le même genre de Foi, qui fe-
roit aujourd'hui une difpofition d'efprit
vaine & téméraire , étoit alors une difpo-
fition abfolument néceffaire à ceux qui
attendoient quelque Miracle de J. Chriil.
C'efl ce qu'il falloit prouver.
Vous n'êtes donc point fondez à nous
accufer de manquer de Foi , quand nous
refufons de croire qu'une Statue a re-
mué les yeux, fans qu'une main trompeu-
fe en ait fiit agir les refforts cachez ; que
l'image d'un Saint a fué ; qu'un malade a
été guéri par l'attouchement de certaines
Reliques. Prouvez nous avant toutes
chofes,quele mouvement des yeux de cette
Statue, que cette fueur prétendue, &
que cette guérifon miraculeufe , étoient
des fuites néceffaires de l'éminence des
perfeéiions de Dieu, ou que Dieu s'étoit
en-
Crémière Partie, ^'^^
engagé à faire ces prodiges , alors vous
ferez en droit de nous taxer d'incrédu-
lité , û nous refufons de croire qu'il les
a opérez ; mais jufques là votre reproche
elt fans fondement, parce que, comme
nous l'avons dit , la foi ell cette difpofi-
tion d'efprit , qui nous perfuade que Dieu
fera en notre faveur tout ce qui efl une
fuite nécelfaire de l'éminence de fes per-
fedions , ou tout ce à quoi il s'efl engagé
par quelque révélation particulière. Je
fuis,
MESSIEURS,
Votre, Sec,
TomJ. Bb LET.
3 74 L'Etat du Qhrïftimifme en France^
LETTRE XVIII.
Dans laquelle on examine Ji la guéri fin de
la "Dame de la Fojfe ejt miraçuleitfe^
M
E s s I E U R s,
Il nous fera aifé déformais de prouver,
que la guérifon de la Dame de la FofTe ne
doit pas être rangée parmi les événemens
miraculeux : bien loin d'avoir les cinq
caradères des Miracles , elle n'en a pas un
feul.
I. Elle n'eft pas au-deflus des forces hu-
maines; je veux dire, que ce peut être
une intrigue ménagée par des hommes.
Nous avons déjà reconnu , que la piété
de Mr. le Cardinal de Noailles ne permet
pas qu'on le foupçonne de'fraude: auiîî
ne faifons-nous aucune attention aux
bruits, que la calomnie répand fur le fujet
de ce Prélat. Si nous avons cette équité
pour lui, il nous doit celle de ne pas exi-
ger , que nous croïons , qu'on n'a pas pu
lui en impofer. Nous condamneroit-il , fi
nous prenons fur le Miracle , qu'il publie ,
les mêmes précautions , que toutes les
perfonnes raifonnables doivent prendre
fur ceux , qui ont été faits pour la con-
fir.
Première Partie, S7S
firmation de la Loi Ancienne, & de la
Nouvelle? Nous avons des démonftra-
tions, que les Hérauts de ces deux Oe-
conomies, non feulement n'ont pas voulu
impofer aux hommes par des Miracles
feints, mais même qu'ils ne l'ont pas pu.
Moife auroit-il pu impofer aux Ifraelites,
jufqu'à leur perfuader, qu'il les condui-
foit à travers le lit de la Mer Rouge ; qu'il
les nourriffoit d'une Manne miraculeu-
fe dans un Defert ; qu'il leur faifoit voir
des feux & des flammes , & entendre des
tonnerres fur le Sinaï ? Les Apôtres au-
roient-ils pu impofer aux premiers Chré-
tiens, jufqu'à leur perfuader, qu'ils les
guériiToient de leurs maladies ; qu'ils par-
loient diverfes Langues ; qu'ils frappoient
de mort fubite Ananias & Saphira ; qu'ils
communiquoient le don des Miracles à
ceux qui embraflbient la Religion Chré-
tienne ?
Le prétendu Miracle , fait en la per-
fonne de la Dame de la FolTe , ell-il de
ce genre ? Ell-ce une chofe impraticable
d'obliger une femme à fe déguifer? Un
zèle mal entendu n'a-t-il pas pu lui perfua-
der de fe prêter à une fraude pieuîe? Ne
lui a-t-il pas été facile de donner de faux
indices d'une infirmité , dont fi peu de
perfonnes étoient à portée d'examiner , il
elle en avoit de véritables? Y auroit-il
Bb X lieu
37^ L'Etat du Chriftianifme en France^
lieu de s'étonner que quelque Direfteur
lui eût infpiré cette feinte? Le Parti Jan*I
fenifle fe croit opprimé par les Jéfuires>i:t
qui ont quelquefois de leur propre aveix)
réuiïi à épouventer leurs ennemis , & à*
fe tirer de Toppreflion par des Miracles
feints.
Le * PèreKircheren rapporte un exem-
ple remarquable. Il dit, que les Indiens
avoient mis en prifon quelques Jéfuites ,
qui vouloient leur faire embraffer la Re-
ligion Chrétienne. Un de ces Pères me-
naça les Barbares , qu'ils éprouveroient
bien-tôt le courroux du Ciel, s'ils ne re-
làchoient incontinent les Prifonniers. Cet-
te menace ne fit que divertir ceux à qui
elle étoit faite. Mais le Jéfuite parut bien-
tôt vérifier fa prédi(!^ion. Il fit un Dragon
avec du papier ; il le remplit avec tant
d*art , de poix , de cire & de fouphre ,
que quand cette machine feroit enflam -
mée on y pût lire en caradères de feu ces
mots Indiens : L'ire de Dieu. Ce
flratagême réuflît. Les Barbares efï'raiez
du prodige rendirent la liberté aux Cap-
tifs: après quoi la machine fut confumée
par les matières combuilibles , qui y é-
toient renfermées , & fembla applaudir
par
* Athan. Kircher. Ars Magna Lucis & Umbrjc , lib.
lo. Part.i. cap. 7. pag. 713.
^Première Partie. 2, 7 y
par un grand bruit à la délivrance des Je*
fuites.
Si la guérifon de la Dame de la FofTe
n'eft pas au-defTus des forces humai-
nes, beaucoup moins eft-elle au dellus
de celles de la Nature. J'avoue qu'à
en juger par deux Ecrits , qui ont pa^
ru depuis le Mandement de Mr, le
Cardinal de Noailles , il y a une com-
plication de circonftances furnaturelles
dans cet événement. Le premier de ces
deux Ecrits a pour titre : Lettres d'un
Médecin de "Paris à tin Médecin de Pro-
vince fur le Miracle , &c. Elles m'ont
été adrefTées par une Lettre imprimée,
dont l'Auteur fe • qualifie Curé de Pa-
ris , mais qui pourroit bien être un Janfe-
nide réfugié en Hollande ; n'importe :
Mr. le Cardinal de Noailles avoit parlé
de l'infirmité de la Dame de la FofTe
comme d'une grande maladie , mais le
prétendu Médecin la fait incurable. A-
près avoir traité de la manière , dont les
humeurs fe feparent , fe cuifent & fe di-
gèrent dans le corps humain: après avoir
parlé de la vertu -fyftaltique des folides^
qui par fa prefjlojt les tranfporte ïê les
chaffe dans leurs refervoirs\ & du rava-
ge^ que produit leur égarement dans des
routes étrangères ; il ajoute : * ,, La
Bb 3 Me-
* Pa2. 10. & II.
3)
5>
378 L'Etat du Chrijîiamfine en France y
„ Médecine a des moiens pour redrefler
„ ces fortes de diredions dérangées, ou
pour ramener les fucs écartez dans
leurs propres fecretoires. Or la vertu
„ fyllaltique eft un reflbrt , qui fait la
„ puilTancedes folides, qui les meut, les
„ anime, & leur fait dillribuer, comme
5, par un coup de pompe , chacune des
„ humeurs dans leurs canaux & leurs fe-
„ cretoires , pour former l'ordre & la
„ difcipline de Tœconomie animale. Mais
5, ce reffort venant à dégénérer en érethif-
y, me en quelque endroit du corps , il en
3, rétrécit les vaifTeaux, en ferme lespaf-
„ fages , & alors les fluides refluans avec
„ violence ou impetuolité vers d'autres
„ vaiiïeaux , dans lefquels il y aura moins
„ de réfiilance, ils en forcent les diamê-
5, très, & en dilatent les capacitez. Les
5, réfillances donc ainfi vaincues , & les
„ digues furmontées, ces fluides s'enga-
5, gent & s'accumulent ailleurs que dans
„ leurs refervoirs ; & cependant les foli-
„ des relâchez , parce qu'ils font portez
„ au delà du point de leur extenfion na-
„ turelle , ou de leur ton propre , occa-
„ fionnent des amas, ou des congeflions,
„ des /fa/es , ou des rallentiiremens des
„ fucs jettez hors de leurs directions,
„ ou de leur courant. Ce feront com-
5j me des fucs échouez en des endroits,
ou
^Première Partie. 379
5, ou des capacitez étrangères , où ils
5j tiennent les folides dans le relâchement,
5, ou l'atonie, parce que leurs fibres font
>, extrêmement tendues. Et cette atonie
»> efl une pareile, un afïaiirement de par-
5, ties , en quoi confifte l'efTence ou
» la nature des maladies incurables. C'eft
„ que dans cet état toute l'induftrie de
„ l'Art , & toute l'énergie des plus puif-
„ fans remèdes ne peuvent parvenir à
„ relever les forces des folides , qui font
5, abbattues ou ruinées; ni faire rentrer dans
„ leurs fecretoires les humeurs, qui en ont
5, été écartées , parce que la fy fiole naturel-
„ le étant fans force dans des endroits ,&
„ irregulière en d'autres , un pareil defor-
5, dre eil au-delTus de tout fecours créé ,
js, & cet état ell l'état d'incurabilité , qui
j, ne peut être levé que par une Puiffan-
„ ce fupérieure à l'Art & à la Nature.
„ Permettez moi , continue l'Auteur ,
„ d'appliquer toutes ces raifons au mira-
,, cle opéré fur la malade du Fauxbourg
„ S. Antoine, & votre Phyrique,jem'af-
„ fure , après y avoir reconnu l'impuiiîan-
„ ce de la Nature , s'accordant avec vo-
„ tre Foi , conviendra que la main du
„ Créateur a pu le faire , & l'a fait véri-
„ tablement.
„ Un affolbliflement paralytique , une
„ perte de fang invétérée, un dépérifTe-
Bb 4 ment
380 L'Etat du Chriflianïjfne en France^
5, ment de vue douloureux, faifoient le
5, fond de la triple maladie , qui fait le fujet
5, du miracle ; ainfi c'étoient des nerfs
5, à relever de leur atonie ; une circula-
„ tion à reditier; un organe enfin à ré-
„ tablir. Mais l'aifailTemént faifoit le ca-
„ radère de tous ces maux ; caufe , con-
„ tre laquelle échouent tous les remèdes;
„ parce que toutes les avenues étant fer-
5, mées par l'étreciiTement des vailfeaux ,
5, qui fe refufent aux apéritifs^ ^wx/piri-
„ tueux , aux fondans , aux fiimnlans ,
5, aux volatils , la Nature fe trouve hors
„ de niveau , pour pouvoir s'aider des
„ plus puilTans arcanes. Il étoit au pou-
5, voir de fon Auteur de l'en rapprocher,
„ lui , entre les mains duquel un peu de
5, boue rend la vue , & dont la volonté ,
par la bouche d'un homme , fait mar-
t
j»
„ cher les boiteux: Obedtente T^ominovo-
„ ci hominis,
L'Auteur explique enfuite en détail la
caufe des trois maladies, qu'il attribue à
la Dame de la Fofîè,& il conclut des rai-
fons qu'il en donne, qu'il falloit un a(^le
de la toute-puiiîance divine pour les gué-
rir. Il s'exprime fur la première , qu'il
appelle 'Trima mali labes -, d'une manière,
qui convient dans une Lettre d'un Mede-,
çin écrivant à un autre Médecin, mais
qu'il
Trémttre Tartie. 381
qu'il n'eft pas à propos de rapporter ici.
Voici comment il entend que cette pre-
mière a produit les deux autres: „ Vn
5, * excès de fyjiole y ou de rejfort ^ dit-il,
„ a donc fait la caufe de la perte defang,
5, un même excès va montrer celle des
„ deux autres maladies, qui laccompa-
„ gnoient ; car les artères fanguines per-
„ dant autant de leurs diamètres , en fe
„ rétreciirant, que les artères lymphati-
„ ques s'en faiibienten fe dilatant, il a dû
5, fe faire une prellion dans . celles-là , à
„ mefure que celles-ci fe feront relâchées;
„ de forte que le fang artériel au lieu
„ d'enfiler les routes des veines, qui ont
„ gardé leur ton^ fera pafTé dans les voies
5, larges des artères lymphatiques. De-là
„ feront arrivées deux chofes. i. Le fang
„ preifé dans les artères fanguines , s'y
„ fera ralenti & appelanti. x.La lymphe
„ du fang s'échapant toujours par lesartè-
„ res lymphatiques aura dû , en privant
„ de pâture les parties auxquelles elle ell
„ dellinée , les faire tomber dans l'é-
„ puifement, & cet épuifement eil un
5, affairement t une confidence ^ une afo-
„ nie. Pour cette dernière raifon les
„ yeux, qui dépendent effentiellement
„ d'une lymphe plus ou moins é-
Bb 5- „ paifTe,
* Pag. 13.
381 DEtat du Qhrîftiant fine en France y
pdfle, aqueufe , vitrée, cryflallme,<\ni
fert néceirairement à la vue , ont
dû finguliérement foufFrir d'une perte,
qui enlevoit la meilleure partie des fucs,
qui dévoient fervir à leur entretien.
Éfl-il étonnant après cela que cette fem-
me foit tombée dans un affoiblilTement
de vue ? Au furplus cet afFoibliirement
étoit accompagné de douleurs , puif-
qu'il lui en coutoit pour voir le jour.
Mais ce fentiment douloureux étoit la
marque d'un fond de phlogofe , formée
dans la retme par le fang intercepté
dans les artères par une fuite de cet
excès de fyftolc , &c.
Le prétendu Médecin a peine à com-
prendre comment la Dame de la Fofle a
pu vivre dans le trifte état, oi^i elle étoit
réduite. Peu s'en faut qu'il ne trouve
autant de miracle dans la manière , dont
elleaété confervée, que dans celle, dont
elle a été guérie. *„ Elle portoit dans le
„ flanc droit, dit-il, un fuintement de
„ férofité fanglante , qui faifoit appréhen-
„ der quelque dépôt fecret dans ces par-
„ ties, car c'étoit l'exprefTion d'un fang
„ arrêté dans les artères fanguines , lequel
„ s'échapoit par les artères lymphatiques.
„ Cependant ce fuintement , comme un
5, cau-
* Pag. 14-
Crémière Partie. 383
„ cautère , que la Nature fe feroit fait'
„ devenoit une relTource pour la malade'
„ qui par-là étoit préfervée de quelque
j, chofe de pis. Mais difons mieux, ce
„ font encore les expreflions de l'Auteur,
„ c'étoit un ménagement de la Provi-
„ dence,qui lui confervant ainil la vie, la
„ refervoit pour être un exemple de fa bon-
j, té, de fa fagelTe , & du pouvoir fouverain
„ du Créateur. Car quoi de plus puillant
5, en ce genre, que de pouvoir en peu
5, d'heures, ce que n'avoientpû le temps &
„ les remèdes pendant fept ans? Quoi
„ de plusfage,ou de plus habile, que de
5, remplir tout à la fois des indications fi
„ difficiles & fi oppofées? Car il auroit
„ fallu par des remèdes chauds^ par des
„ fpirit lieux , par des aromatiques ^x^mex.'
„ tre des efprits dans le fang , & de la
j, force dans les nerfs, par des caïmans^
„ des aftrin^ens , des narcotiques , mode-
„ rer les ofcillations des folides,& retenir
„ rimpetuofité des fluides ; foutenir en-
„ core les forces du corps par la bonne
„ nourriture, fans groffir la maife & le
j, courant du fang; enfin emploier les
„ confort ans , les ophthalmiques , les ce-
„ fhaliques , & cependant éviter les dejfé-
„ chans, les acres, X^'i ftimulans % tous ces
„ ménagemens même en détail avoient
„ été impolFibles à l'Art & à la Nature,
384 VEtat du Qhriftianifme en France,
5, & la puiilance du Créateur fatisfait à
5, tout , & tout à la fois.
Le fécond Ecrit a paru dans le temps
que nous allions publier le nôtre , & en a
retardé de quelques jours la publication.
Il contient une Relation précédée de l'ap-
probation de Mr. le Cardinal de Noail-
îes, & confirmée d'un certificat , dans le-
quel la Dame de la FoiTe attefle , que
tous les faits , qui y (ont contenus , font
véritables. Cette Relation eft fuivie d'u-
ne élévation de cœur à notre Seigneur J.
Chrilt au fujet du Miracle, qui y eil nar-
ré. Peu s'en eft fallu que ces deux Piè-
ces ne nous aient fait tomber la plume
des mains. Nous avions de la peine à
nous perfuader que des hommes , qui
portent le nom Chrétien, & qui font
gloire de fouffrir actuellement pour le
nom de Jéfus Chrift, ofalfent parler d'u-
ne manière li affirmative fur des faits dou-
teux, & faire intervenir d'une façon 11
folemnelle le nom de Dieu , & les Myftè-
res les plus facrez de la Religion , pour
autorifer une fidion. La Relation, dont
je parle , renchérit fur les Lettres du Mé-
decin, comme les Lettres du Médecin
avoient renchéri fur le Mandement de
Mr. le Cardinal. Les jambes de la Da-
me de laFolTe, fi nous nous en rappor-
tons à ce nouvel Ouvrage, étoient non feu-
le-
'Première Partie. 385'
lement épuifées, * mais devenues comme
mortes : elles étoient Jî froides , que la
malade aiant été brûlée deux fois par des lin-
ges chauds^ elle n'en fentit rien. Elle é-
toit non feulement dans le plus haut pé-
riode de fes maux , lorfqu'elle defcendit
de fa chambre pour aller à la Proceffion;
mais f quand elle fut au dernier degré de
r étage où elle logeoit , elle fe heurta fi ru-
dement les pieds ^ & la fecoujfe de tout foti
corps fut fi violente , qiCelle en perdit
prefque connoijfance. Une femme Prote-
ftante , qui arriva chez elle à point nommé
pour être témoin de l'excès de fes fouf-
frances,afin de l'être aufli de la merveille
de fon rétablilTement , la trouva après cet
accident fans parole , & fans mouvement ,
& pût à-peine s'en faire connoître. La
grandeur du Miracle ell félon cette Re-
lation proportionnée à la grandeur desin-
firmitez du fujet , fur lequel il a été ope-
ré. La Dame de la toflè recouvre tou-
tes fes forces avant même la celTation
du fléau, qui les avoit épuifées. :j: Ce
qu'il y a de plus étonnant , dit l'Au-
teur , fa guéri fbn ne commença point par
la cejfation du flux ^ fes forces Im font
d'à-
• * Pag. 6.
t p<lg. 9.
t Pag. 24.
38^ VEtat duQhriJîianîJme en France^
â^ abord rendues ; elle marche ^ ^ ce pro-
dige arrive dans le temps même que
r accès de fin mal lafaijit^ & qu'il devait
augmenter fa foïblejfe. On la fuit à la
trace de fou fang, & ce n'eft que quand el-
le fe trouve à la porte de fEgli/è ^ que la
four ce en eft féchée. Bien plus ce Mira-
cle fut précédé & fuivi d'un autre Mira-
cle.
Le Miracle , qui précéda , ce fut une
infpiration du Ciel , dont la malade fut
favorifée .* * Elle avoit fortement dans l'ef
prit , dit l'Auteur de la Relation , qu'elle
feroit parfaitement guérie au moment qu'el-
le entrerait dans VEglifè ; la perfuafîon
vive , où elle en étoit , //// faifoit re'péter
fans cejfe ces paroles , Seigneur , fje puis
entrer dans votre fainte Maifon je ferai
entièrement guérie. Cette circonftance
de lieu eft eflentielle. Il falloit pour le
triomphe des Janieniftes , que le Miracle
fût opéré non feulement dans la Paroiffe ,
mais dans l'Eglife d'un de leurs Adhé-
rans.
Le Miracle , qui fuivit , eut quelque
chofe de plus frappant encore. Mr. le Car-
dinal ^e Noailles avoit ordonné qu'en
conféquence du prodige, dont fon Minif-
tère venoit d'être honoré , on rendifîl Dieu
des
* Pag; 13.
Crémière Partie. 387
des aftions de grâces folemnelles dans TE-
glife de Su. Marguerite , qu on y fit un of-
fice folemnel du St. Sacrement le Jeudi
23. du mois d'Août; il voulut aufïi que
le Dimanche fuivant le Clergé de cette
Paroifle fit une Proceffion folemnelle ,
pour remercier le Seigneur des merveilles,
qu'il avoit opérées dans la dite ParoifiTe.
Cette Proceffion fut faite avec une pom-
pe toute extraordinaire : fon Eminence y
porta le St. Sacrement : * Et c'efi une
chofe digne de remarque^ ajoute l'Auteur ,
que le temps étant chargé de nuages très
épais , qui fi répandirent en pluie très
abondante dans la ville de Taris pendant
la Proceffion y qui dura environ une heure
ï§ demie y il ne plut dans le Fauxbourg
qu'au moment, où le St. Sacrement fut ren-
tré dans l'Eglifi.
Ce n'efi: point à moi. Meilleurs, d'exa-
miner fi les réflexions du Médecin fur
la maladie, qu'on attribuoit à la Dame de
laFoiTe, font fondées. Cette difcuffion
ne convient ni à mon goût , ni à mes étu-
des: mais qu'il me foit permis de rappel-
1er ce que j'ai déjà avancé , c'ell que
la moindre altération dans les circonftan-
ces d'un fait en change entièrement la
nature. Or je prouverai dans la fujte ,
que
* Pag. 27.
^88 UEtat du Qhrijîiainfme en France 9
que nous avons de juiles fujets de foup-
çonner, qu'on en a altéré un grand nom-
bre dans le cas, dont il ell ici queflion.
Ce que nous foutenons dans cet article ,
c'ell que les altérations , qu'on y a faites ,
pourroient être telles , que quand même
on accorderoit , que la guérifon de la
Dame de la Foffe a quelque chofe d'ex-
traordinaire ; on ne devroit pourtant pas
la regarder comme furnaturelle.
Quels effets l'Imagination n'eft-elle pas
capable deprodmre? Quelles guérifons?
Quelles maladies ? Pline , Ariflote , Plu-
tarque , Hérodote , une foule d'Auteurs
anciens & modernes feroient mes garens
dans cette occafion , s'il étoit à propos de
tranfcrire ici les endroits de leurs Ecrits,
qui fe rapportent à mon fujet ; mais fans
alléguer après eux les exemples de * Lu-
ciusCoflîtius, tdu Préteur Cyppus,:^ du
fils
* Pline dit, que Lucius Coffitius fut changé de femme
en homme le jour de fes noces j HilL Natur. lib. 7. cap.
4- pag- 37Î.
t On difoit qu'il avoit affilié a un combat de taureaux ,
qu'il y avoit pris un plaifir fi extraordinaire ; qu'il avoit
fongé la nuit fui vante , que des cornes lui étoient ve-
nues à la tête , ce qui fe trouva vrai le lendemain, Valer.
Maxim, lib. v. cap. 6. pag. 2.75. Voi. Pline, qui traite ce
conte de fabuleux , Hill. lib. xi. cap. 37. pag. 613.
% Hérodote rapporte , qu'un Perfan alloit tuer Crœfus
lans le connoître , dans la ville de Sarde : que fon fils ,
qui étoit muet , fut fi frappé du péril , où il voioit fon
père , que fa langue fe délia , &: qu'il cria au Perfan : Sol-
dat ^ épargne l» Roi, Herodot. lib. i, cap. ixxxv. pag. 35,
Crémière partie. 389
fils de Créfus , & tant d'autres , nous
nous contenterons de rapporter un évé-
nement arrivé en quelque forte fous nos
propres yeux.
* Marie Maillard , fille de Jean Mail-
lard FourbifTeur , & de Charlotte du Do-
gnon , naquit à Cognac en Angoumois le
15'. Septembre i(58o. A peine eut-elle at-
teint Tàge d'un an, que fes parens s'ap-
perçurent qu'elle étoit boiteufe , & qu'el-
le avoit une concavité à l'endroit , oia l'os
de la cuifTe gauche s'emboite avec celui
de la hanche. Ils confultèrent des Ex-
perts, lefquels, foitraifon, foit ignoran-
ce , prononcèrent que ce mal étoit incu-
rable. L'infirmité de cet enfant crût a-
vec fon âge, jufques là qu'elle eut une tu-
meur au-defTus delà cavité de f Vifihion;
fa jambe gauche devint plus courte que la
droite de quatre pouces: fon genou & k
cheville de fon pied fe tournèrent en de-
dans ; de forte que la cheville avoit pris
la place de la plante du pied , & le
pied celle de la cheville , ce qui lui caufoit
des douleurs violentes & continuelles. Elle
demeura en France avec fon père & fa
' ' mè-
* Voiez un Livre intitulé , Relation véritable de la gué-
tifon miraculcufe de Marie Maillard, Sec. à Amllerdara
chex Paul .Maret , 1694.
I C'elt un os des hanches,
Tom. I. Ce
39^ L'Etat duQhrtftianifme en France^
mère jufqu'à ce que l'excès de l'intoléran-
ce, qu'on y témoigna pour la Religion.
Protellanteen 1685-. obligea tous les bons
Proteftans à en fortir
Elle erra avec fa Famille , de France
en SuilTe, de Suiflè en Allemagne, d'Al-
lemagne en Angleterre, où elle fe fixa.
Ses volages augmentèrent fes maux. A
proprement parler elle ne marchoit plus,
mais elle jettoit fon cOfps d'un lieu à un
autre. Ses contorfions , qui excitoienc
la pitié des perfonnes raifonnables , étoient
aux enfans, qui la voioient dans les rues,
un fujet d'iniulte & de raillerie. Ils lui
donnoient des noms odieux, & ils luijet-
toient de la boue. On fit de nouvelles
confultations fur fon mal dans la ville de
Londres, auffi inutiles que les premiè-
res. Elle fut dans cet état jufqu'au di-
manche 26. Novembre 1693.
Elle alla ce jour-là même àl'Eglife, &
elle efiuia un redoublement d'infultes , el-
le en fut pénétrée d'afïïidion ; elle en
gémit. Une perfonne , au fervice de la-
quelle elle s'étoit engagée , l'exhorta à la
patience , dont l'exercice lui devint bien-
tôt moms nécefîaire. Elle lifoit devant
fa Maîtreffe , entre fept & huit heures
du foir , la guérifon miraculeufe du Pa-
ralytique , que St. Marc rapporte dans le
fécond chapitre de fon Evangile : elle dit,
après
^Trémière Partie. 391
après avoir, lu cette circonltance de l'Hi-
Itoire fainte , * Je fuis furfrife que les
Juifs , qui voioient de f grands Miracles ^•
fîiffent perfifter dans l'incrédulité. Si Jé-
fis Chrift en faifoit de pareils aujourd'hui ^
je me h itérais d'aller à lui^ ^ je ne ferais
point incrédule. A peine eut-elie pronon-
cé ces paroles , que fes douleurs redou-
blèrent, & la contraignirent d'étendre fa
jambe : elle s'apperçût que la fituation , où
elle l'a voit mife, choquoit fa Maîtrefley
ce qui l'obligea de la retirer incontinent ;
elle l'entendit craquer en la retirant : fon
pied & fon genou reprirent en même
temps leur fituation naturelle: fes dou-
leurs celTèrent ; elle crût entendre une
voix, qui lui difoit , Vous êtes guérie. El-
le déclara à fa MaîtrelTe ce qu'elle venoit
d'éprouver , & ce qu'elle venoit d'enten-
dre: lii Maîtrefîé lui répondit, Vous êtes
folle, ^4ai<^ Marie Maillard marcha fans
contorfion & fans douleur, & juftîfia de
cette manière ce qu'elle venoit d'avancer.
Depuis ce temps-là elle n'a eu aucun ref-
fentiment de fes premières infirmitez,
dont il femble que la Providence a voulu
feulement lui conferver un mémorial , en
permettant que fa jambe gauche foit plus
cour-
Ce X
■1
392' UEtat du Chrtfttanijine en France ,
courte que la droite de TépaiiTeur d'un écu.
Ce fait , que je viens de rapporter ,
Meffieurs , ne peut être contefté que par
ceux qui n'en ont pas examiné les preu-
ves. Il eil fondé en partie fur ce que
nous avons appelle démonfiration morale^
ôc en partie fur ce que nous avons ap-
pelle démonftration juridique. Que Ma-
rie Maillard ait eu l'infirmité , dont nous
venons de parler , & qu'elle en ait été gué-
rie, celaelt fondé fur des démonflrations
morales. Il implique contradidion que
des milliers de témoins fe foient accor-
dez, pour nous tromper fur ce fujet, en
publiant ce qu'ils ne croioient point ; ou
qu'ils fe foient trompez eux-mêmes,
croiant voir ce qu'ils ne voioient point.
Parmi ces témoins , il y a le tailleur qui
riiabilloit, le cordonnier qui la chaulToit,
& qui étoit obligé de lui faire un foulier
plus haut que l'autre de quatre ou cinq
pouces: un honnête hon?mie, qui l'a vue
dès le berceau , & qui avoit entrepris de
lui faire une jambe artificielle, pour fou-
tenir le poids de fon corps ; un chirurgien
qui l'avoit vifitée. Sa guérifon efl aufTi
bien prouvée que fa maladie.
Tout le foupçon , qui pourroit refier
fur ce fujet , c'eft que cette fille aiant
été guérie fecretement le dimanche
même au retour de l'Eglife par quel-
que
I
Crémière T art te. 393
que remède , ou par quelque opéra-
tion , elle auroit publié l'effet fans en pu-
blier la caufe; mais il y a des démonftra-
tions juridiques contre ce foupçon.
Marie Maillard avoit donné avant fa gué-
rifon toutes les marques de fmcérité,
qu'on peut exiger d'une perfonne de fon
âge. Il n'a rien paru dans la fuite de fa
vie , qui ait démenti la bonne opinion
qu'on avoit d'elle. Elevée parmi des
Proteftans, qui crient difficilement au
Miracle , elle ne pouvoit pas fe promet-
tre de la feinte, dont on pourroit lafoups
çonner, les fruits qu'elle auroit eu fujet
d'en attendre , fi elle avoit" été dans une
autre Communion. La perfonne, qu'elle
fervoit depuis deux ans , beaucoup plus
connue qu'elle dans le monde , avoit eu
plus d'occafions de faire paroître fa piété
& fa droiture. Elle atteile, qu'elle en-
tendit l'os de la jambe de la malade cra-
quer; qu'elle la vit paÏÏer dans un mo-
ment du mal à la guérilbn. Le père &
la mère de Marie Maillard , qui étoient
d'une vie irréprochable, ont donné aufîi
toutes les atteilations , qu'on pouvoit fou-
haiter d'eux en pareil cas : * elles font a-
vec
* Voici celle de Mlle.de Laulan la Maîtrefle de Marie
Maillard.
Je Renée de Laulan certifie , que Marie Maillard,
communément appellée Marie Anne , fille de Jean Mail-
Cc :î lard
394 L'Etat du Chrifiianijme en France t
vec beaucoup d'autres dans une Relation
imprimée à Londres.
A-
lard bc de Charlotte du Dognon , a demeuré avec moi
deux ans, ou environ, étant toujours fort boiteufe; &
tellement boiteufe , qu'elle marchoit avec beaucoup de
difficulté , & fentoit des douleurs extrêmes. Sa jam-
be gauche étoit confidérablement plus courte que la
droite, fon pied étoit tourné en dedans, &, autant que
j'en pouvois juger, l'os de fa cuifle étoit hors de l'on
lieu: Elle a été dans cet état jufqu'au dimanche vingt-
fixiême de Novembre dernier, que revenant de l'Eglilc
Françoife, qui eft derrière Leiieftep Fields , prefquc toute
barbouillée de boue , elle me dit en pleurant que des
petits enfans l'avoient fort maltraitée, & qu'ils lui avoient
donné de vilains noms , par lefquels ils lui reprochoient
fjir-tout fa difformité. Sur cela je lui dis qu'elle devoit
le foufrir patiemment, & fe confoler en Dieu. Enfin a-
près-foupé elle prit le Nouveau Teltament , &: à l'ouver-
ture du Livre elle tomba fur le palTage, où il eft parlé de
la miraculeufe guérifon de la Belle-mère de Saint Pier-
re: & comme j'avois alors une fort groffe fièvre , je
dis que j'aurois grand befoin d'un tel Médecin. Elle con-
tinua de lire, & liiant en fuite le fécond chapitre de
Saint Marc, qui parle de la guérifon d'un Paralytique, el-
le parut fort iurprife de l'incrédulité des Juifs, qui n'a-
voient pas voulu croire après avoir vu un ii grand Mi-
racle. Si la même chofe arrivoit aujourd'hui, me dit-
elle, j'y courtois au plus rite, Se ne ferois pas incrédu-
le. Je m'apperçûs alors qu'elle étendoit fa jambe vers
moi , &: regardant cette fituation comme une pofture
Incivile, je lui commandai de la retirer, & je lui dis
que cela n'étoit pas honnête : Elle répondit pour s'excu-
fer qu'elle fentoit une grande douleur; cependant elle
fe mit en devoir de la retirer. Dans ce moment-là pré-
cifément elle entendit le bruit que fit l'os de fa cuifle,
& je l'entendis aulli , mais je crus que c'étoit quelque
chofe qui étoit au feu. Elle me dit toute tranfportée
de joie, Mademoifelle, je fuis guérie , mon os s'cJl:
remis en fa place. Je lui répondis, tu es folle, Marianc :
Elle répliqua, Mademoiielle, je fuis guérie, & en difani
cela elle vint à moi, & embraifa mes genoux, me difant
qu'elle avoit crû entendre une voix qui lui avoir
dit, Tu es guérie. Là-deûùs elle fe mit à fe pro-
mener dans la chambre, & me pria de regarder fes jam-
bes ,
Crémière Partie. 39S
Avouez le, Meffieurs, un fait de ce
genre , un fait aufîi fingulier, & aufli
bien prouvé , s'il étoit arrivé dans votre
Communion, vous auroit fourni de nou-
veaux argumens en fa faveur. Nous n'en
avons tiré aucune conféquence en faveur
de la nôtre. Ceux mêmes de nous, qui
l'ont attribué à une caufe furnaturelle,
n'ont pas crû vous le devoir alléguer ,
pour vous engager à embralTer la Reli-
gion Proteitante." Us ont été convain-
cus, que f\ vous réfiitiez aux preuves,
fur lei'quelles nous établiflbns les dogmes
de notre Réformati^on , vous ne feriez pas
convaincus par un argument de ce gen-
re ; & que fi vous deveniez Protellans ,
parce que Marie Maillard a été guérie
d'une façon fi extraordinaire , votre foi
ne feroit pas fondée fur des argumens fo-
lides. Pour nous, nous avouons ingénu-
ment, que nous ne penfons pas qu'on
puiife démontrer, qu'il y ait du miracle
dans
bes , qui me parurei)t alors de la même longueur, & a-
jouta qu'elle ne fçntoit plus de douleur. Cela arriva
ic dit jour vingc-fixiême de Novembre 1693. Et c'eit
tout ce que je puis dire de la guérifon de cette fille. Je
proteitcr;ii feulement que ni moi,niperfonnede ma con-
noilfance n'y avons eu aucune part , & n'y avons con-
tribué ni direélement, ni indire(ftement ; &: que le jour
fuivant elle fortit du logis , & marcha comme elle fait
préfentement. C'eft le témoignage que je croi- devoir
d la vérité.
Londres ce 13. de Decemb. 1603.
Ce 4
39^5 UEtat du Chrtftianïfme en France ^
dans cette guérifon. Il nous femble qu'on
peut l'attribuer à rimprefîion, que fit fur
l'imagination de Marie Maillard l'hiltoire
qu'elle venoit de lire, & au mouvement
violent , dont cette impreffion fut fui-
vie.
Cela fuppofé , je foutiens que le pré-
tendu Miracle , publié dans le Mande-
ment de Mr. le Cardinal de Noailles^
peut être attribué avec beaucoup plus de
jultice à l'imagination de la perfonne, qui
l'a éprouvé. La Dame de la FolTe fait
elle-même les defcriptions les plus éner-
giques de l'émotion qu'eue fentit, lorf-
que proflernée devant l'hoftie elle avouoit,
en la préfence de tant de témoins , une
infirmité , dont on ne parle qu'avec ré-
pugnance, & elle en foUicitoit la guéri-
fon. Il n'y a point de maladie , fur la-
quelle la crainte , ou l'efpérance , toutes
les pallions vives , tous les mouvemens
violens , aient plus d'infiuence,que fur celle
dont il ell ici queition. Je pourrois en
rapporter diverles preuves & divers exem-
ples; fi je n'étojs effraie de voir tous les
jours les égaremens , auxquels font fujets
les Auteurs , qui entreprennent des fujets
étrangers à leur profeflion.
Nous avons prouvé m. qu'un vérita-
ble miracle doit être oppofé aux vues du
Démon 5 du moins qu'il ne doit rien avoir
qui
Crémière Partie, ^^y
qui les favorife. Ce troifiême caractère
ne fe trouve point dans la guérifon de
la Dame de la FoiTe. Quand je reconnoî-
trois que cet événement eft au-delFus des
forces humaines , qu'il furpafTe même
tout ce que nous connoiflbns dans celles
de la Nature, je ne me croirois pas obligé
d'avoir moins d'éloignement pour vos
idées fur l'Euchariilie : elles me paroî-
troient même beaucoup plus dangereu-
fes. Naturellement enclin à porter la
Tolérance Chrétienne au plus haut degré ,
où elle eft capable d'atteindre , j'ai voulu
quelquefois juger plus favorablement du
dogme de la Tranfubftantiation, que ne
font pour l'ordinaire les Proteftans. Sur-
tout j'aurois fouhaité de difculper d'ido-
lâtrie l'hommage de la fuprême adora-
tion , que vous rendez aux Symboles du
corps & dufang de Jéfus Chrift: & lors
même que je ne pouvois me perfuader,
que vous fuffiez innocens de ce crime,
je tàchois d'en diminuer l'atrocité par l'in-
tention que vous aviez en le commettant,
& de vous mettre à couvert de la ri-
gueur de cette fentence: * Les Idolâ-
tres n hériteront point le Roiaurae de
^ieu.
Mais fi vous parveniez à prouver qu'un
évé-
* 1. Cor. Yi, 10.
Ce 5
39B n Etaf du Chrïftianifme en France^
événement, deftiné à juflifier le dogme
de la Tranfabllantiation , ell au-deffus
des forces humaines, qu'il furpaiTe même
tout ce que nous connoiiîbns dans celles de
la Nature , alors je iérois pleinement con-
vaincu qu'on ne fauroit admettre ce dog-
me fans encourir les peines, que Dieu
dénonce aux Idolâtres. Voici dans ce
cas quelleroit mon raifonnement: La gué-
rifon de la Dame de la Folfe n'a pu être
opérée ni par l'indudrie des hommes, ni
par les forces de la Nature. Donc c'eft
Dieu qui l'a produite , ou le Démon. Ce
n'eft pas Dieu : le Dogme de la Tranfub-
Itantiation elt contraire aux delfeins de
Dieu dans la Religion. Un Miracle,
qui combat les defleins de Dieu , ne
fauroit avoir Dieu pour Auteur. C'eft
donc le Démon qui a opéré celui-
ci : mais pourquoi cet ennemi de no-
tre falut fait-il mouvoir de fi grands
reiïbrts pour confirmer le dogme de la
Tranfubltantiation , fi ce n'eft parce qu'il
le croit funefle à ceux qui le reçoivent :
& parce qu'en l'autorifant, il avance le
grand dellein qu'il a de perdre les hom-
mes?
Je ne propofe rien dans cet endroit,
qui foit contraire au principe, que j'ai
établi ailleurs, c'elt que la Providence
préfide fur les miracles du Démon: c'eft
que
^rémiWe T art te. 399
que quand elle lui permet d'en opérer, el-
le a deilein non feulement d'éprouver la
foi des Juftes, mais de punir l'endurcif-
fement des méchans, fur-tout le mépris
& la haine qu'ils ont pour la vérité. Nous
ne nous répandrons point ici en déclama-
tions fur les mœurs de la France. Quels
reproches pourrions-nous vous faire fur
ce fujet , qui ne vous donnaflènt de juites
fujets d'ufer de retorfion contre nous?
Plut à-Dieu pullions-nous ajouter aux ar-
gumens, que nous avons en faveur de no-
tre Réformation, les vertus de ceux qui
la profelTent ! Mais fans entrer dans un dé-
tail Il humiliant pour vous & pour nous ,
Mefiîeurs, nous ofons vous conjurer d'e-
xaminer fi nous n'avonspas de julles fujets
de craindre, que nos Compatriotes ne
foient de ceux, à Tégard defquels * T)ieu
do7ine de l'efficace à l'erreur , ^our leur fai-
re ajouter foi ait menjlmge. La Doctrine
de la P.éformation a brillé au milieu de
vous dans tout fon éclat : ne voulans pas
être éclairez de ce flambeau , vous avez
travaillé à l'éteindre, & vous avez ré-
duit aux malheurs extrêmes ceux quis'é-
gaioient à fa lumière. Quelques-uns de
ces derniers l'ont confelfée malgré les
tour mens, que leur attiroit leur zèle.
Mais combien d'autres l'ont honteufemenc
re-
* i^r. Theffal. ii. iï.
400 L'Etat du Chriftianîjme en France ^
reniée , du moins qui ne l'avouent qu'en
fecret, prêts à la renier dès que vous com-
mencerez de nouveau à exécuter les fu-
nelles arrêts , que vous avez pu pronon-
cer contre ceux qui oient fe déclarer pour
elle!
Je me fais un fcrupule de preiïer des
argumens fi odieux: je me contente de
répondre à un argument de Mr. le Cardi-
nal de Noailles, que Mr. l'Evêque de Mont-
pelier a non feulement adopté , mais au-
quel il femble avoir donné un nouveau
degré de force: * ,, Si la créance de la
3, préfence réelle étoit une erreur, dit
5, Mr. le Cardinal de Noailles ; fi l'ado-
5, ration du Sauveur dans ce Sacrement é-
„ toit un ade d'idolâtrie; fi la procef-
„ fion , inilituée à l'honneur de ce myllè-
5, re de notre foi , étoit une fuperilition
5, criminelle, comme les Proteltans ofent
3, l'avancer. Dieu même par un miracle,
5, opéré dans ces circonftances , nous au-
„ roit feduits en autorifant & en confir-
„ mant l'erreur , la fuperilition, l'idolà-
5, trie ; blafphême également contraire à
3, la vérité de Dieu , à fa bonté , à fa fa-
„ geffe , & à tous les caradères de les at-
„ tributs divins. Ce font les paroles de
Mr. le Cardinal de Noailles. Voici cel-
les
* Dans le Maud'Cmcnt pag. 14.
Première T art te, 401
les de Mr. TEvêque de Montpelier : *,, Si
„ nos Frères feparez rendent à Dieu le
„ culte pur & fans tache, l'adoration enef-
5, prit & en vérité, tandis que nous avons
5, le malheur de le déshonorer par des
5, idolâtries & des abominations affreufes ,
5, il faut conclurre qu'ils font les vérita -
5, blés Enfans d'Elie, & nous les imita-
5, teurs des Prêtres de Baal. Cela étant ,
5, par quel étrange renverfement eft-il
„ donc arrivé, que les Prêtres de Baal
5, foient écoutez, & que le feu du Ciel
5, defcende fur leur facrifice, tandis que
„ le Ciei demeure fermé fur les Enfans
„ d'Elie?
Je répons à Mr. le Cardinal. Quand
Dieu permet qu'un miracle foit fait en
faveur de l'idolàtne , il n'a pas delTein de
la confirmer , mais de punir ceux qui la
commettent. Je répons àMr.l'Evêque de
Montpelier. Quand un peuple réfille à
fes lumières , & qu'il s'obtline à pré-
férer à la Doé^rine d'Elie celle des Prê-
tres de Baal , Dieu permet que les Prêtres
de Baal opèrent des miracles femblables à
ceux d'Elie. Et je répons à l'un & à l'au-
tre des deux Prélats ; un miracle ne fau-
roit jamais faire que l'erreur ne foit pas
erreur, ni que l'idolâtrie ne foit point
ido-
* Lettre de Mr. l'Evêque de Montpelier pag. 14,.
402, UEtat dit Cbriftianifine en France ^^
.idolâtrie. Si un événement miraculeux
confirmoit des fyltêmes qui me femblent
erronez , & des rites qui me femblent ido-
lâtres , je préfumerois incontinent que
c'eft le Démon qui l'a produit , parce
qu'il favorife les vues du Démon.
Ces railonnemens n'ont rien que vous
puiiïiez condamner. Les Janfeniftes les
font contre les Difciples des Jéfuites, &
les Difciples des Jéfuites les font contre les
Janfenifles. * „ De toutes les voix de Dieu ,
5, dit un zélé Janfeniite, les miracles font
„ la plus éclatante. C'eit principalement
„ fur eux que notre foi s'appuie, dit St.
5, Augultin ; & St. Paul les appelle des
3, féaux de majeité , que le Seigneur a mis
aux lettres de grâce & de falut , qu'il
nous a fait apporter de fa part ... f Et
cependant Jéfus Chriil dit que les faux
Prophètes s'élèveront en foule, qu'ils
5, publieront le menfonge , que revêtus
,, de toutes les apparences de la piété , on
„ les verra CONFIRMER PAR
„DES MIRACLES LE MEN-
„ SONGE, QUE LEUR BOU-
„ CHE AURA PRONONCE. Et
voici les paroles d'un zélé Difciple des Jé-
fuites, prononcées précifément à l'occa-
ficn
* Voiei le Livre intitulé, du Témoignage de la vérirr
dans l'Eglile , pag. 22.
I Ibid. pag. 21.
3>
3)
Crémière Partie. 403
lion du fujet que nous traitions , je veux
dire du prétendu Miracle opéré en la per-
fonne de la Dame de la Foite. * Si celui-
ci eji aujfi véritable que les /Ippellanss'em-
preijent de le publier , vous l'avez fait ^
fermisyômon 'T)ieUynon parle mérite de leur
Foi-, car ils ne l'ont plus \ mats pour ten-
ter ^ éprouver la nôtre. Vous l'aviez
prédît dès le temps de l'ancien Mojfè-, ^
vous nous aviez préparez à cette tenta-
tion de notre Foi , en difant , T>euter.
chap. 1 3 . S^ilje lève parmi vous un Pro-
phète , qui prédije quelque Jîgne ou mira-
cle, ^ fi en effet cela vient à arriver ;
prenez garde de le fuivre y ce Prophète', fi
en même temps il vous dit: Allons ^fiitvons
les 'Dieux étrangers. Non, ne V écoutez
pas ; car le Seigneur vous tente , afin
qu'il paroi [fe évidemment fi vous l'aimez^
ou non. Voilà ^ 0 vrai ^ unique TDieu en
trois '\Perfinfies ; voilà comme votre bonté
nous précautionnoît contre certains faifeurs
de Miracles^ afin que le nouveau peuple ^
auffi bien que l'ancien, ne s'y laiffdt point
fur prendre. La marque <t à laquelle vous
vouliez que l'on difcernât les efprits pour
favoir au jufte s'iU venoient de vous , c'é-
toit à leur doctrine ; favoir fi. elle étoit
conforme à celle de Moyfe y ou non. Ain fi ,
que
* Voi. Oraifon catholique au fujet du Miracle , &c. pag.i .
404 VEtat du Chrifti<ini/me en France,
que les adverfairh des Pa^es ^ de rE-
gt'îfe crient tant qu^ils voudront Miracle ;
qu^Hs en fafent même de véritables y
nous ne les fuivrons qu^ autant que d'ail-
leurs nous les verrons parler ^ enfeigncr
comme le ^ape & le fins grand nombre des
^afteurs Catholiques : fans cela, avec tous
leurs miracles , vous les traiterez enfin
vous-mêmes au dernier jour d'Ouvriers d'i-
niquité.
Voilà votre Théologie : c'eft aufll là
nôtre , un feul point excepté, c'efl au dé-
cidons de l'Ecriture fainte, non à celles
du Pape, ou de l'Eglife, que nous vou-
lons foumettre notre Raifon. Alléguez-
vous un miracle pour autorifer une
Doéhine, qui nous ell fufpede? Nous
confentons d'avoir pour ce nouveau gen-
re de preuve toute la docilité , que vous
pouvez nous demander avec juftice. Nous
apporterons une nouvelle attention à
l'examen de cette Doctrine. Si elle eft
conforme aux vues de Dieu , nous recon-
noîtrons que Dieu eft l'Auteur du mira-
cle , qui la confirme : nous croirons que
c'eft le Démon , {\ elle ell conforme aux
vues du Démon.
Pour appliquer cette règle générale à
la guérifon ptétendue miraculeufe de la
Dame de la Folle , il faut entrer dans la
difcuilion de vos fyitêmes fur l'Euchari-
ftie.
Crémière Partie. 405*
(lie : c'efl ce que nous ne faurions faire
ici fans anticiper fur le troifiême article
de controverfe , que nous avons entrepris
de traitter : quand Dieu nous aura donné
d'y parvenir, nous prouverons, qu'un évé-
nement furnaturel, opéré en faveur du
dogme de la Tranfubllantiation , n'^i pas
le troifiême caractère d un véritable mi-
racle, c'elt de combattre, les vues du Dé-
mon. Nous prouverons aufli alors qu'il
manque du quatrième, qu il ell en oppofi-
tion avec des véritez démontrées au tri-
bunal des Sens, au tribunal de la Rai-
fon , & à celui de la Révélation.
Je finis cet article par une réflexion
fur ces paroles de Monfieur le Cardinal
de Noailles: * Nos Freres' feparez condam-
nent r adoration , que nous reitdonî au Fils
de T>ïeu dans le myflère de l'Eucharillie,
comme iin a[îe d'idolâtrie. Je ne faurois
difconvenir que ce ne foit la dodrine de
nos Eglifes: mais quand elles l'enfeig-
ncnt, elles fuppofent qu'un Catholique Ro-
main non feulement adore Jéfus Chrift
dans les fymboles de rEuchàriilie, mais
qu'il les croit Jéfus Chriit même, & qu'il
les adore comme tels. Si Monfieur le
Cardinal & les Janfenifles ont d'autres
idées; fi au lieu de décider que ces fym-
boles
* Mandement de lAx. le Card. de Noailles , pag. 14.
Tora. L D d
40 6 DEtat du Chrïjïiantfme en France^
boleS font tranfubftantiez , ils foutiennent
que Jéfus Chiill: alfilte dans l'Euchariltie
d'une manière impénétrable aux Sens& à
la Raiion , nous fommes prêts à leur don-
ner la main d'aiïbciation. Du moins il
nous croions appercevoir quelque er-
reur dans ce fentiment , nous la regarde-
rons comme une erreur tolerable. Qu'ils
daignent s'expliquer fur ce fujet. Des
raifons folides, que nous pourrons allé-
guer dans la fuite, nous portent à leur
faire cette prière.
Nous allons examiner fi la guérifon de
la Dame de la Folfe a le cinquième ca-
ractère des véritables Miracles, je veux
dire fi elle eft bien prouvée ; il nous
femble , qu'on n'en a ni des démon-
itrations morales , ni de juridiques.
Les Relations, que nous avons citées, la
comparent aux miracles de J. Ghrill:: un
des argumens de la vérité de ceux-ci , c'eft
qu'ils ont été avouez par ceux même qui
avoient intérêt à les coutelier. Nous a-
vons d'abord recherché fi la guérifon delà
Dame de la Foife avoit ce genre de certi-
tude. Nous avons prié * un Antagonille
des Janfenilles de nous dire fa peniée fur
cet événement : il n'a pas jugé à propos
de nous la communiquer; il l'a déclarée
af-
* Le Père Tournemine.
Crémière Partie. 407
afTez ouvertement à d'autres. On voit
même depuis quelques jours un Ouvrage,
d'un Difciple des Jéfuites, dans lequel on
veut rendre fufpede la bonne foi de ceux,
qui ont publié l'événement, dont nous par-
Ions.
Après avoir confulté les Jéfuites, nous
nous fommes adreiTez aux Proteftans;
nous les avons trouvez auiïi incrédules,
fur ce prétendu Miracle que les Jéfuites:
il n'a donc pas le même genre de preuve
que ceux de Jéfus Chriil, auxquels on l'a
comparé. On a donc exaggeré quand on
a parlé du nombre des perfonnes qui l'a-
vouent. C'ell ce qui paroit fur-tout dans
la prière qui fuit la Relation , que j'ai ci-
rée : on y trouve ces paroles : * „ Ce
„ n'ed point dans le fecret , ni dans un
„ lieu obfcur, ni feulement fous les yeux
„ de quelques témoins , ni fur un fujet
„ douteux ou équivoque, que vous avez
„ fait la merveille. Vous aviez préparé
„ l'œuvre de loin, ô vous qui êtes la Sa-
„ geiTe éternelle, & qui diipofez à votre
„ gré de tous les événemens, vous aviez
„ prédeftiné par un confeil éternel ce
„ grand bien-f\it, & vous le teniez caché
„ dans vos thréibrs, jufqu'au moment,
„ où vous aviez réfolu de le faire éclater
,î pour
* Pas- 4^ _ ,
Dd 1
4o8 UEtat du Chrijïtamfme en France^
„ pour votre gloire , & pour celle devo-
„ tre Eglife * Je vous rends gra-
„ ces. Seigneur, à vous, quiètes mon
„ Dieu, de tous ces préparatifs de votre
5, propre fagefle , afin que toute incrédu-
5, lité fut confondue en Ton temps, avec un
„ éclat capable d'accabler la plus envieu-
„ fe, la plus ennemie, & la plus opinià-
„ tre t Vous avez manifeilé votre
,, gloire , non fimplement à un petit nom-
„ bre de témoins choifis, mais aux amis
„ & aux ennemis , à ceux de votre mai-
„ fon & aux étrangers, enfin à .tout l'U-
„ ni vers :j: Le Miracle eft connu non des
„ feuls hah'îtnns de Jérnfalem, mais de
5, tous les habitans de la terre. Qui n'a
„ pas accouru, & qui n'accourt pas en-
,, core pour voir de fes yeux la merveil-
„ le que vous avez opérée! La Cour &
„ la ville , les Grands & ceux du peuple,
„ les fidèles & les incrédules , les pré-
„ miers Pafteurs & ceux du fécond Or-
„ dre , les Envoyez des Rois & des Puif-
„ fances étrangères, quoique feparéesde
„ votre Eglife , tous ont voulu s'inliruire
„ par eux-mêmes de l'œuvre de votre
5, puiiîance [Le Seigneur a fait
oi con^
* Ibid.
t Pag. 5.
% Aét. 4. V. j.
\. Pag. 10. Pf. xcvii. V. V3'
Première Partie. 409
5, connottre le falut qu'il nous réfervoit ;
5, il a nmnifeJiefajufficeauxyeuxdesNa-
„ tions. Toute l'étendue de la terre a -vu
,, le falut ^ que notre Dieu notis a ^rocu-
3) ré
Si nous ne pouvons pas douter qu'on
n'ait exaggeré en parlant à Dieu , qui fait
toutes choies, n'avons-nous pas lieu de
préfumer qu'on l'aura fait aufîi en parlant
à des hommes, dont Tignorance les rend
fufceptibles d'être trompez ? Si nous ne
pouvons pas douter qu'on n'ait exaggeré
en racontant des circonltances , qui pou-
voient être aifément connues , n'avons-
nous pas lieu de préfumer qu'on l'aura
fait auffi en racontant celles, que le Pu-
blic étoit moins à portée d'éclaircir? Tel
eil en particulier l'état, oi^i fe trouvoit la
Dame de la Folle avant fa prétendue
guérifon ; voilà notre premier foup-
çon.
Le refus , que l'on fait de communi-
quer au Public le Procès verbal, dontilefl
parlé dans le Mandement , nous donne lieu
de former un fécond foupçon. Il étoit
naturel que ce Procès fuivit le Man-
dement , afin que le Lerteur vit d'un
coup d'oeil la narration du Miracle , &
les preuves de fa vérité. N'aiant pas trou-
vé cette pièce, où nous avions lieu de l'at-
tendre , nous avons mis pluiieurs perfon-
Dd 3 nés
410 V Etat du Qhriftianijme en France^
nés en mouvement pour nous en obtenir
la communication. Nos foins ont été inu-
tiles. Quel fonds veut-on que nous faf-
fions fur des témoins, qui nous font in-
connus: fur des témoignages, que nous
ne faurions pefer: fur des procédu-
res , dont on nous cache la teneur ?
Il eil Vrai que l'enquête juridique, dont
on nous refufe la communication , * eft
dépofee dans le Secrcterïat de Mr. le Car-
dinal, 011 tous ceux qui doutent de la vé-
rité du fait, qui y eil attelle , font invi-
tez de la venir lire. Ne pouvant nous-
mêmes nous prévaloir de ce privilège,
nous avons fait nos diligences pour avoir
des informations de ceux qui s'en font pré-
valus; ïl nous ont appris, qu'on voit dans
ce Procès verbal des Attellations, qui ne
fauroient contribuer en rien à prouver le
prétendu Miracle, qui en fait le fujet.
Telle eil la Dépofition du célèbre Méde-
cin Helvetius, qui attelle qu'il avoit vu
la Dame de la FolTë il y a treize ans, qu'il
l'avoit guérie alors du mal, dont on veut
qu'elle vienne d'être délivrée par miracle;
qu'il Ta perdue de vue depuis ce temps-
la; qu'il n'ell retourné chez elle que de-
puis le bruit de la faveur miraculeufe qu'el-
le a reçue ; qu'il l'a trouvée avec une cou-
leur
* Mandement du Mr. le Cardinal du Noailles , pag. \6.
Œ^r entière Partie. 411
leur peu vive , un peu foibîe , comme
une perfonne convalefcente , mais affez
forte pour le conduire jufques au bas de
fon elcalier. Cette Attellation n'ell elle
pas plus propre à faire douter du préten-
du Miracle, qu'à en confirmer la vérité?
Eil-il naturel qu'on en produifit des preu-
ves fi peu concluantes , I1 on en avoit d'in-
vincibles? C'ell ce qui donne lieu à un
troifiême foupçon.
Si le Procès verbal contient des Atte-
flations, qui ne font rien au fait, fur le-
quel nous cherchons des éclaircillemens ,
on n'y trouve point celles qui étoient ca-
pables de l'éclaircir. Telles auroient été
celle de la perfonne , qui avoit accoutu-
mé de (ervir la Dame de la Foife dans fes
maladies; celle de fa blanchifleufe , celle
de fon mari, celle de fon Médecin ordi-
naire; fur-tout celles des * Srs. Ajforty^
Leauke\ Gelly , Geoffroy , ^ Herment ,
anciens DoEîeurs ^ Regens de l' /w a demie
de y1 iedecine , que nous avons commis , dit
Mr. le Cardinal, pour examiner^ le -plus
exaBement que faire fe pourr oit ^ l'état de
la dite Anne Char lier ^ femme de François
la Fofje Maître Ebemjle^ ^ donner Jttr
ce leur avis en honneur ^ en con/cience^
fuivant les connoijfances ^ les lumières de,
le$ir
* Mandement de Mr. le Cardinal de Noailles, pag. 2<.
Dd 4
411 U Etat du Chrijîïanifme en France,
leur art. Pourquoi ne produit- on pas les
Atteftations de toutes ces perfonnes dans
le Secreteriat de Mr. le Cardinal; où cha-
cun eit admis à lire l'enquête juridique,
qui a été faire fur ce fujet ? C'ed ce qui
nous donne lieu à former un quatrième
foupçon.
Nous en avons un cinquième, qui naic
de ce qu'on nous dit touchant les raifons,
qui ont empêché TEbenilte la Foiîe de
certifier par une Atteltation juridique la
guérifon miraculeufe de la femme.
Pourquoi ne l'a-t-il pas fait? C'ell, dit-
on , * que ce rétahlijjemcut fiibit avoït
pour ainjï dire tr ans figuré fa fernme à Je s
yeux., en forte que fe?nb table à un homme.,
qui auroit vu un phantôme lui apparaître ,
il trembla extraoràinairement de tout [on
corps ^ ne pût prononcer aucune parole
quand elle approcha de hii^ & fin tremble-
ment et oit encore (î violent lorfque l'infor-
mation a été faite , quil ne pût figner la
dépofition. Cette circonilance eil; rappor-
tée dans t le Mandement de Mr. le Car-
dinal. Elle ell alléguée dans les nouvel-
les Relations du Miracle , comme une
nouvelle preuve de fi vérité & de ia
grandeur. Mais fi TEbcnille la Folîe é-
toit fi ému, lorfque fa femme lui fut ren-
due
* Relation de miracle , 5cc. pag. 17.
t Pag. iz.
Crémière Partie. 4 1 3
due par un il grand Miracle , rétoit-il
encore lorsqu'on en feibit les enquêtes
juridiques ? S'il l'étoit lorsqu'on feibit
ces enquêtes, l'étoit-il encore quand on
a publié la Relation, que nous avons ci-
tée? Que fi cette émotion, leul motif du
refus de fa lignature, ne dure plus, pour-
quoi rcfufe-t-il de la donner encore ?
Enfin, (& c'elt ce qui donne lieu de
former un fixiême foupçon ) ce n'ell pas
par de llmples conjedures, qu'on décou-
vre les motifs de la luppreilion des Atte-
îlations les plus ellentielles du Procès ver-
bal. On fait d'une manière politive, que cel-
les des cinq Médecins , commis pour exa-
miner l'état de la Dame de la Folle, portent ,
non qu'elle a été guérie par un Miracle;
mais qu'elle n'étoit pas malade lorsqu'ils
l'ont examinée. C'ell ce que nous lilbns
dans l'Ouvrage , qui vient de paroî-
tre, & dont le but principal n'eil pas
tant de décrier le prétendu Miracle, que
de prouver qu'il n'a rien de flivorable
au Janfenifme. Je n'ai pas deiîein de rap-
porter ici les raifons,quecet Auteur allègue
pour prouver fi thèfe. Il y en a pour-
tant une, qui m'a paru fmguiière, & que
je ne faurois fupprimer. * „ Vous paroif-
fez
* Lettre d'un Théologien à Monfeigneur l'Evcque de
Montpelier fur la Lettre Pallorale , &c. pag. ii.
Dd 5
414 L^Etat du Chriftïanirme en France <,
„ fez faire un grand fonds, dit-il à Mr.
'„ l'Evêque de Montpelier , fur ce que
„ c'eft entre les mains d'un Janfeniile,
„ que JéfusChri{l,îe Pontife & FEveque
„ de nos âmes , veut accorder la guériibii
5, miraculeufe de la nouvelle Hémor-
„ rhoïiFe. Mais en vérité , Monfeigneur,
„ il eil; étonnant qu'une fifoible lueur ait
5, été capable de vous éblouir? Car enfin
„ Jéfus Chriit étoit aduellement entre
„ les mains des Juifs, lorsqu'il remit l'o-
„ reille à Malchus. Pourriez- vous con-
5, clurre de-là que Jéfus Chriil en ope-
„ rant ce Miracle voulut autorifer le
5, minillère de la Synagogue infidèle &
5, reprouvée , ou bien honorer le Pontifi-
5, cat de Caïphe ? .... Vous favez
5, bien que Jéfus Chriil, converfant avec
„ les hommes, voulut bien permettre
„ que le Démon lui-même le tranfportàt
5, fur la cime d'une montagne. Si donc
3, il fe fut trouvé alors quelque malade,
„ qui eût vu fon divin Rédempteur
,, dans cet état, n'auroit-il pas pu im.plo-
„ rer fon fecours, & lui demander fa
„ guérifon ? Jéfus Chriit n'auroit-il pas pu
„ la lui accorder, & en l'accordant au-
„ roit-il prétendu faire l'apologie du
5, Prince des ténèbres , fous prétexte
„ que ce feroit entre fes mains qu'il au-
„ roit opéré ce Miracle ? Mais quoi que
cet
Crémière Partie. 415
cet Auteur fuppofe la guéri fon mira-
culeufe de la Dame de la FolTe , il
nous fournit plufieurs raifons d'en dou-
ter. Il infiile principalement fur la
fupprelîîon des Atteitations des cinq Mé-
decins. Il introduit des incrédules te-
nant ce langage : * „ Cette Atteltation
5, efl fi mnportante & fi effentielle , qu'il
„ elt furprenant , qu'on n'ait pas jugé à
„ propos de la produire, & qu'on la
„ tienne cachée dans un Procès verbal,
„ où perfonne ne peut la confulter.
„ On fait encore que les Médecins pref-
„ fez de rendre témoignage, que la gué-
„ riibn de la Dame de la FofTe étoit furna-
„ turelle & miracuieufe, ONT CON-
„STAMMENT REFUSE DE
5, LE FAIRE, & tout ce que l'on a
,, pu obtenir de leur part, c'eftl'Atteitation
„ qu'ils ont donnée fur le rapport de
„ la Sage-femme, qui avoit vifité la dite
„ Dame, qu'elle n'a voit plus la maladie,
„ dont ont difoit qu'elle avoit été tra-
„ vaillée. Que fi l'on objede à ceux
que l'yVuteur fait parler de cette manière,
que foixante témoins attellent juridique-
ment la guérifon de la malade: ils répon-
dent „ que ces témoins font dirigez par
„ les Appellans,qui pourroient bien leur
„ avoir fait leur leçon , & les avoir en-
* Pag. 5.
41 6 V Etat du Qhrifîianifme en France y
„ gagezàdépofer: qu'en fuppofant même
„ une forte de bonne foi dans ces témoins,
„ leur témoignage eft peu de chofe, &
„ quon n'eil pas obligé d'y déférer:
„ qu'ils n'ont pas pu s'afîurer de tous les
5, faits qu'ils dépofent: qu'ils n'ont pas
„ vifité la malade: que n'ctans ni Chirur-
„ giens, ni Médecins, ils n'ont pas eu les
„ lumières fuffiîlmtes pour en bien ju-
ger
Si cette réflexion ne fuffifoit pas pour
invalider la dépofition des foixante té-
moins ; je renverrois mon Lerteur aux
perfonnes, que leur emploi appelle à exi
gcr des dépofitions juridiques ; elles lui
apprendroient,que la moindre lueur fuffit
pour engager le petit peuple à attefler des
faits , & à les confirmer par des fermens.
Que 11 Ton fuppofe de l'ignorance, ou
fuTiplement de la négligence, dans celui
' qui fait jurer les gens de cet ordre, leur
ferment ne prouve plus rien. Si on a fu-
jet de lui attribuer delà partialité, ou un
peudemauvaife foi ,ces fermens prouvent
moins encore. N'infiilons pas fur cette
réflexion; il efl allez clair, ce me fem-
ble, que la guérilbn prétendue miracu-
leufe de la Dame de la FoiTe eil malprotr-
vée : elle n'a donc pas le dernier caradère
d'un véritable Miracle.
Qu'elt ce donc que ce Miracle.^ Eit-ce
pré-
Crémière Partie. 417
préjugé?E{l-ce impoflure? Nousn'ofonspas
examiner cette quellion , nous en laiflbns
la décifion au jugement de Dieu. La
guériibn de la Dame de la FofTe n'a aucun
des caractères des véritables Miracles:
cela fiiffit pour nous empêcher de la re-
garder comme miraculeufe. Que fi dans
cela même nous paroiflbns témoigner un
excès de défiance pour ceux qui ont publié
cet événement, nous vous conjurons , Mef-
lieurs, de vous rappeller les fujets, que
plufieurs perfonnes de votre Communion
nous en ont donnez, par tant de Mira»
des feints, dont je voudrois vous épargner
la honte en les lupprimant.
On pourra nous objeder, qu'une partie
des raiibns, qui nous engagent à douter
de la guérifon publiée par Monlieur le
Cardinal de Noailles, portent fur celles
de rhîémorrhoïire de l'Evangile. Aulli
avouons-nous que fi ce dernier Miracle
avoir été feul , s'il n'étoit pas attcflé par
des hommes , qui en ont flnt d'un autre gen-
re, il ne nous paroîtroit pas iuffifanc pour
autorifer la million deJéfusC.
Peut-être nous dira-t-on , que fi nous a-
vions de la foi , nous ne ferions pas fi fer-
tiles en ditiicultez , & nous ne douterions
pas que la Dame de la FoiTe n\iit été gué-
rie d'une fiçon miraculeufe. Mais nous-
avons prévenu cette objection , lorfque
nous
41 8 UEtat du ChriflUiùfme en France^
nous avons défini la foi des Miracles,
une âïjpofitïon d'e/pnt, qui 7ious perfita-
de^ que Dieu fera en notre faveur tout ce
qui efi une fuite nécejjaire de l' éminence de
Je s perfections , ott tout ce à quoi il s'eji en-
gû'^é par quelque Révélation particulière.
Qu'on nous prouve qu'il fuivoit de l'émi-
, nence des perfedions divines, que la Da-
me de la Foiîe fût guérie par un Miracle,
ou qu'on nous produiie la Révélation,
par laquelle Dieu s'étoit engagé à la gué-
rir miraculeufement, nous croirons alors
qu'elle l'a été.
Si cette malade avoit eu de juftes no-
tions de la foi des Miracles , elle auroitfû
qu'on ne peut pas fans témérité fe promet-
tre une guérifon miraculeufe ; elle auroit
fuivi les fages directions de fon Diredeur ,
qui lui avoit confeillé * de ne pas tenter
Dieu par la demande d'une guérifon publi-
que.
Si la femme Proteftante , dont il efl
parlé dans le Mandement de Mr. le Car-
dinal de Noailles, avoit eu de jultes no-
tions de la foi des Miracles , elle n'auroit
pas aiTuré la malade , t ^^^^ fi ^^^^ ^'^oit
autant de foi que l' Hémorrho'ifje de T Evan-
gile,
* Mandement de Mr. le Cardinal de Noailles, pag. 6.
t Voi. la nouvelle Relation du Miracle, &c. pag. ic
•Il efl: ajouté pag. 17. que quand l.\ Piotellante dit à la
Dame de la Folîc aprvcs fa guérifon .- Ma cticre enfatit je
'VOUS aï l'un dit te matin , que Ji vous aviez, de In fol vf>u4
Jeriex. guérie.
Première Partie. 419
g'tle , elle en feroit récomfenfée comme elle.
Et quelque fcrupule que je me fafTe de
mettre dans un même article d'illuftres
Prélats & des femmes peu éclairées, dont
réducation peut en partie excufer Tigno-
rànce; j'ajouterai: fi Monfieur le Cardi-
nal de Noailles & Mr. l'Evêque de
Montpelier avoient fait attention à la na-
ture de la foi des Miracles , ils n'auroient
pas confondu avec cette vertu la témé-
raire afTurance de la Dame de la Foife.
Nous vous l'avons déjà repréfenté,
Meffieurs , & nous vous le déclarons en-
core , les Proteitans accoutumez à puifer
les paflages de l'Ecriture dans leur four-
ce, & à en examiner la liaifon, font fur-
pris de vous en voir fi fouvent détourner
le fens. 11 e(t quelquefois permis, je l'a-
voue, d'y faire allufion , fans prétendre
en tirer des preuves. 11 ell vrai pourtant
que cette méthode , toute innocente
qu'elle eft , doit avoir fes bornes. Il ar-
rive même fouvent 'à ceux, qui s'accou-
tument à la fuivre, de perdre infe^nfible-
mentde vue la penfée des Auteurs facrez,
^ d'en tirer des conféquences tout oppo-
fées à celles qui en fuivent naturellement.
Une àllufion de ce dernier genre a échapé
à Mr. l'Evêque de Montpelier. Il veut
prouver que la Dame de la FolTe n'edpas
idolâtre pour adorer les fymboles de l'Eu-
cha-
410 VEtat du Chrlftianïfine en France ^
chariilie, ni hétérodoxe pour adhérer aux
Janieniltes. La preuve, qu'il en donne, c'eft
que Dieu la diltinguée de routes les au-
tres femmes, en lui accordant une guéri-
fon miraculeufe: le Prélat fe récrie fur cet-
te diltindion , & il cite ces paroles dejéilis
Chrill aux Juifs de fon temps : * Il y a-
'voit plnjleurs lépreux en Ifrael au temps
du ^-^rophète Elifée, ^ néanmoins aucun
d'eux ne fut guéri , n?ais feulement Naa-
man le Syrien, Mais qui peut ignorer que
Naaman ne fut idolâtre? Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, (kc.
De \x H-aye le 14. Mars 1716.
SAURIN.
* Voi. Lettre de Mr. l'Evcqnc de Montpelier, pag. ip.
Cor re£î ions ^ ^ changemens.
Pag. 311. ]ig. I. expliquera, lifez expiicjueront.'P^g. 311. lig.
13. apparitions , liiez vijttes. Pag. 353. lig. zS. d'évidence,
liiez de certitude.
Le Lcdteur elt aiiiîî prie de remarquer, que tout ce qui
fe Ut depuis la pénultième ligne de la page izi. de cet
Ouvrage, jufqu'à la 14. ligne de la page 12,3. eit une
citation d'un Auteur , dont nous n'approuvons pas plus
la Chronologie que le railbnnement.
PIEIIRE. HUSSON avcnitle Public,
qu'on a contrefait les prcmiè es reuilles de PE-
îat du Chnftianifme en France^ p.ir Mr. Saurin^
qu'on y a fait diverfes fautes qui défigurent cet
Ouvrage, & emprunté le nom de IWuteur 6c
de l'Imprimeur, ce qui a obligé le dit HulFon
à demander un Privilèj^e à Nos Seigneurs les E-
taîs de Hollande (^ de tVeftfrife.^ qu'il a obtenu ,
Se de mettre Ton fcing à la fin des Exemplaires,
qui feront avouez par l'Auteur.
LET-
LETTRES
SUR
L' E T A T DU
CHRISTIANISME
E N
F R A N C E.
A la Haye , chez P i g R R i: H "c r^ s o ^^ 1717.
AVIS DE L'AUTEUR.
^"|Ous nous fommes engagez d'examiner, dans
^ la première Partie de cet Ouvrage, qua-
tre des principaux motifs , qui retiennent les
Catholiques Romains dans leur Communion, &
qui les éloignent de h nôtre. ILç premier , c'elt
la nécelTité d'un Tribunal infaillible, & la pré-
tendue incapacité, oii font lesP<»!rticuliers de dif-
cenier par cux~mémis la véritable Religion d'a-
vec les fiufTes. l.c fécond^ font les miracles, que
l'on croit opérez, en faveur de TEglife Romaine.
JL,e îroifîcym ^ c'ell la nouveauté de l'Eglifç
r*rote fiante. Le quaîrims^ c'ell la majefte du
Sacrement de TEuchariftie, & ces déclarations
du Sauveur: Ceci efi mon corps ^^c. Si vous ne
f/îangez pas h chair du Fils dç V homme ^ &ç. vous
71^ aurez point la vie, êcc. Nous avons examiné
les deux premiers de ces motifs ; nous allons
fuivrc notre plan , auquel nous ne faifons
point d'autre changement, que cçlui de traiter
les queilions de l'Eucharillie avant celles qui re-
girdent la prétendue nouveauté de la Religion
Vroteftante.
Lifei dans la page 516. .H. 24. au lieu ùs ^tut-être m
fi'.a , &c. ^êut-iîre à vofre avis en aU t Î^C.
Première T art te. 411
LETTRE XIX.
^ans laquelle on donne une idée générale
des controverfes , qui s* agitent entre les
Catholiques Romains & les TroteJUni
fur l'Euchariftie,
M
ESSIEURS,
Avant que de juflifier le fyflême des
Proreilans fur l'Eucharidie, je ferai quel-
ques remarques deltinées à abréger nos
controverfes fur ce fujet , à prévenir cel-
les qui ne font venues que de ce qu'ons eft
mal entendu , & qu'on n'a pas aiîez clai-
rement pofé l'état des queftions qu'on vou-
loit traiter.
I. Nous avons deux célèbres difputes
fur l'Euchariflie. La première regarde la
nature de ce facrement : la féconde re-
garde celle des fymboles , qui nous y font
donnez. Vous voulez que l'Euchariflie
foit * un facrifice proprement ainfi nom»
mé : les Proteitans veulent que ce foit
une fimple commémoration de celui que
Jéfus Chriila offert à Dieu fur la croix;
c'eft
* Si quis dixcrit in Mifla non offerri Deo verum &
proprium facriiîcium , aut quod ofFcrri non fit aliud quàm
Chriftum nobis ad manducandum dari; auatUema fit.
Tom, 1. Ee
42. i L'Etat duChriftianifine en France ^
c'ell: là le fujet de la difpute fur la nature
de ce facremenc. Vous voulez que le
pain del'EucharilHe foit le propre corps,
& que le vin foit le propre fang de Jéfus
Chrifl: nous foutenons qu'ils n'en font
que la figure; c'eil: la difpute que nous
avons fur la nature de ces fymboles. Il
efl clair , que fi nos idées fur la fécon-
de queflion font jufles , celles que nous
avons fur la première le font aufli ; lî le ^
corps & le fang de Jéfus Chrifl ne font '
qu'en figure dans le facrement de l'Lu-
chariflie , il ne fauroit être un facrifice
proprement ainfi nommé , dans lequel on
offre à Dieu le corps & le fang de Jéfus
Chrift. C'efi: ce qui nous détermine à
nous borner à l'examen de cette féconde
quelb'on.
II. Nos controverfes fur cette matière
n'ont aucun rapport avec celles que tous
les Chrétiens ont avec tes Déifi;es & les
Libertins fur les Attributs de Dieu , par-
ti-
* Si quis dixerjr i!Us verbis , hoc facite in meam com-
memorationem , Chriflum non inHituilfe Apoftolos faccr-
dotes, autnon ordinale uî ipfi ."iliiquc façeidotes ofFer-
rent corpus & languin-cm fuuai ; anvithema lit.
I Si quis dire lit ?.'i''as iu.rihcium tantiim effe laudis &:
gntira'uin aâ:iorji3,.aut nudan. cominemorationem facii-
ficii in cruce ^eradi , no'.i autem propitiatorium; vel foli
prodefTc Jimenii ; i)eque pro vivis & defundis , pro pecca-
tis , ôcpœnis, fati<:frfli; nibus & aliis ncceffitatibus oiferii
debere; anathema lit. Concil. Trident. IciT. xxn. cap.
9. de fachfîc. MilTae, Can. i. 2, 3. pag. 135.
Crémière Partie, 413
ticuliérement fur fa véracité. Les Catho-
liques Romains & les Protellans recon-
noifTent unanimement , que tout ce que
Dieu attelle eft véritable. Ils détellent
unanimement tout ce que les ennemis du
Chriilianifme avancent contre ce princi--
pe. Il ne s'agit pas entre vous & nous de
lavoir, fi l'on doit croire ce que Dieu dé-
cide fur la préfence de Jéfus Chriit dans
l'Euchariilie : il s'agit de déterminer ce
que Dieu a décidé. Quelques différen-
tes que foient vos penfées & les nôtres
fur ce fujet, nous ne devons pas nousac-
cufer réciproquement , de révoquer en
doute les décilions de l'Etre infaillible ;
tout ce que nous pouvons nous repro-
cher, c'efl de les avoir mal entendues.
III. Il y a de l'ambiguité dans cette ex-
preffion , la réalité^ la préfence réelle de
Jéfus Chrïfî. Les Proteilans reconnoif-
fent qu'il eil réellement préfent dans
l'Euchariilie. Entant que Dieu il eft par-
tout. Il efl d'une façon particulière avec
les fidèles, félon cette promefîè qu'il fai-
Ibitàfes Apôtres, & en leur perfonneà
toute l'Egliie, * Je fuis avec vous jufqu''à
la fin du monde. 11 efl: d'une façon plus
paiticulière dans les Ailemblées de reli-
gion , félon cette autre promefîè , j Où il
Ee -L j
* Matth. xxvni. zo.
t Matth. xviri. 20.
4^4 J^Eitat du Chrtjiianifme en France ^
y a deux ou trois fer finîtes a-femblées en
mon nom , je (ni s au milieu d"* elles. Mais
quand nous difons qu'il ell réellement dans
i'Euchariilie , nous entendons unepréfen-
ce plus intime que toutes celles dont nous
venons de parler. Le facrement de la
fainteCène retrace à notre efprit ce que la
Religion a de plus grand: nous y célé-
brons par l'ordre de Jéfus Chrill , non
feulement le myltère de Ton Incarnation ;
mais celui du l'acrifice, par lequel il nous
a reconciliez avec Dieu. Et comme nous
apportons à cette augufle cérémonie les
fentimens les plus agréables à ce Rédemp-
teur, il s'y communique à nous d'une ma-
nière plus étroite & plus tendre que dans
les autres cérémonies de la Religion. Juf-
ques-là nous convenons avec vous, Mef-
fieurs. Ne nous taxez donc pas de nier la
préfence réelle de Jéfus Chriil dans l'Eu-r
chariilie: tout ce que nousnion^c'eit qu'il
y foit corporellement.
IV. Dans ce que nous allons propofer
fur I'Euchariilie, nous faifons abltraéHon
des controverfcs , que nous avons avec
vous fur l'autorité de l'Eglife. Nous en-
treprendrons bien de prouver que nos
idées fur ce facrement font conformes à
celles des premiers Chrétiens. Mais nous
déclarons pourtant que nous fondons no-
tre fyflême, non fur les décificns de l'E-
gii-
Crémière partie. 415"
glife , mais fur celles de Jéfus Chrift. Ce
qui nous engage à faire ici cette remar-
que, c'eit qu'il y a parmi vous des Doc-
teurs de grand nom , qui ont la bonne foi
de reconnoitre, qu'on ne lauroit démon-
trer par l'Ecriture le dogme de la Tran-
fubitantiation ; & que c'ell à l'Eglife à fixer
la fignification des textes équivoques , fur
lefquels elle prétend Tappuier. Vous
trouverez dans la litle de nos citations
plufieurs de ces aveus. Je me contente
de rapporter ici les fingulières paroles de
Scot, auxquelles le Cardinal Bellarmin n'a
pas fait difficulté de foufcrire : On f eut
prouver, dit ce célèbre Cardinal , '^ quil
n'y a dans l' Ecriture Jainte aucun paJfagQ
affez, exprès en faveur de la Tranfubjian-
tiation , pour nous forcer par fin évidence
à admettre ce dogme , fi lEglifie ne Kavoit
décidé.
v. Quand nous attaquons votre fyffê-
mefur TEucharillie, nous avons en vue
celui que le Concile de Trente a déter-
miné , & qui eit généralem.ent reçu par-
mi
* Scot dicit , non extrire locum ullum in Scripturâ
t;\m expreffum , ut fine declaratione Ecclefiae evidenter
cogat tranfirbllantiationem admittere : atque id non eft oni-
lîino improbabire,8cc.Difput. Bellarm.Tom. M.Trad. de
Eucharift. lio. ni. cap. xxiii. pag. 767. Scot. iv. dift. n.
quxft. 3. cité ibid. Cameracenfis iv. Sent. dift. 11, qu. 6.
art.r. cité ibid. Voi. aufîi Tanner. Compend. relat. Colioq.
Ratisb. part. z. cap. 6. pag. 73.
Ee 3
4^^ UEtat du Chriftianïfme en France^
mi vous. Que ceux de vos Dofteurs, qui
en ont de particuliers , dîfcnt ouverte-
ment ce qu'ils ne font qu'infinuer d'une
manière couverte: nous verrons alors juf-
qu'oii nous pourrons convenir avec eux.
Mais comme leurs idées fur ce fujet ne
font pas avouées par votre Communion,
elles n'entrent qu'indiredement dans des
Lettres, que nous adreiibns aux Catholi-
ques Romains, non à ceux qui faifant pro-
feiïion de l'être , ont une Religion que
i'Eglife Romaine defavoue.
Enfin nous avertiiïbns, que nous ne pré-
tendons pas ramener ici toutes les difpu-
tes , qu'il y a eu entre les Catholiques Ro-
mains & les Proteftans fur le facrement
de la fainte Cène. Beaucoup moins nous
engageons nous à découvrir les fraudes
de quelques indifcrets partifans du dogme
de la Tranfubtlantiiî.tion , qui ne pouvant
l'établir par des railbns folides , travaillent
à le fonder fur des miracles , dont la grof-
fière fuppolîtion ell incomparablement
plus propre à éloigner les efprits raifonna-
bles de votre Communion , qu'à les y at-
tirer. L'excès eft allé {\ loin à cet égard-
là, qu'un Jéfuite, nommé Fr.TouifainBri-
douî, a publié à l'Ille en 1672. * un Li-
vre ,
* Je n'ai pas l'original de cet Ouvrage, 5c je me fers
d'iyie traduûion Angloife, imprimée à Londres en 1687.
Trémière T art te, 4x7
vrc 5 qui a ce titre : U école de PEucha-
rifiie t érablïe fur les refpefls miraculeux ^
(fiie les bêtes à quatre fïeds , les oifeaux ,
Ç^ les mfeôfes ont rendus au faint [acrement
de l' Alltel: Ouvrage propre à augmenter la
dévotion , que les Catholiques ont pour ce
divin myftère , ^ à confondre les Héréti-
ques^ qui le rejettent. L'Auteur déclare
fon deflein dans la Préface; il dit qu'il ne
croit pas deyoir fc donner la peine de ré-
futer ces écervelez d'Hérétiques , qui
poulie z par le Démon veulent anéantir la
foi , qu'on a pour l'Euchariilie : que puis-
qu'ils ont renoncé à laraiibn,il les envoie
à l'école des bêtes , qui étant fans doute
conduites de Dieu, ont montré une in-
clination pour l'adoration de ce facrement,
& pour la defFence de fa vérité. C'eftauf-
fi ce que le Jéfuite a exécuté dans fon
Ouvrage. Il a rangé par ordre alphabéti-
que les noms de diverfes efpèces d'ani-
maux, qui ont fignalé leur zèle pour le dog-
me de laTranfubllantiation.
Par exemple, voici ce qu'oa trouve au
mot Abeilles. Un Payifan d'Auvergne,
voiant que fes abeilles alloient périr, s'a-
vifa de retenir l'Hollie, qui lui avoit été
donnée dans la Communion , & de la
mettre dans une de fes ruches ; cette
Hofliâ tomba à terre, & il arriva incon-
tinent , O merveille ! s'écrie l'Auteur ,
Ee 4 que
4i8 UEtat du Chripmntfme en France y
que toutes ces abeilles fortirent de leurs
ruches, fe rangèrent d'elles-mêmes'^! bon
ordre autour deTHollie, & l'aiant fou-
levée avec leurs ailes, elles la placèrent au-
tour de leurs raions. Le Payiian revint , &
il vit que fon expédient a voit eu un fuc-
cès tout contraire au but qu'il s'étoit pro-
pofé, car toutes fes abeilles étoient mor-
tes, ^ aiant levé une ruche, il trouva
THoflie, qui avoit pris la fortîîe d'un bel
enfant ,&c. C'eil celle que les Légendaires
lui donnent ordinairement dans ces occa-
fions ; j'ignore ce qui les détermine à ce
choix, mais il me femble qu'il n'y a pas
plus de raifon de fepréfenter JéiusC^hrilt
îbus la forme d'un enfant dans le myilère
de fa Croix, que de le repréfenter dans
fon berceau fous celle d'un homme de
trente-trois ans.
Au même titre le Jéfuite rapporte, qu'un
Payifan allant viiiter fes abeilles , il les
entendit qui faifoient un concert harmo-
nieux; il en informa d'abord fon Curé: &
puis fon Lvêque, qui s'avifa de faire rom-
pre la ruche , d'où partoient des fons li ex-
traordinaires; on y trouva une boite fai-
te de cire, mais li blanche (k ii éclatante,
qu'on l'auroit priié pour être d'y voire.
Dans cette boite étoit le facrement, que
ces abeilles environnoient , & auquel elles
rendoient , à leur manière , l'hommage
de
^rémièYe Partie, 419
cle leur adoration. On peut voir dans la
fuite de cette hilloire comment cette Ho-
Itie étoit venue là.
Au titre àH / gneau il efl raconté, que
fainte Colette menoit avec elle à l'Eglife
une brebis , qui ne manquoit jamais de
fléchir les genoux , lorfque le Prêtre fai-
foit l'élévation.
Au titre à! Aragnée TAuteurnousaprend,
qu'un Religieux de l'Ordre de Cilteaux
célébrant la MelTe en la préfence de fon
Abbé , appelle Walenus , une aragnée tom-
ba dans le calice, où étoit le vin confa-
cré. Le Religieux douta s'il devoit conti-
nuer la célébration des facrez myllères.
L'Abbé lui commanda de le faire. Le
Religieux obéit, & il avala courageufe-
ment le vin avec l'infecte , qui y étoit
tombé. De retour chez lui il fentit de la
démangeaifon au bout d'un de fes doigts,
qu'il frotta, ce qui y caufa de l'enflure;
où il fit une petite incifion , par laquel-
le on vit fortir l'aragnée qu'il avoit ava-
lée.
Au titre d'/^;/^ il efl dit, qu'un bon Prê-
tre , de la Paroiile de faint Jaques à Colo-
gne, portoit le facrement à un malade
hors de la ville: qu'il fut obligé démonter
une colline très rude, où il fut rencontré
par une troupe d'Anes chargez , quidefcen«
doient vers la ville , & qui lui fermoientle
Ke 5 paf.
430 L! Etat du Chrîjiiamfme en France^
paflage, ce qui l'obligea de leur faire cet-
te grave remonftrance: Mes ânes^ quel
eft donc votre deffein ? Ne voyez-vous pas
celui que je porte ? Rangez vous : faites
flace à votre Créateur , c'eji en fon nom
^ue je vous r ordonne. O merveilletife doci-
lité ! s'écrie encore l'Auteur ,les ânes , qui
n avoient accoutumé de le mouvoir , que
lorsqu'ils étoîent frapez , fe placèrent
précifément dans l'endroit , oti la colline
avoit le plus de pente , & ne craignirent ,
ni de fe précipiter , ni de hifTer tomber
leur charge.
Voici ce qu'on lit au mên-ie titre. Un
Chevalier, de l'Ordre de Jérufalem , étoit
arrivé à Famagoufte , ville de l'ifle de
Chypre. Pendant que les compagnons de
fon voiage étoient allé chercher des pro-
vi/ions pour leiu* vaiiTeau , il fe promena au
bord de la mer, où il rencontra unefem-
me qu'il aborda , & à qui il demanda fi
elle avoit des œufs à vendre. Cette fem-
me étoit une véritable Medée , elle lui
donna des œufs qu'il mangea , qui lui
caufèrent une e)<trême altération, qui lui
troublèrent le cerveau , & qui lui firent
perdre la parole. Lorsque fes compa-
gnons arrivèrent il voulut retourner à eux;
mais quelle fut £a furprife, quand il vit
qu'on l'appelloit ane, qu'on le chargeoit
de mille coups, & qu'on l'empêchoit de
mon-
Crémière ^Partie. 431
monter dans le vaiiTeau , qui fit voile , &
qui lelaiffa feul fur le rivage. Ce pauvre
Chevalier neut point d'autre reiïburce,
pour ne pas périr de faim , que d'aller
dans la maifon de celle qui étoir la caufe
de fon malheur, & de la fervir en quali-
té d'àne. Il fut réduit à cette triile con-
dition pendant trois ans entiers , après les-
quels il eut le bonheur de palier devant
une Eglife: il y entendit une fonnette,
qui annonçoit l'élévation du faint facre-
ment de l'autel ; il tourna fes yeux vers
ce facré lieu qu'il n'ofoit approcher , il fe
prolterna en terre , & levant le cou il a-
dora le faint facrement. Son aftionfut re-
marquée ; on crût devoir obferver un âne
fi religieux: on le fuivit dans fa maifon:
on contraignit la Sorcière d'avouer le cri-
me qu'elle avoit commis, & de l'expier par
les flammes , après qu'elle eût rendu au
Chevalier fa forme naturelle.
Je n'alléguerai plus qu'un exemple du
refpe£t religieux, que les animaux ont té-
moigné pour le facrement , c'eft celui
d'un Faucon, qui étoit contemporain de
fainte Brigitte , & qui failoit fa demeure
ordinaire fur la tour d'une Eglife, fi jene
me trompe, de Nuremberg; cet oifeau
avoit une fi grande vénération pour le
lieu , où étoit le faint facrement , qu'il
ne vouloit jamais y fouffrir la compagr^e
dau-
43 2* UEtat du Chriftianîjmc en France ^
d'aucune femelle. Il feretiroit fur les mon-
tagnes lorsqu'il vouloit pourvoir à la mul-
tiplication de fon efpèce ; après quoi il re-
venoit fur la tour; lailîant en cela, ajoute
TAuteur , un bel exemple de la décence
qui eft due aux lieux facrez.
Jefuis très éloigné, Melîieurs, démet-
tre fur votre compte des fables, que vous
trouvez vous-mêmes fi peu dignes du My-
ilère, à la confirmation duquel on les
veut faire fervir.
Je ne m'arrêterai pas non plus à com-
battre les conféquences , que * Monfieur
]e Cardinal de Noailles tire de quelques
faits rapportez par des Auteurs plus dignes
de foi que le Père Bridoul , & fes ga-
rans. Il paroitra aiïez par la fuite de cet
Ouvrage, que le dogme de la Tranfub-
Itantiation, prouvé par des miracles, n'eit
pas d'un genre à pouvoir l'être. Tous
ceux qu'on pourroit alléguer en fa faveur
ne feroient propres qu'à jetter dans le
Pyrrhonifme , en mettant en oppofition
démonllration à démonftration . & en dé-
truifant les plus puiffans motifs de crédi-
bilité.
Il ne feroit peut-être pas impoïïible de
prouver, que quelques-uns des faits, dont
par-
* Voi. le Mandement de Mr. le Gard, de Noailles du
10. Août 1715. pag. 19. &c.
'Première 'Partie. 433
parle Mr. le Cardinal de Noailles , ne doi-
vent leur naiflance qu'aux fraudes pieufes
des fiècles , dans lefquels on prétend qu'ils
font arrivez. Mais fuppofons qu'on ne
nous impofe pas en les racontant , bien
loin que cette luppcfition jullifie les idées,
que l'Egliie Romaine fe forme du facre-
ment deTEuchariftie, elle ne prouve pas
même que quelqu'un les ait eues alofs.
Dieu a opéré des miracles par le minillè-
re des fymboles de l'Euchariftie, je Tac-
corde ; mais en faifant cet aveu fuis je
contraint de reconnoitre, queJéfusChrifl
étoit corporellement dans ces fymbo-
les?
Une femme après avoir facrifié aux I-
doles (c'ell: St. Cyprien qui rapporte ces
événemens) s'approcha par furprife de la
fainte Table , mais dès qu'elle eût com-
munié elle fut renverfée par terre avec
des tremblemens & des agitations, com-
me fi elle avoit pris du poifon. Dieu ne
voulut point, dit le St. Evêque de Car-
thage, que fon crime fut impuni; elle
avoit trompé les hommes , elle éprouva
l'indignation du Dieu vengeur , qu elle
n'avoit pu furprendre.
Une autre voulant ouvrir avec des
mains impures le cofre , où TEuchariflie,
que l'on permettoit alors aux fidèles
d'emporter dans leurs maifons, était ren-
fer-
434 L'Etat du Chrijîianifme en France y
mée, il en fortit un feu qui Tempêcha
d'y toucher.
Un troifiême,qui étoit tombé dans l'i-
dolatrie , fut afTez téméraire pour vouloir
participer au facrifice dejéfus Chriit , que
î'onvenoit de célébrer; mais il ne put ni
toucher,ni manger le corps dejéfus Chriit.
Aiant ouvert fes mains , dans lefquelles ,
félon la coutume de ce temps-là , il avoit
reçu la fainte Euchariltie , il n'y trouva
que de la cendre.
J'accorde tous ces faits. Autorifent-ils
le culte , que les Catholiques Romains
rendent au facrement de FEuchariftie ,
& les idées qu'ils en ont ? Toutes les
créatures , par le miniftère desquelles
Dieu a fait des miracles , ont-elles été
tranfubftantiées en Divinitez , & font-el-
les dignes du culte de la fupreme adora-
tion?
Je fais le même raifonnement fur les
autres faits miraculeux, racontez par Mr.
le Cardinal. Le pain de l'Euchariflie fut
changé en pierre dans la bouche d'une
femme Macédonienne , qui ne s'étoit ap-
prochée du facrement de l'Eucharillie
que par un principe d'hypocrifie: le frè-
re de St. Ambroife encore Cathecumè-
ne, & menacé de faire naufrage, deman-
da le facrement à des Chrétiens initiez,
qui fe trouvoient dans le même vaillenu.
On
Crémière Partie. 435^
On ne lui eut pas plutôt remis les fym-
boles de l'Euchariltie , qu'il les lia dans
un mouchoir , qu'il mit à Ton cou , &
content d'être armé du bouclier de la
foi, plein de confiance pour les faintes ar-
mes, dont il étoit muni, il fe jetta dans
la mer , & il échapa du naufrage.
Sous le Patriarche Menas le fils d'un
Juif verrier fe mêla parmi les enfans, aux-
quels on donnoit les particules du corps
de Chrilt, qui étoient reliées du facre-
ment ; il en mangea , & il le déclara âfon
père. Le Juif en fureur jetta dans le four
ce fils, qui avoit participé aux myflères
des Chrétiens. Et cet enfant muni de la
fainte, Euchariilie fut préfervé des flam-
mes.
Je veux que Sozomène , qu'Evagre,
que St. Grégoire aient été mieux inih-uits
des faits , qu'ils fournilTent à Mr. le Car-
dinal de Noailles , que de tant d'autres
qu'ils ont ou crus trop légèrement , ou
peut-être rapportez avec trop de partialité,
quelle conféquence ce Prélat en peut-il
tirer pour le dogme de la préfence cor-
porelle de Jéfus Chriil dans l'Euchari-
ltie ?
Comme nous avons dit nous n'entre-
rons ni dans la difcutlion de ces faits , ni
dans celle des conféquences qu'on en ti-
re, &: nous renfermerons dans trois arti-
cles
43^ L*Etat du Chrijîtanijme en France y
des tout ce que nous avons à propofer fur
le dogme de TEuchariflie.
I. Nous rechercherons quelle eft la vé-
ritable lignification des pailages de l'Ecri-
ture , où il eit parlé de ce facrement.
II. Nous montrerons la foiblefîè de la
folution,que vous apportez aux difficultez,
que nous trouvons dans votre fyilême; je
veux dire celle que vous fournit votre pa-
rallèle du dogme de la Tranfubltantiation
avec celui de la Trinité.
m.Enfin nous examinerons, quelle éroit
la Théologie des premiers fièclesduChri-
Itianifme fur les points, que nous aurons
traitez. Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, ^c.
LET^
'Première Tartie. 437
LETTRE XX.
^ans laquelle on explique ces paroles de
Je fus Chrift -, ceci ell mon corps,
ceci eft mon fang.
M
ESSIEURS,
Il n'y a proprement que deux endroits
de l'Ecriture fainte, fur lefquels vous pré-
tendiez appuier les idées , que vous avez
de l'Eucharillie. Le premier eft celui dans
lequel l'inititution de ce facrement eft
rapportée. Le fécond eft dans le chap.
VI. de l'Evangile félon faint Jean ; oii Jé-
fus Chrift dit, * qu'il eft le pain de vie\
c^Q Ji quelcun mange de ce pain il vivra e'-
ternellement\ que le pain ^ qu'il donnera y
eft fa chair : o^ç. fî l'on ne mange point la
chair du Fils de r homme , ïê Ji on ne boit
point fou fang , on n'aura point de vie en
foi-même , &c. De l'intelligence de ces
deux partages dépend la décifion du fa-
meux procès, que nous avons fur cette
matière.
Le premier pafTage eft celui de l'infti-
tution de la fainte Cène. Après que Jéf us
Chrift
* Ver.48.8cc.
rom.I, Ff
438 JJEtat du Chrifttanijme en France^
Chrift eût mangé l'agneau parchal avec fes
Difciples , * // prît le pmn , ^ après
qu' il eût re7idu grâces^ ïl le rompit^ iê le
leur donna , S il leur dit -, C ec i es t
MON corps: puis aiant pris la coupe ^
(^ rendu grâces, H la leur donna en difant:
buvez,, entons. Ceci est mon sang,
fi fang du Nouveau Teftament, qui e(i ré-
pandu pour plujîeiir s en remijjîon des péchez,
La queflion roule fur ces paroles, Ceci
EST mon corps: Ceci est mon
SANG : les Proteltans prétendent qu'el-
les font figurées ; vous foutenez qu'on
doit les prendre littéralement.
Il y a des règles , que vous recevez
comme nous, & qui fervent à déterminer
fi une propofition de l'Ecriture fainte efl
littérale , ou figurée. Appliquons les au
Texte, dont il efl ici quellion. C'ell, ce
me femble, la voie la plus fure pour en
découvrir le véritable fens.
I. Nous donnons un fens figuré aux
proportions paradoxes de l'Ecriture fain-
te, lorsque celui qui les prononce a def-
fein de tracer l'image d'une chofe, qu'il
ne peut pas montrer réellement , ou par-
ce qu'elle ne fubfifle pas encore, ou par-
ce qu'elle ne fubfifte plus. Par exem-
ple,
* Matth. XXVI. 2.6. &c. Voi. aufîî M.irc xiv. 2z. & i.Cor,
xi.zj.&c.
Crémière T art te. 439
pie , * Ezéchiel reçoit cet ordre de la part
de Dieu: 'Prenez im couteau tranchant^
fervez vous en -pour rafer votre tête & va-
tre vifage ; pejez ce que vous aurez rafé%
brûlez, en une partie au feu r coupez en une
autre avec Vépée \ jetiez en la troifiême ait
vent , &c. Dieu explique lui-même cet
emblème au Prophète : Q'efi ici cette Je-
rufalem^ lui dit-il, que favois placée au
milieu des Mations, Je fuis vivant, dit le
Seigneur ; Farce que vous avez fouillé
mon fanBuaire par toutes vos infamies ^
une partie à! entre vous mourra de mortali'
té ; fine autre tombera fous Vépée ;je difper^
ferai la troifiême à tout vent, 11 ell clair
que le but du faint Efprit dans ces paroles
étoit de tracer aux yeux du Prophète l'i-
mage des malheurs, dont la réalité ne
pouvoit pas encore lui être produite : auf-
li ne fauroit-on douter que ce qui eit dit
des cheveux d'Ezéchiel , cefl ici cette Je*
rufaiem , ne foit une façon de parler figu-
rée, qui fignifie, ceci repréfente Jérufa--
km. De même dans ces paroles du \ Deu-
tCïOWomQ-fVousmangerezpendantfeptJours
les pains d^ûffliél ion \ c'eft-à-dire, les pains
qui repréfentent ceux que vous avez
mangez en Egypte dans le temps de votre
afflidion ,& qui ne fubfiftent plus.
ii.Nous
* Ezéch.v. i.Scc, t Deuter. XVI. 3.
Ff 2-
44^ L'Etat du Chriftianîjme en France^
II. Nous donnons un fens figuré aux
propofitions de l'Ecriture fainte, lorfque
leur fens littéral n a aucun rapport avec
les objets, dont elles doivent nous tra-
cer l'image. Par exemple , Jéfus Chriil
adreffe celte exhortation aux Apôtres;
* que vos reins foient ceints , ^ vos lampes
allumées. Son but étoit de les exhorter
à la vigilance Chrétienne. Quel rapport
îiuroit avec cette vertu le fens litté-
ral de ces paroles ? Un homme ne pour-
roit il pas avoir y^j" reitis ceints^ èc fis
lampes allumées ^ & s'oublier dans les di-
ftradions & dans les plaifirs du fiècle,
fans penfer ni à la mort, ni au jugement,
dont elle doit être fuivie •! Il ell donc clair
que Jéfus Chriil fait allufion aux habits
des Orientaux, qu'il falloit ceindre quand
on travailloit à certains ouvrages. C'elt
ce que dévoient fur-tout faire les Efclaves,
quand ils fervoient leurs Maitres. 11 y a
une femblable allufion immédiatement a-
près les paroles , que nous expliquons:
* Bienheureux font les ferviteurs , que le
Maître trouvera veillans quand H arrive*
ra ; en vérité je vous dis qu'il fe ceindra ,
^ qu'ils les fera mettre à table ^ ^ que
s' avançant il les fer vira. Comment le
Sauveur dit-il, que le Maitre des Efclaves
fidè.
* Li)C XIX. 33.
t Ibid. vers. 38.
Première Partie, 441
fidèles y? ceindra pour les fervir? Il rap-
pelle l'idée de ce qui fe pratiquoit dans
les a Saturnales des Romains, dans les *
Hermées des Cretois, & dans le- <^ Sacées
des Babyloniens; les Efclaves y étoient fer-
vis par leurs Maitres : les Maitres y fe-
foient l'office de leurs Efclaves ; ils fe cei-
gnoient pour les fervir.
III. Nous donnons un fens figuré aux
proportions dePEcriturefainte, quand leur
fens littéral eft oppofé à la doftrine con-
ilante des Auteurs facrez. Selon cette rè-
gle on ne fauroit prendre à la lettre ce
que dit St. Paul , que ^ r Evangile eft une
folie ; Puisque dans la fagejfe , ce font
les paroles de cet Apôtre , le Monde n^a
pas connu T^ieu par la Jagejfe ; le bon
plaijir du ^ère a été de Jauver les croians
par la folle de la prédication. Comment
donne- t-il un nom fi odieux à une Reli-
gion fi fage, ^ qu'il appelle lui-même ^ u-
ne fagejfe ; une fagejfe entre les -parfait si
C'eft qu'il fe fert d'une figure affez ordi-
naire , par laquelle on défigne un fujet ,
non félon qu'il eit en lui-même , & dans
l'ef-
a Macrob. S.Uurnal. lib. i. cap. xit. pag. 70.
b Voi. Athenaei Deipnofophift. lib. xiv. pag. 639.
c Idem ibid.
à I. Cor. I. iT. &: dans le ver. 17, H'itn a (ho'tfi lesfhô-
fes foies de ce Monde four confondre les fages.
e Ibid. II. 6,
Ff 3
442» UEtat du Chrïflianijrne en France^
refprit des perfonnes raifonnables ; mais
félon l'idée que s'en forment les infenfez.
C'eil ainfi qu'on doit expliquer plufieurs
paflages de l'Ii'-criture fainte. C'eft ainfi
que quelques Savans expliquent le titre
de Troploete-^ que* St. Paul donne à Epi-
menide , qui étoit regardé par les Cre-
tois comme un homme infpiré du Ciel :
de-là vient que félon le témoignage de
f Diogène Laerce ils lui offrirent des lacri-
fiées après fi mort.
IV. Nous donnons un fens figuré aux
proportions de l'Ecriture, lorsque venant
d'exprimer figurément une cérémonie, ou
une difpofition d'efprit , elle fe fert des
mêmes emblèmes pour exprimer celles
qu'elle leur fubflitue. Par exemple , St.
Paul :j: exhorte les Chrétiens de fubilituer
à leurs anciennes habitudes, les habitudes
de la vertu ; pour exprimer le temps,
qu'ils avoient confumé dans les premières,
il les repréfente fous l'idée d'un vieil ho-m-
me\ &pour exprimer l'influence, qu'elles
avoient anciennement fur leur conduite,'
il les repréfente fous l'idée d'un Jmbit ^q^\\\
envelope celui qui le porte. De même
pour
* Tite I. iz.
t DJogencsLaert.in Epimenid, lib. r. fcgm. 114. pag.73.
voi. auffi les Notes de Ménage far ce paflage, pag. 64. &c.
% Coloir. iir. 10.
Crémière Partie, 443
pour exprimer les habitudes , auxquelles
il veut les former, il les repréfente fous
l'idée d'un homme nouveau ; &: pour ex-
primer l'influence, qu'elles doivent avoir
îur leur conduite , il les repréfente fous
l'idée d'un haint , dont ils doiv^ent s'enve-
loper, de la même manière qu'ils l'étoient
auparavant par ce qu'il appelle le vieil'
homme. On ne fauroit raii'onnablement
donner un fens littéral aux deux membres
de cette exhortation , dépouillez, le vieil
homme , (^ revêtez le nouveau. Mais il y
auroit beaucoup moins de raifon encore à
donner un fens figuré à ces premières' pa-
roles , dépouillez le vieil homme , pendant
qu'on voudroit expliquer littéralement
celles qui fuivent, revêtez le nouveau^ &
foutenir que dans ces dernières l'Apôtre
parle à la lettre de je ne fai quel homme,
dont il veut que les Chrétiens le faifent un
habit.
V. Nous donnons un fens figuré auxpro-
pofitions de l'Ecriture fainte, lorfqu'il fait
moins de violence aux loix du langage,
que le Httéral n'en feroit à celles de la Na-
ture. Il elt étonnant que les Juifs aient
débité tant de puérilitez, pour avoir per-
du de vue cette règle, & qu'ils aient fi
fouvent admis des bouleverfemens dans
les chofes, lorsqu'il n'étoit quellion que
d'admettre des figures dans les expref-
Ff 4 fions.
444 L'Etat du Chrifttantfine en France^
fions. Ne faifons point de diverfion à no-
tre principal fujet. Voici unpalfage, qui
explique & qui juftifie notre cinquième
règle : * La montagne de 'Dieu eft fertile
comme celle de Bajchan. Pourquoi vous
jette z vous fur elle , montagnes boffues ?
T>ieu l^choife four y habiter. CctW mon-
tagne de T>ieu , c eft la montagne de Sion,
fur laquelle Dieu voulut qu'on lui bâtit
un temple, qui étoit regardé comme fon
palais : ou dans un lens plus noble enco-
re, cette monta(ine c'eft l'Eglife, au mi-
lieu de laquelle Dieu habite par fes bien-
faits. Les montagnes^ qui fautent contre
elle ^ ce font les ennemis des Juifs: ou
dans un fensplus noble encore, ce font les
ennemis de FEglife. Quelle difficulté
trouvc-t-on dans ce commentaire? Il ne
faut fuppofer tout au plus, pour l'admet-
tre, que quelques figures hardies vérita-
blement, & peu conformes au génie de
notre Langue, mais ordinaires au ftyle des
Orientaux, Suppofé même qu'en recevant
cette explication je faffe quelque violence
aux loix du langage, égale-t elle celle que
je ferois aux loix de la Nature, fi j'avan-
çois que des montagnes jaloufes de l'hon-
neur, que Dieu fit à celle de Sion, quit-
tèrent
♦ Pfe^u. Lxviir. r6. &:ç.
Première Partie. 445
tèrent leurs places naturelles, & vinrent
fondre fur elle pour la renverfer ?
VI. Nous donnons un fens figuré aux
proportions de l'Ecriture iainte , lorfqu'on
ne fauroit les prendre à la lettre , fans
être contraint d'expliquer figurément une
partie des images choquantes , que leur
fens littéral préfente à l'efprit. Un exem-
ple donnera du jour à cette penfée: * Les
deux racontent la gloire duT^ïeti fort : /V-
tendue fait connoitre l'ouvrage des fes mains.
Il n'y a en eux ni paroles , ni langage , ce"
fendant leur voix fe fait entendre.
11 faut opter ; ou il faut en prenant ces
paroles figurément , les deux racontent
la gloire du T^ieufort^ &c. donner un fens
littéral à celles-ci , il n'y a m eux ni par a-
les , ni langage : ou il faut en prenant figu-
rément ces dernières , donner un fens lit-
téral aux autres. Mais fi, pour me tenir
refpedueufement à la lettre, je foutiens,
que lesCieux ont une voix, avec laquelle
ils racontent la gloire de Dieu ; je fuis
contraint dans l'explication des paroles,qui
fuivent , de donner un fens figuré à ces
exprefiions, il n'y a en eux ni paroles ^ni lan^
gage ; alors non feulement je tombe dans
le premier inconvénient que je voulois é-
viter, mais je tombe aufli dans un fécond
beau-
* Pfeau. XIX. 2. 6c c.
Ff5
j^^6 UEtat du Chrifllanïjme en France y
beaucoup plus grand encore. D'un côté
je viole le refped , que je voulois avoir
pour la lettre , & d'un autre côté j'admets
une chofe infoutenable ; favoir que les
cieux & la terre ont la faculté de former
des fons articulez , de parler & de racon-
ter. Ne vaut-il pas mieux fuppofer, que
les expreffions de l'Ecriture (ont figurées ,
quand leur fens littéral offre à l'efprit une
abfurdité , que de fuppofer qu'elles le
font, lorfque leur fens littéral n'offre à
l'efprit, que ce qui eil conforme aux loix
de la vérité & de la raifon ? Ne vaut-il
pas mieux fuppofer que les expreffions de
David font figurées ,lorfqu'il attribue une
voix aux cieux & à la terre, (ce qu'on
ne peut dire littéralement fans abfurdité )
que de fuppofer qu'elles le font, lorfqu'il
témoigne ce qui eil conforme aux loix de
la vérité & de la raifon?
VIT. Nous donnons un fens figuré aux
proportions de l'Ecriture fainte , quand
leur fens littéral ne s'accorde point avec
les circonllances 5 dans lefquelles elles on
été prononcées. Par exemple, on ne
fauroit fe placer par la penfée dans lès cir-
conllances , où étoit Jéfus Chrifl lorfqu'il
prononçoit ces paroles , & les prendre lit-
téralement, *j''^/ à manger dîme viande -^
que "VOUS ne cûtmoïjfez point ?
VIII.
* Jean iv. 32.
Tr entière 1^ art te. 447
VIII. Nous donnons un fensî figuré aux
propofitions de l'Ecriture lainte, lorfque
leur fens littéral favorife un crime : c'eil ce
qui a déterminé la plupart des Interprètes
à expliquer figurément cet ordre de Dieu
au Prophète Ofée ; * Prenez, une femme
froftïînée : aiez des enfans d'un commerce
impur avec elle. Car quelle apparence que
Dieu voulut, que fon lérviteur commen-
çât les fondions de fon miniltère par une
démarche fi odieufe , & fi capable de
prévenir les ïfraelites contre la divinité
de fa mlfTion? C*elt donc là encore une
de ces figures hardies, dont nous parlions
tout à l'heure. C'elt un emblème des con-
defcendances , que Dieu avoit eues pour
la Nation Juive , à laquelle il communi-
quoit fes faveurs les plus fignalées , lors
même qu'elle étoit plongée dans l'idolâtrie
la plus groiïière.
IX. Enfin nous donnons un fens figuré
aux propofitions de l'Ecriture fainte , lorf-
que leur fens littéral renferme des contra-
didions. Quelles monflrueufes idées ne
nous formerions nous pas de Dieu, fi nous
prenions à la lettre tout-ce que l'Ecriture
fainte nous en dit? Elle nous dit, qu'il va,
qu'il vient, qu'il s'avance , qu'il s'éloigne,
qu'il monte, qu'il defcend. Elle nous le re-
pré-
* Ofée I. i. S: chap.iii.i. Sec.
44^ L'Etat du Chrîjiïamfme en France^
préfente comme aiant des yeux, qui exami-
nent la conduite des hommes; des oreilles
tantôt attentives, tantôt fourdes à leur cri;
des narines, qui flairent l'encens, quon
fait fumer à fa gloire; *une bouche, qui
leur parle , comme un ami parle à fon a-
mi ; des mains, qui s'étendent, qui fe ref-
ferrent ; t des entrailles, qui bruient & qui
s'émeuvent.
Non feulement l'Ecriture attribue à
Dieu un corps femblable à celui des hom-
mes ; elle lui attribue aufîi les imper-
fections phyfiques & morales de notre
efprit. X LUe nous le repréfente comme
faifant des informations pour apprendre
des chofes qu'il ignore ; \ comme deve-
nant favant par l'expérience; comme con-
traint de fufpendre fon jugement, jufqu'à
ce qu'il ait examiné le fujet,fur lequel il a
intérêt de s'inftruire ; comme oubliant ce
qu'il avoit fû ; comme s'en rappellant le
fou-
* Je parle avecMoyfe bouche abouche, Nomb. xii.8.
Dieuparloit àMoyfeface à face, comme un homme parle
avec fon intime ami , Exode xxxiii. ii. Deut. xxiv.io.
f Mon cœur eft agité dans moi , mes compaffions fc
font toutes cnfemble échauffées, Oféexi. 8.
% Parce que le crime de Sodome Se de Gomorrhe eft
très grand, je defcendrai maintenant & je verrai , s'ils
ont entièrement fait toutes les chofes , dont le cri eft
venu jufqu'à moi; & fi cela n'eftpas,jele faurai , Génèfe
XVIir.20.2I.
\ Maintenant j'ai connu que tu crains Dieu , puisque
tu n'as point épargné ton fils, ton unique, pour moi, Gé-
nèfe XXII. iz.
I
Crémière Partie. 44^
fouvenir ; comme * fe tourmentant des
péchez des hommes, comme f s'ennuianç
de leur commerce, comme % ^^ repen-
tant même de les avoir créez. Ces cho^-
fes prifes littéralement font contradictoires.
Voilà quelques-uns des cas , dans lesr
quels on donne un fens figuré aux propo-
fitions de l'Ecriture fainte. Que s'il fe
trouvoit un cas, dans lequel tous les au-
tres fuirent réunis ; s'il y avoir une pro-
portion, à laquelle toutes ces raifons,
qui viennent d'être rapportées, nous obli-
gealfent de donner un fens figuré, nous
aurions la plus parfaite démonllration en
faveur de ce fens là. Or nous foutenons
que c'eft là le cas, dont il eft ici queltion.
Nous foutenons que toutes les raifons,
qui ont jamais porté les Théologiens à
prendre figurément des expre fiions de
l'Ecriture, nous obligent à prendre decet^
te manière ces paroles de J. C. Ceci efl
mon corps-, enforte qu'il n'y a aucune
propofition des Auteurs facrez,qui foit fi-»
gurée, fi celle-ci eft littérale. C'eft ce
que nous allons prouver. Je fui^ ,
MESSIEURS,
Votre, <S:c.
* Je me fuis tourmenté à caufe de leur cœur adonné
à la fornication , Ëzéch. VI, 9.^
t J'ai fupprimé trois Pafteurs , parce que j'étoîs ennuie
t^'eux, Zach. xi. 8, . ., ., ,
X' Dieu k repentïrd'î(voir;ci'çéritom*c, Gén.vjN
450 L*Etat du Chrifllanifine çn France ,
LETTRE XXI.
7)âns laquelk on fait V application des rè-
.gles ^ qui viennent d'être propo fées.
M
ESSÏEURS,
I. Nous donnons un fens figuré aux pro-
pofitions paradoxes de l'Ecriture fainte,
lorsque celui qui les prononce trace l'ima-
ge d'une chofe qui ne fauroitêtre montrée
réellement , ou parce qu'elle ne fubfilte pas
encore, ou parce qu'elle ne fubfilte plus.
C'eft précifément à quoi la fainte Cène
efl deilinée. Jéfus Chrifl en l'indituant
donnoit à fes Difciples une image de la
mort qui! alloit foufîHr ; il vouloit que ce
facrement en fût le mémorial après qu'il
Tauroit foufferte. Il marque lui-même cet-
te deftination ; car après avoir dit , Ceci eft
monjcorfs rompu pour vous\ &c. il ajou*
te, faites ceci en mémoire de moi: toutes
les fois que vous mangerez de ce patu^
&c. vous annoncerez la mort du Sep-
gneur jufques-à'Ce quil vienne. C'eit là
une des conformitez de l'Euchariftie avec
la Pàque , que les Juifs appellent * le
mémorial ou Vanno7iciation du pajfage^
félon ce qui eft dit dans le livre de l'Exo-
de > \Trenez un chevreau \ égorgez le:
met-
• TOQ hv nian. vid. Thom.Qodwya Mof« ôc Aa-
ron, lib. iii.cap. lY. Pîtg, »7|.
I Exode Kiij 35
T rentière Partie, 45-1
mettez de fonfang fur les deux poteaux ^ ^
fur le linteau des portes des maifons où
vous le mangerez : vous garderez ceci pour
une ordonnance perpétuelle pour vous ^
four votre pojtérité : & quand vos enf ans
vous dirons y que fignijie ce fervice 1 alors
vous répondrez , c'eft le facrifice de la ^Td-
que à l'Eternel y qui p a (J a en Egypte par ^
dejfus les maifons des Enfans d'ifrael^ &c.
Le fens figuré , que nous attribuons à ces
paroles de jéfus Chriil , Ceci eft mou
corps , ceci eft mon foiig , s'accorde par-
faitement avec cette dellinaticn de l'Eu-
chariftie , mangez ce -pain rompu , buvez ce
vin verfe\ faites ceci en mémoire de moi.
Le fens littéral offre à l'efprit des idées
bizarres , qui fuppofent la préfence des
chofes , dont elles font Timage : Mangez
moi , pour vous fouvenir de moi : Faites
un facrifice expiatoire de mon corps , pour
vous fouvenir qu'il fera ofiert en facrifi-
ce.
II. Si le fens littéral de ces paroles , ce-
ci eft mon corps ^ n'a aucun rapport à l'in-
Ititution de la fainte Cène, il n'en a non
plus aucun avec les myfléres dont elle eil
le mémorial , ni au deiîèin que Dieu fe
propofe , quand il nous en retrace l'ima-
ge dans ce facrement. Pourquoi nous
retrace -t-il les myftères de la Rédemption
dans l'Euchariltie ? C'eil afin de ratifier
les
45*2' VEtat duChrtftiantfme en France^
les engagemens , qu'il a daigné contrader
quand il a traité fon alliance avec nous, &
afin que nous ratifions ceux que nous
avons contractez avec lui,quand nous fom-
mes entrez dans cette alliance ? Quand
Dieu traite fon alliance avec nous, il dai-
gne s'engager à nous pardonner nos pé-
chez, & quand nous entrons dans fon al-
liance , nous nous engageons à ne plus
commettre les péchez , dont il nous a ac-
cordé le pardon. 11 daigne s'engager à
nous fournir lesfecours, dont nous avons
befoin pour exécuter les projets de conver-
iîon que nous avons formez: & nous nous
engageons à nous prévaloir de ces fecours,
& à ne pas faire fervir le penchant natu-
rel, qui nous porte au vice, de prétexte
pour nous y affermir. 11 daigne s'engager
à remplir les déHrsde félicité, qu'il a lui-
même imprimez dans nos cœurs; & nous
nous engageons à chercher notre bon-
heur, non dans les phantômes de notre
cupidité , mais dans les biens folides, aux-
quels la Religion nous conduit. Quel
rapport la préfence corporelle de Jéfus
Chrilt dans l'Eucharillie peut elle avoir
avec ces différentes vues ? Comment Dieu
ratifie- t-il lés engagemens en nous don-
nant le corps de fon Fils à manger: com-
ment ratiiions-nous les nôtres, en man-
geant ce corps?
Deux
Crémière Partie, 45*3
Deux réponfes plaufibles peuvent être
faites à cet argument. * i.Dieu va fou vent
à fes fins par des voies , dont nous fommes
incapables de découvrir la fagelTe. Quel-
quefois même pour exercer notre foi &
notre obéiflance, il exige de nous des dé-
marches , qui n'ont aucune relation
au but , qu'il fe propofe en les exi-
geant. Quelle vertu les eaux du Jourdain
pouvoient- elles avoir contre la lèpre? fi
elles avoient été capables d'en procurer
la guérifon, les Ifraelites , qui avoient tant
d'horreur pour cefleau,&qui en furent fi
fouvent affligez , n'auroient eu pour s'en
délivrer qu'à fe plonger dans ce fleuve.
Cependant Elifée n'ordonna point d'au-
tre remède à Naaman : f ^j ^ave toi.
fept fois dans Le Jourdain , lui dit-il , ^
ta chair fera rétablie dans fin premier
état. Un peu de terre , détrempée dans
de la falive , n'efl-elle pas naturellement
plus propre à gâter des yeux qu'à les réta-
blir. Cependant ce fut le moien , que Jéfus
Chriit emploia % pour donner la vue à un
aveugle. Peut-être tient-il une femblable
con-
* On a imaginé d'autres raifons de la préfence corpo-
relle de Jéfus Chrift dans l'Euchariftie; nous n'avons pas
cru devoir ni les rapporter ici , ni les réfuter. Mr.Jurieu
]'a fait amplement dans fon Examen de l'Euchariftie,
fe(ft.3. pag.305.
t II. Rois y. 10.
% Jean ix. 6.
Tom, L G%
45!4 L'Etat du Cbrijiidnïjme en Frttnce'y
conduite dans la fainteCène? Contentons
noub de croire & d'obéir, au lieu de de-
mander quel rapport peut avoir fa pré-
fence corporelle dans ce facrement aves
le but , qu'il fe propofe quand il nous y
appelle ?
Je réponds : lorsqu'un ordre de Dieu
elt clair, lorsque les loix du langage ne
nous permettent pas d'en rejetter la figni-
fication littérale, c'eft à nous à le fuivre ,
quoique nous ne puiflions pas découvrir
le but , pour lequel il nous eit donné ;
mais quand les termes en font équivo-
ques , il nous eft permis de nous fervir de
ce que nous favons de fon but, pour en
éclaircir l'ambiguité. Sans cela Nicodè-
me auroit dû croire, * qtiil devoit ren-
trer dans le fein de fa mère y & renaître ,
pour avoir part aux promefTes de l'E-
vangile : fans cela nous devrions faire à
chaque inftant des démarches puériles, ou
extravagantes ; comme cela paroit par le
commandement, qui nouseil donné, de
ceindre nos habits , d'allumer nos lam-
pes, &:c. & par un grand nombre d'au-
tres du même ordre , que notre Lecteur
peut fe rappeller , & dont il fera aifément
l'application à ces paroles du Sauveur:
Prenez, ^ mangez', ceci eji mon cor£s , &c.
La
* T'ean II 1.4.
Première Partie» 4^5*
La féconde objedion, contre ce que
nous avons dit touchant l'inutilité de la
préfence corporelle du Sauveur dans l'Eu-
charillie , eit prife des rapports , qu'il de-
voit y avoir entre les facrifices Lévitiques
& celui de la croix. Monfieur des Mahis,
autrefois Miniftre Proteflant, & depuis
zélé Catholique, a mis cette obje£tion dans
tout fon jour: je rapporterai fes propres
paroles : „ Il s'agit * dans i'Euchariltie ,
„ dit-il y non pas d'un fimple fouvenir,
„ mais de la commémoration folemnelle
„ d'un facrifice , dans une cérémonie de»
5, llinée pour faire participer à fon effica*
„ ce ; & il e(l certain que les Apôtres fa-
5, voient comme tous les autres Juifs,
,, que dans une telle cérémonie k vidi-
„ me même devoit être préfente. Afin
„ de participera un facrifice cen'étoit pas
„ aflez' de l'offrir , il falloit en manger
„ quelque partie ; c'ell pourquoi dans les
5, facrifices d'adions de grâces & de prof.
5, périté les Ifraelites mangeoient la plus
„ grande partie de la viftime, qu'ils a-
5, voient offerte ? dans les facrifices pour
„ le péché , où ils confideroient Dieu
„ comme irrité contre eux, les Prêtres,
19 qui
* you Lettres de M. des Mahis à ufte peffotiîie de lâ
Religion prétendue Réformée, ou la préfence réelle de
jéfus Chrift dans l'Ëucfeariitip , prouvée par l'Ecriture
lftint€ , pag. 75, " . '
Gg %
45'^ VEtat du Chrifttanïfme en France^
„ qui étoient leurs médiateurs , la man-
„ geoient en leur place. Cette manduca-
„ tion étoit fi efTentielle pour faire entrer
„ en communion des facrificesi que pour
„ l'obferver à l'égard des holocaufles
„ mêmes , on y joignoit toujours une of-
„ frande de gâteau , qui faifoit partie de
5, ce facrifice , & dont les facrificateurs
5, mangeoient la plus grande portion.
5, C 'étoit là la loi générale, que Dieu a-
5, voit établie fur le moien de pouvoir
„ participer à tout ce qui s'offroit fur
„ l'autel. De-là vient apparemment que les
5, différens Peuples du monde, qui ont
„ toujours eu des facrifices dans leur Re-
5, ligion, ont eu tous cette même idée;
5, & il y a lieu de s'étonner que des Chré-
„ tiens , qui n'en font pas venus comme
„ les Sociniens à l'excès de ne pas regar-
5, der la mort de Jéfus Chrifl comme un
5, facrifice, aient ofé nier la néceflité de
„ manger cette viftime facrée,détruifant
„ ainfi doublement l'idée ordinaire de la
5, Religion , en ce qu'ils n'ont ni de facri-
5, fice préfent , pour mieux adorer Dieu ,
„ ni de manducation de leur viétime,
„ pour participer au facrifice, qui en a
„ été fait. C'efi: être bien téméraire,
„ ajoute Mr. des Mahis , que d'ofer ,
„ contre un ordre que Dieu a établi, in-
., venter fans une déclaration exprefl^e
,> une
5»
5,
Trémière Partie. 4^7
une nouvelle manière de communiquer
à un facrifice. Un facrifice non fuivi
d'une véritable manducation eft une
chofe inouie dans l'Eglife de Dieu: la
manducation de la viftime doit être
9, aufli réelle que fon immolation ; parce
5, qu'il n'ell pas moins important d'appli-
5, quer le facrifice aux hommes pour leur
„ en approprier la vertu, que de le pré-
5, fenter à Dieu pour fatisfaire fa jufti-
j, ce.
Je répons deux chofes à cette obje<!^ion.
I. Il n'eil pas permis d'établir des dogmes
Théologiques & des cultes religieux fur
de fimples raifons de convenance. On ne
fauroit douter qu'il n'y ait plufieurs rap-
ports entre les facrifices Lévitiques & ce-
lui de la croix : mais St. Paul y trouve
encore moins de rapports que d'oppofî-
tions. On n'a pour s'en convaincre , qu'à
lire les chapitres iv. v. vi. vu. viii. ix. de
fon Epitre aux Hébreux. Quand il ell
queftion de déterminer en quoi la mort de
Jéfus Chrift diffère des facrifices Léviti-
ques , & en quoi elle s'y rapporte : en quoi
la communion , que les Chrétiens ont a-
vecla vidime de la nouvelle alliance, ref-
femble à la participation , que les Juifs a-
voient avec les vidimes de la Loi , & en
quoi ces deux communions font oppofées,
il faut confulter la nature de la chofe
Gg 3 dont
45 s UEtat du Qhriftîantfyns en France^
dont il s'agit ; le génie de la Religion ; les
paiTages de l'Ecrit sre fainte qui traitent
du fujet dont il eft quellion : or plus on fui-
vra cette règle, plus on comprendra qu'il
ne fuit point de ce que les Juifs mangeoient
de la chair des viéiimes légales, que nous
devions manger de celle de la viftime E-
vangellque.
Mais voici une réponfe plus direéle.
Monfieur des Mahis confond deux fortes
de facrifices très oppofez, favoir les facri-
fîces expiatoires, & les facrifices eucha-
ritlique*^. Les Juifs mangeoient de la chair
de ces derniers ; mais il leur étoit defFen-
du de manger de celle des autres. La rai-
fan de cette diiiérence eft fenfible. Le
but des facrifices expiatoires c'étoit de
fubflituer les vidimes à la place des pé-
cheurs , qui les préfentoient. Les féconds*
étoient deflineî; à marquer que Dieu ap-
prouvoit cette fubftitution. Dans les pre-
miers Dieu étoit confideré comme punif-
fant le péché , c'eft pour cela qu'il falloit
que la victime, qui en étoit chargée, fût
détruite: dans les féconds Dieu étoit con-
lideré comme appaifé, même commefor-
mant les liaifons les plus étroites avec les
pécheurs rentrez en grâce , & comme
mangeant avec eux ; c'cit pour cela que
la chair des viélimes , offertes en facrifice
çucharillique, étoient partagées entre les
Ifrae-
Crémière Tartie, 45-9
Ifraelites & les Miniftres facrcz, qui re-
préfentoient la Divinité.
Mais 5 objede Mr. des Mahis , les
Prêtres mangeoient de la chair des vidi-
nie::,qui étoient offertes en facrifice expia-
toire. Je l'avoue, mais ils étoient coniide-
rez alors , non comme faifant corps avec
le refte des Ifraelites , mais comme étant
les Miniilres de Dieu à qui les vidimes é-
toient immolées. C'elt lui qui leur en
afiignoit une partie pour leur fubfiftance:
cette partie étoit appellée * leur portion , &
celle de leurs enfans. De-là vient que lors
qu'ils offroient des vidimes pour eux-mê-
mes, t ils n'en mangeoient point. La mê-
me loi étoit obfervée dans les facrifices
ofierts pour les péchez nationnaux. Les
facrificateurs étoient cenfez avoir eu part
à ces péchez comme le peuple : aufïi na-
voient-ils aucune portion des vic^iimes qui
les expioient ::]: il étoit exprefîëment ordon-
né
* Levit. X. 14.
■j- Levit. IV. II.
\ Ibid. ver. it. La manière, dont la plupart de nos
Verfions ont traduit le verf. 33. du chap. xxix. del'Exode,
fait une difnculté contre l'idée , que j'ai donnée des facrifi-
ces expiatoires, que les facrificateurs offroient pour eux-
mêmes : car il eft dit en parlant de ces facrifices : Les
facrificateurs mangeront les chofes , par lefquelles la prophta-
tion a été faite. Mais au lieu de rendre les mots de l'ori-
ginal par ceux-ci, ils mangeront les chofes, par lefquelles la
prepitiation a été faite , on doit les rendre de cette ma_
Gg 4 ''■'-
4^0 DEtat du Chrtjïtamjme en France ,
né qu'elles' fufTent brûlées. Cette loi étoit
obiervée fur- tout dans le grand jour des
expiations : ni les facrificateurs,ni le peuple,
ne pouvoient manger de ce Bouc, dont la
tête étoit chargée des iniquitez de
tout Ifrael: * il falloit qu'on le conduifit
hors du camp , & qu'il y fût réduit en
cendres.
Si Mr. des Mahis a confondu la notion
des facrifices , il a aufli confondu celle de
la Pàque. Il a crû que la Pâque étoit un
facrifice expiatoire ; il a conclu de ce que
leslfraelites mangeoient delà chair de l'A-
gneau paical , que les Chrétiens dévoient
manger auiïl de la vidime , qui s'eft offer-
te pour eux en facrifice expiatoire fur la
croix. Cette conféquence croule avec le
principe fur lequel elle eit fondée, f La
nière , th mangeront de ces chofes , ( c'efl-a-dire , de la chair
des viftimes offertes en facrifice euchariftique) parce, que
la prephiiition a été faite , fa voir par le ficrifice expiatoire.
Ce fens eft très naturel : avant que de préienter un facri-
fice euchariftique , on en préfentoit un expiatoire : après
que la propitiation étoit faite par celui-là , on mangeoit
de la chair de l'autre, 8c, comme j'ai dit, on étoit cenfé
manger avec Dieu.
* Levit. XVI, 27.
f Quand nous diftinguerions avec quelques Savans (vof.
Outram de Sacrificiis lib. i. cap. 13. pag. 147.) la Pnque,
que les Ifraelites célébrèrent en Egypte, d'avec celles qu'on
célébra dans la Terre de Canaan , on n'en pourroit tirer
aucune conféquence en faveur de la manducation de la
chair deJ.C. au contraire on feroit forcé alors à faire ce
Tâifpnnement : les Ifraelites en mangeant l'Agneau pafcal
dai^
Première Partie, 4^1
Pâque étoit un facrifice euchariftique *
non un facrifice expiatoire. On ne fau-
roit en douter, lion compare les rites
qui dévoient être oblervez dans les fa-
crifices expiatoires , avec ceux qui étoient
fuivis dans les facrifîces eucharilliques.
Dans les facrifîces expiatoires * on fefoit
des confeffions humiliantes des fautes
qu*on avoit commifes,& l'on fe reconnoif-
foit digne du fupplice que la vi6lime al-
loit fubir : dans les facrifîces euchariftiques
on célébroit les louanges du Créateur, &
on lui rendoit des adions de grâces des
faveurs qu'on en avoit reçues : f c'eft ce
qu'on fefoit dans laPàque. :|: Dans les facri-
fîces expiatoires on témoignoit des fenti-
mens fortables aux confeffions qu'on avoit
faites, en impofant les mains fur la viéti-
me qu'on alloit offrir ; de-là vient qu'il é-
toit expreffément ordonné aux Ifraelites ,
que
dans la Terre de Canaan , ne prétendoient pas manger de
la chair de celui qui avoit été offert en facrifice expia-
toire en Egypte , donc les Chrétiens en participant à la
fainte Cène ne doivent pas prétendre à manger de la chair
de J.i C.
* Voi. Outram de Sacrificiis , &c. lib, i. cap. xv. pag.
i8i. &c. où vous trouverez les formulaires des prières,
qu'on fefoit en impofant les mains fur la tête des vi(fti-
mes, qu'on alloit offrir en facrifice expiatoire: & ceux
des prières, dont on accompagnoit cette cérémonie, quand
elle étoit faite fur la tête des viétimes eucharifliques.
t Voi. Leighfoot. Oper. tom. i. Defcriptio miniftçr,
Templi,&c. cap. xiv. feét. i. pag. 741, &;c.
i Vol. Outram ubi fuprà.
Ggy
^6z DEtat du Chrtjiïanlfme en France ,
que dans le grand jour des expiations ils
eufTent * à affliger leurame. Dans les fa-
crifices cuchariltiques on s'abandonnoit à
la joie: c'eftce qu'on fefoit danslaPàque:
pendant laquelle le Père de Famille de-
voit obferver cet ordre de Dieu , t /// te
réduiras m la fréfence de f Eternel ton
J)ïeu , toi , ton fils , ta fille , ton ferviteur ,
ta fervante y le Lévite qui efi dans tes por^
tes ^ r étranger ^ V orphelin -i la veuve -^ &Ci
% Dans les facrifices expiatoires on pou-
voir garder jufques 2l trois jours ce qui
étoit refté de la chair des viftimes: |dans
les facrifices eucharifliques il falloir le brû-
ler le jour même que les victimes avoient
été offertes : § c'elt ce qu'on fefoit dans
laPâque. Mais enfin dans les facrifices ex-
piatoires il étoit deffendu à celui qui les
ofïroit de manger de la chair des viftimes :
dans les facrifices eucharifliques on étoit
appelle à la Table de Dieu, on mangeoit
avec lui de la chair des vidimes qu'on lui
avoir immolées : c'efl ce qui fe fefoit dans
la Pàque ; c'étoit le rite le plus efTentiel de
cette fainte fête.
11 efl aifé d'appliquer au facrifice de la
croix,
* Lcvit. XVI. 29.
f Dcuter. XVI. 11.
\ Levit. VII. 17.
i Levit. VII. 15.
% Exod, xn, 10.
Crémière Tartie. 46$
croix , & au f^cremeut de la fainte Cène ,
l'idée que nous avons donnée des facrifi-
cesLévitiques: & en particulier celle de
laPâque. La mort dejéfus Chrift efl un
facrifice offert à Dieu pour les péchez des
hommes: il étoit préfiguré par les facri-
fices expiatoires de l'ancienne œconomie.
La fainteCèneeft un facrifice; dans lequel
nous rendons à Dieu nosadions de grâces
de ce qu'il nous a délivrez des peines de
nos crimes : elle étoit préfigurée par le fa-
crement delaPàque. Les liraelitesne man-
geoient point delà chair des vidimes qu'ils
avoient offertes en facrifice expiatoire : les
Chrétiens ne mangent pas non plus de
la chair de Jéfus Chrift. Jéfus Chrift en-
tant qu'offert en facrifice expiatoire eft
l'objet de la malédidion de Dieu; cet-
te exprelTion, qui paroit d'abord ft du-
re, eft de l'Ecriture: * Je/us Chri fi uous
a rachetez de la maléd't^ion de la Loï^
lors qu!i\ a été fait maléd'iEîïon pour nous.
Nous ne devons fouhaiter à cet égard
d'autre communion avec lui, que celle
d'un criminel avec la viétime , qui eft
chargée de fon crime , & qui l'expie par
une mort violente. Les Ifraelites man-
geoient dans leur Paque de l'agneau,
qu'ils avoient offert en faerifice eucharifti-
quc;
* Gai. m. 13.
4^4 L'Etat du Chrtjîianifme en France >,
^ue; nous mangeons aufTi des fymboles
delà fainte Cène. C'eft le fens de ces
paroles de St. Paul : * La coupe de béné-
diC'
* r. Cor. X. i6. La crainte de faire une trop longue
diverfionau but principal, que je me propofe, m'a em-
pêché d'infifter dans le corps de ma Lettre fur ce pafla-
ge de St. Paul , que Mr. des Mahis prefle , fi j'ofe dire ,
lans en entendre le fens. Voici fes paroles : Plujieurs de
iiûs plus favans Interprètes , dit-il , ont été forcez par la fain-
te Ecriture , aujji bien que par les Pères , de reconneitre cette
relation fi vijible de l'infiitution de l'EuchariJlie aux repas ,
ou les Juifs mangeaient les viHimes , qu'ils avoient facrifiées\
CT" en particulier à celui de la Pâque. . . Le St. Efprit nous
a appris y z]o\x\.t-l-\\, que les Apôtres comparaient V Euchariftie
aux repas facrez , ou tes '^uifs participaient à l'autel en man^
géant la vi^ime , qui y avoit été facrifiée. Voiez , dit St.
Paul , rifrael félon la chair ; ceux qui mangent les facrifi-
ces ne font-ils pas participans de l'autel ^ Cet Apôtre en-
feigne aux Corinthiens que la fraction du pain , cefi-à-dire ,
le repas facré de l' Euchariftie , eft de même la communion du
fang de Jéfus Chrift: ce font les paroles de Monfieur des
Mahis : je tâcherai d'expliquer ici avec précifion celles
de St. Paul , que cet Auteur a fi mal entendues, & fi mal
appliquées. ®
Pour cela je rappelle à mon Lecfleur les vues de l'A-
pôtre : il répondoit à unequefiion, qui lui avoit été fai-
te, fa voir, s'il étoit permis aux Chrétiens d'affifter aux
repas , que les Paiens faifoient dans leurs Temples , &
d'y manger la chair des viélimes , que ces Idohures a-
voient offertes à leurs Dieux ; ce but paroit par ces pa-
roles du chap. VIII. I. Or pour ce qui regarde les chofes fa-
crifiées aux idoles j8zc. St. Paul décide la queilion : il dé-
clare que les Chrétiens ne fauroient affiftcr à ces repas fans
faire un adle d'idolâtrie. C'eft le lens des paroles qui pré-
cèdent presque immédiatement celles que j'explique:
Mes hien-aimez , fuiez, l'idolâtrie , vers. 14.
Il fonde fa réponfe fur ce principe; c'eft que ceux qui
affilient à ces repas communiquent avec la Divinité, à la-
quelle les vidimes , dont on y mange la chair, ont été of-
fertes. C'eft ce qu'il prouve par trois exemples, r. Par ce-
lui des Chrétiens : La coupe de b en é diction , que notes bénif-
fons y n eft -elle pas la communion du fang de Chrift i Lepayn^
'Première Partie, ^6$
di^fiofh que nous béniffons ^ tCefl-elle pas
la communion du fang de Qhrïfi ? Le pain ,
que
que nom rompons , neft-il pas la communion du corps de
Chrifi? II. Par celui des Juifs : Voitz l' Jfrad félon la chair :
feux qui mangent les facrifices ne font-ils pas participans ,de
l'autel ? III. Par celui des Païens : Les chofes , que les
Gentils facrifient , ils les facrifient aux Diables , er non pas à
Dieu; or je ne veux pas que vous foiez participans des Dia-
bles. De quels facrifices mangeoient les Juifs ? Etoit-ce des
expiatoires ? Point du tout; nous l'avons prouvé. Ilsn'au-
roient pu le faire fans détruire la loi la plus exprefle de
ces ibrtes de facrifices , qui portoit que la chair n'en fur
jamais mangée par ceux en faveur defquels ils étoient
ofFercs.Les Juifs ne mangeoient que des facrifices eucharilli-
ques: quand ils y participoient, ils participoient à l'autel,
qui étoit appelle la table de Dieu, Ezech. xli. zz. Malach.
I. 7. & ils communiquoient avec Dieu, qui étoit cenfé
manger avec eux. De même comment communiquons-
nous avec Dieu par la manducation de la chair & du fang
de J. C. .'' Eft-cc en les mangeant entant qu'aâuellement
offerts en facrifice expiatoire.'* Non fans doute : ce feroit
détruire la nature de ce facrifice : & c'eft à quoi n'ont pas
pris garde non feulement les Catholiques Romains , mais
de célèbres Proteftans , qui ont admis je ne iai quelle
manducation fpirituelle de la fubftance ducorpsdeChrift:
la fubftance du corps de Chrift encant qu'offerte en facri-
fice expiatoire , eft un objet de malédidlion : aucun de
ceux pour lesquels elle a été offerte n'en doit manger :
elle étoit figurée par celle du corps de ce Bouc , qui étoit
immolé dans lejour des grandes expiations , 6c qui de-
voir être brûlé au feu,Levit. xvi. zy, mais nous commu-
nicjuons avec Dieu dans la fainte Cène , de la même ma-
nière , que les Juifs communiquoient avec lui lors
qu'ils mangeoient de la chair des vidtimes , qu'ils lui a-
voient offertes en facrifice euchariltique; & de la même
manière, que les Paiens prétendoient communiquer aux
faulfes Divinitez , & à leurs autels , qu'ils appelloient auf-
fi la table des Dieux. Les Juifs en communiquant avec
Dieu ôc à fon autel ne prétendoient pas manger Dieu ,
ni fon autel ; mais ils croioient que Dieu alTiftoit aux re-
pas qu'ils faifoient avec la chair des viélimes , qu'ils lui
a voient offertes en facrifice euchariltique. De même les
Paiens , quand ils communiquoient avec leurs faulfes Di-
vi-
4^6 UEtat du Chriftiamjme en France^
que nms rompons , n'ejî-il foint la commu»
mon du corps de Chrifi?
III. Nous donnons un fens figuré aux
pro-
vinitez & avec leurs autels , ne prétendoient pas man-
ger ces faufles Divinitez , ni ces autels; mais ils pré-
tendoient communiquer à leurs faulFes Divinitez , & man-
ger avec elles , en mangeant à leurs tables dans leurs Tem-
ples la chair des vidimes , qu'ils leur avoient offertes en
lacrifice euchariftique. De même nous communiquons a-
vec Dieu dans la fainte Cène, non en mangeant cette
chair , qui lui a été offerte en facrifîce expiatoire , mais
en communiquant au pain & tu vin, qui en font les
fymboles , & que nous mangeons pour nous rappeller la
mémoire de ce lacrifice, ôcpour témoigner à Dieu no-
tre reconnoiffance Ôc notre dévouement par cette commé-
moration.
Qu'on lie maintenant toutes ces idées; on verra par
cette haifon que St. Paul répond avec beaucoup de clarté
à la queftion , qui lui avoit été faite , & qu'il prouve dé-
monftrativement qu'on ne fauroit afhfter aux repas, que
les Paient fnifoient dans leurs Temples, fans commettre
un adle d'idolâtrie. Mais eu même temps on verra, que
Monf. des Mahis a rcnverlc tout le but de l'Apôtre , &
confondu la nature des facrificcs expiatoires , avec celle
des facrifices eucharilliques : Mes bien-nimez. , fu'iez. l'idolâ-
trie : Je parle comme a. des perfonnes inteUigentti : jugez, vous--
mêmes de ce qut je dis. La coupe de bénédi£iion , que nous
kéhïffbns y nefi-elle pas la communion dtt fang de ctirift? o«
le pain , que nous rompons , n'eji-il pas la communion du corps
dt Chrijî,? Veiez. l' Jfrael félon la chair', ceux quimangeftt les
facrifices ne font-ils pas participans de l'autel? Les chofes ^
qut les Gentils facrifient , ils les facrifient aux Diables , c?*
non pas à Dieu ; or je ne veux pas qut vous foiez participans
des Diables. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur c/ la
coupe des Diables: vous ne pouvez, participer a la table dt*
Seigneur o" à la table des Diables. Du relie on ne doit pas
s'étonner, qu'un agneau offert en facrifice eucharillique
rcpréfcnte J. C. ofîért en facrifice expiatoire , non plus
que de ce que l'azyme , mangé avec joie dans laPaque,
reprcientoit le pain d'afïliélion , &c. C'cft par-là quej'ex-
piique , Chriji notre Pdque a été fairifié peur nous ; faifons
dont la fête f &:c. i.Cor. v.7.
Œ^r entière Tartie, 4(^7
propofitions paradoxes de l'Ecriture fain-
te , quand leur fens lituéral elt oppofé à
la doétrine confiante des Auteurs facrez.
Or l'idée, que les Auteurs facrez nous
donnent du corps de Jéfus Chrilt, eft in-
compatible avec le fens littéral de ces pa-
roles; prenez ^mangez y ceci e fi mon corps.
Je ne prelFerai point ici ces paiTages de
TEcrirure, qui difent que Jéfus Chirift eft
dans le Ciel, & qu'il n'en viendra qu'a-
près la confommation des fiècles. Je fai les
* diftindions que vous faites pour éluder
les
* Il me feroit très aifé de juftifier l'idée , que je vai
donner de ces diftindlions. Je reuvoie au Cardinal Bel-
larmin ceux qui voudront les favoir à fonds. Il n'eft pas
poflibleà un Auteur, qui veut entendre les objedions
d'un adverfairc avant que de lui répondre , & s'entendre
lui-même lorsqu'il lui répond, d'entreprendre de réfuter
ce que ce célèbre Controverfifte avance fur les différentes
manières, dont un corps peut être préfent dans un lieu,
Voi. Bellarm. Difputat. tom. 2. De facram, Euchar. lib.
I. cap. II. pag. 468. &c. Je me contenterai d'extraire ici
une partie de ce que Mr. PelilTon dit fur ee fujetdans fon
Traité de l'Eucharift, fed. ix. pag. 113. „Les Proteftans
„îfe perfuadent allez fouvent, dît-il, que nous croionslc
„ corps de notre Seigneur dans l'Euchariftie de la même
,, forte qu'il eft au Ciel , de la même forte qu'il étoit fur
„ l'arbre de la croix. Bien loin que ce foit là le fentimenr
„ de TEglife , elle condamneroit ces propolitions , fi elles
„ échapoient à un Catholique mal inftruit, & les traite-
j, roit d'hérétiques , s'il s'obftinoit à les foutcnir. Elle
>, condamneroit auffi ceux qui donneroient ce privilège,
,, d'être en divers lieux , au corps de notre Seigneur , com-
,, me glorifié , ou comme uni à la Nature divine : cav
„ ni fa gloire , dont nous n'avons que des idées très im-
„ parfaites, ni fon union à la Divinité n'empêchent point
„ qu'il ne foit un corps humain véritablement tel que le
ry nôtre ; ôc par cgnféquent préfeht à un feul lieu d'une
,y pré-
468 L'Etat du Chrïjîianifine en France^
les conféquences, que les Proteftans en
tirent contre le dogme de fa préfence cor-
„ préfence ordinaire corporelle & vifîble; c'eft- à-dire ,
„ telle que les corps ont accoutumé de l'avoir , préfence
„ bornée , limitée , & renfermée pour ainfi dire par le
„ lieu même , où le corps eft placé ; & que nous appelle-
„ jfons ici, pour nous faire mieux entendre, préfence uni-
„ que. Mais nous concevons en même temps aidez &
„ Ibûtenus par la foi, que ce corps divin 8c le nôtre, 8c
„ tous les autres corps du monde, quand il plait à
„ Dieu de franchir les bornes de la Nature , peuvent a-
„ voir une autre forte de préfence très véritable & très
„ réelle, que nous appellerons ici préfence multipliée, &C
„ qu'on a toujours nommé facr amentale ^ fpiritudle. Noii
„ pas pour croire comme nos Frères , qu'elle n'eft qu'en
„ figure ôc en efprit, mais pour exprimer que nous ne la
„ connoiffons que dans ce facrement augulte , & que
„ les corps y peuvent être par leur feule iubftance , fans
„ rien de ce qui les environne , & la fait tomber fous
», les fens, de la même manière que nous concevons la
„ préfence des efprits , celle de Dieu , celle àe& Anges ,
„ celle de notre ame même , dont nous difons commu-
„ nément. Came eji toute dans tout le corps , ^ toute dans
„ chaque partie , &c.
Si vous demandez à Monfieur Peliflbn ce oMe c'eft cet-
te préfence multipliée^ il vous l'expliquera par oiverfes com-
paraifons : par celle d'un cachet, (pag. 117.) un en lui^
même, efi multiptié par une infinité d'empreintes. Par celle
de la voix humaine , une dans la bouche de celui qui parle,
Tnultipliée c toujours la même dans les oreilles d'un Peuple in-
fini. Par celle de chaque homme, (pag. iiz.) qui aiant
une préfence unique dans le lieu qu'il occupe , a néanmoins une
préfence multipliée en cinquante miroirs , qu'on pourra lui op-
pofer ; même en cinquante pièces de chacun de ces cinquante
miroirs , mis en pilces , aujjï préfent en la plus petitt qu'à la
plus grande.
Ce font les paroles de Mr. Peliflbn , dans lefquelles il ,
me femble qu'il paroit aufli mauvais Théologien que
mauvais Plwlofophe. Car quel rapport peuvent avoir toutes
ces comparaifons avec le fyllême de l'Eglife Romaine ,
félon lequel le pain & le vin font changez , non en l'i-
mage, mais enlafubftance du corps de Jéfus Chrift î* Je n'ai
pas
Crémière Partie. ^6i)
porelle dans l'Euchariftie- Ces diflinc-
tions font fi frivoles , que je n'entre-
prendrai pas de les combattre. Mais voi-
ci où me conduit la troifiême règle , que
je viens de propofer.
III. Quand les Auteurs facrez par-
lent du corps , que Jéfus Chritt avoic
fur la terre , ils le repréfentent tel
que le nôtre ; c'étoit un corps palpable:
on
pas accoutumé de méprifer mes adverfaires 5 mais j'avoue
ingénument que je n'ai guèrcs vu d'Ouvrage plus foible
dans Ion genre, que celui dont je viens d'extraire quelques
endroits. Si nous en jugions par ce qu'en difent quelques
Prélats, (voi. les Approbations qui font à la tête de ce
Livre) Tout y efl lumineux ^ énergique ; c'étoit fon Ouvragée fa'
iiori y qu'il rtgardoit comme Li confommation de tous ceux,
que la charité ardente , que Dieu lui donnait pour les compa-
gnons de (es anciens égaremens , l' avait engagé de donner au
Publie : il y a tant de force , tant de clarté , tant de zèle ,
qu'on diroit que, comme ces deux Difciplts d'Emmaus , il avait
reconnu J. C. dans la fraâlion de pain. Voilà les idées qu'on
nous donne du T raité de l'Euchariftie de Mr. Pélif-
fon. Qu'on y jette les yeux , on y trouvera fur cha-
que fuj et, que l'Auteur y traite, déclamations fur décla-
mations , qui finiflent ordinairement par une prière fer-
vente , dans laquelle l'Auteur demande à Dieu que les
Protettans fe laiiTent convaincre par les raifons , qui vien-
nent de leur être alléguées. Auffi faudroit-il que Dieu fit
une aulfi grande transformation dans les efpnts raifonna-
blcs, pour les perluader par de pareils fophiimes, que cel-
le qu'on prétend être faite dans les fymboles de l'Eucha-
riftie. Il n'y a plus lieu de s'étonner , qu'un auffi beau
génie que Mr. Péliifon n'ait pu fe laiflTer perfuader lui-mê-
me par les mauvaifes raifons , qu'il a alléguées aux autres,
ëc qu'il ait témoigné dans fon lit de mort fi peu de ref ■
pêdl pour un prétendu Myftère, qu'il avoir établi fur de fi
irèles fondemens pendant fa vie: malgré ce qu'avoit dit
Mï. l'Evêquc de Meaux (voi. l'Approbation à la tête du
Livre) que ce Profélyte était plus foigneux de goûter le [acre-
Kent de l'Euchariftie , que de l'entendre.
Tom. L H h
470 UEtat du Chriftianifine en France^
on pouvoir conclurre, de ce qu'on y dé-
couvroit par les fens telle ou telle pro--
priété , qu'il les avoit réellement ; ^ de
ce qu'on n'y découvroit pas telle ou telle
autre propriété , on pouvoit conclurre
qu'il ne les avoit pas. On pouvoit conclur-
re de ce qu'on le voioit dans un certain
lieu, qu'il y étoit véritablement; & de ce
qu'on ne l'y voioit pas , on pouvoit con-
clurre qu'il n'y étoit pas. On pouvoit con-
clurre de ce qu'il étoit en vie, qu'il n'étoit
pas mort ; & de ce qu'il étoit mort on
pouvoit conclurre, qu'il n'étoit pas en vie.
Ceft fur ce principe que les Anges dirent
aux femmes , qui le cherchoient * dans
fon tombeau : pourquoi cherche z-votts par-
mi les morts celui qui ejt vivant ? \ Venez^
t3 votez le lieu j où le Seigneur étoit cou-
ché ....voici il s'en va devant vous en G ali-
tée, C'eft fur ce principe qu'il dit lui-mê-
me à fes Difciples , qui le prennoient pour
un phantôme , lorfqu'il leur apparut a-
près fa refurreftion: :|: Tourquoi êtes-vous
troublez^ & pourquoi monte-t-il des p en-
fées dans vos cœurs ? Voiez mes mains ^
mes piez , car c'eft moi-même : touchez
moi , ^ voiez , car un efprit n'a ni chair .^
ni os y comme vous voiez que f ai. C'eft
fur
* Luc XXIV. 5.
I Matth. xxvin. 6, 7,
\ Luc XXIV. 38.
Trémiere T art te, 471
fur ce principe qu'il tint ce langage àTho-
mas : * Mets ton doigt ici & regarde mes
mains. Avance anjji ta main ïê la mets
dans mon côté, ^ ne fois point incrédule^
mais fidèle. C'eft fur ce principe que Tho-
mas lui répondit : f Mon Seigneur , ^
mon Dieu. C'eil fur ce principe que les
Apôtres annoncèrent fa mort & fa refur-
redion::j: G" qui et oit dès le commencement ^
ce que nous avons oui-, ce que nous avons vu
de nos yeux ^ ce que nous avons contemflé^
^ que nos mains .ont touché , de la parole
de vie , c'eft cela même que nous vous an*
nonçons.
Cette idée du corps de Jéfus Chrifl
n'efl pas compatible avec le fens , que
vous attribuez à ces paroles , Qeci eft mon
corps ; ceci eft mon Jang. Non , li ces pa-
roles doivent être prifes à la lettre , les
Apôtres n'ont pas été fondez à conclurre,
de ce qu'ils avoient vu Jéfus Chrifl de leurs
propres yeux, de ce qu'ils l'avoient tou-
ché de leurs propres mains , qu'il avoic
exiilé réellement : car s'il exiltoit dans les
efpèces du pain & du vin , qu'il leur pré-
fentoit, & oùiln'étoit ni vifible, ni pal-
pable , il fe pouvoir bien qu'il n'exiflât pas
où il étoit vifible & palpable. Les Anges
n'ont
* Jean xx. 27.
t Ibid; i8.
\ I. Jean i. i,
Hh 2
472» L'Etat du Chriftiantfme en France ^
n*ont pas été fondez à conclurre de ce
qu'il étoit en Galilée , qu'il n'étoit plus
dans fon tombeau: car s'il avoit été en
même temps affis à table, & renfermé
dans les efpèces du pain & du vin , il
pouvoit être dans le tombeau & en Gali-
lée tout enfemble. Les Difciples n'ont pas
été fondez à conclurre de ce qu'il étoit en
vie , qu'il n'étoit plus mort , ni de ce qu'il
étoit mort, qu'il n'étoit plus en vie : * puis-
qu'ils l'avoient vu en même temps mort
& en vie: en vie, lorfqu'il parloit à eux &
qu'il leur difoit ; Ceci eft mon corps rompu
pour vous ; Ceci efi mon fang répandu :
mort, lorfqu'il leur préfentoit fon corps &
fon fang feparez l'un de l'autre, c'ell-à-
dire , en état de mort. Le fens littéral de
ces paroles , que nous expliquons , efl
donc contraire à l'idée, que les Auteurs
facrez nous donnent du corps de Jéfus
Chrift; donc félon notre troifiême règle
elles doivent être prifes figurément. C'eft
ce qu'il falloit prouver.
Je
* Je prie mon Lefteur de remarquer, que la force de
cet argument ne dépend pas de la force de cette traduc-
tion des termes de l'original, mon corps qui efl rompu; mon
fang 4jui efl répandu: on nous objede que le mot efi n'eft
pas dans le Grec, & qu'on n'eft pas plus fondé àfupplécr
le mot efl que celui défera; mais la force de mon argu-
ment dépend de ce que Jcfus Chrift en difant, Ceci efl
mon corps; Ceci efl mon jangy donnoit , félon le fyftêmc
des Catholiques Romains, fa chair feparée de fon fang,
c'eft-à-dire, en état de mort.
'Première Partie, 473
Je fuis fi éloigné, Meffieurs, de vou-
loir déguifer ce qu'il y a de foutenable
dans votre fyftême, que je vais propofer
ici la folutiôn, la plus fpécieufe que je
puifTe imaginer , à l'objeftion que je viens
de faire pour le rcnverfer. La voici. Nous
devons croire le corps de Chrifl femblable
au nôtre dans tous les cas, où Dieu ne
nous avertit pas de nous en former une au-
tre idée , parcequ'il va en changer la na-
ture, ou les apparences. Les perfedions
de Dieu ne permettoient pas que ce corps
fut invifible dans fon tombeau , lorsqu'un
Ange vouloit que les femmes, qui étoient
venues le chercher, jugeaiïent par leurs
propres yeux s'il y étoit encore, ou s'il
n'y étoit plus. Les perfections de Dieu ne
permettoient pas que Jéfus Chrill parût
avoir de la chair & des os , fans qu'il en
eût réellement , tandis qu'il vouloit lui-
même que fes Difciples le touchaffent , &
qu'ils jugealTent par-là s'il avoit un vérita-
ble corps, ou s'il étoit un phantôme. Mais
les perfections de Dieu permettent que le
corps de Jéfus Chriil foit différent de ce
qu'il paroit à nos fens , pourvu que nous
foions avertis, que dans l'occafion préfente
nous ne devons pas en juger par nos fens.
Or c'eil ce qu'il fait dans l'Euchariftie.
Ces paroles , prenez, , mangez, , ceci ejî
mon corps , font un avertilfement , qu'il
Hh 3 nous
474 L^Etat du Chrtfiiamjme en France ^
nous donne, de ne pas juger de fon corps
dans ce facrement par le témoignage de
nos fens ; elles font équivalentes à celles-
ci: Je change artuellement la nature de
mon corps , du moins j'en voile les pro-
priété?,. Jufqu'à préfent vous deviez con-
clurre , de ce que vous le voïez dans un
certain endroit , qu'il n'étoit pas dans un
autre endroit. Jufqu'à préfent lorfque vos
fens dépofoient qu'il avoit certaines quali-
tez 5 vous deviez conclurre qu'il les avoit
réellement. Mais dans le myllère de l'Eu-
chariftie ce railbnnement , fondé par-tout
ailleurs, efl erroné: & je vous déclare,
que ce qui vous paroit n'être que du pain,
quand vous le touchez , quand vous le
contemplez , quand vous le mangez , efl
mon propre corps.
Nous ignorons, Meffieurs, quel juge-
ment vous ferez de cette folution ; mais
il me femble que vous n'en fauriez oppo-
fer de plus fpécieufe à notre dernier ar-
gument. Je prouverai pourtant dans un
de mes articles fuivans, que ce prétendu
changement de la nature , ou des appa-
rences du corps dejéfus Chriit dans l'Eu-
chariitie, implique contradidion. Je me
contente ici d'une réflexion, ik je vous
demande , Meffieurs , eft il concevable
que Jéfus Chriil , voulant donner à fon
Eglife un avertilTement auffi important
que ,,
|:
Première Tartie, 475^
que celui que vous fuppofez ; eft-il conce-
vable qu'aiant à nous former à un genre
de raiibnnement inoui jusques alors» il
l'ait fait d'une manière li concife & fl
équivoque ? Car après tout , fuppofé mê-
me que les paroles , dont nous cherchons
le fens, doivent être prifes à la lettre, un
homme raifonnable peut du moins avoir
quelque foupçon qu'on doit les prendre
figurément. Puisque JéfusChrift a ditfigu^
rément, qu'il étoitun fepy qu'il étoit un
chemin -yG^ViWétoVi une /'or/^^, qu'il étoit un
temple-^ il fe pourroit bien auiïl qu'il eût
parlé figurément , quand il a dit que le
pain de l'Euchariftie ' étoit fon corps.
D'où vient qu'il n'a pas eu la charité de
diffiper ce foupçon ? D'où vient qu'aiant
dit d'une manière fi claire, fi étendue,
la chofe du monde qui avoit le moins de
befoin d'être expliquée, favoir qu'il avoit
des os & de la chair, lorsqu'on lui tou-
choit des os & de la chair ; que lorsqu'il
étoit dans un lieu, iln'étoit pas dans un au»
tre lieu ; d'où vient qu'il dit d'une maniè-
re fl équivoque & fi concife la chofe du
monde, qui avoit le plus de befoin d'être
dite avec clarté &avec étendue , fuppofé
qu'elle foit fondée, favoir que dans les
fymboles de l'Euchariitie il a de la chair &
des os , quoi qu'on ne lui en touche point ;
qu'il eft dans un lieu , & en même temps
Hh 4 dans
47^ L!Etat du Chrijlianijme en France ^
dans un autre lieu, & en même temps
dans cent mille millions d'autres lieux,
&ain{i du refte? * „ Charité Eternelle,
3, s'écrie Mr. PéliiTon , dans un de ces
„ mouvemens de ferveur , dont fon Ou-
5, vrage ell rempli , Charité Eternelle
5, & infinie, fur le point de répandre vo-
3, tre fang pour notre falut , ne nous
3, auriez-vous point fait entendre par
3, quelque petit mot: c'eft en la croix
3, queje vous donnerai ce fang: ici, à fa-
3, voir dans l'Euchariilie , vous n'en aurez
3, que la figure: gardez vous bien d'une
3, erreur, qui vous priveroit de ce falut,
3, que je veux vous donner. Ouvrez,
3, Seigneur , ouvrez les yeux de nos Frè-
3, res ; mettez leur cœur en liberté ;
ôtez leur la vaine crainte de vous être
5>
3, trop foumis , & de trop croire en
3, vous.
Nous avons aulîi, MefTieurs, la facul-
té de nous récrier , & nous en avons plus
de fujet que l'Auteur que je viens de
citer, qui déclame lorsqu'il faut prouver,
& qui croit, par le retour continuel de
fes extafes, fuppléer à la foiblellé de fes
raifonnemens ; nous fommes fondez plus
que lui à dire : „ Charité Eternelle & in-
„ finie.
* Péliflbn Traité de l'Euchar. feâ. xn. pag. 170,
1.
\ :
5ï
5î
Crémière Partie. 477
„ finie, fe peut-il que fur le point de ré-
,, pandre votre fang pour notre falut,
„ vous ne nous aiez dit qu'uN petit
„ MOT, pour nous apprendre , que vous
5, nous le donneriez à boire dans le facre-
5, ment de l'Euchariltie , d'une manière
aufîi réelle qu'il auroit été répandu fur
la croix ? Se peut-il que quand vous
prononciez ce peu de paroles , fi fuf-
„ ceptibles d'être prifes figurément, ce^
5, ci eft mon corps , vous n'aiez pas ajouté
5, un PETIT MOT pour les éclaircir, &
,, que vous n'aiez pas daigné nous dire:
„ gardez vous bien de les prendre de
5, cette manière , & de tomber dans une
5, erreur, qui vous priveroit du falut, que
j, je veux vous donner ? Ouvrez,Seigneur,
5, ouvrez les yeux de nos Frères; mettez
„ leur cœur en liberté ; ôtez leur la vaine
„ crainte de vous être rebelles, quand ils
„ chercheront humblement le fens des
„ ordres, que vous leur donnez, & de
„ ne pas vous croire , lorsqu'ils explique-
„ ront ce que vous dites avec moins de
,, clarté dans un endroit, par ce que
„ vous avez dit de la manière du monde
„ la plus claire & la plus lumineufe dans
„ cent autres endroits.
L'argument, que nous venons de pro-
pofer , Meilleurs , recevra un plus grand
jour, quand nous aurons ramené notre
Hh s IV.
i
478 U Etat du Chrijîianifme en France^
ïv. maxime. Nous avons dit iv. que
nous donnons un fens figuré aux propo-
rtions paradoxes de l'Ecriture fainte ,
lorfque venant de s'exprimer figurément
en établilTant une cérémonie , ou en pre-
fcrivant une difpofition d'efprit , elle fe
fert des mêmes emblèmes pour exprimer
celle qu'elle leur fubllitue.
Nous rencontrons encore ici naturelle-
ment Mr. des Mahis , & il va nous fournir
lui-même des armes pour le combattre.
C'elt une chofe déplorable, que tant de
Chrétiens demeurent fans favoir pourquoi,
& comme par hazard, dans la Communion
où ils font nez. Cependant on a tant de
peine à s'affranchir des préjugez de l'édu-
cation & de la nailTance : on eiT: appelle
à de fi grands facrifices , quand on abjure
la Religion de fes Pères , qu'il n'y a pas
lieu de s'étonner , fi la plupart des hom-
mes perfiftent dans celle qu'ils ont fuccée
avec le lait , malgré les raifons qui de-
vroient les porter à y renoncer. Mais
quelle idée doit-on fe former de ceux
qui renoncent à leur Religion par des ar-
gumens fophiftiques , & qui s'emploient
à feduire les autres , après avoir été feduits
eux-mêmes, ou peut-être après avoir feint,
de l'être ? C'a été le funefle cas de ces * deux
ce-
* Mr. Pcliflbn , & Mr. des Mahis.
Crémière Tartte. 47^
célèbres Profelytes , que nous avons ci-
tez 5 & dont la prétendue converfion
vous a paru fi glorieufe à l'Eglife Romai-
ne. Quand même nous jugerions des
motifs, qui les ont portez à Tembrairer,
par les argumens qu'ils emploient pour la
deffendre , nous ne pourrions former
qu'un finiilre jugement de leur abnéga-
tion. Mr. des xMahis nous fournit
une nouvelle preuve de cette véri-
té.
Nos Auteurs avoient avancé, que Jé-
fus Chrill; s'étoit fervi dans Tinititution de
l'Euchariitie des mêmes figures, & des
mêmes emblèmes, qui étoient en ufage
dans la célébration de la Pàque. Parmi
les raifons qu'ils en alléguoient, il y en
avoit une prife de quelques cérémonies ,
que nous trouvons dans les Rituels des
Juifs, & que nous croions devoir décrire
ici avec un peu plus d'étendue que ne l'a
fait Mr. des Mahis.
* Pendant que les Juifs étoient dans
leurs Ecoles la veille delà Pàque, leurs
femmes drelToient dans les plus riches ap«
partemens de leurs maifons des tables,
autour desquelles il y avoit des chaifes
avec des couiïins pour les afîillans, & un
fau-
î Vide Orach Chajim num. 472. Item Joh. Buxtorf.
Pâtr. S/nag. Jud. cap. xvin. pag. 404.
480 VEtat duChrifttantfine en France^
fauteuil pour le Père de famille. On fer-
"voit trois bafîîns fur ces tables; dans le
premier il y avoit trois gâteaux ; dans le
fécond l'épaule d'un agneau rôti ; & dans le
troiiiême*une efpèce de bouillie compo-
fée de pommes, de poires, de figues, de
piftaches , &c. dans laquelle on mêloit des
morceaux d'hylTope & de canelle. Tout
cela étoit fymbolique. Ce choix des plus
riches appartemens, f ce fauteuil , ces
chailes avec des couffins, étoient defli-
nez à repréfenter l'état d'opulence , où fe
trouvèrent les Ifraelites en fortant d'E-
gypte. :|: Ces trois gâteaux reprélèntoient
trois ordres de perfonnes, favoir les Sa-
crificateurs,les Lévites, & le Peuple. | Cet-
te bouillie repréfentoit le ciment , avec
lequel ils fiilbient les briques, lorsqu'ils
étoient fous la domination de Pharao , &
les
* Rab. Bartenor. in Mifchnx Part. 2.. Traâat. de Pa-
fcliate cap. x. pag. 173. Vid. etiam R. Mofche Fil. Mai-
monid. ibid.
I Necefle eft ut comedamus corporc inclinato, quo-
modo Reges & magnâtes comedere folent, quod liberta-
tem indicat. Idem ibid. Utebantur r\iyr\ , feu hoc jacen-
tis ftatu , in memoriam libertatis. Et Rabbi Levi dicit,
Quia mos eft lervorum liantes comedere , idcoque nunc
edunt c'3orD fedentes & jacentes, ut oftendant fe efle
ex fervitute aflertos in libertatem, R. Salom. in Pefach.
perek lO.Talm. Hicrof. Vide Lightfooti Oper. Tom. 1.
Traftatu de rempli, &c. cap. xiii. pag. 734.
4' Joh. Buxtorf. ubi fuprà pag. 407.
i Rabbi Eliezer filius Sadoc apud Bartenorara ubi fu^
prà.
m
Tr entière Partie, 481
ies morceaux d'hyflbpe & de canelle re-
préfentoient la paille, qu'on mêloit avec
le ciment pour lui donner plus de confi-
ftance. Lorsque les hommes étoient re-
venus de leurs Ecoles , ils s'afleioient aux
tables qu'on leur avoit dreflees. Le Père
de famille prenoit d'abord un des trois gâ-
teaux, & il en faifoit deux portions; il en
gardoit une pour lui , il lenvelopoit d'un
voile, pour repréfenter la pâte, que les
Ifraelites envelopèrent de cette manière
la nuit de leur fortie d'Egypte , & pour
donner occalion aux enfans , qui célébro-
ient la Pàque, de faire cette queltion : Tour-
quoi envelope-t'On ainfi ce morceau de gd»
teau avant que d'en avoir mangé! Il met-
toit la féconde portion dans le plat, où
étoient les deux autres gâteaux, il les dif»
tribuoit avec l'agneau rôti à chacun des
afiiftans, qui le voient ces mets avec leurs
mains , avant que d'en manger , & qui
chantoient ce Cantique : Ceft ici le pain
d'affii^fion ^ de misère^ que nos F ères ont
mangé en Egypte, ^te tous ceux qui ont
faim viennent \3 mangent ^ que tous ceux
qui font dans l'indigence approchent ^ qu'ils
fe repaiffent de l'oblatïon de l'agneau pafcal.
Nous fommes ici cette année , ( favoir en
Egypte, & ces paroles fe prononçoient
tous les ans en Canaan ) Nous fommes ici
cette année , mais l'année f roc haine ^ s* il
plait
aÎz UEfat du Qhriftianifme en France ^
fiait au Seigneur y nous ferons en Canaan i
cette année nous fomrnes efilaves^ mais
l'année prochaine ^ s* il fiait au Seigneur^
noui ferons enf ans de famille ^ ^ maîtres
de maïfon.
Les Théologiens Proteftans avoient
prétendu trouver une grande conformité
de ftyle entre ces paroles des juifs, c'efl
ici le fain de misère , que nos T^eres ont
mangé en Egypte ^ & celles de JéfusChrift,
Ceci eft mon corps rompu pour vous. Ils
avoient dit, qu'une des raifons, qui dé-
termina Jéfus Chrift à fe fervir de cette
expreffion dans Tinltitution de FEuchari-
flie 5 Ceci eft mon corps , c'étoient ces pa-
roles mêmes , qui venoient d'être recitées
dans la célébration de la Pàque , Ceci eft
le pam de misère-, que nos ^ères ont mangé
en Egypte. Mr. des Mahis nous enlève
cet argument : il s'infcrit en faux contre nos
Docteurs ,* qui rapportent ftfouvent ces pa-
rôle s^ fi mal à propos,dit-i\,Ceci eft le pain
de misère Sêc.^qui s' en fervent pour déter-
miner le fens de celles de Jéfis Chrïft. Les
y^^ifr^jjajoute-t.il, n'ont jamais infinué le
moins au monde qu'ils entendijje?it celles-ci
comme les Juifs entendoient les autres.
Les
* Mr. des Mahis Lettre à une Pcrfonne de la Religion
prétendue reformée, où la préfencc réelle du corps dejé-
j'us Clirifl: darvs l'Euchariftie eft prouvée, pag. 77.
^Première T art te. 483
Les Teres ti'ont jamais remarqué de com-
faraifon entre ces deux chofis ; cefl là une
imagination de ces derniers fiècles^ où les
Novateurs ne trouvant ni dans V Ecriture ^
ni dans les Vères , des preuves fuffifantes
de leur explication y ont fureté par-to ut , Ç^
ont cherché jufques dans les témoignages
mêmes douteux de quelques Rabins ^ quira-
portent cette coutume. Ce font les paroles
de Mr. des Mahis.
Je n'examinerai point ici, Mefîieurs, fî
ce Profelyte de l'Eglife Romaine avoit lui-
même aiTez/wre'r^'dans les Ecrits des Ra-
bins, pour favoir fi ce qu'ils rapportent
de la coutume, dont nous avons parlé, eft
douteux. Il devoit du moins prendre gar-
de que nous avons un témoignage plus
ancien que celui des Rabins, un témoigna-
ge , qui n'eft pas douteux , & qui autori-
foit les Juifs à appeller le pain, qu'ils man-
geoient durant la Pâque, le pain démise-
re , que leurs Tères avoient mangé en E-
gypte : ce témoignage eft celui de Dieu
même, qui dans* le chap. xvi. du Deu-
teronome, dans l'endroit, où il prefcrit
aux Ifraelites de fe réjouir pendant la fête,
leur donne cet ordre , vous manger oz,pen^
âant fept jours le pain d'affli^ion. \ Aufîî
étoit-
* Ver. 3.
t Dat particulam coram unoquoque, & altertollit, ve!
accipit eam manu fua ; neque licet ei illam in manum
corne-
484 L'Etat du Chriftianijme en France^
étoit-ce une maxime des Juifs, qu'il n'é-
toit permis à perfonne de prendre les azy-
mes de la main du Père de famille, fans
être dans le deuil.
Mais ne nous arrêtons pas à cette re-
marque. Mr. des Mahis condamne nos
Dofteurs, de ce qu'ils ont tiré de cette
exprefîîon des Juifs , Ceci eft le pain de
misère, le fens de celles de Jéfus Chrift ,
Ceci eft mon corps, D'oii veut-il donc que
nous tirions le fens de ces dernières? D'u-
ne autre expreflion , dont les Juifs fe fer-
voient aufli en célébrant leur Pàque:
:j: Vos T)o[Jeurs ont fort bien prouvé , dit-il . ||
aux Proteftans , que dans le temps que Je* '
fus Chrift inftituoit la fainte Cène les
Juifs mangeoient r agneau de Pdque , pour
participer au facrifice qui en avoit été
fait dans le temple , ^ ils nommoient cet
agneau le corps de la Paqjue. Re-
marquez, Meffieurs, comment Mr. des
Mahis fe prévaut de tout ce qu'il croit
avantageux à fa caufe. Cette première
coutume n'eft à fon avis fondée que fur
des témoignages douteux', l'allufion, que
nous croions y découvrir, eft une imagi-
nation de ces derniers fuc le s y où les Nova-
teurs
comedentis dare,iiifi fuerit lugens , Maimonid. in Hilcos
feeracos , cap. 7, vid. etiam Joh. Buxtorf. Fil. Dilfeit.,
VI. de Cœna Domini , fed:. ix. pag. 37.
% Mr. des Mahis ibid. pag. 75.
Crémière Partie. 48 5*
leurs ont fîir été par-tout -, &c. Mais je
demande , le témoignage de ceux qui di-
fent, qu'on appelloit corps de La ^Pdque
l'agneau, qu'on mangeoit durant la fête,
ell-il moins douteux, que le témoignage
de ceux qui attellent , * qu'on appelloit
pain de misère , celui qu'on mangeoit dans
cette augufte cérémonie ? La diiï'érence
qu'il y a entre ces deux expreflions , c'eft
que la première elt tirée de l'Ecriture,
ainfi que nous l'avons prouvé , au lieu que
l'autre ne s'y trouve point.
Ce ne font là que les moindres ob"e(^tions,
que nous avons à propofer à Mr. des Ma-
his. t Nous reconnoilTons que les Juifs
appelloient corps de la Pâque l'agneau,
qu'ils mangeoient durant la fête; nous
avons foin de marquer :|: quels font les en-
droits ,011 nos Auteurs ont fureté pour dé-
couvrir cette expreffion. Nous avouons
auflî,
* Ce formulaire efl: Très ancien parmi les Juifs, il fe
trouve dans tous leurs Rituels. Voi. Abarbanel in Sevach
Pelach fol. lo. pag. i. & Joann. lîuxtorf. fil. dilTert. vu.
Vmdic. exercit. de Cœna Do;n. pag. 346.
t Buxtorf le fils croit même qu'il efl: plus vraifem.bla'-
ble,que Jéfus Chrift a eu plus d'égard à cette expreffion
qu'à l'autre , ibid. pag. 34. voi. a uflî Hammond in
Àlaith. XXVI. pag. 2.00.
% Vi.lc Milchna part. i. Trad. de Pafch. cap. x. fecl,
in. pag. 17 ^ Cette expreffion fe trouve auffi dans R.
Mof. Maimon. in Hilcos Kamets Umathfach , cap. 8. §.
55t. lib. Melchita fol. 4. col. i. Et apud R, Bêchai fol.
7v X. ad Exndum xu. dans tous ces endroits l'agneau
Pafcal elt appelle X\yùT\ 'rt' î£lJ , h ccr^s de la PÀciae.
Tom. L I i
485 U Etat du Chrijlianiftne en France ^
auffi^ nous foutenons même, que les pa-
roles de J. Chriflj^m eft mon corps ^ioïil
une allufion à cette façon de parler. Mais
c'eft cela même qui nous autorife à pren-
dre figurément l'exprelFion du Sauveur.
On appelloit corps dupajfage, le corps qui
repréfentoit lepafîàge, oufi vous voulez,
le corps qu'on mangeoit en commémora-
tion du pafTage , ou 11 vous l'aimez mieux
encore , le corps qui étoit la figure de l'a-
gneau , dont le fang avoit préfervé les If-
raelites des coups de l'Ange deftrudeur.
Jéfus Chrilt fubititue l'Eucharillie à laPà-
que. Nous donnons un fens figuré aux
proportions paradoxes de l'Ecriture fainte ,
lorsque venant de s'exprimer figurément,
en établilîant une cérémonie, ou en pre-
fcrivant une dilpofition d'efprit , elle fe
fert des mêmes emblèmes, pour exprimer
celle qu'elle leur fubllitue. Donc nous
devons croire que Jéfus Chrifl parloir fi-
gurément , quand il difoit du pain de l'Eu-
charillie , ceci eft mon corps. Nous devons
croire qu'il donnoit à ce pain le nom de
Ion corps de la môme manière , que les
Juifs appelloient corps de la Tdque^ celui
qui en étoit la figure.
v. Nous donnons un fens figuré aux
propofitions paradoxes de l'Ecriture làin-
te , lorsqu'il fait moins de violence.au loix
du langage, que le littéral n'en feroit à
celles
Crémière Tartie. 487
celles de la Nature. Vous nous avez fou-
vent foutenu qu'on ne fauroit , fans violer
les premières , refufer de prendre à la let-
tre les paroles de Jéfus Chrift. Mr. Ar-
nauld dans fon Traité de la Perpétuité
de la foi efl, fi je ne me trompe, celui de
nos Antagoniiles , qui a donné le plus
de couleur à cet argument. 11 pofe d'a-
bord ce principe, qui ne fauroit être con-
telle, c'eft que* s'il y a des occafions,
où l'on peut affirmer du figne la chofe fi-
gnifiée , il y en a auffi où ces fortes de
proportions feroient ridicules & extrava-
gantes ; c'eft ce qu'il veut éclaircir par
cet exemple: Je prie les Calvinijles ^ dit-
il, de me dire fi ce feroit une chofe ftippor^
table , que que le un aiant fait un fonge la
nuit , da7is lequel une gr^-mde quantité de
phant ornes & d'images lui aur oient pajfé
par l'e/prit , ^ ï étant imaginé à fon ré-
veil que ces images^ qui lui avoient pajjé
par l'efprit -, fignif oient quelque chofe ^ s'a-
vifdt en pvirlant aux autres , fans les
avoir avertis quil parloit d'un fonge , de
donner à ces images le nom des chofe s ^ qu*il
croiroit qu elles fîgnifient , s'' il s"" était ima-
giné que les bœufs fignifioient les Aile-
mans , £^ les chameaux les Ho llaiidois ; au^
r oit 'il droit pour cela en parlant à des gens ^
qui
* Perpétuité de la foi, tom. ii. chap. xn. pag. 66,
I i X
488 VEtat duChrtJlianifme en France^
qui fC aur oient jamais rien appris defonfon^
ge , d'^appeller un bœuf un Alleman^ ou un
chameau un HoUandois ? Ce font les paro»
les de Mr. Arnauld.
La queflion feroit d avoir des règles ,
par lesquelles on pût , lelon les exprefiions
du même Auteur , difcerner, quand ces
propofitions font raifonnables^ & quand
elles font extrava<^antes , afin de favoir
en quel rang on doit mettre le fens, que
les Proteitans donnent à cette propolî-
tion , ceci efi mon corps.
Non feulement Mr. Arnauld fait voir
l'utilité de ces règles, il prétend mê-
me les avoir trouvées. Je ne tranfcrirai
ici que ce qu'il dit de plus fpecieux
fur ce fujet: le voici: * ^tanâ on voit
que celui à qui on parle confidere quelque
cbofe comme unfigne , c^eft parler dune ma^
nàre raifonnahle que d'en affirmer la cbofe
Jignifièe ^ & de dire par exemple qu'un ta-
bleau eft Alexandre ^ qu'une carte eft rit a-
//V, parce que nous lifbns dans fon efprit ,
quil 11 eft en peine que de favoir ce que re-
préfente ce tableau^ ou cette carte ^ & non
de quelle matière elle eft. Et comme nous
fuppofons avec raifon qu'il forme intérieu-
rement cette queflion: qttefî ce que ce tableau
efi en Jîgnification ^ en figure ? Nous ré*
pondons
* Ibid. pag. 67,
Crémière Tartie. 489
fondons aiijjî avec rai fan , que c'eji Ale-
xandre : les mots de , en Jîgnification ^S en
figure , qui manquent à notre exprejjlon^
étant fufpléez par cette queftion intérieure^
que nous voions dans fin ejprit. ^^e forte
que la propofition entière confifte^îS dans ce
que nous /avons quil a dans fe/prit , ^
dans ce que nous exprimons par ces paro-
les.
Mais lorsque nous connoiffons au contrai-
re ^ que ceux à qui nous parlons ne re*
gardent nnllement certaines idées com^
me des fignes^ mais quils les confîdèrenî
comme des chofes, il eft ridicule alors d'en
affirmer ce qu^ elles fignifient dans notre
ejprit , ïê il eft vifible que c'eft ce qui rend
ridicules les exemples que faipropofez, d'un
homme , qui dirait , qu'un chêne eft Aie-
xandre le Grand, & qu'un chien eft le
grandCyrus <, ces exemples 71' étant extra-
vagans , que parce que ceux à qui on parle
ne confîderent un chien & un chêne, que
comme deschofes^ ^ non comme des Jîgnes,
^ que celui qui parloit devoit voir en eux
cette di/pofition.
Sur cette règle générale Mr. Arnauld en
fonde de particulières ; comme celle-ci»
s'il efl permis de donner aux fignes lenom
des chofes fignifiées : * ^landtl eft queftion
des
* Ibid. pag. 69.
I i ^
49 o L'Etat du Chrijîianijhte en France^
des Jlgnes déjà établis^ on ne fauroit lefai^
re raifonnablement dans leur premier éta-
blïjfement. Comme cette autre : f ^teceux
qui parlent raifonnablement ne font pas
dépendre leurs paroles de certaines idées
RARES Ainfi parce que c*efi une
chofe RARE d'expliqtier un Jonge , un hom-
me ne parlerait pas raifonnablement , fit
fans avertir qii il parle d'un fonge, il don-
nait aux chofes , qu'il auroit vues en dor-
mant y le nom de celles qu'il croiroit qu'elles
fgnifient. Or il eft infiniment plus ra-
R E , ajoute-t-il , d^ établir un fgne , que
de parler d'tinfonge ; cela ne fe fait jamais
dans la vie commune \ les Apôtres n'en pou- Il
voient avoir aucun exemple dans la vie de ■
Je fus Chriji, que celui au Baptême.
Voilà les principales règles , parlefqueî-
îes , fi nous nous en rapportons à cet Au-
teur, on peut difcerner fi une proportion,
dans laquelle on donne à un figne le nom
de la chofe qu'il fignifie, efl raifonnable^ ou |
fi elle eft ridicule ^ extravagante, Voi- !
ci l'application qu'il en fait, & laconclu-
fion qu'il en tire contre les Proteftans '. XOn j^
voit tout à coup par ces principes ^ dit-il,
que le fens^ que les Calvinifîes donnent à ces
paroles^ ceci eft mon corps ^ ne peut aucune-
ment fubfijler Tparce qu'il r en droit cette pro-
pofitiou
t Ibid. pag. 70.
■\ Ubi fuprà pag. 68.
Trémière Partie. 491
pofiùon contraire au bon fens , ^ à tous les
principes du langage humain. Car il ejî vi-
Jîble que du pain n^eft pas du nombre des
chofes , que l'on confidère ordinairement
comme des Jignes. On ne doit point croire
que J. CbrtJÎ ait vu dans Vefprit des /ipo-
très, qu'ils fujfent en peine de ce que figni-
fioit le pain qu'il frennoit ^ parce que l*on
n'a aucun lieu de fuppofer qu'ils enfuffent
en peine y le pain étant du nombre des cho-
fes^ que ron regarde comme chofes, & non
comme Jignes. Il ne répondait donc à aucu»
ne de leurs penfées en difant , ceci eft mon
corps. Cette exprejjion 71' étoit point fuppléée
dans leur e/prit par aucune idée précé dent e\
& il ne leur avoit point donné de lieu de
former cette que ftion intérieure, que fîgni^
fie ce pain ? Elle auroit donc été entier e^
ment in [en fée , s'il avoit affirmé du pain ,
qu'il et oit fin corps, pour marquer qu'il
fétoit enfignification & en figure ; ^ elle
auroit été tout auffi peu raifonnahle que les
autres , que nous venons de rapporter , dans
le/quelles chacun reconnoit une extravagan-
ce vifible. Et un peu plus bas: * Il eft clair
par tout ce que nous venons de dire , que fî
Je fis Chrift n' avoit voulu faire du pain de
l' Euchariftie qu'une fimple figure de fin
corps , il ne fe fer oit jamais fervi de ces pa-
roles,
* Pag. 7®.
Ii4
492' VEtat du Chriftianifme en France ^
rôles ^ ceci eji mon corps ; parce que çau-
roît été le premier établiffement de ce fi-
pte : ^ que l'on ne donne aux fif^nes le nom
des chofes figiiifiées , que lorfqu'ils font
déjà regardez, comme figues , ^ que l'on
'voit dans Pefprit des autres qu'ils font en
feine de favoir ^ non ce qiC ils font ^ mais ce
qfu* ils fgni fient. Ce font encore les paroles
de Mr. Arnauld.
Nous avons propofé comme un des pré-
liminaires de nos difputes, que nous n'im-
puterions point à une Communion les
penfées particulières de quelques-uns de
les Douleurs. Auffi ne croirions-nous pas, ,
Medîeurs, pouvoir fans injuftice vous ren- |
dre refponfables de celles que nous ve-
nons d'extraire. Mais nous ofons foutenir
qu'il n'y en a presque aucune, qui ne foit
d'une faulTeté palpable.
Comment Mr. Arnauld avance-t-il ,
qu'on ne fauroit donner à des chofes le
nom de celles qu'elles fignifient, que lorf
que celui à qui l'on parle les regarde déjà
comme des fgnes? Ne difons-nous pas tous
les jours dans la fociété, en défignant un
homme , c'cjt un Ce far ; cefl un Ange ;
cefî un 1)émon f L'Ecriture fainte n'eft-
elle pas remplie de femblablesexpreflions?
Sans en entallcr ici un grand nombre; lorf-
que St. Jean Baptille difoit, en montrant
Jéfus
'Fr entière Partie, 493
Je fus Chrift , * voilà l'agneau de T^ieu ,
qui ôte les péchez du monde -^ parloit-il à
des gens , qui confideroient déjà ce divin
Sauveur comme un ligne , . & qui péné-
troient dans le but de fon Incarnation?
Lifoit-il dans leur efprit, qu'ils nétoient
en peine que de fa voir ce qu'il repréfen-
toit , & non ce qu'il étoit réellement ?
Comment Mr. Arnauld ofe-t-il avancer,
que dans le premier établilTement des fi-
gues on ne leur donne point le nom des
chofes qu'ils figniiient ? | Il déclare :|: lui-
même
* Jean 1,2g.
t Perpétuité de la foi, tom. z. lib. i. cap. 14. p.78.
I Mr. Arnauld croit nous faire grâce, quand il avoue,
que le i^Krcment de la circoncifion eft appelle dans l'E-
criture une Alliance; il prétend que nous ne faurions le
prouver par le xvii. chap. de la Génèfe verf. 10. Ceji ici
mon alliance , tout mâle (Ventre vous fera circoncis. Je ne
lui difputerai pas le fens , qu'il attache à ces paroles ,
mais il devoir prendre garde que dans le verf. 13. du mê-
me chap. on lit celles-ci : Mon alliance fera dans votre
chair. Qui peut nier que le mot d'alliance dans cet en-
droit fignifie la circoncifion , qui étoit le figne de
l'alliance ? Et fur quoi eft fondé le raifonnement de Mr.
Arnauld , qui dit fur le premier des paifages que j'ai ci-
tez: ( Perpétuité de la foi, lib. i. pag. 77- ) ili« non feu-
lement Dieu ne fe fert point de ce prétendu langage , que Us
Miniftr«s voudraient y trouver, mais qu'il autorife la remar-
que que l'on a faite , que dans l'étahlijfement d'un figne on
ne fe fert point de cette expref/ion figurée, oU l'on donne au
figne le nom de la choje figntfiée , parce qu'il neft pas encore
connu comme tel. Car Dieu établijfant la première fois la.
circoncifion comme (igné de fon alliance, ne dit point quelle
tft l'alliance. Voilà ce qu'ofc dire Mr. Arnauld. Mais
quoi, quand Dieu en établiffant le facrement de la cir-
conciiion dit , mon alliance Jera dans votre ch.iir , autorife-
t-il cette remarque de Mr. Arnauld > c'eft que dans l'éta-
^lijfementd'un figne on ne fe fert jamais de cette exprejfion fi'
i i 5 l«''''<^>
494 L^E.tat du Chriftiani/me en France •,
même qu'il ç,^prêt à avouer que c'eft tm
langage rai fonnab Le y que d^appe lier la cir-
conc'tjion une alliance , ^ qu^il ne trouve'
r oit pas étrange y queT^ieu s'en fut fervi
dans le prémiéi' établiffement de ce figne. Il
fait un pareil aveu à Tégard de l'agneau ,
qu'on immoloit le jour de la fête de Pâque,
& auquel nous prétendons qu'on donnoit
le nom de Tâque^ ou à^papige. Ilrecon-
noit auiïi que cette proportion de Jéfus
Chrilt rapportée par St. Luc y * Le calice
efl le nouveau Tcftament en mon fangj e(i
claire , raifonnable , intelligible. Et ce
qu'il y a de plus remarquable, c'ell que la
différence, qu'il prétend trouver entre les
expreiîîons , dont nous venons de parler
& celle-ci, ceci eft mon corps ^ démontre
qu'elles font abfolument du même genre :
cette prétendue différence eft , qu'elles ont
été emploiées, quand il s'eft agi de traiter
des alliances, f 11 y a un r appor t connu, éta-
^//, dit-il, confirmé, par le confentement de
tous les peuples , entre les alliances & les
Jignes extérieurs, qui Us marquent , qui fait
juger fans peine que cette chofe extérieure,
que r on joint au mot d'alliance , eft ce figne
extérieur, que toute alliance demande. Ce
qui lafaifant regarder comme un figne, fait
qu'on
gurée , ou Ion donne au figne le nom de la chofe fign'ifiêe }
* Luc XXII, 20.
t Ubi fuprà pag. 83.
T rentière Partie. 495
qu^on en feut affirmer la chofejlgnifiée , &c.
Ce font les propres exprelTions de cet Au-
teur. Mais quoi, le facrement de la fainte
Cène n'efl-il pas un figne de l'alliance,
que Jéfus Chrill traite avec nous dans l'E-
vangile? Si donc r on f eut juger fans peine,
que la cbofe extérieure , que l'on joint au
mot d'alliance , eneftlejîgne\ c[ue\\e /^eine
trouve Mr. Arnauld à juger , que le pain
& le vin, que Jéfus Chrifl joint à l'allian-
ce qu'il traite , ou qu'il renouvelle , avec
les Chrétiens, quand il les appelle à l'Eu-
charillie, font les fignes de cette alliance?
Pourquoi Mr. Arnauld excepte-t-il de fa
règle générale ces paroles de l'inllitution
de ce facrement, ceci eji mon corps:, ceci
ejîmon fangl
Mais enfin comment Mr. Arnauld ofe-
t-il avancer, que cejî une chofe rare à' éta-
blir des Jigne s ^ que les Apôtres nen trou*
voient aucun exemple dajis la vie de Jéfus
Chrifl ^ que celui du Baptême, S' il eft firare
d'établir un fgne (j'emprunte ici les paro-
les d'un de nos célèbres Controverfiftes *)
„ s'il eft fi rare d'établir un flgne, d'oi^i
,, vient que nous ne voions par-tout' au-
5, tre chofe que des fignes d'établiflement,
5, ou d'inflitution , comme on les appelle ?
Rien
* Mr. de Lortie Traité de la fainte Cène , z. Part,
chap. vin. pag. 171.
4^6 UEtat du Chrîftianifme en France ^
5, Rien peut-il être un fîgne d'établifTe-
5, ment fans avoir été établi pour un fi-
„ gne? L'Ecriture feule nous parle d'une
infinité de chofes, que Dieu & les hom-
mes ont établies pour fervir à cet ufa-
5, ge: fans rien dire du Déluge, del'Ar-
„ che deNoé, de l'embrafement de So-
3>
5J
5J
5»
5>
dome, dont Dieu a fait des fignes li
îlluftres & fi terribles en même temps.
Eit-ce que F Arc-en-ciel , la Circonci-
fion, la Pàque, le PafTage au travers de
la Mer rouge, la Manne , le Rocher &
fes eaux n'étoient pas autant de fignes ,
que Dieu établit pour repréfenter des
chofes plus précieufes & plus excellen-
tes ? L'E^criture ne le marque- 1- elle pas
très formellement .? Et puisqu'elle nous
avertît, que tous les facrifices & tou-
tes les cérémonies de l'ancien Peuple,
étoient des ombres & des figures ,
dont le corps & la vérité fe trouvent
en Jéfus Chrifi:; ne nous oblige t-elle
pas à regarder toutes ces chofes , dont
le nombre cfl presque infini, comme
autant de fignes, que Dieuavoit établis
pour repréfenter les merveilles duChrilt
de fon Eglife ? Dieu établit l'Arche en
Ifrael pour être le figne & le fymbole
de fa préfence. 11 fit de Melchifedech
un figne du Seigneur Jéfus : des fon-
ges de Pharao & de Nabuchodonofor,
les
Crémière Partie. 497
)» les fignes de pîufieurs mémorables évé-
5, nemens : d'Ifaie & de fes enfans les ii-
5, gnes d'une délivrance illullre, lesfîgnes
5, du grand libérateur lui-même ..... Il faut
„ que je falTedireplus clairement à M. Ar-
„ nauld même, * ajoute le même Auteur
5, que nous venons de citer, qu'il n'y a
„ rien de fi commun , que ce qu'il prote-
„ fte ici qu'il ne fe fait jamais. Ce qu'il
5, y a même de fort étonnant, c'eft que
„ cela fevoit dans les paroles, qui précè-
„ dent immédiatement cette féconde rè-
5, gle de langage. Il nous y donne pour
5, exemple des fignes établis parmi les
5, François tous les ades, où font écrits
„ les titres de tous les biens , les lettres
5, de grâces , les provifions de charges ,
5j de gouvernemens, &c. En forte que
„ l'on peut dire en François, en montrant
5, un ade de cette forte , que c'eft une
j, rente , une maifon , une terre , une
5, grâce , un bénéfice , un gouverne -
5, ment , fans s'expliquer davantage.
,, Comment a-t-il pu dire, qu'il n'y a rien
5, de plus rare que d'établir un figne, Se
„ que cela ne fe fait jamais dans la vie
„ commune, lui à qui les myilères de la
5, Meirefont fi bien connus,& doivent être
„ fipréièns? S'y fait-il rien, fe dit-il rien,
qui
* Ibid. pag. i"v
49 8 VEtat du Qhrijlianijme en France ,
5, qui ne foit un figne ? Il ne faut que li-
,, relà-deflus Durand dans fon Rational,
,, le Pape Innocent IIÏ. dans fon Livre fur
,, les myftères de la MefTe , Gabriel Biel
„ fur le canon de la MelTe , Tolet de fin-
„ flitution des Prêtres ,& quelques autres.
„ Le Prêtre ne s'approche point de l'autel,
„ qu'il ne foit habillé d'énigmes & de fi-
„ gnes d'inllitution: l'Amide, qui couvre
„ fa tête en forme de capuchon, repré-
„ fente la Divinité, qui fe tint cachée
„ dans la paiîion de notre Seigneur: l'Au-
„ be repréfente lesjultifications desfaints:
„ la Ceinture , dont il fe ceint, repré-
5, fente la chafteté , & la ceinture d'or de
,, notre Seigneur, de laquelle il eft parlé
„ dans l'Apocalypfe: l'Etole repréfente
5, le joug du Seigneur, &c. les deux
„ cornes de la Mitre , que l'Evêque a fur
„ fa tête dans cette cérémonie , repré-
„ fentent les deux Teilamens: les gants,
5, qu'il a dans fes mains , repréfentent
„ qu'il ne faut pas que fa main gauche fa-
„ che ce que fait fa droite : les anneaux,
„ qu'il a dans fes doigts , repréfentent
„ qu'il eft l'époux de l'Églife, &c.
Si les règles, que Mr.Arnauld propo-
fe pour difcerner les cas, dans lesquels c'eft
une chofe raipmnable de donner aux chofcs
le nom de celles qu'elles fignifient, d'avec
ceux où cela eft ridicule & déraifonnable ^
fi
Crémière T art te, 49^
Ç\ ces règles , dis-je , font faufles , Tapplica-
tion, qu'il en fait aux paroles de J. C.
ne l'eft: pas moins. Par exemple ; je fuppo-
fe que nous admettions la règle générale,
qu'on ne donne aux chofes le nom de cel-
les qu'elles figniiient, que lorsque ceux à
qui l'on parle les regardent déjà comme
des fignes: fuivra-t-il de -là que J. Chrifl
n'a pas donné aux fymboles de fon corps
le nom de ce qu'ils fignifioienft ? Point dii
tout. Au contraire : nous prouverons
bien-tôt par les circonftances de l'inllitu-
tion de TEuchariflie , que les Apôtres re-
gardoient comme de véritables fignes le
pain & le vin, queJ.C.leur diflribuoit.
C'ell alTcz pour faire voir qu'en don-
nant un fens figuré aux paroles de Jéfus
Chrift, on ne fait point de violence aux
loix du langage. Quoique je me fois be-
aucoup étendu à le prouver , ce n'étoit
pas le principal but, que je me propofois
dans cet article. Mais je vous demande,
Me(licurs,eft-ce àunCath. Romain,dont
le fyttême bouleverfe toutes les loix de la
Nature 5 à nous objeder que le nôtre cho-
que les loix du langage ? Ne feroit-ce pas
même faire la plus grande violence aux
loix du langage, que de fuppofer que Jé-
fus Chriit a voulu exprimer dans des pa-
roles , aufïï concifes que celles qui font le
fujet de notre difpute , ceci efl mon corps y
ceci
500 L'Etat du Qhrîftiamjme en France^
ceci eft mon Jang^ d aufïi grands boulever-'
femens, que le fuppofele dogme de la
Tranfubftantiation ? Quand même nous
accorderions, que J.C.parloit delafain-
te Cène dans le vi . chap. de Stjean ; quand
nous accorderions que ces paroles. Ma
chair eft véritablement viande ; Jl vous ne
mangez, la chair du Fils de l' homme ^ vous
n aurez point de vie , &c. font parallèles à
celles ci , ceci eft mon corps , ceci eft mon
fang , notre objedion perdroit peu de
fa force par cette concefTion. Et nous
ferons toujours en droit de vous faire cet-
te demande : Eft-ce à vous, IVÎeflieurs,
à nous oppofer , que notre fyftême vio-
le les loix du langage ?
Vous adm.ettez un corps , qui exiile
depuis plus de dix.&fept fiècles, & qui
pourtant elt produit tous les jours comme
s'il commençoit d'exiller. Un corps , qui
a été formé de la fubilance d'une Vier-
ge par l'opération du St.Efprit, & qui eft
pourtant formé dans chaque MefTe par la
volonté d'un Prêtre, qui dans * l'ade de
de cette produdion eft plus grand que l'ê-
tre
* Cette penfce eft de Corneille de la Pierre, qui fc
fait deux difficultez , entre autres , fur ces paroles de Sr.
Paul: ceht't ejui bénit efi plus grand que celui qui eft bénit y
Hebr. VII. 7. La prémiè e, que le Pape eft donc moins
grand que l'Evêque d'Oftie , qui le confacre. Le Jéfuite
rejette cette conféquence. Il dit que le Pape eft tou-
jours plus grand que l'Evêque, qui ne confacre pas le
Pa-
^Première Partie, $oi
tre adorable qu'il produit. Un corps , qui
a toutes fes parties diltinétes , èz dont
pourtant chaque partie diitinde le con-
tient tout entier, en forte que * s'il j a^
voit une Hofiie , qui remplit tout le mon*
de , le corps de Chrifl ponrroit exifter dans
chacune des parties de cette Hojtie , pour-
'VU qiCelle eût été confacrée. Un corps ,■
f qui conferve tout fon fang dans les
efpèces du pain , & dont pourtant le fang
fublilte feparément danscellesdu vin; de-
là vient que le Prêtre, qui participe à l'u-
ne & à l'autre , n'oferoit dire de ce qui
exilte dans les efpèces du vin, ceci e(Î7?i0}i
corps ; ni de ce qui exiile dans les efpèces
du pain , ceci eft mon fang. Un corps ^
qui eft un 5 & qui , par fon unité numéri-
que , eft diftingué de tout ce qui eil hors
de lui 5 & qui eft pourtant mille , cent
mil-
Pape entant que Pape , ïnais entant que Paul , ou que
Pierre , Sec La féconde difficulté c'eft que le Prêtre \
qui bénit Jélus Chritt dans la MelTe , eft donc plus grand
que Jéfus Chrift. A quoi il répond , que le Prêtre , qui
fait l'office de Jéius Chrift facrifiant, eft en quelque forte
plus grand que Jéfus Chrift facrifié , Cornel. à Lapide irï
Hebr. VII. pag. 997,
* Corpus ChrilH poteft eflc ubiquc ficut Deus eft ubi-
que ; unde fi effet aliqua magna hoftia replens totuiii
murulum, ssquè faciliter poiiet corpus Chriiti exiltere
cuilibet parti hoftiae confecratœ , Ockam. in Centologj
Concluf. 2.5. . _ . ' . j ,
t C'eft une des raifons les plus ordinaires, quelcsTnéo'
ïogicns de l'Eglife Romaine ont accoutumé d'allégiterp'
pour juftifier le retrancheiiicnt de la coupe,
fom. h Kk^
50X UEtat du Chrijîianifme en France^
mille , &c. En forte que s'il y a cent mil-
le Hoiliesconfacrées dans le mêmeinftant,
& fubriflanies toutes à la fois, on peut dire
de la première, cette Hoftie eft le corps de
Jéft:5^ Chrift, & ainfi de la féconde & de
la troifiême, & ainfi de la millième, &
ainfi de lacent millième. Un corps, qui
a la modification d'un corps humain, fans
laquelle il ne feroit pas un corps humain ,
miais le corps, dont il auroit la modifica-
tion , & qui pourtant a celle du pain , le
poids du pain, la couleur du pain, &c.
c'eft à-dire , un corps , qui a la modification,
par laquelle le pain elt pain. Un corps,
qui n'aiant que les accidens du pain, pro-
duit pourtant, lorsqu'on le mange, les
mêmes efî^ets, que s'il en avoit la fubftan-
ce: * De-là vient qu'une quantité d'Ho-
ities confacrées , & une quantité d'Hofties
non confacrées , nourriiîent également
un homme : f De-là vient qu'une Hoilie
empoifonnée étant confacrée caufe la
mort.
* On dit que Louis le Débonnaire vécût quarante
jours entiers d'Hofties confacrées, Amman. Monach. de
Geftis Francorum lib. v, cap. 29.
I Voici ce que dit Platine de l'Empereur Henri VII.
Cimi segrotare cœpiflct ad Macereti balnea, fe contulit,
unde ad Bonconventum rcdiit , ubi poft aliquot dics mo-
ritur, non fine fulpicione dati àFlorentinis veneni, fub-
ornato poMicitationibus & prsemiis Monacho quodam ,
Cui ci Eudiariitiam vcneno illitam dederat, Platina de
Vitis Pontifie, in Clem.V.pag. zip.
Crémière Partie, 503
inort, comme fi elle n'a voit pas été con-
facrée.' Dr corps, qui eil en même temps
dans le ciel & fur la terre ; & * qui, dans
le temfs qtiil et oit attaché â une croix fur
la terre , auroït été crucifié en mille en-
droits ys" il y avoit eu dans cet injfant-lâ mil-
le Hojties confacrées. Un corps, qui eft en
même temps glorieux dans le ciel, & en
même temps fur la terre reçu dans la bou-
che de celui qui le mange, & introduit dans
fon eftomac , \ rongé par les plus vils in-
fedes & par les plus faîes animaux. % Un
corps, qui dans la dernière Pàque du Sau-
veur
* SifuifTent mille hoftiae in mille locis dnm Chrifrus
crucifigebatur , Chriftus fuiilet crucifixus in mille locis j
Holcot. lib. IV. Sentent, quseft. 3.
t Mus comcdens hoftiam , comedit corpus Chrirti,^
Joli, de Burgo de cuftodiendâ Euchariftid cap. 2. Si canis,
vel porcus deglutiret hoftiam confecratam integram , non
video quare, vcl quomodo corpus Domini non llmul
cum fpecie trajiceretur in ventrem canis, aut porci, A-
Icxand. ab Alex. part. iv. quasft. 45. membr. i. artic. 2,-
II y a pourtant quelque variété de lentiment fur ces
fortes de queftions parmi les Théologiens de l'Eglife Ro-
maine : voiez en la lifte dans le chap. 9. du iv. liv. de
Mr. Dupieiiis Mornai , intitulé , de l'Inftitution , ufage ,■
& dodrine du facrement de l'Euchariftie , p. 1088.
\ On croit généralement dans l'Eglife Romaine, que
Jéius Chrift mangea lui-même le pain, qu'il avoit confa-
cré; de-là vient qu'on a dit,
Rex fedet in cœnâ,
Turbacinftus duodenâ.
Se tenet in manibiis.
Se, cibus ipfe, cibat.
Vid. Fr. Ângeli Roccha de folemni Communioné fumiriï
Pontif. qu3e.ft. 2. pag. 9. Ctft à c.mfe de cela que St.
Thomas dit: Qu;e Chrifrus ab aliis facienda voluit,-ipre
Kk ï piiof
504 VEtat dît. Chrîjîïanïfme en France^
veur fe porroit lui-même dans fes propres
mains, qui fe mangeoit lui-même, & fe
donnoit lui-même à manger aux Apôtres.
Vous êtes contraints d'admettre toutes ces
hypothèfes dans votre fyftême fur l'Eucha-
riilie.Et pourquoi les admettez-vous? C'efl
pour ne pas violer les loix du langage, qui
ne vous permettent pas d'expliquer figuré-
ment ces paroles du Sauveur: Ceci eftmon
corps \ ceci eft nionfatig.
Mais ce qui nous étonne encore plus, \
Meilleurs, c'ell qu'après avoir ainfî fait :
violence aux loix de la Nature, pour
ne pas violer celles du langage, il fe trou-
ve que ces mêmes loix du langage, aux-
quelles vous immoliez celles delà Natu-
re,
prior exfecutioni mandavit, ficut ab eo Baptifmum elfe
fadum confiât, S. Th. 3. Part. qu. 81. ;art. i. Et St. Bo-
naventure, Brevi. lib. 69, p. 6. cap. 4. tom. 6. Chriilus
qusedam facramenta inftituit initiando, &: confummando, &
femetipfo fufcipiendo , l^Kramentum fcilicet Baptifmi', Eu-
chariftiae , Ordinis , &c. Haec enim tria &: plenè inftituit ,
& ipfe primus fufcepit.
Vid. etiani Alexand. ab Alex. Part. 4. qiijeft. 2. memb.
1.. art. I. Bonavenr. lib. iv. fentent. artic. i. Gabriel.
Bicl lib. 4. difr. z. qu. i, 11 y a même pluiieurs Théologiens
dans l'Eglife de Rome, qui croient que le Pape repréfen-
te la dernière adion de Jéfus Chrill:, lorfque dans une
Meile Iblcmnelle il confacre l'Hoftie à l'Autel; il monte
enfuite fur fon thrône , il le tourne vers le Peuple , &
il mange une partie de i'Holtie confacrée. Voiez cette
cérémonie amplement rapportée & expliquée dans Fr.
Angelo Roccha de Iblemui Comnaunione iumnii Pontif»
quaeit. ^. pag. 8.
Crémière Partie, $o^
re , font beaucoup plus violées encore dans
votre fyftême que dans le nôtre. Une feule
figure fimple, ufitée dans tous les temps &
dans tous les lieux, & dont nous trouvons
peut-être plus d'exemples dans les Livres
îacrez, que dans aucun autre, nous fertde
clef pour pénétrer dans le fens des paro-
les de Jétus Chrift. Ce divin Sauveur
donne aux fignes le nom des chofes qu'ils
fignifient. Avec ce principe nous expli-
quons toute cette narration des Evange-
liiles : * Je fus prit âufaïn , ^ après qitil
eût rendu grâces , il le rompit , il k donna
à fes Dijciples , Ç^ il leur dit : prenez ,
mangea -i ceci ejî mon corps ^ qui eft rom-
pu pour 'VOUS. Fuis aiant pris la coupe ^
& rendu grâces^ il la leur do7ina, difanty
buvez, en tous : car ceci eft mon fang , le
fang de la nouvelle alliance ^ lequel eft ré-
pandu pour plujieurs en remiffton des pé-
chez. Or je vous dis que déformais je ne
boirai point de ce fruit de vigne jufqnà ce
jour , auquel je le boirai nouveau avec vous
au Roiaume de mon ^ère.
Mais vous, Meffieurs, vous êtes obli-
gez de reconnoitre plufieurs façons de
parler figurées dans le texte , que je
viens de citer. Vous êtes okigez de
reconnoitre dans ces paroles , cette coupe
* Matin. XXVI. z6. &c.
Kk 3
§o6 VEîat du Chrïfùamfme en France^
efî Id nouvelle aUiance , * la même figure >
que nous fuppoibns dans ceiles-ci, ceci ejt
mon corps.
JL
Vous êtes obligez de reconnoitre une
figure dans ce qui eft dit , f que ce corps
eft rornjfii , & que ce fang eft vcrfé. Je ne
crois pas qu'il y aitaucunDoéleur de quel-
que nom dans l'Eglife Romaine, qui en-
feigne que le corps du Sauveur étoit rom-
pu pendant qu'il étoit encore dans fonen-
lier ; ni que ion fang étoit verfé pendant ;
qu"il étoit encore dans fes veines: quoi-?
que
* II y a dans ces paroles une double Métonymie : la
première, dans laquelle le contenant eft pris pour la
cliofe contenue , c'eîl-à-dire , le calice pour le vin , qui
y eft contenu: l'autre, en ce que ce qui eft contenu
dans le calice eft appelle l'alliance ^ ou le teftament, par-
ce que c'en eit le lymbole 5c le figne à caufe des efpè
ces, Salmeron tom. 9. pag. 98. &c. voi. auiTi Emmanuel
Sa in r. Corinth. cap. l'i. S:c.
•j- Le corps de Jéfus Chrift (étant dans l'Eucharifiie , dit
Mr. Arnauld, c'eft une luite naturelle & nécefî-iire de cet
étar , que ce qui arrive au voile , qui le couvre , lui
pui (Te être attribué /)^r njetaphore. Comme c'eft une fui'
te naturelle SmécefTairede l'état d'un homme vêtu, que.
ce qui fe dit de fes habits, fe dife de lui-même par mé-
taphore. Ce lont des expreffions très raifonnables & très
intel]ic;'b''es, que de dire de ce corps préfent véricable-
îîicnt cuil eft rompu, parce que ce pain, qui le couvre,
eft rompu , & que ce fang eft verfé , parce qu'il eft fous
la figure d'une chofe verfée: & il eft encore très raifon-
nabje de palfer de la vue de ces aélions extérieures de
fraélion & d'effufion , à la contemplation du corps de
Jéfus Chrift brifc pour nous , &: à celle du iang ré-
pandu fur l'arbre de la croix. Perpétuité de la Foi , tom.
n. chap. 5. pag. 159. &c.
Crémière l^artie. $o-j
que cette conféquence fuive de vos prin-
cipes, vous la defavouez, ce me femble,
unanimement.
Vous êtes obligez de reconnoitre * une
figure dans ces paroles, /V ne boirai plus
de ce fruit de vigne \ & dans celles de Sr.
Paul, toutes les fois que vous mangerez
de ce pain : car dans votre fydeme ce que
Jéfus Chriil: donnoit à manger à fes Diibi-
ples, n'étok plus du pfjin, c'étoit la pro-
pre chair: ce quil leur donnoit à boire,
n'ctoit pas àM fruit de la vigne y c'étoit
fon propre fang. Je ne m'engage point à
fou-
* Que rSiicharif^ie foit appellée pain après la confe-
cration , il ne faut pas s'en étonner , ni en rien conclurre
contre la préfence réel!c du corps de notre Seigneur, &
nous en dirons de même de cette expreffion , fruit de
vigne. L'Euchariftie eil: pain & vin pour le lang-ge ordinaire
des hommes, ou l'on nomme ainfî ce qui porte toutes les
marques fenfibles du pain ôc du vin : mais ellen'efi ni pain,
ni vin pour le langage précis Se propre des Plnlofcphes ,
dont l'Eglife s'eft fervie contre les faites des Hcrciiques.
Parce qu'on ne doit nommer ainfi en ce lang.ige que \x
fubftance mvifible du pain & du vin , qui n'y eft plus ,
8c qui a fait place à une plus noble fubihmce. Qui ne
fait que dans l'ufage ordinaire toutes les fois qu'il y a
changement , ou converfion, d'une fubilance en une autre,
la chofe garde indifféremment, tantôt le nom de ce
qu'elle eft de nouveau, tantôt le nom de ce 'qu'elle étoit
auparavant, fuivant qu'on le trouve plus commode pour
la clarté & la brièveté de l'expreffion. La verge d'Aaron
dévora les verges des Enchanteurs d'Egypte , au lieu de
dire le ferpent, auquel la verge avoit été changée, dé-
vora les ferpens véritables, ou faux, que les A'Ligiciens
d'Egypte avoient fait paroirre , lorfque leurs baçucvtcs
avoient difparu , Mr. Pclifibn Traité de l'Euchariilie,
feéV. xvit. pag. 2.67.
Kk 4
foB VEtat duCbriftianlJme en France ^
foutenir avec quelques Théologiens Pro-
teftans, que fi le pain de l'Euchariftie a-
voit été changé en la propre fubitance du
corps de Chriil , on n'auroit pas pu Tap-
peller du pahr. j'accorde que l'on peut rai-
fonnablement donner à deschofes , qui ont
changé de nature, le nom qu'elles avoient
a-vanc ce changement ; mais c'eft par une
façon de parler figurée, & cela me fuf-
fir.
Vous êtes obligez de reconnoitre enco-
re une figure dans ces paroles, jufquà
ce que je borne avec vous de ce fruit de vigne
nouveau dans le Roiaume de mon ^Père. Jé-
fus Chriil ne parloit pas littéralement à fes
Difciples, quand il leur faifoit envifager
comme un des avantages du Roiaume de
fon Père , qu'ils y boiroient avec lui du
vin nouveau.
Mais ce qu'il y a de plus digne de re-
marque dans le fujet que nous traitons,
c'eft que par vos propres principes, & en
quelque forte de votre propre aveu, vous
êtes obligez de reconnoitre une façon de
parler figurée dans ces paroles , que les
Protettans prennent littéralement , maju
gez, buvez,: car qu'eilce que manger un
corps humain? Neil-ce pas en déchirer la
chair ? N'eit-ce pas la divifer en menues
parties avec les dents r N eil-ce pas la rece-
voir dans l'etomac , pour lui faire fubir
tou-
Première Partie, ^op
toutes les altérations des alimens , qui fer-
vent à notre entretien .? Vous vous ré-
criez contre ceux qui difent, que vous pré-
tendez manger le corps de Jélus Ghrilide
cette manière; vous ne celiez de nous di-
re , que vous ne croiez manger le corps
de Jéfus Chriit que fpirituellement. Mais
je vous demande, y a-t-il de figure plus
hardie que celle-ci , manger fpirttueUe-
ment un corps f Et je vous demande enco-
re, étoit-il befoin d'une préfence corpo-
relle pour une manducation fpirituel-
le ? Vous voulez manger Jéfus Ciirift
tel qu'il eft dans rKucharillie. Selon
vous, * il y efl à la manière des cfprits.
Vous
* Non habet corpus Chrifti cuchariflicum modum exi-
ftendi corporis , led potiùs fpiritus , B^llaniiin. de
Euchariit. lib. i. cap. z. régula 3. tom. ir. pag. 471.
Il eft étonnant que dans un fiècle auffi éclairé que le
nôtre ou ait admis une fubfiftance des corps à la maniè-
re des efprits, qui elt une produftion des ficelés d'igno-
rance: ne pouvant la judiiier par les lumières de la Rai-
fon, on veut la fonder fur les décifions de l'Ecriture: &;
on allègue ces paroles de St. Paul : Le corps efi jhné fen-
fuely il reJfufcitÉra Jpirituel •.il y a un corps fenfael ,viî y n un
corps fpirituel , i. Cor. xv.44. M.m"s fi les exprefiions de l'A-
pôtre font obfcures à les confiderer en elles-mêmes , el-
les font très claires , quand on les confidère par rapport
au but, qu'il fe propofoit en les énonçant. Il venoit
d'établir le dogme de la Réfurredion. Il introduit un
Philofophe , qui lui fait cette difficulté : En quel corps U-s
morts refjufciteront-ils ? verf. 25. On trouve la même diffi-
culté dans Minutius Félix, pag. ir. Elle étoit fondée fur
un fentiment allez général parmi les Païens. Ils rcgar-
doient le corps comme la prifon de l'ame : ils croioicnt
que cette union d'un efprit à une portion de matière,
\\k >; cto.'r
5' 10 L' Etat du Chriftiani/me en France
A^ous le mangez donc à la manière deS
efprits. J'en attefte votre confciencc, at-
tachez-vous quelque idée à vos expref-
fions,
étoit la fource de fcs égaremens & de fes mifères ; (Voi.
Jambl. Protrcpt. adh. c. 17. Scdcvità Pythagor. pag. izo.
Plato in Cratylo pag. 27^. Voiez auffi plufieurs paffages
des Paiens fur ce fujet dans V^hitby fur r. Cor, xr. 35.
pag. 191.) c'eft pour cela qu'ils fe moquoient des Chré-
tiens, qui croioient ne pouvoir pas être heureux dans'
un autre monde, fi leur ame n' étoit réunie avec leur
corps. De-là vient que Celfus difoit que l'efpérance de
rciTurciter , croit l'efpérance d'être rongé des vers ,
c-y-uXTi^m :j i\7r\<i , voi. Origen. contra Celf. lib. v. pag.
2.40.
St. Paul repond à cette objeélion. Il pofe ce princi-
pe , que nous pouvons recouvrer nos corps par la refur-
re(ftion , (ans être fujets aux mêmes infirmitez , dont ils
étoient la fource avant notre mort. 11 le prouve par -
l'exemple du grain , qui ié pourrit dans la terre , & qui f
produit un grand nombre d'autres grains : Ce que tu se-
més y dit-il, ïiefi point •vivifié s'il ne meurt', ctpenâant ta
ne semés pas le co^ps qui naitra , verf. 36. 37. Après cela
l'Apôtre fait l'énuraérationdcs différentes fortes de corps,
qui aians tous rclTence des Etres corporels , ont pourtant
des qualitex diverfes : Toute chair , dit-il , ne[i pas une
77i'y,ne chair : autre ejl la chair des hommes ; autre celle des
bêtes ,'d^c. verf 39. il y a aujftdes corpscéhjîes y O" des corps
terre/Ires : tous les corps célelles mêmes n'ont pas les mê-
mes qualitcz; non plus que tous les corps terrefrres : uîu-
tre cjî la gloire du Soleil , autre la gloire de la Lune : autre
le gloire des Etoiles , 8cc. Il applique enfuite ces exem-
ples à fon fujet: // en fera de même dans la refurreHion ^
dit-iî , // efl femé en corruption, il rejfu/citcra incorruptible:
il ejî femé en deshonneur, il rejfn/citera en gloire: il efi fe-
mé en foiblejfe , il rejfufciiera en force : il efl femé corps fen-
Jutl , il rejfujcitera corps fpirituel. St. Paul en parlant de
cette manière prérend-il confondre la nature du corps
avec celle de l'ame.-' Suppofé même qu'il enfeignât, (ce
que je fuis très éloigné d'avouer) que l'ame eft corporel-
le, fuivroit-il de-Ià ce principe , qu'elle peut étretoute en-
tière dans une de fes parties: & qu'une de fes parties
n'occupe pas plus de place que toutes enfemble i ^ Point
du tout. Nous entendons donc ici par un ccr^ fpirituel,
en général un corps, qui eii dégagé des qualitez, a l'oc-
ca-
Crémière T art te. 511
fions, quand vous vous énoncez de cette
manière? Cette façon de parler eit-elle
littérale? Si vous ne voulez manger J. C.
dans la S. Cène qu'à la manière desefprits,
pourquoi fuppofer que fon corps y eft à
la lettre ; pourquoi ne pas vous contenter
d'enfeigner , qu'il y ell préfent par fon
efprit ? Vous êtes donc obligez , après avoir
fait violence aux loix de la Nature, pour
ne pas violer celles du langage , de violer
ces mêmes loix du langage , pour lefquel-
les vous témoigniez tant de reipeci. Or
félon la fixiême maxime, que nous nvons
propofée , & prouvée en la propofanr,
nous donnons un fens figuré aux propoii-
tions de l'Ecriture fainte, lorfqu'on ne
fauroit les prendre à la lettre , fans être
contraints d'expliquer figurément une
partie des images choquantes , que leur
fens littéral préfente à l'efprit.
VII. Nous donnons un fens figuré aux
propofitions de l'Ecriture fainte, quand
leur fens littéral ne s'accorde point avec
les
cafion defquelles l'ame a des fenfations douloureufcs : nous
entendons en particulier par un corps fpirituel, celui dont
les parties font plus lubtilcs , & plus déliées , que celles
d'une chair groifière : celui dont les parties ont quelque
reflemblance avec celles de l'air & de la flnmme. Mais
la fubtilité d'un corps n'en détruit pas reflTence , & ne
lui donne pas la faculté d'exifter, oc d'être mange k la
manière des efprits.
5 1 i V^tat du Qhrtftianifme en France ,
les circonllances , dans lefquelles elles ont
été prononcées. Examinez les circonflan-
ces , dans lefquelles étoit le Sauveur des
hommes, lorsqu'il inllitua le facrement
de la fainte Cène, elles vous fourniront un
nouvel argument pour le fens figuré de
ces paroles : Ceci efl mon corps ; ceci efi
tnon fan g.
Mais je ne faurois m empêcher de dé-
plorer ici la foiblefTe de Fefprit des hom-
mes,&la différence de leurs opinions. Non
feulement un argument , qui paroit con-
cluant à l'un , femble fophiflique à l'au-
tre ; mais ils puifent fouvent dans les mê-
mes fources des preuves , pour établir
deux fentimens contradictoires. Celles
que l'on tire des circonllances, dans lef-
quelles étoient les Apôtres , quand Jéfus
Chrifl leur adminiftra la fainte Cène,
font de ce genre : vous en avez conclu
qu'ils étoient préparez à prendre fes pa-
roles littéralement: .nous en avons con-
clu au contraire , qu'ils l'étoient à les
prendre dans un fens figuré.
Le Profelyte de votre Communion,
que nous avons déjà cité , prétend que
jélus Chrifl avoit donné trois inftruétions
aux Apôtres, qui les difpofoient à enten-
dre fes paroles littéralement. Il avoue
que la première a été fupprimée par les
Evan-
Crémière Partie, 513^
Evangelifles. * „ Il eft plus que vraifem-
5, blable, dit-iî, que Jéfus Chrift avoic
5, donné des inftruétions à fes Apôtres ,
3, que nous n'avons pas , afin de les con-
5, firmerdans la foi de ce Myflèreincom-
5, prehenfible, qui avoir excité defigran-
5, des répugnances la première fois qu'il
5, avoit été propofé. Il n y a pas lieu
3, DE DOUTER, qu'il n'y eût fur ce fujet
5, des éclaircilfemens dans la bénédiction ,
5, qui précéda ces paroles , ceci eft mon
5, corps ^^ dans l'hymne de louange, qui
3, fuivit la communion. \ Les fécondes
inftrudions font celles que Mr. des Mahis
trouve dans le chap. vi. de St. Jean , qui
avoient fait entendre aux Apôtres , que
notre Seigneur accompliroit fa promeiTe
en leur donnant à manger un pain, qui
feroit fa chair. Les troiiiêmes font celles
qui réfultoient du temps , que le Sauveur
choifit pour donner fon corps ; ce fut le ^
temps de la Pàque. :t^ „ Les Juifs nommoient
5, corpsde laPâque , l'agneau qu'ils man-
„ geoient dans cette fête ; ce qui figni-
5, fioit non la figure de cet agneau , mais
„ fon corps même.Si les Apôtres ont donc
„ été
* M. des Mahis vérité de k Religion Catholique prot*'
vée par l'Ecriture, z. Part. chap. 3, pag. 186.
t Idem ibid. pag. 187.
\ Le même dans fa Lettre à une pcrfonne de la Reli-
gion prétendue Réformée fur la préfence réelle , pag. 75.
' H
514 L'Etat du Chriftiantjme en France^
5, été déterminez dans l'explication des^
5, paroles de l'inliitution par les circon-
5, Itances préfentes, dit encore cet Au- :
5, teur,ils ont dû entendre par moncorps-^ \
„ non pas une figure , mais le corps mê- ;
5, me de Tagneau de Dieu. i
Mais nous avons déjà prouvé , que bien \
loin que le llyle des Juifs dût porter les
Apôtres à prendre littéralement ces paro^ '
les, il les engageoit à leur donner unfens
figuré. Nous efpérons de le prouver
bien-tôt à l'égard du chap. vi.de St. Jean..
Et pour ce qui regarde la manière , dont
Mr.desMahis argumente fur des difcours*
que les Evangelittes n'ont pas rapportez,
nous avons autant de droit de les croire
favorables aux Proteftans, qu'il en a de
fuppofer qu'ils favorifent les Catholiques
Romains. Voici des circonftances plus
réelles , & plus propres à décider la quef-. 1
••tion, que nous agitons.
Première circonitance. Le corps,
que les Apôtres mangèrent , étoit rom-
pu-, le fang, qu'ils burent, étoit répan-
du : mais le corps de Jéitis Chrifl étoit
dans fon entier: fon fang étoit dans fes
veines : donc les Apôtres ne mangèrent
pas fon corps, donc ils ne burent pas fort
lang , littéralement.
Seconde circonilance. Les Apôtres
voioient
^Première Tartie, ^i^
voioient Jéfus Chrift mangeant lui-même
avec eux : comment auroient-ils pu croi-
re qu'ils le mangeoient?
Troifiême circonllance. Les Apôtres ne
témoignèrent point d'étonnement de la
propoiition de Jéfus Chrifl : ils n'en de-
mandèrent point d'explication. Efl-il
concevable que des hommes, qui avoient
marqué tant de furprife lorsqu'il leur par-
la de fa mort , fi fouvent annoncée dans
les Oracles , & fi fouvent préfigurée par
les types: des hommes, qui regardèrent
comme * des rêveries ce que leur dirent
les deux Maries touchant fa refurreétion :
des hommes, qu'il appella lui-même, a»
près qu'il fut reiîufcité , f àes infenjez ,
des effrits lents à croire ce que les Fro^hè*
tes avoient prédit: ell-il concevable, que
de tels hommes aient trouvé dans la pro-
pofition de Jéfus Chrill tous les myftères ,
que vous y trouvez ? Eft-il concevable,
qu'ils n'aient fenti aucune des difficultcz ,
dont elle fufceptible: ou s'ils les ont fen-
ties, ell-il concevable, qu'ils n'en aient
point demandé la folution ? Eft-il conce-
vable, qu'aiant tant de fois prié leur Maî-
tre de leur expliquer des chofes,à l'égard
defquelles des efprits m.édiocres n'auroicnc
pas
' * Lucxxrv. ir.
\ Ibid. ver. zj.
5 16 L'Etat du Chrijiianijmé en France i
pas eu befoiii d'explication , ils ne laiênt
pas conjuré de leur éclaircir des myflè-
res, fur lefquels tous les éclairciffemens
de vos Théologiens laiffent encore des a-
bimes impénétrables aux génies les plus
tranlcendans ?
Quatrième circonftance. L'explication,
que J. C. donne lui-même du but, qu'il
fe propofe dans l'inllitution de l'Euchari-
ftie : * Faites ceci en mémoire de moi :tou^
tes les fois que vous mangerez, de ce pain \
tontes les fois que vous boirez, àe cette cou-
pe^ vous annoncerez la mort du Seigneur^
jufqiià ce qtiil vienne. Cette explication
n'a aucun rapport avec les objections , qui
fe préfentent naturellement à l'efprit fur
le dogme de la Tranfubflantiation : elle ne
fournit aux Apôtres aucun bouclier pour
les repoulTer : au lieu qu'elle s'accorde
parfaitement avec les idées , que les Pro-
teftans fe forment du facrement de ,Ia
lainte Cène. 11 ell naturel que le mémo-
rial d'une chofe^ en foit la figure & la
repréfentation. Toutes ces circonftan- \
ces , jointes à celles des rites de la Pàcjue,
que nous avons rapportez , déterminoient
les Apôtres à prendre les paroles de Jéfus
Chrilt dans un fens figuré.
Nous avons dit viii. qu'on donne uit
fens
* i.Cor. XI. zy.
Crémière T art te. ^ly
fens figuré aux propofitions de l'Ecriture,
lorfque leur fens littéral favorife un crime :
mais manger de la chair humaine ; boire
du fang humain ; faire defcendre dans
un ellomac ce Jéfus , qui par fa mort &
par fes foufFrances a obtenu d'être * exal-
té par- de jfu s les deux -y Texpofer à des ac-
cidens, dont la feule idée blelTe l'imagi-
nation , & révolte la penfée , n'eit-cc point
un crime ? C'ell pourtant ce que favo-
rife le fens littéral de ces paroles , Ceci ejl
mon corps ; ceci eft mon fang.
IX. Enfin nous donnons un fens figuré
aux propofitions de l'Ecriture fainte , lorf-
que leur fens littéral renferme des contra-
dictions. On peut facilement le conclurre
des chofes que nous avons dites , en faifant
l'application de notre fixiême règle. Le
fens littéral de ces paroles, ceci efi mon
corps , renferme plufieurs contradictions.
Il préfente à notre efprit contradiction de
temps ; ce qui exifte depuis plus de x vi i .
fiècles, ell; produit plus de xvii. fiècles
après fa production. Contradiction d'o-
rigine; ce qui a été formé de la fubllance
d'une Vierge par l'opération du St. Ef-
prit , cil formé de nouveau par la volonté
d'un homme. Contradiction de lieu;cequi
ell en corps dans le Ciel , ell en même
temps fur la terre. Je ne ramènerai pas
ces objets, Meilleurs, que je vous ai dé-
Tom, IL Ll ]à
* Hebr.viii.ié.
5'i8 UEtat du Chrifiianïjme en France y
jà préfentez, quoique fous une autre fa-
ce. Je n'infillerai que fur un feul article.
Il n'y a point d'axiome plus générale-
ment reçu que celui-ci : *U« tout efl pltis
grand qu'une de fès parties. Si perfonne
necontefte qu'un tout foit plus grand qu'ur
ne de fes parties , perfonne ne contefle
non plus , quune partie foit moins grande
que le tout : c'ell la même vérité expri-
mée d'une façon différente. Du moins
elle fuit néceffairement de l'autre, &elle
n'eil pas moins évidente. Il n'eit pas
moins évident que le nombre de deux
efl moindre que celui de fix, qu'il nel'elt
que celui de fix elt plus grand que celui
de deux , qui n'eit que fa troifiême par-
tie. Ce font là de premières notions,
qui fervent de fondement à tout ce que
nous concevons, 8c à tout ce que nous
affirmons touchant les corps & touchant
les nombres.
Mais û les paroles de Jéfus Chrifl ont
le fens littéral, que vous leur attribuez,
ces notions font renverfées ; nous ne pou-
vons rien affirmer touchant les nombres,
ni touchant les corps. 11 n'efl plus vrai ,
ni que le tout e/i plus grand qiCune de fes
parties y ni o^ une partie du tout efl moin-
dre que le tout y dont elle fait partie. Je
prens une hoilie confacrée. Cette hoftie
conititue un tout : & ce tout elt le corps
de
Crémière Œ^ art te, ^19
de Jéfus Chrift. Jéfus Chrifl n'a qu*un
corps, & ce corps efl tout entier dans
cette hoilie. J'en détache une iixiême
partie. Selon les axiomes , que j'ai pofez ,
l'hottie entière ell plus grande que cette
fixiême partie , & cette fixiême partie eft
moins grande que l'hoitie entière. Mais
dans le Syflême de la Tranfubftantiation ,
cette fixiême partie de l'holHe , n'eft pas
moins grande que l'hoitie entière ; elle ell
tout le corps de Jéfus Chrift , donc elle
n'eftpas moins grande que ce tout, dont
elle n'eft que la fixiême partie. De même
ce tout compofé de fix parties n'étoit pas
plus grand que cette fixiême partie, que
j'en ai détachée, car il étoit tout le corps
de Jéfus Chrill , & rien de plus ; comme
cette fixiême partie ed tout le corps de Jé-
lus Chrift,& rien moins. Si ces propofitions
ne font pas contradiftoires , nous n'en con-
noiiîbns aucune , dont on doive fe for-
mer ces idées.
Les principales raifons , qui ont porté les
Théologiens à prendre figurément quelques
expreflions de l'Ecriture , fe réunilïènt
donc dans ces paroles de Jéfus Chrifl, ceci
eft mon corps ; ceci eft mon fang. Donc ces
paroles font figurées. C'eft ce qu'il
falloir prouver. Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, &c.
Ll -L LET-
^lo L'Eut du Qhriftianijme en France ^
LETTRE XXII.
*Dans laquelle on explique les pajfages du
VI. chapitre de St. Jean ^ quijemblenv
favorables au dogme de la Tran*
fubfiantiation.
JE Tavouerai ingénument , MES-
SIEURS, fi Ton ne peut voir fans
étonnement que des paroles aufli
fîmples , que celles que nous venons
d'expliquer , vous aient fait naitre les
idées , que vous avez lur rEuchariflie ,
il y auroit lieu d'être furpris que le
chap. Yi. de l'Evangile félon St. Jean
ne les eût pas affermies dans votre ef-
prit. Jéfus Chriit y repréfente plufieurs
fois fon corps comme un véritable * ali-
ment , & fon fang comme un véritable
bruvage. Il s'appelle \ le pain de vie^
qui eft defiendu du Ciel, Les Juifs en
murmurent; il leur dit de nouveau, qu'il
eft le X pain de vie: quejî quelcun en man-
ge il vivra éternellement, 11 va plus loin
en-
* Verf. 3^. •
t Verf. 38.
% Verf. 48. 50.51.
Crémière Tartie, 5-^1
encore , il augmente leur fcandale au lieu
de le diminuer, il leur dit que le pain,
dont il parle , c'eft fa propre * chair. Et
quand ceux qui entendent tenir un langa-
ge fi furprenant, fe difent les uns aux au-
tres , comment celui-ci donnera- t-il fa chair
à manger 'l non feulement il répète ce
qu'il venoit d'avancer, mais il déclare que
la manducation de fa chair eft le feul
moien pour leur alTurer l'immortalité : f En
vérité y leur dit-il, en vérité je vous dis y
queji vous ne mangez la chair du Fils de
X homme ^ t§ Jl vous ne buvez fin fang, vous
n'aurez point de vie en vous-mêmes : celui
qui mange ma chair & qui boit mon Jang a
la vie éternelle , ^je le reffufiiterai au der^
nier jour.
Voilà des décifions, qui femblent for-
mèles en votre faveur. 11 y a lieu d'ad-
mirer la bonne foi de quelques-uns de
. vos Théologiens , parmi lefquels on comp-
• te ij: deux Papes, | quatre Cardinaux, § deux
Ar-
* Verf. 51.
t Verf. 53- 54.
% Innocent Ilf. & Pierre III.
\ Le Cardinal Bonaventure, le Gard. d'Ailli, celui de
Cufa, & Cajetan.
§ Richard Rodulphe Archevêque d'Armach , 8c Pier-
re Guerrero Archevêque de Grenade.
Ll 3
5^2 ^ U Etat du Chrijîîantfme en France^
Archevêques; * trois Evêques, qui ont
reconnu après quelques anciens Doéleurs
de l'Eglife , dont nous rapporterons bien-
tôt les pallages, que ces paroles de ]. C.
ne regardent point lefacrementde la fain-
te Cène.
Mais fi ces décifions paroiffent d'abord
fi
* Durand Evêque de Mende , Janfenius Evêque de
Gand , Lindanus Evêque de Ruremonde.
Voi. en la lifte dans Mr. de Lortie de la St. Cène,
Tom. ir. pag. 351. Voi. auffi Fr. Angeli Roccha de fo-
lemni Communione S. Pontifie, pag. 15.
Ils pouvoient d'autant plus s'abiîenir de prendre ce par-
ti, que quelques-unes desrailbns, qu'ils allèguent pour le
juflifier, font peu Iblides. Je dois cet aveu à la vérité,
quoiqu'en apparence peu favorable à la caufe que je
plaide , & quoique plufieurs Dodeurs Proteftans aient
fait ces mêmes argumens , qui femblent deftituez de fo-
lidité. Par exemple , fi j'avois de bonnes raifons de
croire, que Jéfus Chrift portoit fa penfée fur l'Euchariftie ,
quand il prononçoit les paroles que j'ai citées, & qu'il
parloit littéralement quand il difoit qu'on doit manger
fa chair pour parvenir au falut, je ne me laiflerois pas é-
brankr par cette objection , qu'il fuivroit de-là que tous
ceux qui participent à ce facrement feront fauvez , puif-
que Jéfus Chrift: dit , que celm qui mange fa. chatr aura
la. vie éternelle. Je crois qu'il eft permis de fuppléer quel-
que chofe au difcours du Sauveur, ^ que quand il dit,
celui qui mange ma chair a la vie éternelle , on peut fous-
entendre celui qui la mange non indignement , comme le
firent quelques Corinthiens , mais celui qui la mange a-
vec les difpolitions convenables- Combien depaflages de
l'Ecriture fainte ne pourroit-on pas alléguer, dans lef-
quels le St. Efprit attribue à une démarche les effets,
qu'elle produit quand elle eft: faite avec des difpofitions
convenables."* Par exemple, quand elle dit, demandez,
isr vous recevrez ; heurtez, , c?* il vous fera ouvert ; venez
k moi vous tous qui êtez. chargez. O" travaillez , i^ je vous
feulagerai, &C.
Crémière Partie, 5:23
fi favorables à votre Syflême, on ne fau-
roit les lire avec application fans recon-
noitre qu'elles le renverfent entièrement.
Je vais tâcher de le prouver. Je ferai d'a-
bord quelques confidérations générales
fur lespaiTages, dont nous cherchons Fex-
plication,aprèsquoijeles comparerai avec
quelques autres difcours de Jéfus Chrift,
qui nous découvriront parfaitement le
fens de celui-ci.
I. Comme on ne fauroit douter que les
Orientaux n'emploient fouvent des ex-
preffions figurées , on ne fauroit s'empê-
cher auffi d'en voir un grand nombre
dans le difcours , dont il elt ici queflion ;
Jéfus Chrifl déclare en le commençant ,
que la viande, dont il parle, * ejî perma-
nente en vie éternelle. C'eft une façon
de parler figurée , femblable à celle-ci :
t Celui qui boira de Peau , que je lui don-
nerai^ n aura plus jamais foi f^ maisTeait^
que je lui donnerai ^fera faite en lui une
fontaine d'eau faillante en vie éternelle.
L'un & l'autre de ces textes fignifient que
les avantages , qu'on tirera de la viande
& du bruvage que Jéfus Chrift promet,
ne finiront jamais.
Dans
* Ver. 17.
t Jean iv. 14. & danslechap. vri. 38, Ctf/«i qui croît en.
moi , ainfi que dit l'Ecriture , des fleuves d'eau vive découle-
ront de fon ventre.
Ll 4
5'X4 L'Etat du Qhrifî tant fine en France^
Dans le premier des verfets , que je
viens d'alléguer, Jéfus Chrift dit en par-
lant de lui-même , que "l^'îeu l'a approuvé
de fin cachet. C eft une façon de parler
figurée , empruntée de ce que font les
hommes , qui témoignent , en mettant
leur feau fur certains ades , qu'ils approu-
vent ce qui y eft contenu. Le feau, dont
Dieu a feellé Jéfus Chrifl,ce font les talens
miraculeux, qu'il lui a donnez, félon cet
Oracle: * LEfprtt du Seigneur eft fiur
moi^ parce qu'il m'a oint pour e'v ange lifer
aux débonnaires.
Dans le verfet 3 1 . la Manne efl appel*
lée un J^ain du Ciel. C'efl une façon de
parler figurée, par laquelle on donne
à un genre, le nom de fon efpècela plus
générale. L'efpèce la plus générale des
alimens c'efl le pain ; c'efl pour cela qu'on
donne le nom de pain à tous les alimens.
Aufîî la manne, qui efl fi fouvent quali-
fiée de ce nom dans plufieurs endroits de
l'Ecriture, eft appellée froment dans le
t Pfeaume lxxviii. Dieu fit pleuvoir la
manne fur les Ifiaelites, dit le Pfalmifle,
^ il leur donna le froment des deux. C'efl
félon la même métaphore que Jéfus Chrifl
dit, qu'il efl|/^ pain deficendu du ciel.
Dan?
* Efaie txi. r.
t Ver. 24.
i Jean VI. 32, 35,
Trémtere Partie. 5-25'
Dans le verfet 3 5-. Jéfus C. dit , que
celui qui vient à lui n^ aura point de faim ;
que celui qui croit en lui n^aura point de foif.
C'eft une façon de parler figurée, qui
marque que l'Evangile nous fournit abon-
damment dequoi remédier à tous nos
maux, & dequoi fatisfaire à tous nos dé-
firs.
Dans le verfet 61. Jéfus Chrift dit, que
le Fils de P homme doit retourner ^ où il
et oit premièrement. C'eft une façon de
parler figurée, qui attribue à uniujetce
qui convient à celui qui y eft intimement
uni. Jéfus Chrifl entant que le Fils de
Vhomme n'étoit point dans le Ciel avant
que de defcendre fur la terre ; cela ne
convient qu'à fa Divinité.
Dans le verfet 63. Jéfus Chrifl déclare
que les paroles , qu'il vient de prononcer »
font efprit tê 'vie. Quelque conteftation
que nous aions fur ce palîage , nous con-
venons les uns & les autres, que des paro-
les ne fauroient être, à parler littérale-
ment, efprit & vie.
Je pourrois aifément extraire du vi.
chap. de St. Jean diverfes autres façons
de parler figurées. Celles que je viens
d'alléguer futiifent pour juflifier ma pre-
mière confidération. Si nous jugeons
des paroles de J. C. par le flyle, qui rè-
gne dans le chapitre d'où elles font ti-
Ll s rces.
^z6 VEtat duChriftianiJme en France^
rées, nous ne les prendrons pas littéra-
lement.
II. Quand il ell queflion de détermi-
ner, fi une expreflion des Auteurs facrez
efl figurée , ou littérale , il ne faut pas en
juger par les règles de l'Académie Fran-
çoife , mais par le génie de la Langue
qu'ils ont parlé. Vaugelas , Fléchier,
Mr. de Fontenelles, font moins propres
à décider ces fortes de queftions , que
Buxtorf, VorfliuSjLeightfoot, Amama,
&c. Vos Peuples font peu verfez dans
l'Ecriture fainte. Ceux même, à qui el-
le eft familière, la lifent dans des Traduc-
tions , qui rapprochent le plus qu'il efl
pofïible du génie de notre Langue cei*-
tains Hebraïfmes,quine réveilleroient au-
cune idée diflinde dans l'efprit des Fran-
çois, fi on les avoit rendus mot pour
mot. Nous ne condamnons pas cette li-
cence de vos Traducteurs , quand ils la
renferment dans de juftes bornes. Les
nôtres , qui ont été plus fcrupuleux , font
peut-être en cela moins dignes de louange
que de blâme.
Si vos Peuples n'ont point de Traduc-
tions littérales de l'Ecriture fainte , ils
n'ont pas non plus de Commentaires criti-
ques fur ce Livre facré; du moins ils
n'en ont qu'un petit nombre : aufli font-
ils peu verfez dans le ftyle des Juifs , qui
eft
Crémière T art te, s "^7
efl incomparablement plus familier à ceux
mêmes de nous qui n'entendent pas les
Langues orientales. Cependant quelques
fupérieures que foient à cet égard les lu-
mières des Proteftans fur celles des Ca-
tholiques Romains , nous nous plaignons
tous les jours que l'étude de l'Ecriture
fainte eft négligée parmi nous: que quel-
ques Théologiens fe prévalant de cette
négligence, ou peut-être ignorant eux-
mêmes ce que leur vocation les appelle à
enfeigner aux autres, cherchent des my-
Itères dans des expreffions métaphori-
ques , qui ne réveillent que des idées fim-
ples dans l'ame de ceux qui connoiiTent
le tour d'efprit des Orientaux. Combien
de preuves ne pourrois-je pas apporter de
cette vérité? Quoiqu'il en foit fur cet
Article, un homme accoutumé au Ityle
des Auteurs facrez , ne fera point effraie
de certaines façons de parler , dont leurs
Ecrits font remplis , & il faura les réduire
,. à leur véritable fens.
I ■ Mais * manger la chair d'un homme ,
dites- vous , ^ boire fin fang, eji une chofiji
éloignée de notre penjée , de notre nature ^
de nos mœurs t & de nos coutumes, que ni
les hommes y ni T)ieu quand il far 1er a aux
hom-
* M. Péliflbn Traité de l'Eucharift. fed. xiii. artic.
V. pag. 175.
51 8 VEtat duChrïftianiJme en France ^
mes , ne s'exprimeront jamais ainjî que pour
Jignifier quelque chofe d'extraordinaire ^
de Jurnaturel, & de divin, au-de-Ia de
nos coutumes , de nos mœurs , de notre na-
ture , ^ de notre penfée. Les Orientaux
ont- ils jamais dit manger la chair d'un
homme ^ & boire fin fang, pour dire être
attentif à fa dodrine, fe foumettre à fes
loix, borner fa félicité à lui plaire, & à
être l'objet de fon amour ? Oui, Mef-
fieurs , & c'eft ma troifiême confidéra»
tion ; 6z ce tour d'expreflîon fi extraordi-
naire en notre Langue , ne Teft point du
tout dans les Langues orientales.
1. C eft une chofe très ordinaire à l'E-
criture de repréfenter la vertu & la véri-
té, la félicité & la gloire fous l'idée d'un
bruvage & d'un aliment. Vous tous qui
êtes altérez^ s'écrie le * Prophète Efaie,
en prédifant l'avènement du Meflîe, ve^
nez aux eaux , ^ vous qui n'avezpoint d^ar^
genty venez 't acheter , îê mange z\ venez y
dis-je , achetez fans argent , Ç^ fans au»
cun pnx du vin ^ du lait. Pourquoi em-
ploiez-vous l'argent pour ce qui ne nourrit
point -i & votre travail pour ce qui ne raf
fa fie point ? Ecoutez moi attentivement ,
^ vous mangerez ce qui eft bon y ^ votre
ame jouira à plaifr de la graijje. f La
fou-
• Efaie tv. i. 2.
t Provcrb. ix. i. r. 3. 5.
Crémière ^Partie, 5*1 ^
Jouveraine Sapience a bâti fa maifin, dit
le Sage , elle a affrété fa viande , elle a
mixtionné fin vin, elle a envoie fesfervati'^
tes', elle appelle de dejfus les perrons des
lieux les plus élevez de la ville , difanty
venez t mangez de mon pain^ & buvez
du vin que fai mixtionné'. * J'ai à man-
ger d'une viande i que vous ne favez pas,
difoit Jéfus Chrift à fes Difciples , Ma
viande eft que je faffe la volonté de celui
qui m'a envoie ^ & que f accompliffe fin œu^
vre. St. Paul en parlant des fidèles , qui
ont vécu avant l'Oeconomie de l'Evangi-
le, dit , qu'ils ont mangé & bu J efus Chrilt :
t Or mes Frères je ne veux pas que vous
ignoriez , ce font les paroles de cet Apôtre ,
que nos ^ères ont tous été fous la nuée , ^
ils ontpaffe tous par la mer , ^ qu'ils ont
tous mangé d'une même viande fpirituelle:
^ qu'ils ont tous bu du même bruvage fpi"
rituel; car ils buvoient de la Pierre Jpiri*
tuelle y qui les fuivoit , C^ la Pierre étoit
Chrift. Si TApôtre entend par le bruva-
ge fpirituel des Juifs, qui vi voient avant
l'Evangile, Jéfus Chrilt lui-même , fans
doute c'eft de Jéfus Chrill aufîi qu'il dit,
qu'il fut leur viande fpirituelle. L'Au-
teur apocryphe du Livre de l'Eccléfiafti-
que
* Jean IV. 31. 34.
t i.Cor. X. I. 3. 4.
530 V Etat du Chrifttanïfine en France ^
que introduit la fagefle parlant de cette
manière:* En moi eft toute la grâce de la
vie ^ la vérité y en moi eft toute Vef-
férance de la vie y venez à moi vous qui
me déferez , ^ vous remplirez de mes
fruits. Ceux qui auront mangé de moi y
auront encore faim den manger \ (c'efl à-
dire , ils trouveront toujours de nouvelles
délices dans cette manducation) ^ ceux
qui m^ auront bu y en auront encore foif. St.
Jean , f ravi en efprit dans le Paradis tan-
dis qu'il eft relégué pour la cauie de l'E-
vangile dans Yljl' de Tatbmos , entend
une voix céleile , qui crie : X A celui qui
ajoifje lui donnerai de la fontaine d'eau
vive. Il voit un fleuve \ pur de au vive
refplendijjant comme du chrjftal^ qui for-
toit au thrône de "Dieu & de r Agneau \ &
au milieu de la place de la cité ^ aux deux
cotez du fleuve y l'arbre de vie portant dou^
Zte fruit Sy rendant fin fruit chaque mois , @
les feuilles de r arbre font pour la guéri fin
des Gentils.
Ces façons de parler fi fréquentes dans
nos Ecritures . le font auffi dans les Li-
vres des Juifs. S Philon l'emploie dans di-
vers
* Ecclefiaft. xxiv. zj. 26. 28. 29.
t Apocal. I. 10.
% Ibld. XXI. 6.
\ Ibid, XXII. I. 2.
§ Phil. lib. I. de lege Allegor. pag. ^4. De plantatione
Noé pag. 175. Se Quod deter. &c. pag. 137. & paffim.
Crémière Partie, 5-3 j
vers endroits, que je cite au bas de
ces pages. * J'en indique aulîî un grand
nombre pris des Ouvrages des Rabins , &
j'allègue t les Auteurs , qui les ont com-
pilez , & auxquels ceux qui ne peu-
vent pas puifer dans les fources , auront
leur recours. Parmi les palTages que
je rapporte, il y en a un qui mérite une
attention particulière , parce qu'on y
trouve cette façon de parler figurée ,
Manger le Mefjîe. t Et de peur que vous ne
nous reprochiez que les Juifs , qui s'énon-
çoient de cette manière , avoient des
idées plus faines que nous , de ce que le
Meflie feroit un jour pour fon Eglilè ; je
crois devoir vous faire remarquer , que la
GIo-
* Omnis comeftio 5c bibitio, Cujus eft mentio in li-
bre Ecclcfiaftae, dicitur de Lege & bonis operibus, Mi-
dras Coheleth,fbI.88. 4. Ciba çum pane, ideft, faceum
laborare in prselio Legis,fîcut dicitur; Venite ,coiTiedite de
pane meo, Gloflain Succah,fol. 51. Rabi Simeon dixit:
qui funtilli qui manna caelefti nutriti fucrunt? Refpondit:
Hi funt fapientes , qui diu nodteque (tudent in Lege , Zohar
in. Exod. fol. zy. & 28. ubi plura ejufdem generis. Vi-
de Leightfoot Hor. Hebraic. in Joh. vi. 5 1 . pag. 62.6.
j Wliitby in Joan. vi. 27. pag. 483. Vide etiam Bux-
torf. de Mannaehift.cap. I. pag. 336, &c.
■^ DicitRabh, n"2^o ^w 'hj^A'i -nt^'i p'n;r, Comeïluri
funt Ifrael annos Melfise , (GloflT. Saturitas , quœ erit indic-
bus Meffiae , erit Ifraelitarum) dicit Rabh Jofeph ; verè qui-
dem; at ver6 quifnamdeea comedet? ^^ '^^^ p'?'3i pn.
An Chillek & Billek (duo judices Sodomae) comedent de cà?
Ad excipiendum illud R. Hillelis , qui dicit un"? n'C'D ]'«
n'pî.T V'j'3 ini^Dx 133^/ '7«^tt'»\ Non futurus eft Meffias
Ifraeli; nam eum antehac comcderunt in diebus Heze-
chiae , Sanhedr. fol. 98. 2. apud Leightfoot Hor. Hcbr.
in cap. vii Joan.verf. 51. pag. 6ié. col. 2.
^^2 VEtat du Chriftianïfine en Prante^
Glofe fur un paiTage du Talmud , dans la-
quelle on trouve cette exprelîion, porte i
que c'a été du temps d'Ezechias , qu'Ifraelf
a mangé le Meffte. \
Les Pères de l'Eglife , que je ne confî-
dère point encore ici comme des témoins
de la foi des premiers fiècles , mais fimple-
ment comme des Auteurs , qui avoient I>
magination orientale, ont parlé fur ce fujet
comme les Rabins ; ils ont attaché à ç.ç.%
exprelîions, Manger La chair de Jéfus
Chrijt ^ boire fin fan g,\QS mêmes idées que
nous y attachons. Quelques exemples
nous tiendront lieu d'un plus grand nom-
bre. * Clément d'Alexandrie , après avoir
comparé l'objet de la foi à un aliment , dit
qu'il a emprunté cette idée de Jéfus
Chrill, qui s'elt fervi des mêmes emblè-
mes quand il a dit, Mangez ma chair ^
buvez mon fan g.
Quelques Hérétiques , qui nioïent an-
ciennement le dogme de la refurredion ,
s'autorifoient de ces paroles de Jéfus
Chrifl, la chair ne fer t de rien ^ c'efl Ûefi
frit qui vivifie, Tertullien repouÎTe leur j
objection par cet argument, dont nous ]
ne garentiilbns pas la juftelTe, mais qui
prou-
♦ Clément. Alexandr. Psedag. i. pag. loo. &c. où
vous verre?, cette métaphore portée plus loin que ne l'ont
jamais fait les P.abins.
'Première Partie, ^^s
prouve ce que nous avons avancé tou-
chant le ilyle oriental : * // faut expH-
quer la Jhitence de Jé/iis Chrijt , dit- il j
.par la nature des cbofes auxquelles elle eft
•appliquée : de la même manière
qu'il appelle sa Parole efprit ^ vie,
il rappelle aujjï s a Chair; car la paro»
Le a été faite chair ^ c^ eft pour cela qu'il
faut pour avoir la vie , la défîrer cette pa^
rôle avec ardeur^ la dévorer par l'ouie,
la ruminer par V entendement , ^ la digérer
_par la foi.
St., Jérôme t s'exprime à peu près de
mê-
* Quia dnrum & intolerahilcm exiftirnaverUnt fermo-
ucm ejus , quali veiè carnem fuam illis edendatn deter-
minàlTet, ut in Ipiritum diiponeret ftatuin falutis. praemi-
fit , ipiritus elt qui vivificat; arque ita fubjunxit : cafp
hihil prodell, ad vivifîcartdum fcilicet. Exfeqiiituretiam quid
velit intelligi fpiritum: verba ,qu3e locutus fum vobis,fpi-
ritus funt , vita funt : ficur ëc iuprà , qui audit fermonés
meos, & crédit in eurti qUi me mifit, habet vitam aeter-
nam , & in judicium non veniet, fed tianfiet de morte
ad virain Itaque ferraonem conftituens vivificatorcm >
quia ipiritus & vitafermo; eundem etiam carnem luam
<iixic, quia & fermo caro crat fa dus j proinde in cau-
fam virœ appetcndus & devorandus auditu , & ruminan-
dus inrelledlu , & fide digcrendus : nam & paailô antè car-
nem i'uam pancm quoque cœleftem pronunciàrat; urgens
ufquequaque per allegoriam necelTariorum Populorum,
rnemoriam pàtrum , f^c. Tert. de Reiur. Carn. c. 37. p. 347.
Voilà le texte de Tertullien , & voici la glofe de Philippe
le Prieur rapportée par Rigault : Metaphora hsecinfolens tx
eo ducitur , quôd cùm Chriftus fit Dei verbum , & caro
cjus panis , auditu devorari dicatur , ut panis ore devo-
ratur,
t Quando dicit qui non comcderit carnein meam &
biberit fanguinem meum,licèr & in myllerio polTet intel-
ligi i tamen verius corpus Chrilli & fanguis cjus fermo
Scripturarum cft Dodtrina divina . . . . fi quando aiidi-;
Tom, T, Mm hiuS
^34 L'Etat duChriftianiJme en France ^
même : ^loiqiCon piijje expliquer myfli-
quement ces paroles de Je fus Chrift^ dit-
il, celui qui ne mangera f as ma chair ïêne
boira pas monfang, &c. Cependant il vaut
mieux entendre par la chair & le Jang de
Je fus la Doctrine des faintes Ecritures ....
quand fions écoutons la parole de TJieu , ^-
lors LA Chair, Ç^le Sang db Christ
entrent dans nos oreilles.
* Eufèbe paraphmfe de cette manière
les paroles du verfet 63. du chap. vi. de
c5t. Jean: A^^ croie z> pas que quand je prc-
pofe de manger ma chair -, je porte ma
penjée fur cette chair , qui m^envelope >
(i'v ■wifiy.ay.oi.i'^comme fi je 'voulois vous engager
à la manger , & à boire mon fan^ corporel
(^ fenfible. («iV^JîTo» x«ei (T^y.&.Tipo^^ Comprenez
que les paroles -i que je vous dis , font efprit
^ vie. . . *Z)e forte , ajoute Eufèbe , que les
paroles & la T)o[îrine de Je fus Chrijî font
fa chair Ï3 fou fang; ceux qui y part ici-
peut font nourris du pain célejle , ^ fe-
ront par y ci pans de la vie éternelle.
Je fupprime à defTein un grand nombre
d'autres pafîages des Anciens , qui fe font
énon-
miis fermonem Dei , fermo Dei &" caro Chrifli & fanguis
ejus in auribus noflris funditur, & nos aliud cogitamiis
in quantum periculum incurrimus: fie &in carne Chrifti,
qui eit fermo Dodrinae , hoc eft, Scripturarumfanélarum
interpretatio , fîcut volumus , ita & cibum accipimus,
Hieron. Breviar. in Plalm. 147. Tom.i. Append, p. 504.
* Eufeb. de Ecclcf. Theolog. lib. m. c.iz.
Trémlère T art te, ssf
énoncez comme ceux que je viens de ci-
ter. St. Auguftin fourniroit lui feul une
longue compilation de femblables expref-
fions. Le vénérable Bède en a extrait
une grande partie, & vous pouvez les
voir d'un coup d'œil * dans rexpofition
qu'il a faite des Epîtres de St. Paul, tou-
te compofée de palîages de ce Père. Je
me contenterai de puiier dans les fources
mêmes quelques façons de parler de St*
Auguitin , qui juititient ce que j'ai avan-
cé : f Le Seigneur, dit-il , voulant donner
fon EJprit^dït qu'il eft le ]f>ain dejcendn du
ciel ^ t§ il nous exhorte de croire en lui\
car croire en lui c^efi manger le pain vi-
vant. X ^Oîirqtioi prépares-tu tes dents fê
tonventrel- Crois & tu l'as déjà mangé.
Et ailleurs en expliquant ces paroles de
l'Evangile , % Bienheureux /ont ceux qui
mangeront du pain du Roiaume des deux :
I ^lel ejl ce pain du Roiaume des cieux^
dit«
* Expofir. Epi(ï.6.Pav.IiexdiveffisOperibus S. Auguft,
\ venerab. Beda, &c. in ii. Cor. m. pag. 187. & cap.
XI. pag. 229. &c.
t Daturus ergo Dominns Spiritum fanduni dixit fe
cfTe panem qui de cseio defcendit, hcrtans ut credaraus
in eum ; credere cnim hoc eft manducare panem vivum.
Qui crédit in eum manducatinvifibiliter, faginatur, quia
invifibiliter renafcitur , Aug. Tom. ix. Trad. xxvi. ïn
cap. VI. Evang. Jean. pag. 92.
% Ut quid paras dentés & ventrem? Cicde Ôc manda-
calii, ibid. Traél. xxv. pag. 90.
§ Luc. XIV.
4 Qiiis eft panis de Regno Dei nifî qui dicit, ego fum pa-
Mm i îiis
53 6 ISEtat du Chrijiianijme en France i
dit- il , Ji ce ticfl celui-là mêmk qui dit^
je fuis le pain vivant , qui efl defiendu du
ciel: ne préparez pas votre gojîer^ mais
votre cœur.
IV. Une quatrième remarque généra^
le, que nous devons faire pour rintelli-
gence des textes que nous avons citez;
c'eil que dans le chapitre > d'où ils font
tirez, ces expreffions font fynonymes,
aller à Jéjus Chrift ; croire en lui ; manger
fa chair ; manger le pain defcendu du cieL
On ne fauroit en douter , fi l'on fait at-
tention, que le Sauveur attribue les mêmes
effets aux démarches, ou aux difpofitions
d'efprit, qu'il a voulu ^gnifier par ces
ditférentcs expreiTions. Dans le ityîe du
Sauveur : travailler non pour la viande
qui périt ^ mais pour celle quieft permanen-
te en vie éternelle \ manger le pain defcen-
du au ciel ; manger la chair du Fils de
Dieu-, croire en lui-^ aller à lui ^ &c.
c*eft remplir les conditions , fous lesquel-
les il nous a promis la bicnheureufe im-
mortalité ; c'ell ce qui paroit par la con-
frontation de ces textes : Travaillez non
point apr}s la viande qui périt , niais après
celle qui eft permanente en vie éternelle'*
Celui qui vient à moi n^ aura jamais Joif.
En
lîis vivus, qui de cselo defcendit: nolite parare fauceî,"
fed cor , id. de Verb. Apoftol. Serm, xxxiii.
Crémière T art te. 537
En vérité, enverité jevous dis, ^ui croit
en mol aura la vie éternelle. Cefl ici le
^ain qui eft defcenàii au ciel ^ afin que fi
quelcuu en mange il ne meure point \ En
vérité^ en vérité je vous dis, que fi vous
ne mangez la chair du Fils de l'homme , ^
fi vous ne buvez, fon fang , vous naîtrez
point la vie en vous-mêmes.
V. Enfin ma dernière remarque géné-
rale, c'eftque vos propres Auteurs avouent,
que dans plufieurs endroits du chap. vi.
de St. Jean les mots de manger & de
manâucation font métaphoriques, & mar-
quent non ce que vous prétendez faire
Gorporellement à la Table de l'Eucha-
riftie, mais la foi & l'obéilTance, qui
Ibnt les conditions du falut. Voici
la Note de Don Au^. Calmet lur ces pa-
roles de St. Jean : * Travaillez npn four
avoir lanourriture qui périt, mais pour celle
qui demeure pour la vie éternelle. „ Ce
„ n'ell pas le pain & la nourriture tempo-
„ relie que vous devez chercher A ma fui-
„ te, mais la nourriture de l'ame. Et
^.j quelle eit cette nourriture de l'ame?
„ C'ell la parole de Oicu, c'cfl la foi,
„ c'eft la charité , c eft Jéfus Chrift mê-
9, me félon St. Auguftin : croiez en moi,
5, &
* D. Aug. Calmet, Comment, litcr. fur St. Jean chap,
Ml. pag. I3J.
Mm 3
5 3 s L'Etat du ÇhriJÎ tan ifme enFmncey
5, & vous aurez mangé cette divine nour-
5, riture que je vous offre. Le Sauveur
5, dit de lui-même en un autre endroit,
3, que fa nourriture etl de faire la volon-
,, té de ion Père. Ce doit ette auiii cel-
5, le de tous les fidèles. Ce font les
paroles de D. Aug. Calmet. Or il eit
évident , ce me femble , que la vian-
de , pour laquelle Jefus Chrid nous re-
commande de travailler, quand il dit
dans le vers. 17. travaillez 7ion pas pour
la viande qui périt , mais pour celle qui efl
permanente en vie éternelle , c'efl la mê-
me que celle dont il parle dans les verfets
qui luivent : fi donc cette première vian-
de eft la foi & la charité , on doit fe for-
mer U même idée de la féconde. Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre, &c.
LET^
Première Partie, S 39
LETTRE XXIII.
*Daf!s laquelle on compare les pajfages du
chap. VL de St. Jean avec quelques
autres Tii/cûurs de Jéfus Cbrtft.
ESSIEURS,
Voici une autre voie pour juftifier le
fens figuré , que nous donnons aux pafTa-
ges du chap. vi. de St. Jean. Il faut com-
parer trois entretiens de jéfus Chrifl, qui
le fuivent prefque immédiatement ; celui
qu'il eut avec Nicodème, & qui eft rap-
porté dans le chap. m. de cet Evangile;
celui qu'il eut avec la Samaritaine, & qui
elt rapporté dans le chap. iv. du même
Evangile; enfin celui qu'il eut à Caper-
naum , dans lequel il prononça les paro-
les , dont nous cherchons la lignification.
Les mêmes raifons, qui prouvent qu'on
doit donner un fens myflique à ce que
Jéfus Chrifi: dit dans les deux premiers
de ces entretiens, prouvent qu'il faut
donner le même fens à ce qu'il dit dans le
troifiême.
I . Dans ces trois entretiens Jéfus Chrifl
promet les grâces fpirituelles fous des
idées qui font prélentes , ou qui doi-
Mm 4 vent
5-40 UEtat du Chrîfltantfhw en France^
vent être familières \ ceux avec qui il
parle. 11. Dans ces trois entretiens, ceux
à qui il parle n'entendent pas bien fapen-
fée, (& prennent dans un fens littéral ce
qu'il propore dans un fens myitique. m.
Dans ces trois entretiens Jéfus Ghriil laif-.
fe pendant quelque temps dans leur er-
reur ceux à qui il parle, afin que Texcès
même , auquel ils îauroient portée , fer-
vit à les en retirer, iv. Dans ces trois en-
tretiens Jéins Chrift finit par des éclaircif-
mens fur les emblèmes qu'il avoit em-
ploiez, & il déclare, que ce ne font que
des emblèmes , qui ne doivent pas être
pris littéralement.
Premier chef de comparaïfon. Dans
ces trois entretiens Jéius Chrift promet
les grâces fpirituelles fous les idées qui
font préfentes, ou qui doivent être fa-
milières à ceux avec qui il parle.
Cela elt clair dans fa converlation avec
Nicodème. Il dit à ce Do<^i:eur de la Loi,
que * pour ejirrer au Roiaume de ^ïeu^
ç'eft-à-dire , pour être regardé comme un
véritable Difci pie du Meflie, il faut z?.-?/-
tre de nouveau. Les Juifs appelloient
naijfance fpiriuielle , refjaiffance , régéné-
rationM^ changemens qu'ils prétendoient
arriver à leurs Profelytes. C'étoit une de
leurS;
• Jean iv. 5.
Crémière "Partie, 541
leurs maximes , qu'un homme, *désrin-
flant qu'il embraflbit la Religion de Moi-
fe , étoir regardé comme un enfant qui
vient de naitre, & qu'il naiiFoit en fainte-
té. \Lire. né en fû'mtete\ c'étoit dans leur
llyie, être né dans l'Alliance. St. Paul y
fait iiilufion dans ce fameux palîage di;
cbap. VIL de la première Epitre aux Co-
rinthiens, au vers. 14, Le mari infidèle
efi fanBtfié en la per/onne de la femme fi^
dèle; tl> la femme infidèle eft fan6îifiée en
celle du mari fidèle^ autrement vos en fans
ferotent impurs , mais maintenant ils font
fàints. Ils font famts^ c'efl-à-dire, ils
font nez dans TAIliance ; félon cette idée
les Docteurs f Juifs enfeignoient , que
l'homme , qui devenoit Profelyte , n'avoit
plus deconfanguinité avec ceux , auxquels
la Nature l'avoit uni par les liens les plus
indiflblubles ; qu'il étoit en droit d'épou-
fer fa foeur& fa mère, fi elles devenoient
Profelytes comme lui. C'cll: probable-
ment ce qui a donné lieu à :|: Tacite d'a-
vancer, que la première leçon, (jue les
Juifs
* Vid. Gemar. Babyl. tit. Jevamoth, fol. <5i. pag. i.
& 92. pag. z. vide Selden. de jure Nat. & Gentium lib.
2. cap. 4. pag. I ç. Voi. la Remarque de Daniel Whitby
fur ce paffage pag. 140.
t Vide M.îimon. IlTarc Biah. cap. 14.
\ Nec quidquam prias imbuuntur quàm contemnerc
Deos, exuere patriam , parentes, liberos, fratrçs viliaha-
i«ere, Tac^Hiitoi;, lib, 5.
Mm s
54'2' I^Etat du Chriflianijme en France^
Juifs faifoient à un Paien, qui embraiToit
leur Religion , c'étoit de méprifer les
Dieux, de renoncer à fa Patrie , &: de re-
garder d*un oeil indifférent fon père , fon
frère , & fes enfans. Auiïi quelques
* Cabalifles ont -ils eu cette bizarre &
confule Metaphyfique , qu'il y a un nom-
bre infini d'ames nées de je ne fai quelle
maffe idéale ; que celles qui font defti-
nées aux julles logent dans de certains
palais ; que quand un Paien embrafTe le
Judaïime , une de ces âmes fort du pa-
lais où elle ell logée, qu'elle paroit de-
vant la Majeflé divine, qui l'envoie dans
le corps du Profelyte ; que comme un
enfant ne participe réellement à la Nature
humaine, que lorfqu'une ame préexiiten-
te eft unie à la matière de fon corps dans
îe feîn de fa mère , de même un homme
ne devient véritablement Profelyte , que
lorsqu'une ame nouvelle prend la place de
celle que la Nature lui avoit donnée.
Si ce flyle n'avoit pas été familier aux
Juifs, on auroit de la peine à expliquer
comment Jéfus Chrift pouvoit reprocher
à Nicodème , qu'étant ^'D^^^/zr de la Loi ^
il ne comfrenoitfas ces chofes ; car un Doc-
teur de la Loi ne fembleroit pas blâmable
de
* Vid. Fratr. Archangel, in Dogm, Cabalift. 43. Sel-
dcn. ubi fup. pag. 159. '
\ Jean iv. 10,
Première Tartte. 543
de n'avoir pas entendu un ityle particulier à
J.C.au lieu que ce blâme tombe naturelle-
ment fur lui, s'il fe récrie fur des expreiïions
familières aux Doéteurs de fa Nation. Ni-
codème étoit fans doute un de ces hom^
mes , qui félon un ancien abus, qui s'ell per-
pétué jufques dans nos jours, devoit à fon
rang & à fa nallFance un titre de Dodeur,
qui n'eil dû qu'au favoir.AuflirEvangeliÛe
remarque-t-il exprelTément , que c ctoir
* un des principaux d'entre les Juifs. ^On
des principaux d'entre les Juifs : voilà
quels étoienc les titres de ce Doéieur. Jc-^
fus Chrift, dans fon entretien avec Nico-
dème, promet donc les grâces fpirituel-
les fous des idées qui font préfentes,
ou qui doivent être familières 11 celui
avec lequel il parle.
Il le fit aufli dans celui qu'il eut avec la
Samaritaine. Cette Femme elt toute oc-
cupée du foin de puifer de l'eau, Jéfus
Chriil lui dit : f ^5"/ quekun boit de l'eau ,
que je lui donnerai , il n'aura jamais foif.
De même dans les paflages du chap. vi.
de St. Jean , Jéfus Ghrîft parle à des trou-
pes, qui ont l'elp ; ;•:;>; du prodige
qu'il avoit fait en multipliant le^ pains, &
qui viennent d'exalter le miracle de Moy-
fe, qui avoit nourri pendant tant d'an-
nées
* Ver. r.
t Jean. iy. 14,
5*44 L*Etat du Qhrifiiamjme en France ^
nées les Ifraelites dans le Defert, avec de
la manne defcendue du ciel. Quelques * Sa-
vans ont même crû , que ces troupes
aiant conclu du miracle de la multiplica.-
tiondes pains, que Jéfus Chriil étoit le
Meffie, portoient leur penfée fur ce f bir
zarre feflin, auquel les Juifs efpèrent de
participer, quand ce Libérateur fera ve«!-
nu. Jéfus Chrift dit à ces troupes , X JQ ^
Juis le pain âefcendu du ciel.
Second chef de comparaifon. Dans
ces trois entretiens les perfonnes , avec
qui Jéfus Chrift parle, n'entrent pas bien
dans fa penfée , & prennent littéralement ,
ce qui devoit s'entendre dans un fens my-
ftique.
Cela eft clair dans l'entretien de Jéfus
Chrift avec Nicodème. | Lorfque Jéfus
Chrift lui eût dit : En vérité je te dis ,
que fi quelcun n'eft né d'eau ^ d'Ejprit, il
ne peut entrer dans le Roianme de T)jeu ;
Nicodème répondit incontinent : Corn-
ment peut naître un homme qui eft déjà
vieux ?
* Cette penfée eft de Leighfoot. (vid. Hor. Hebr. in
Joh. VI. vers. 51,) Ce favant homme auroit eu pourtant,
fi je ne me trompe, bien de la peine à prouver, qu'on
eât déjà 4u temps de Jéfus Chrift des idées fi extravar
ganrcs.
t Voiex des defcriptions de ce feftin dans la Bibliothô-
que Rsbinique de Bartolocçio , Tom, i. pag, 507. &c,
X Jean VI, 48.
4. Jean m. 3. *cc,
Crémière Tartte, 54^
vieux ? ^eut-il rentrer dans le fein de fa
mère , ^ naître ?
Cela eit clair à Tégard de Tentretien a-
vec la Samaritaine. Car dès que Jéfus
Chriit lui eût dit ces belles paroles : * Si
tu connoijfois le don de T>ieu , ^ qui eft ce^
lui qui te dit^ donne moi à boire ^ tu lui
e7t eujfe s demandé ^ le il f eût doHnê deVeau
vive: Elle répondit : lyoù as-tu cette eau
vive ? Es'tu flus grand que Jacob notre
F ère y qui nous adonné ce puits ^ ^ qui en
a bu , lui ^ fa famille , Ç^ fin troupeau.
Cela efl clair enfin à l'égard de l'entre-
tien que J. Chrift eut dans Capernaum;
car dès qu'il fe fut promis fous l'idée de
chair & de pain, on lui fit cette objeétîon :
t Comment celui-ci donner a-t-il fa chair à
manger ? N'eji-ce pas ici Jéfus le fils de
Jofeph^ duquel nous connoijfons le père ^
la merci Comment donc celui-ci dit-il; je
fuis le pain defcendu du ciel ?
Troifiême chef de comparaifon. Dans
ces trois entretiens Jéfus Chrill lailTe pert-
dant quelque temps dans l'erreur ceux à
qui il parle, & femble même avoir def-
fein de les y confirmer.
Il dit d'abord à Nicodème : :|: En vérité^
en vérité je te dis, qu*â moins qu'on nefoit
né
* Jean iv, lo. &c.
t Jean vr. 51. &c.
5'4<> VEtat du Qhriftianifme en France ,
né de nouveau^on ne peut f as voir leRotau*
me de 'Dieu. Nicodème fe récrie contre
cette propofition : Comment un homme peut^
ilnaitre quand il eft vieux ? ^ eut -il entrer
une féconde fois dans le Je in de fa mere,^
fiaitre ? Jéfus Chrifl confirme ce qu'il a
avancé; " En vérité^ en vérité^ dit-il, y^
quelcun n^eft né £ eau ^ d Efprit^ Une peut
entrer dans le Roiaume de T>ieu, Il fait
plus , au lieu d'expliquer à ce Docteur ce
qu'il vient de lui propoler, il l'exhorte à
ne pas s'en étonner: ^ Ne f étonne point
de que je t'ai dit^ il vous faut naiire dé
nouveau^ La furprife de Nicodème, aug*
mente par cela même que Jéfus Chrilt
l'exhorte à n'en avoir point : '^ Comment fe
peuvent faire ces chofes^
Jéfus Chrill tient avec la Samaritaine une
conduite femblable à celle qu'il avoit te-
nue avec Nicodème. Il demande de l'eau
à cette femmie : elle lui répond : à Com*
ment vous , qui êtes Juif y me demandez*
vous à boire y à moi qui fuis une femme
Samaritaine ? Jéfus Chrill réplique : ' Si
tu
a Verf. ç. Voicz la même penfég prdpofée avec auffl
peu de fondement dans le Traité de Mr. desMahit inti-
tv'é , Vérité de la Religion Catholique, &c. ii.part.chap*
â. oag. 159. & pag. i6z. 163,
i Verf. 7.
t Vsrf. 4.
à jc^n IV. 9^ *^
« Vçjî. ïo,
T rémure Tartie, ' 5*47
tufavois le don de T)ieu^ ^ qui efl celui
qui te dit y donne moi à bQire , tu lui ejt
eujfes demandé toi-même ^ & ilieât donné
de Veau vive ! La Samaritaine prend ces
paroles à la lettre : ^ Seigneur^ vous ri! ave zi
rien pour fuifer^ dit- elle, ^ le puits eft
profond', d'où avez-vous donc cette eau vi^
vel Etes'vous plus grand que Jacob notre
Tere, qui nous a donné ce puits ^ ^ qui
en a bu lui-même., ^ /es en fans, ^fon bé-
taill Jéfus Chrifl au lieu de la desabufer
femble vouloir l'affermir dans fon er-
reur: ^ Celui qui boit de cette eau , lui
dit-il, aura encore foif, mais celui qui boi^
ra de l'eau y que je lui donnerai , naura
plus jamais foif'^ mais l'eau, que je lui don-
nerai , fer a faite dans lui une font aine d'eau
faUlante en vie éternelle.
De même avec ceux à qui il parloit
dans Capernaum : Quand ils firent cette
quellion; ^ Comment celui-ci dit-il \ Je
fuis le pain défendu du ciel ? Il repli*
qua : ^ Je fuis le pain vivifiant , c'eft ici le
pain défendu du ciel, afin que f que le un en
maîige il ne meure point , le pain» que je
donnerai, c*eft ma chair. Et lorfque s'é-
tonnant de nouveau ils dirent : ^ Comment
et"
a Ver. ii.&c.
b Ver. u.
c Jean vr. ver. 41,
d Ver.48.&c. *
t Ver, 5Z.
5'4S L'Etat du Chriflïanifme en France^
celui-ci donner a-t- il fa chair à mangera
Jéfus Chrift répondit : * En vérité^ en ve-
rit é je vous dis , que fi vous ne mangez là
chair du Fils de r homme , ^ Jï lous ne bu-
vez fon fang j vous n'aurez point la vie.
11 y a donc peu de folidité dans cette
petifée detMr. Péliiïbn, „0n fait, dit
5, ce célèbre Conrroverfîile , que dans les
5, règles communes du difcours , nous
„ n'infillons point ainfi fur une exprefîion
,j figurée ; nous nous contentons de faire
5j paroitre le mot figuré une fois ou deux,
3, pour faire naître dans Tefprit des au-
„ diteurs une idée vive de la vérité que
,j nous voulons exprimer , mais nous re-
j, venons auffi tôt après à la vérité même;
^, Une figure opiniâtrée lafle, dégoûte,
„ refroidit l'efprit , & efface d'elle-même
3, toute ridée qu'elle a voit pu produire.
„ Mais, ce qu'on ne fait jamais, ajoute
^^ le même Auteur, c'eft ce que notre
ji J^eigneur fait ici , qui eft d'infifter fur
,j l'exprefllon figurée, quand on voit que
„ l'auditeur s'y trompe & la prend pour
„ propre. Plus cui lui oppofe d'impofli-
5, bilitez , plus il perfifte à dire que h
„ chofe fera. 11 fe roidit contre toutes
), les difficultez & ne fe relâche jamais,
3, n'adoucit ion exprefîion en aucune for-
* Verf. 53.
t Traité dcJ'Euciarifticfgja.xxiT.pag.î^oy.^cc.
Crémière T art te, 5'4(>
5, te. Il faut pour en ufer aînG vouloir
.„ non pas s'expliquer, mais s'enveloper&
j,î fe cacher, non pas inllruire , maisrom-
..Jj pre & engager dans l'erreur ceux à qui
,, on parle.
Enfin le dernier chef de comparaifon
:entre ces trois entretiens deJ.C.c'eil qu'il
des finit par des éclairciiTemensfur les cm-
;blêmes qu'il a proporez;& cequ'il y a de
iplusrema!'quable,c'efi: qu'il s'exprime d'une
tmanière plus claire ,^quand il combat ceux
,qui concluoient de ces paroles, qu'il falloit à
-la lettre m.imger fa chair pour être fauve ^
que quand il combat.Nicodème,qui croioit
•qu'il ialloit renaître littéralement , ou
quand il combat la Samaritaine, qui s'é-»
toit imaginée qu'il lui promettoit une eau ^
-qui la desaltereroit pour jamais. Car que
dit-il à Nicodème pour le détromper? Il
lui dit qu'il fliut naitre * â'eau ^ d'efprit.
Il l'exhorte à aimer la vertu & la vérité^
i^ il lui infinue par-là, que c'efl dans ces
difpdruions que confifte la nouvelle naif-=<
ance, qu'il vient de lui prefcrire. Et
;]ue dit-il à là Samaritaine pour ladétrom-
3er t II lui dit feulement qu'il ell le Méf-
ie, & il veut la porter éar-là à écouter
"a doélrine. Mais il combat d'une maniè-
e direde l'erreur de ceux qui croioientji
qu'il
* Jean lii. j.^
Tcm. L Nà
5'5'o I^Btat du Chriftianîjme en France <,
qu'il falloit manger fa chair & boire fon
lang pour avoir part au falut : Ceci vous
fcandalîfe-t-il, leur dit-il, que fera-ce donc ,
Jî vous votez le Fils de l'homme monter ou\
il et oit auparavant ? Ceftl'ejprit quiviviÀ
Jîey la chair ne fert de rien ; les paroA
les , que je vous dis , font efprit & vie. \
Ces paroles me paroilTent fort claires.
Il efl fenfible que le but de Jéfus Chriit^ j
eft de faire entendre , à ceux qui a-' ^
voient donné un fens littéral à fes expref-
fions , qu'elles étoient métaphoriques.
5, Vous êtez fcandalifez pendant que ma
5, chair eil préfente à vos yeux de ce que
5, je vous dis , que vous devez la manger ,
5, que fera-c€ quand elle aura été enlevée
„ dans le ciel? Mapropofitionvousparoit
5, aujourd'hui abfurde , elle vous paroitrâ
5^ alors contradictoire: elle choque aujour-
5, d'hui les loix de la bienféance & de l'hu-
„ manité, elle choquera alors celles de la
„ Nature & de l'effence de la matière , qui
5, ne permettent pas qu'un corps foit en
„ pluiîeurs endroits à la fois , & que tandis
„ qu'il efl tout raionnant de gloire dans le
5, ciel , il foit fujet fur la terre aux alté-
,, rations des viandes qui fe digèrent
„ dans un eilomac. Mais cela même que
3, ma propofition, prife littéralement , pré-
5j l'en-
* Jean vx. Ci.
Crémière T^ art te. 5'5't
;,> fente aujourd'hui des nbfurditez à l'ef-
,, prit, &bien-tôr des contradiélionSj cc-
5, la même devoir vous pcrfuadcr, qu'il
5, falloir la prendre d'une façon fpirituell®
j, & métaphorique. La vie ,que je vous ai
„ promife, n'eli: pas cette vie temporel-
„ le, qui s'entretient par des alimens,/^
5, chair ne fert de rien pour fe la procu-
„ rer: c'eft une vie éternelle prodiiite^ar
„ la toute-puifTance de Dieu, il n eil donc
), pas queflion pour y avoir part de rcpa-
„ rer par la manducation de mon corps
5, les parties qui sVxhaîent du vôtre: il
,, eil queflion d'intéreller en votre fa-
5, veur cette toute • puilTance , qui peut
' 5, vous faire vivre éternellement, & de
„ vous appliquer les fruits du facrificej
- ,j que je vais offrir à mon Père, eit don-
5, nant mon corps pour la vie du monde.
i j, La chair ne fert de rien^ c'ejî l'efprit
' j) qui vivifie \ les paroles ^ que je vous dis,
* j, font efprit ^ vie.
!' Voilà, ce me femble , MefTieurs , le
H commentaire le plus lîmple & le plus na*
5 turel de ces paroles du Sauveur. Se peut-il
' que des Théologiens, qui trouvent qu'il
^ a décidé clairement que la régénération^
dont il avoir parlé, é toit métaphorique, fou-
' tiennent qu'il n'a rien dit, qui dût don-
ner la même idée de la chair qu'il pro-
Nn i po^
5 5" 2- DEtat du Qhrijîïamfme en France"^
pofoit à manger ? C'ed encore * Mr. des
Mahis , qui a ofé avancer ce parado-
xe: „ Lorfque quelque exprefîion d'urt
5> Docfteur, dit-il, nous fait de la peine,
,, s'il explique cette expreiTion dans la ré-
5, ponfe qu'il nous fait, c'eit un figne que
55 nous l'avions mal entendue. Mais fiau
,5 lieu de l'expliquer il la répète , & il dé-
j, clare plufieurs fois que nous devons;
5, croire ce qu'il nous diloit , c'ell une
3, marque qu'il veut qu'on entende à k
5, lettre l'exprefîion , qui nous faiioit dé
3, la peine. Nicodème aiant mal pris ces
5, paroles, ajoute le même Auteur, Ji
3, qiielctin ne naît de nouveau^ en les en-
5, tendant d'une nailTance charnelle , nd-
„ tre Seigneur lui apprend, que c'étoit
5, du Baptême qu'il avoit voulu parler : Jï
qiielciin ne renaît d^eau ^ défont , il
n entrera jamais au Koyaitme des cieux.
Mais je demande, ces paroles , nastre
d'eau t§ d'efprit^ étoient-elles plus propres
à éloigner de Tefprit de Nicodème les
idées d'une naifTance corporelle, que cel-
les-ci à éloigner les idées d'une mandu-
cation proprement aînli nommée: Ceci
vous fcandalife-t-il1 C^eji l'e/prit qui vi'
*vifie ,la chair ne Jert de rien: les par oies ^
que je vous dis^ font ejprit ^ vie?
On
* Mr. des Mahis , la vérité de la Rèl, Çathol. ôcc. U
part. chap. z, pa^, i6o.
Crémière Tartie, 5' 5 3
On a trouvé un autre moien d'éluder
les conféquences , que nous tirons de
ces paroles. On reconnoit avec nous,
qu'elles étoient deitinées à réfuter le faux
fens, que que^ues-uns des auditeurs de
Jéfus Chriil avbient donné à fondifcours;
mais on prétend qu'ils erroient , non
en ce qu'ils croioient qu'on dût manger
réellement fa chair , mais qu'on dût
la manger d'une manière groflière, com-
me les autres alimens, la mettre en piè-
ces, la déchirer avec les dents, la digérer
dans l'eilomac , &c.
Mais de quel droit redreint-on de cet-
te manière le but de Jéfus Chriil? Quel-
les idées n'attacherions-nous pas au dif-
cours qu'il tint à Nicodème, & à celui
qu'il tint à la Samaritaine, fi nous nous
' donnions la même licence que prennent
vos Dodeurs , en expliquant celui
qu'il prononça dans Capernaum ? Nous
.iferions en droit de foutenir que Nicodè-
;me erra, non en ce qu'il fe forma de fauf-
•fes notions de .la régénération, mais en
•ce qu'il comprit mal la manière , dont elle
idevoit être produite. Nous ferions en
•droit de foutenir que la Samaritaine erra,
non en ce qu'elle le forma de fauiFes no-r
tions de l'eau, que Jéfus Chriil lui pror
mcttoit, mais en ce qu'elle comprit mal
la manière , dont il falloit la boire.
N n 3 Mon-
55*4 I^'Et^f ^^^ Qbrtft'ianïfme'en France y
Monficur des Mahis nous fait uneobjec»
tion plus Ipécieufc, Il dit que la mandu^-
cation, dont le Sauveur venoit de parlerai
ell un myllère, qui ne peut être compris
fans une foi opérée par des fecours furna^
turels; que c'ed pour cela que quelques-
tins des Difciples de J. Chritt l'abandon'-^
nèrcnr , & qu'il dit , en parlant à ces incrC'
d aies ; j Flnjieurs de vous ne croient pas '^
çeft ce que je vous aï dit : per forme nepetil
venir à moi , s'il ne lui eft donné far moi
Tère. De ce principe, qui ne fauroit ê-
txQ conteilé, Mr. des Mahis tire ces con-,.
ciufions : „ * Telle efl la dodrine des
j. Catholiques Romains fur la manduca^
„ tion de la chair, de Jéfus Chrifl, dit-il,
,, quoique nous la déchargions des vues
j, groiiières, qu'on lui impute fauiTement.
„ Elle eil encore alfez incompréhenfible
5, pour éloigner de rt'glife, & ceux qui
„ n'y font pas encore , &même.plufieurs
3, de fes enfans. Ce que dit l'Evangeli-
„ fte , que plufieurs des Difciples de Jé-
5, fus Chrift l'abandonnèrent, eflunOra^
„ cle de la dernière importance, parle
„ moien duquel la fuite même de ceux
5, qui nous quittent, devient une notivel-
5, le preuve de la vérité de notre foi fur
3, la manducation de la chair de notre Sei-
gneur :
I Jerin vr. CC).
"^•Mr. des Mabis ubi fuprà pag. 179. ^ç,
Crémière Partie, 5 5-^
„ gncur: car cette fuite montre, que
„ notre foi a un des principaux caradè-
„ res de la doélrine de Jéfus Chrill fur
,» ciette matière; puifque l'un des effets
„ de cette doctrine , fut d'empêcher plu-
„ fleurs Juifs de croire en lui, & depor-
9^ ter plufieurs de fes Difciples à le quit-
n ter.
„ La doftrine des Proteflans fur la
f, manducation de la chair de notre gei-
9, gneur , ajoute ce Controverfifte , n'a
3) point le caradère de la dodlrine de no-
„ tre Seigneur fur ce fujet. On n'y trou-
9> ve point de myftère incompréhenfible,
„ qui, quelque explication qu'on y peùc
„ donner, fut capable d'obliger à Tapo-
„ itafie des Difciples, qui a voient cru ea
w Jéfus Chrid , fi les idées de notre Sei-
M gneur eulTent été femblables à celles des
1 „ Prétendus Reformez, il eût facilement
: „ arrêté fes Difciples, en leur difant, je
. „ ne vous propofe rien qui ne foit flicile à
, „ croire , quand j'ai parlé devons donner
„ ma chair à manger , j'ai feulement pré-
i „ tendu vous enfeigner, qu'on doit s'u-
i „ nir à moi par la foi, & n'y êtez-vous
;[.„ pas ainfiunis, vous qui êtes mes Difci^
„ pies?
Mais quoi, Mr. des Mahis ne trouve-
; t-il donc rien d'incompréhenfible, dans ce
difcours de Jéfus Chrift, que la mandu-
Nn 4 ca-
f^6 VEtat du Chrifitanifme en France^
cation de fon corps expliquée félon les;!
idées du Concile de Trente! Cette man-
ducation retranchée, toutes les véritez.;,
que le Sauveur prononça dans Caper-
naum, font-elles aillées à comprendre? Le
Syftême des Proteitans fur l'Eucharifliç
les met elles toutes au niveau de la raifon?
Rend-il la foi parfaitement inutile? Jéfus
Chi;i{l paroit depuis peu de temps dans \%
Judée; fon extérieur na rien qui le di-
llingLie du reile des hommes ; il eft fans;
crédit, fans éclat, H^ns fortune, &, com-
me l'avoient annoncé les Prophètes , * fans
prme ^ fans apparence. Les Juifs di-
ient de lui: f H'ejhce poïntidjéfts le fils
4^ 3^fipk > <sf<?»^ nous connotfjons le père
^ la mère? Cependant ce Jéfus, quifem-
ble fi vil & fi méprifable , fe dit defcendi;
du ciel : il s'engage de faire de plus grands;
miracles que Moyfe, qui véritablement
nourrit pendant quarante années les Ifrae-
îites avec une Manne miraculeule dans le-
befert , mais qui ne pût les arracher aux
bras de la mort : il promet de faire cç
qui fut impraticable à ce grand Legifla-
teur : X C'e/i ici la ^oolonté de celui qui m'a
çmoié, que quiconque contemple le Fils^
* Efa. tiir. î.
f Jean vi. '4^.
4 Ver. 40.
Crémière Partie. 55-7
^ croit en lui , ait la vie éternelle : ïê je
le rejfufciterai au dernier jour. Bien plus :
il entreprend d'opérer ces merveilles par
I3 voie , qui paroit la plus contraire à les
produire ; il prétend délivrer ces hommes
de la mort, en la fiibiirant, & en le li-
vrant lui-même au iupplicc de la croix,
Il veut que fes Difciples failent de cette
croix le lujet de leur méditation , cîe leur
efpérance ; & c'eil fous ces conditions
qu'il leur promet cette vie , qui ne doit
point avoir de fin. Voilà les idées, que
les Proteflans attachent aux difcours de
JéfusChriit; voilà les proportions , qu'ils
y trouvent ; & voilà aufîi les propolitions,
auxquelles ils aquieicent de cœur & d'eiV
prit, parce que c'efi; le Fils de Dieu, ce-
lui que */^ Tère a fi elle de fon cachet , qui
les prononce. Tandis que ces myllères
font deferter l'Incrédule , les Proteitans
demeurent fidèles à Jéfus Chrift , & ils lui
difent avec St. Pierre, & avec tout le re-
lie du Collège Apoflolique: \ Seigneur, â
qui irions-nous ? tu as les paroles de la vie
,. éternelle-^ éf* ^ious avons crû ^ notis avons
connu , que tu es le Chrift , le Fils duT)ieu
i^ivant, Qu'il me foit permis de le répé-
" fer encore , Meiïicurs , ce Syllême met-il
* Jean vi. 17.
t Ver, 68.
Nn 5"
558 L'Etat du Chriftiantfme en France y
au niveau de la raifon humaine toutes
les véritez , que Jéfus Chrift prononça à
Capernaum ? Rend-il rexercice de la foi
inutile? Peut-on tirer des débris de laNa-
ture tous les fecours nécefTaires pour s'y
ibumettre?
Concluons. Si Ton ne peut pas infé-
rer de ce que J. Chrift a repréfenté les
conditions , qu'il exigeoit de fes Profely-
tes , fous l'idée d'une renaiffance , qu'à la
lettre il faille rentrer dans le fein de fa
mère pour être Chrétien : demêmefiron !
ne peut pas conclurre de ce qu'il fe promet |
fous l'emblème de l'eau à la Samaritaine, |
qu'il fe change réellement en eau dans l'E- 1
vangile: fi la nature de la chofe, fi lefty- I
le des Juifs , fi le caraélère & l'état des
perfonnes à qui il parle , fi les éclair-
ciiTemens qu'il leur donne, fi tout cela
prouve fuffifamment , qu'il faut donner
un fens de figure à fes exprcffions : ne
fommes-nous pas fondez aufli à expliquer
de même ces paroles célèbres : En vérité ^
en vérité je vous dis ^ que Ji vous ne man-
ge Zt pas la chair du Fils de r homme , vous
Il aurez point de vie en vous-mêmes \ non
plus que celles de l'inilitution de TEucha-
rifi:ie : Ceci eft mon corps ; ceci eji mon
Jang ?
Mais quoi qu'il nous femble démontré ,
que ces paroles font figurées, nous ne
croions
Trémtere 7* art te. ^^9
pas que l'erreur de tous ceux qui les pren-
nent à la lettre, foit également intolérable.
Chez nos Frères de la Confeiïiond'Augs*
bourg c'elt une erreur de fpéculation ,
qui ne traine aucune conféquençe dangé-
reufe après elle , ni par rapport au culte
extérieur de la Religion, ni par rapport
aux. idées , que nous devons nous former
de la Divinité, ni par rapport aux difpo-
fitions efTentielles que l'on doit apporter
au Sacrement de la fainte Cène. Ce fe-
roit pourtant une mauvaife raifon pour
s excufer de cette erreur , que celle-ci :
Jéius Chriit ne fauroit condamner un hom-
me qui lui dira : „ Seigneur, j'ai crû ne
„ pouvoir mieux vous marquer la parfai-
3, te déférence, que j'ai pour votre té-
5, moignage, que de ne rien changer à
55 vos exprelFions, & de croire aveuglé-
3, ment ce qu elles contiennent. Le Re-
„ formé auroit une excufe du même gen-
>, re,s'il étoitdans l'erreur. Il pourroit di-
„ re: Seigneur, j'ai crû ne pouvoir mieux
„ vous marquer la parfaite déférence,
„ que j'ai pour votre témoignage , que
,, d'entendre figurément des propoiî-
„ tions, qui font dans tous les cas dulty-
„ le figuré. Je n'ai pu me perfuader,
„ que vous eufîiez voulu donner toutes
5, les marques des propofitions figurées,
„ à des propofitions que je devois pren-
„ dre
^6o V Etat du Chriftianîjme en France ,
5, dre littéralement. Mais cette prémiè»
re excufe prouve trop. Il n*y a ni doc-
trine fi injurieufe à la Divinité , ni dogme
Il monftrueux, ni pratique fi criminelle,
qui ne doive être fupportée, fi l'on prend
toutes les exprelFions de l'Ecriture dans
un fens littéral ; fi l'on n'y apporte les re-
ftrictions, qu'une bonne Logique & que
les loix du langage exigent dans des cas pa-
reils. Si donc nous regardons comme |
tolérable la penfée de nos Frères de la
Confeffion d'Augsbourg, c'efi; , comme
nous l'avons dit, que cette erreur nous
paroit une erreur de fimple fpéculation,
& qui ne traine après elle aucune dangé-
reufe conféquence. En forte que difpu-
"ter avec aigreur fur cette matière, refu»-
fer d'entrer en communion avec ceux
qu'un défaut de précifion empêche de la
bien entendre, manquer de fupport à leur
égard , c'efi; pécher plusdiredement con-
tre l'efprit de l'Evangile, que de n'avoir
pas des idées difiindtes du fens de ces pa-
roles: CECI EST MON CORPS: CE^
CI EST MON SANG. Sivousneman.
gex, la chair du Fils de r homme ^ fl vous ne
buvez, Jon fang , vous n^ aurez pas la vie en
vous-mêmes. Je fuis,
MESSIEURS,
Votre, &c.
LET-»
Crémière Tartte, ^6t
LETTRE XXIV.
^ans laquelle on examine, Ji les rai fins,
qui prouvent le T>ogme de la Trinité,
/ont concluantes pour celui de la Tran^
fubjîantiation.
M
ESSIEURS,
De toutes les méthodes de raifonner là
plus injufte, & la plus fophillique, c'eifc
celle d'admettre un principe, lorfqu'il ell
oppofé à des Adverfaires, & de le rejet-
ter dès qu'il peut leur être favorable. \Jti
principe ne fauroit être bon , à moins qu'il
ne le foit toujours : je ne fuis en droit d'en
admettre aucun dans ma propre caufe,
que je ne l'admette dans celle de monAd-
verfaire. Cette propofition, fi d'un nom-
bre pair Ton retranche un nombre pair, il
reliera un nombre pair , eft aufli vraie
lorfquè c'eft un Paien qui l'énonce , que
îorfqu'elle fort de la bouche d'un Chré-
tien. Rien ne feroit plus desavantageux
au Chriflianîfme , que de bâtir fur un
principe , qu'il interdiroit au Paganif-
îne.
Quelques-uns de vos Docteurs nous ont
ac-
^6i VEtat'du Chrijîianijrne en France^
accufé de ce genre d'injuftice. Ils ont pré-
tendu qiielesargumens, qui étab'liiTent le
dogme de la Trinité , font du même ordre
que ceux qui établirent, celui de là'ï'i'àn-
fubftantiation , que les mêmes objeftions ^
qu'on fait contre le dernier de ces dog-
mes, portent contre le premier; & qu'un
bon Logicien doit opter, ou de les rejet-
tei', ou de les admettre, tous deux.
Pour éviter l'équivoque dans le, parallè-
le, ou dans Poppofition de ces deux dog-
mes, il elt important de les expofer l'un
& l'autre avec netteté* Plus il y aura de
précifion dans les idées, qu'on s'en for-
mera, plus on fera en état déjuger, fi le
parallèle , ou l'oppofition qu'on en fait ,
efljufte.
Un Proteflant croit fur le témoignage
de l'Ecriture fainte, & fur ce témoigna-
ge uniquement , qu'il y a trois Perfonnes
dans l'Effence divine , le Père , le Fils ,
& le St. Efprit : que ces trois Perfonnes
ont une parfaite identité; enforteque cet-
te propofition efl fondée , le Père , le Fils,,
& le St. Efprit ne font qu'un : queii elles
ont des attributs, qui font qu'elles ne font
qu'un à certains égards; elles en ontaufïï
quelques-uns , qui font qu'elles font trois
à d'autres égards: que s'il elt vrai eu é-
gard à ces premiers attributs, que ces trois
Perfonnes ne font qu'un ; il n'eftpas moins
vrai^
Crémière Partie, 563
Vf ai, eu égard aux féconds, qu'elles font
trois: qu'il eft bien dit, que le Père ik le
Fils ne font qu'un 5 mais qu'il n'elt jamais
dit 5 que le Père entend que Père , & le
Fils, entend que Fils, ne font qu'un;
ainii le Fils conlîderé comme Fils ell dif-
férent du Père, & le Père confideré com-
me Père eft différent du Fils ; de même à
l'égard du St-Efprit. Un Proteftant croit en
un mot que le Père , le Fils , & le St. Efprit
ont une certaine identité , qui donne lieu
à la notion qu'il fe forme quand il dit,
Q^ils ne font qtCun\ mais il croit auffi
qu'ils ont une certaine différence , qui
donne lieu à la notion qu'il fe forme , lorf-
qu'il dit, qu'//j*y^//^ ^r^/'j. Voilà la Foi
des Proteflans à l'égard du dogme de la
Trinité : Quelle eft la vôtre , Meffieurs ,
à l'égard du dogme de la Tranfubftantia-
tion ?
Vos idées ne font pas uniformes. Je
veux dire que tous vos Théologiens ne
penfent pas les uns comme les autres fur
ce fujet. Nous ne fommes pourtant point
' dans l'incertitude, lorfqu'il eft queftion
de déterminer, où il faut chercher la Foi
de l'Eglife Romaine à l'égard du dogme
.de la Tranfubftantiàtion. La marque ca-
-'^ radérillique , qui diftingue cette Com-
munion de toutes les Religions du Mon-
j^de, c'eft que fes Difciples doivent régler
leur
5*64 DEtat du Chriflianijme en France^
leur foi , non fur les déeifions de l'Ecri-
ture expliquée félon le fens , qui leur pà-
roit le plus conforme à fes expreifions ,
mais félon ces décidons, expliquées de la
manière, que l'Eglife api'ononcé qu'elles
doivent Têtre. . ';'/
Il faut même rendre cette juflice à i^É-^
glife Romaine , c'eit que comme elle d
prévu , que chacun de lés Difciples pour-
roit fe faire un Syitême à fon gré fur le
myltère de l'Euchariitie ; ce qui pourroit
erre une fource dedifputes dans fonfein,
ainfi que cela elt louvent arrive à l'égard
de quelques autres articles, elle a iage-
ment prévenu cet inconvénient après Ta-
Voir prévu. E'iUe a refréné la liberté des
JParticuliers : elle les a i-amenez au
centre de l'unité , & elle a expliqué
d'une manière fi claire ce qu'elle exigeoit
de fes Enfans , & ce qu'ils dévoient croi-
re fur cet Article ; que fi c'eit fe rebelle]:
contre elle, que de le rejetter; c'ell être
Hupide au dernier degré , que de ne pas
l'entendre. Le voici, félon que le porté
le chapitre premier de la Seflion xiii. dtt
Concile de Trente: c'a toujours été la
Foi de l'Eglife , qu'incontinent ap'ès ta
conJécratioHy le vrai corps de notre Seî'
gfieur y. Chriji, &Jon vrai fang avec fon
ame ^ fa Divinité ^ exijlent Jous refpècé
du^ain ^ du vin: cef une chofeîrès vraié^
qtié
Crémière Partie. $6$
que le corps de Jéfus Lhrift eft contenu
dans chacune des ejpèces , ^ dans toutes
les deux : car tout Chrift ^ Chriji tout en»
tïer eft contenu fous Ve/pèce du patnM fous
chaque partie du pain : tout Chrift ^ Chrift
tout entier eft contenu fus l^efpèce du vin^
^ fous chaque partie du vin. Et dans le
chap. IV. le Synode déclare, qu'il fe fait
une couver fion de toute la fubftance du pain
en la fubftance du corps de notre Seigneur
Jéfus Chrift y Ï3 de la fubftance du vin eti
la fubftance de fn fang ; ^ que c'^eft cette
couver f on y que l' E^life Cath. appelle à
jufte titre TRANSÙBSTANTIATiON.
En vertu de cette converlion TEglife dé-
clare , que * le culte de latrie , qui eft dû
au véritable T)ieu , doit être rendu avec
vénération par tous les vrais Chrétiens à
ce très faint Sacrement ^ & quil ne fi pas
moins adorable pour avoir été ainfî inftitué
far 'Jéfus Chrift afin qiton y participe ,
que quand le Tere éternel a dit en l'intro*
duifant au mojtde^ que tous les Anges de
^ieu l' adorent.
Voilà, Meffieurs, latraduftion la plus
cxa(S:e,que nous aions pu faire des paro-
les du Concile de Trente : & voilà en
fubftance ce que Ion croit dans votre E-
glife à l'égard du Sacrement de l'Eucha-
* Chap. V.
Tom. I. Oo
5^6 U Etat du Chrijîianijîne en France ^
riftie. Si quelques-uns de vos Théologiens
& de vos Philofophes fe forment d'autres
idées de ce myilère , pour le mettre à
couvert des traits qu'on lui a portez ; ce
n'efl point avec eux que nous difputons.
Les Defcartes , les Rohaults , les Mal-
branches, qui ont inventé des Syftêmes
métaphyfiques pour expliquer le dogme
de la Tranfubftantiation, & qui fous pré-
texte de le juftifier l'ont anéanti , ne font
pas l'Egliie Romaine ; nous ne les regar-
dons pas même comme des membres de
cette Communion ; ils fappent le fonde-
ment, fur lequel elle eft appuiée, je veux
dire l'obéilTance aveugle, fans referve,à
tout ce qu'elle décide. Tout homme,
qui n'admet qu'une partie de fes déci-
dons, & qui rejette l'autre, fappe ce fon-
dement ; il pèche contre un article, & il
©il coupable de tous. La controverfe a-
vec eux ell une controverfe d'un genre
tout différent de celle que nous avons a-
vec leur Eglife.
L'idée que les Proteitans fe forment
de la Trinité, & celle que les Catholiques
Rom.fe forment de la Tranfubflantiation,
étant ainfî expofées , il elt facile de les
confronter. Si les argumens , qui jufli-
fient le premier de ces dogmes, juilifient
lautre, il y a de l'injuftice à ne pas les
recevoir tous deux, quand on en reçoit
un.
Crémière Partie, s6y
art. Et fi c'ell là le cas des Proteflans ,
ils font ce genre de fophifme, dont nous
parlions tout à l'heure; ils rejettent, dans
la caufe de leurs Adverfaires,un principe,
qu'ils admettent dans leur propre caufe.
Que fi au contraire ces dogmes n'ont au-
cun rapport, on n'elt point en droit de
nous alléguer notre adhérence auprémier^
comme iine raifon pour nous porter à re-
cevoir le fécond.
Confrontons les à trois égards, i. Par
rapport aux pallages de l'Ecriture fainte,
furlefquels on prétend les fonder, ii. Par
rapport à leur objet, m. Par rapport à la
manière , dont ils font énoncez par les
Dodeurs qui les reçoivent.
I. Confrontons le dogme de la Trinité
avec celui de la Tranfubflantîation à l'é-
gard des palTagcs de l'Ecriture fainte, fur
lefquels on prétend les fonder. Je diltin-
gue le dogme de la Traniubltantiation
de celui de la préfence corporelle dejéfus
Chrill dans l'iiuchariitie. Tous ceux qui
croient que Jéfus Chriil eft préfent cor*
porellement dans cette augulle cérémo-
nie, ne croient pas que le pain & le vin,
qui nous y font donnez , foiliïnt tran-
fubflantiez. * Le plus fameux de vos
Con-
* Belhrmin. tom. i. chap. 4. jufqu'au ix. inclufive-
ment pag i8i. Ôcc. fait fix clalfesde paflages, quiprou-
vcnfU Divinité de Jéfus Chrift : dans le chap. xni. H
O o i en
568 VEtat du Chriftianifine en France .^
Controverfiftes n'allègue en faveur du fé-
cond de ces dogmes, que ces paroles de
Jéfus Chriit , ceci eft mon corps. Il con-
vient avec nous que les palfages , qui
prouvent le dogme de la Trinité , font en
plus grand nombre, & nous foutenons
qu'ils font beaucoup plus clairs & beau-
coup plus décififs. Quelle qu ait été l'in-
tention de Jéfus Chrill en prononçant ces
paroles, ceci ejl mon corps y on peut fans
les tordre , fans s'éloigner du flyle des
Auteurs facrez, & fans faire violence aux
loix du langage, leur donner un fens fi-
guré. Nous l'avons prouvé : qu'on le
prouve à l'égard des paflages, fur lelquels
nous établiifons le dogme de la Trinité.
Il a deux parties ; l'une concerne l'unité
de Dieu , l'autre concerne la pluralité des
Perfonnes divines.
Peut-on fans tordre les paflages , fur
lefquels nous établiiTons la première par-
tie de ce dogme, peut- on fans faire vio-
lence aux loix du langage, & fans s'éloi-
gner du llyle des Auteurs facrez, pren^
dre ces palfages dans un fens figuré, com-
me nous l'avons fait à l'égard deceluique
vous alléguez pour la Tranfubftantiation ?
I. Les
en fait fept pour prouver la Divinité du St. Efprit : mais
dans le tome 2. chap. 19. pag. 746. il n'allègue pour la
,TfaQfubllantia.tion eue ces paroks , ctti tjl mon (orPt.
Crémière Partie, s ^9
I. LespafTages, fqr lefquels nous éta-
blifîbns l'unité .de Dieu , font clairs, dé-
cififs , ils ne font même aujourd'hui
çonteltez de perfonne. J'enfuis furpris,
non qu'il me femble qu'on puilîe ajouter
quelque degré à leur évidence ; maisc'eil
que dans un fiècle, où l'héréfie & l'in-
créduliré ont revêtu toutes fortes de for-
mes ; dans un fiècle , où l'on a pris à tâ-
che d'attaquer tout , il femble qu'on de-
voit auin naturellement s'infcrire en faux
fur le fens des pafTages, qui décident
qu'il n'y a qu'un Dieu , que fur la fignifi-
cation de tant d'autres qui font aufli for-
mels. N'en faifons naitre la penfée à per-
fonne, en nous récriant fur ce qu'elle
n'eit montée dans aucun efprit, j'entends
pour ce qui concerne notre fiècle, car
perfonne n'ignore qu'anciennement il y
a eu des Trithéites, & fi quelques Théo-
logiens le font encore aujourd'hui, c'efl
fans le favoir. Suppofons donc comme
unechofe donnée, que quelque penchant
qu'on puifïe avoir à attribuer un fens de
figure aux palTages de l'Ecriture , il n'eft
pas probable qu'on puilîe entendre de
cette manière ceux qui établiiTent le dog*
me de l'unité de Dieu ; comme il y a dii
moins de la probabilité, que celui qu'on,
allègue en faveur de la Tranfubilantiation ,
elt tiguré.
Oo 3 La
5*70 UEtat du Chriftïanïfme en France ,
La difficulté ne peut donc tomber que
fur la féconde partie du dogme de la Tri-
nité, je veux dire fur lapluralité desPe^*-
fonnes. Or j'attelle ici la confcience de
tous ceux qui lifent nos Ecritures, nor>
dans un efprit de parti , mais dans le def-
fein de s'inftruire, li ces paiTages font fuf-
ceptibles d'un fens figuré. Ils établifîenc
clairement deux chofes ; l'une, qu'il y a
une différence réelle entre le Père, le
Fils, &lefaint Eiprit; l'autre, que cha-
cune de ces Perfonnes participe à l'Ef-
fence divine.
I. Qu'il y a une différence réelle entre
le Père, le Fils, ^ le St. Efprit: voici
comment l'Ecriture s'exprime fur ce fu-
jet : "^ UEfprït du Seigneur eft fur moi: //
m'a omt four évangelijer aux débonnaires,
C'efl un paiîage du chap. lxi. des Révé-
lations du Prophète Efaïe , que J Chrift
§ applique dans l'Evangile, j L'Etemel
a dit à mon Seigneur , Jieds toi à ma dex-
tre, & la fuite: ce font des paroles di|
Pfeaume ex. qui font expliquées de Jéfus
Chrifl dans les livres du Nouveau Tefla-
ment. \ T)ieu a tant aimé le monde ^
qu'il a envçié fin Fils au monde. \. ^lanâ
le.
« Yer. i;
iVer. r.
Jean m. ï<J.
Jçan XV. îd-
Crémière partie, f/l
le Conjblateur^ que je vous enverrai de la
fart de mon Tère., fera venu, favotrl^Ef-
frit de vérité^ qui procède de mon ^ère,
celui-là témoignera de moi, 11 feroit aifé
d'alléguer un plus grand nombre de ces
paffages ; ceux que nous avons citez
fuffifent. Comment pourroit-on fans les
tordre , comment fans s'éloigner du flyle
(des Auteurs facrez, & fans violer lesloix
du langage, n'y pas appercevoir une plu-
ralité de Perfonnes? N'eit-il pas clair que
le Confolateur, qui eit envoie par le Pè-
re, ell réellement diftinft du Père, de
la part duquel il eft envoie ? N'e(l-il pas
clair que le Fils , qui l'envoie , eft diffé-
rent & du Confolateur, qui eft envoie,
& du Père , de la part duquel il
eft envoie ? De même n'eft-il pas clair,
que le Père, qui a donné fon Fils, eft
différent du Fils , qui eft donné ? Quel-
cun pourra-t'il s'imaginer, qu'on pût di-
re, fans faire violence auxloixdu langa-
ge, le Fils a tant aimé le monde ^ qu'ail a
envoie fon Père au monde ? Or s'il n'y avoit
aucune différence réelle entre le Père &
^ Je Fils; ces paroles , le Tere a envoie le
■Fils , ^ le Fils a envoie le 'Père , feroieru:
équivalentes , & devroient réveiller k
même idée ; ce qui eft encore au-de-là
kîe toute abfurdité. De même n'eft-il
pas clair, que celui qui parle & qui dit,
■' Oo 4 fteds
'^y% JJBtdt du Chrtftïmùftuc en France^
fieâs toi à ma àextre^ eft différent de ce-
lui à qui il tient ce langage? Et pourroit-
on s'imaginer que ces paroles , k 'Père a
dit à fort Fils , fleâs toi à ma dextre ,
foient équivalentes à Celles-ci , le Fils a
dit au ^Fère, Jieds toi à ma dextre y jttf-
qiies à ce que j'aie mis tes emiemis pour
le marchepied de tes pieds ? Il e{t donc
clair, il eft démontré, qu'on ne fauroit,
fans tordre les palTages que nous venons
de citer, fans s'éloigner du (tyle des Au-
teurs facrez, fans faire violence à toutes
les îoix du langage , donner un fens méta-
phorique aux pailages de nos Ecritures,
iur lefquels nous fondons la pluralité des
Perfonnes divines.
Reile à examiner, fi Ton ne pourroit
pas expliquer figurément ceux dont on
Je fert pour prouver , que chacune de
ces Perfonnes participe à l'Eiïence di-
vine. Mais qui pourra fe perfuader,
que l'Ecriture ait réuni en la l^^erionne
du Fils & du faint Efprit les propriétés,
le culte , les noms de la Divinité ; toutes
les perfections, par lefquelles Dieu a ac-
coutumé de fe diilinguer des faux Dieux,
fi le Fils & le faint Efprit ne font pas des
Perfonnes divines ; s'ils ne participent à
l'EfTence de la Divinité qu'en figure, &
par métaphore ^ Sera-ce figure, quand
l'Ecriture dit, que Jéfns Chriil fubfifte
de
Crémière T art te» 573
àc toute éternité ; figure , quand elîe dit ,
qu'il peut tout; figure, quand elle dit,
qu'il lait toutes choies; figure, quand eU
le dit , qu'il a créé le ciel & la terre ; fi-
gure , quand elle dit , que tous les Anges
de Dieu l'adorent ? On peut faire un fem-
blable railbnnement à l'égard du faint
Efprit. Le parallèle entre le dogme de la
Tranfubilantiation & celui de la Trinité
n'ell donc pas jufle, quand on compare
ces deux dogmes à l'égard des pafTagesde
l'Ecriture fainte, fur lefquels on entre-
prend de les l'appuier.
Nous devons 11. comparer le dogme
de la Trinité & celui de la Tranfub-
ilantiation à l'égard de leur objet. L'ob-
jet dq dogme de la Trinité c'ell la
Divinité , c'eit rEifence divine : l'objet
de la Tranfubftantiatiori c'efl une por-
tion de matière , c'efl un corps , un
corps même , que nos yeux peuvent ap-
percevoir en quelque forte d'un feul re-
gard. C'eil une queftion célèbre parmi
les Philofophes, n nous connoifTons le
fonds des fubllances, ou fi notre connoif-
fance ne s'étend que jufques à leur fuperfî-
çie & à leur écorce. Ceux qui ont pris
le parti le plus humble & le plus timide
fur cette queftion, l'ont décidée delà ma-
nière la plus mortifiante pour l'efprit hu-
x^ûïi y mais la plus proportionnée aux
:^ Oo 5: bor-
^74 L'Etat du Chrijîianifme en France t,
bornes, qu'il a plû à Dieu de mettre à
nos lumières. Ils ont défié les plus grands
Philofophes de déterminer tous les attri-
buts d'un grain de fable , & de jamais di-
re avec évidence , ce grain de fable n'efl
capable que de cela.
Il fenibie que quelque parti, que je
prenne aujourd-hui fur cette queftion ,
jafFoiblirai quelcune des véritez, que je
veux prouver. Si je donne de grandes
idées des connoiffances de l'efprit hu-
main, j*énerverai en quelque forte les ar-
gumens , que nie fournit l'idée de fa foi^
bleiTe, pour humilier la raifon, pour lui
impofer le joug de la foi, & pour l'en-
gager à croire le my Itère le plus abflrus
de l'Evangile , je veux dire celui d'un
Dieu en trois Perfonnes. Que fi au con-
traire je reflerre les connoilîànces de
l'homme, je donnerai prife en quelque
forte à ceux qui veulent établir la Tran-
fubilantiation : quand j'alléguerai les dif-
ficultez immenfes , dont ce dernier dog^
me eft fufceptible , & les contradiétions
palpables , dont il efl rempli , on fe fer-
vira de mes propres principes pour me
combattre. On me dira , que ce que je
prens pour contradidion n'eft pas le dé-
faut de l'objet, mais celui de l'œil qui
i'envifage , & qui n'eft capable de l'envi-
fager que par certains .cotez feulement ,
&
I
Trémière Partie. $7$
& non dans toute fon étendue. On me
dira, que je connois très imparfaitement
les corps ; que (i je pouvois en pénétrer
Je fonds, je concilierois fans peine ce qui
femble ne pouvoir être concilié dans le
dogme de la Tranfubftantiation , & je
yerrois que ce qui me paroit ne pou-
voir convenir au corps , découle dp fa na-
ture.
Voilà robje(?tion dans toute fa force.
Qu'on la porte s'il e(l pollible .be^pcoup
plus loin encore , je le veux : il ell
toujours démontré, qu'il y a une diftan-
ce immenfe entre l'objet du dogme de la
Trinité , & celui de la Tranfubftantia*
|ti.on : l'objet du dogme de la Trinité
c*efl, comme j'ai dît , l'EfTence divine;
l'objet de la Tranfubltantiation c'eft une
holtie, ou, fi vous voulez , un corps hu^
main. Je veux bien que cette hoftie,
toute à portée de mes lumières qu'elle
me paroit, foit au-defTus de leur fphère.
Je veux bien qu'après avoir médité fur
les attributs d'une holtie , & fur les at-
tributs d'un corps humain, qu'après que
je crpis les avoir envifagcz Fi^n & Tautre
ide tous leurs cotez, qu'après m'en être
fait une idée, qui me paroit former ui|
tout complet, qn refrène le penchant,
que j'ai à avoir trop bonne opinion
de mes lumières , & qu'on me dife ,
mais
,j;'/6 VEtat au Chrïjîïanijme en France^
mais il y a peut-être dans ce corps des
propriété! , que vous n'avez pas décou-
vertes , & que vous ne découvrirez ja-
mais. A la bonne heure , toujours eit-il
certain qu'il faut que je me faffe en quel-
que forte violence à moi-même, pour me
convaincre que Fidée , que j'ai d'une
hoiîie, on d'un corps humain, ne renfer-
me pas toutes les propriétez qui lui con-
viennent. Il me faut pour cela de certai-
nes réflexions métaphyfiquesj dont peu
de perfonnes font capables. Bien plus;
les propriétez, qui peuvent m'être incon-
nues dans le corps , ne fauroient détrui-
re celles que je connois parfaitement ; &
je connois parfaitement qu'une partie du
corps cil moindre que tout le corps ; ce
qui feul détruit le Syltême de la T'ranfub-
itantiation.
Mais quand il eft queilion de l'objet du
dogme de la Trinité, quand il eft quef-
tionde l'Eftence divine, il fuffit que je
penfe & que je rélléchiire, pour fentir
que cet objet elt au-delTus de ma portée.
Les premiers regards , que j'y porte ,
m'effraient & me confondent. J'y dé-
couvre de tous cotez une étendue im-
menfe, qui m'abforbe & qui m'englour
tit; je me pers dès que je veux me repré-
fenterun Etre, qui fubfifte par lui-^même,
&: qui tire fa fubTiftence de fon propre
fonds :
Crémière Partie, $J7
fonds: un Etre, qui a toujours fubrifté&
qui fubfiilera toujours. Je me 4)ers quand
je veux me former quelque notion d'une
Puiffance efficace par elle-même, & qui
n'a befoin que d'un feul aéte de fa volon-
té pour donner l'exiitence à un Ciel , à
une Terre, à un Soleil; que dis-je? à
mille & mille Cieux, à mille & mille Ter-
res, à mille & mille Soleils , à plus de Mon^
des, que mon foible efprit ne peut s'en
repréienteri Rien de ce qu'on me dira
des attributs de ce Dieu ne me paroitra
incroiable , pourvu qu'il ne renferme au-
cune contradidion ; & je fuis prêt à tout
croire, atout admettre touchant cet Etre,
pourvu que ce foit lui-même , ou une
Intelligence animée de fon Efprit ,qui l'ait
affirmé. Et où eft l'homme qui pût dire fans
témérité, je connois aifez les attributs
de Dieu pour affirmer , qu'il ne peut pas
être trois dans un fens, & un dans un au-
tre fens, comme nous avons avancé, que
nous connoiffons aiî'ez le corps pour af-
firmer, qu'une de fes parties elt moindre
que fon tout , & par Gonféquent que
Chrift tout entier ne fauroit être contenu
dans chaque partie d'une hoftie.
Concluons. Quand il feroit vrai qu'il
y a dans le corps , quand il feroit vrai
qu'il y a dans une hoilie des propriétez,
qui nous pallent, il ne faudrait p^s allé-
;. . guer
^7 8 L'Etat du Chrijiîamfme en France^
guer l'exemple de la Trinité , pour jufti-
fier le dogme de la Tranfubitantiation :
il ne fuivroit pas de ce que l'Eiprit infini
nous pafle, qu'un corps aufli limité qu'u-
ne hollie nous palFe. Si un homme , qui
admet le dogme de la Tranfubllantiation ,'
rejettoit celui de laTrinité; par cette raiibri
qu'il ne fauroit comprendre un Dieu,
qui efi: un dans un fens , & trois dans un
autre fens; nous ferions fondez à lui allé-
guer faî foi pour la Tranfubltantiatioa
pour combattre fon incrédulité à l'égard
de la Trinité. Nous ferions fondez à lui
dire; vous admettez, qu'une holtie a des"
propriété^, qui fontau-defîùs de vos lu-
mières, & vous voudriez que les proprié-
tez de l'Etre infini fuflënt proportionnées'
à vos lumières : mais alléguer , qu'on ne
comprend pas l'Etre infini , pour prouver f 1
qu*on ne comprend pas un être aulTi fini
que l'eft une hoftie, ou un corps hu-
main, c'eft prouver le plus par le moins ;
c'eft un genre d'argument, qu'on ne fau-
toit propofer fi l'on fait quelque ufage de
fa raifon. Le dogme de la Tranfubllan-
tiation & le dogme de la Trinité diffé-
rent; ils ont même une différence infinie
à l'égard de leur objet ; c'efl ce qu'il fal-
loit prouver.
m. Enfin confrontons ces dogmes par*
içapport à la manière, dont ils font énon-
Crémière Partie. 579
Cez par ceux qui les reçoivent.
La manière, dont nous nous fommesf
énoncez , quafid nous avons expofé notre
foi à l'égard du dogme de la Trinité,-
nous met entièrement à couvert du re-
proche de contradidiorî. Nous avons
bien dit , qiie les trois Perfonnes divines ,
qui font l'objet de notre culte , ont une
parfaite identité , & une diitindion réelle;
mais non qu'elles font Un & trois aux
mêmes égards : au contraire nous avons
dit, que les attributs, à l'égard defquels
elles font trois, font différens de ceux à
l'égard defquels elles ne font qu'un.
Nous avons dit , que le Fils n'a pas les
attributs, qui conitituent la perfonnalité
du Père, ni ceux qui conftituent la per-
fonnalité du St. Efprir. Nous ne nousfom-
mes pas même bazardez à déterminer pre-
cifément, en quoi confilte la différence
de ces attributs. Nous faifons profeflion
de reconnoitre, que nous n'avons que des
idées très incomplètes de ce qui conllitue
en Dieu ce que nous appelions -E^;/6V,
non plus que de ce qui conilitue ce que
nous appelions Terfonne.
Ufez-vous de la même précaution,
Mellieurs , quand vous expofez votre foi
à l'égard du dogme de laTranfubftantia-
tion? Vous contentez-vous de dire d u^
580 L'Etat dû Qhriftïanifme m France,
ne manière vague & indéterminée , que
le corps dejéfus Chrill ell dans FEuchari-
Itie? Le Concile de Trente, dont nous
avons cité les paroles, ne prônonce-t-il
pas d'une manière décifive, que tout
Chrift le Chrift tout entier eft contenu fous
l'efpèce du pain ^ ï£ fous chaque partie du
fatn : que tout Chrift ^ Chrift tout entier
eft. contenu fous Pejpece du vin^ ^ fous
chaque partie du vm ?
La manière, dont nous énonçons no-
tre foi à l'égard du dogme de la Trini-
té , n'a donc aucun rapport avec la maniè-
re , dont vous énoncez la vôtre à l'égard
du dogme de la Tranfubltantiation : cel-
le-ci offre à Feiprit une idée contradic-
toire ; l'autre ell entièrement exempte de
contradidion.
11 nous relie à examiner, quelle étoit
la Théologie des premiers fiècles duChri-
ftianifme fur FEuchariltie. Je fuis ,
MESSIEURS,
Votre très humble & très
obéilTant Serviteur,
Saurin.
pc îa Haye le xj.
■ jFcvrier 1717.
REPONSE
AU FACTUM
DU SIEUR
VINCENT LAMBERT,
T A R
V
JAQUES SAURIN,
MlNISTPvE DU S. EVANGILE.
A ROTTERDAM,
^ Chez ABRAHAM ACHER.
iVl. Dec. XXVI.
3
RÉPONSE
A U
F A C T U M
D u s I E U R
VINCENT LAMBERT.
J'AuroIs crû que la Sentence pro^-
noncée en ma faveur par la Cour
de Hollande , contre le Sieur Vin-
ccnc Lambert , m'auroit mis à cou-
vert des accufations qu'il intente con-
tre moi. Fuifquc je méîfiiis trompé
dans cette conjecture, je crois devoir
rendre compte au Public de ma con-
duite paflce , 6c de mes difpoficions
prcfences , au fujct du Tcftamcnt de
Feu Mr. Louis Lambert Frcrc démon
Accufateur.
LOrfque j'arrivai dans ces Provinces,
en 1700. pour pafTer en Angleterre,
je rendis vifiic à Feu Mr. Pierre Gotc
mon Compatriote, ancien ami de ma
Famille , t< établi à Amfterdam.
Mr. Lambert étoit alors un de fes
A 2 Corn*
4" Réponfe an Fafhnn
CoTimis , & ce fut à cette occafion
que je le vis pour la première fois.
Js l'ai rencontré queiquefois depuis
ce tcms là, dans les voyages que j'ai
faits à Amfterdami & c'eft là toute la
reUtion que j'ai eue autrefois avec lui.
Je croi même qu'il s'eil pafTc quinze
ou fcizc années , non feulement fans que
je l*aye vu, mais même fansquejerayc
oui nommer.
Ce fut en 1722. * qu'il me Rz une
vifite à la Haye, dans un tems où quel-
que affaire prcfîante m^appelloit hors
de chez moi. 11 me dit que depuis qu'il
ne m'avoic vu » il avoir gagné du bien
àAmilerdam ; qu'il avoit quitéleCom-
Ofierrc, qu'il avait palTc quelques an-
nées à Ninrffgj^c, qu'il étoit venu s'c-
rablir à la Haye. Il ajouta que quel-
ques indifpofitions robligeoicnt de fai-
re un voyage à Aix , après quoi il fe
propofoit de venir finir fa vie dans cet-
te Ville. J'écoutai tout cela avec la
diflruftion qu'on a ordinairement, quand
on entend narrer des circonllanccs, fur
kfqucUes on n'a point de mefures à
pnndre 5 ôc auxquelles on ne prend que
peu d: part.
Qiielqucs mois après , Mr Matti ,
alors
^ Si ]z m me trompe dans le mois de Mars.
du Sieur Yincent Lambert, j
alors Minillre â Monffort^nic fit Thon-
ncur de me venir voir. Il fat accorn-
pagnc par Mr. Cavalhicr ion Beau-
fr<:re. Marchand de cette Ville , cjue
je ne connoiflbis tout au p!us qiv- de
nom, 6c de vue, & à qu: je n'avcisja<
mais parie auparavant : du moms au-
tant qu'il peut oren iouv-nir. Ce der-
nier me dir, qu*il connoiflbir un mala-
de, [ cVtoit Mr. Louis Lambert qui
vouloit me léguer, auili bien qu'à lui,
deux milie florins.
Cinq ou fix mois après cette con-
verfjtion , Mr. Cavalhicr me vint aver-
tir que Mr. Louis Lambert croit arrivé
ici d'Aix U Chapelle i qu'il ctoit mou-
rant, qu*il vouloit faire fonTcftamenr,
& me conlukcr. Il me témoigna mê-
me que ce malade, quoi que mécon-
tent de la mani:re dont j*avois reçu fa
vifitc, vouloit me donner une partie de
fon bien, j'apprens aulll dt=puis peu
de temg, qu'il avoit dit plufieurs fo:sà
AIk. la Chapelle, qu'il vouloit difpofcr
de fon bien en ma faveur.
j'allai chez M. Lambert, fans rien
favo:r alors ni de fa fortune, ni de fes
mœurs, ni de fon état, que ce que je
viens d'en raporter. Il voulut me voir
fcul. Je le trouvai au lit trci-n-al. U
me dit d'abord , que durant le féjour
i Réponfe au Fa&um
qu'il vcnou de faire danfe un PaysPà-
pjfte , il avoit demandé à Dieu avec
ardeur , de venir mourir entre mes
mains. Incontinent spiès que j'eus ré»
pondu à ce premier difcours, il me pria
de lui donner quelques direftions fur
fbn Tcftamcnt. Je lui témoignai que
j*aimois à être feul dans la chambre des
rtialades, lorsqu'ils me parloient d'affai-
res de confcicnce; maïs que quand il
écoit qucfîion d'autres chofes 5 je fouhai-
tois qu'il y eût quelqu'un. Je lui de-
inandai s'il n'y avoit pcrfonne à la Haye
tn qui il eût de la confiance. Il me
nomma Mr. Cavalhier , qui m'avoit
conduit auprès de lui , & qui s'éroic
retiré dans une autre chambre. Il fut
appelle : Mr. Lacnbert me dit en fa
prefcncc , qu'il avoit gagné fon bien
dans le Commerce à Amfterdam, qu'il
avoit voulu le partager avec fa famil-
le; mais que fa Sœur mariée en France,
n'en croit Jamais fortie pour venir dans
des Pays Proreftansj que fa Mère yétoic
sretournée ap es lui avoir fut de gran-
des dépcnfes à Nimcgue-, que (on Frè-
re Vincent avoit tenu la m^me con-
duite , après avoir fait aux dépens de
lui ( Louis Lambert ) énwx voyages
aux Indts. Je pafferai ici fous filcnce
toutes les horreurs qu'il me dit fur le
co.iipte
du Sieur Vincent Lambert. ?
compte de ces deux dernières perforines.
Je lui témoignai que j'éfois tics fcaa-
dalifc de ce qu'il me donnoit des idées
fi défavantageufcs d'une Mcre & a'un
Ffcrc » dont tant de raifons dévoient
l'engager à cacher les défauts. Il con-
firma tout ce qu'il m'aveit dit, & il
protcfta qu'ils n'auroicnt jamais aucune
part à fon Teflamcnt.
Le trouvant inexorable à l'égard de
ces deux Perfonnes , je lui demandai
fi fa Sœur n'avoit point d'enfans. Il
me répliqua qu'elle avoit deux filles ;
Je lui perfuadai de difpofcr de fon bien
en leur faveur. Pour l'y engager , je lui
dis qu'il pourroit le faire fans rompre
la rcfolation qu'il avoit formée de ne
pas envoyer ce bien en France j qu'il
n'avoit qu'à marquer un certain fems à
fesdcux Nièces, pour fe retirer dans dc3
Pais Proteftans, & qu'à leur prefcrirc
un nombre d'années avant qu'elles puf-
fent être en poffeflion du capital qu'il
leur laifleroiti que fi elles manquoienc
à ces conditions , ce bien feroit dnnné
aux Pauvres. Ce Projet lui plut : il
l'exécuta fur le champ: il dî£ta un mé-
moire touchant fcs dernières volontez ^
dans lequel il conftituoii. frs Nicc^s
héritières, fous les 'conditions c.ie j'at
m arquées j ^' 'û faifcit pliincurs iegv ,
U 4 dor:"
s Rép07ife au Faânm ' ^
dont il n*e(l pa^ neceifairc de produire ici *
îillc. Ce mémoire fur mis ce j:>ur-là
même entre les mams du NuCairt Fa-
von. Le Teftamenr fût pêt dès le
lendemain 28.0£tobre 1722 Le nnala-
do ne le remit en difanr,^c//i moriPaf-
fepon pour l Eternité,
Depuis ce tenis là, je crus avoir une
vocation parrivulicre de vifiter un hom-
ine.qui me témoignoit tant de confiance,
&■ de lui rendre tous les boas offices
que je pourrois. Je le v^ycis crdinai-
rement une fois par jour ; & je le priai
défaire demanda chez moi, tout ce
qui lui pourroit apporter quelque fou-
îagemtnt. Mais dans toutes les vifi-
tes que je lui rendis, il continua à fc
plaindre de fes Parens. Il me dit que
fi fes Nièces fortoient de France , ce
ne feroit que pour avoir fon bien,&: il
me fie connoîtrc qu'il vouloit que j'en
fuffe l'Héritier à leur place.
Je îui fis là-deHus un monde de diflî-
cultez. Mademoif. S. Martin Mar-
chande très-connuë à la Hr^ye , ren-
contra dans ce temslà Mr. Cavalhicr,
qui lui demanda fi elle me connoifToir,
Il j*avois d'aflez grandes richcfTes, peur
être fondé à refufer un héritage, &:c.
Enfin Mr. Lambert envoya chercher le
•Nectaire Favcn,6c lui ordcnna de faire
un
du Sieur Yincent Lamberf, ^
onTtftament en ma faveur-, il voulue
nicme qu'il mit à la rêce de cetcc nou-
velle diipcfition j que je proteftois con-
tre ce qu'il y avoir de contenu. Le
Isl Glaire ^ lui reprefcntaquc cette clau-
fc
** Voici ce que m Vcik le Sr. Favon, qu« j'ai
piicde fc raj)pcller cette circonftancc.
J
Monficxir ,
E trouve fuivanf la notice que j'en ai tenu . que le
prcnuerTcfL-îmencque défunt leSr. Louys Lam-
bert a fait ,a été clos, & parte kiS. Odlobre I7ZZ.
quclcz. de Novembre cnfuivanc , Mr. Cavalbicr
m'tft venu parler , n\c difanc que Mr. Lambtrc
vouloit rompre fon TeMUment , & qu'il vouloir vous
faire fon Héritier />4K/orcf, & que |e devois aller
le lendemain matinchcz ledit Sr. Lambert, qu'il
me vouloit parler lA-dcfHis j & qu'étant venu le
lendemain mutin , environ les dix heures» chez le-
d'JrSr. Lartibcrt , lui demandant ce qu'il y avoir de
ioniervice, iline répondir qu'il vouloit rompre ou
changer fon Teftaïuent : Mr. Sai^ytnncxiait pat être
mon Héritier , t^je vaux ijn^illejoit malgré qn*il tri ait ,
OU femblables paroles en fuliftancc. Et spiés que
je lui avois demandé fa volonté , au regard des legs,
& qu'il m'avoit &£té quelques chnngcmens à ccc
tgatdi ilmediîoicen fuite cfi fublLince ; Qnot qw.
hlr. Saurin a protcjlc ât ut vouloir pas être mon H. rittct\
(jUtutaurnoins il Viujlittioit pour fon ,Héitticr : voulant
■que! je le mifîe dans le Icilamenr. Surquoi je lui
dis : V.)us pouvez et, bhr pour Héritier cel.ii que
vous voulr/ , vous êtes maître de vôt re bien j n ais
fi vôfe vclouir eft d'inlli'tucr Mr.Saurin, telkstx-
pr. filous ne font pas néctHaires, il en pourroit
provenir des difputes. Surquoi ledit Sr. Lam. eiî.
medifoir: la.lTcz la donc plutôt dehois; tar je tic
veiocpasque Mr Snunn ;.it quelque difpure rout
cela. Surquoi .je me fuis retiré, & ) ai drefTé \c
Ttllâount fuivant i'inicniion du i dtaieur, qu'il a
l;gné.
lo Réponjè ou Faêtum
fc pourroit caufcr des difficultcz, & 1^
iîc confentir qu'elle fut fupprimée. Le
Teftaaient fut fait & cacheté fans ma
participation,** le 4. Novembre 1722.
& je n*appris qu'il étoit en ma faveur,
que de la bouche même du Teftateur.
11 me donna peu de jours après, un
mémoire écrit & ligné de fa propre main.
Je crois devoir en inférer ici une copie
notariale, parce qu'il détruit par avance
ce qu'on débite fur la prétendue folie
de fon Auteur, & que je combattrai plus
amplement dans la fuite.
Mémoire pour Mr. Jaques Saur in P a fleur
deVEghje IFallonne delà Haye ^ &c que
je le prie d'obferver exai^ment pour
les effets fuivans , que je lui Ugue par
mon Tejtament y du ^. de Novembre
ifii. re^u par le Notaire Favon,
j,T TNc Obligation de 10000. flor.
3, U rente viagère argent courant de
5, Hollande,, fur la Ville, & Cartier de
„ Nimegue, pour en recevoir les inte-
,,réts
figné , 8f éiè paflfé le Icodetnain 4 dito cnfuivant»
Je fuis avec rcfpeft , &c.
AU Haye le 2» Novembre I7i(5.
** Jeiufaice quî a déterminé leSr. Vincent
Lambert à mettre dans fon Faclum que ledit Tcfta-
mciJteftd»4 Décembre t7xî. Peut être eft-ce une
Êiutcdc fon Imprimeur.
du Sieur Vincent Lambert, i %
„ rets qui feront ëchusàThcurc de moa
^, décès, 6c cnfuitc remettre la dite O-
„bligation au Magiftrat de ladite Ville
„cic Nimeguc.
,,Une Reconnoidancc de Mr. Guil«
^, laumc Schaphuifc d* Amftcrdam , pour
,, une Obligation de ... fur îi JVÎaifoa
^dc Ville de Paris , à la charge de
,,Jcan Paul Bombarde , laquelle porte
„ 204. florins argent courant de Hol*
, , lande, par année , & au mois de
„ Ft'vrier prochain il y aura cinq an-
3,nécs que je j'ai rien reçu : Ainfi il
j, faudra recevoir les arrérages , lorf-
,,quon recommencera à payer.
„ Mr. Saurin trouvera deux Rccôn-
jjnoiffances : Vune de Mrs. Santini
„ & Seignoret : l'autre de Mrs. le Com-
,,te6: Dtfmartts de Londres, par la-
, , quelle il confie que j'ai fous mon pro-
,, prenomôf àma feule dire£t on, furies
,, Livrer de la Banque Royale d*Angle-
„ terre, looo liv. ftcrl. réduites en ar-
„gent courant de Hollande, â ii.flor.
^,par liv. fter'.fonr , il. 660
,, 12000. fl. argent courant de
„Hollandecn Obligations fur la
„ Vine& Carrier de Nin^egiic, à
,34. pour cent par an, font, fl.480
fl.1140
~^^ Voila
12' Réponfe au Faêtitm
3, Voila ce qu'on recevra par année
„d*incerét, & quelque fois plus, fi les
„ alfiires fc rcdrcflent en Anglerçrre.
„ Il s'agira après ma more de payer
5^4300. florins , ce qu'il faudra faire
,,lans dcbourfer un feul fol, 6c même
,,cn trois années, & voici cornmenc il
ofauc y procéder.
„ Mes Icgats font renvoyez à une
,^ année après ma mort à être payez ,
,,ccp<rndanc on reçoit les interêcs de
^, cette année', qui montent comme ci-
^dcffus, fl 1140
,jOn prendra quelques Obligations,
,j qu'on mettra en gage à quatre pour
,,cent, ce qu'on trouvera toujours fa-
,,cilement, 6c 4000. fi. coûteront par
5, année 160, fi. 1140
„ Intérêt defl. 3000. à 4
jjpour cent, - - 120 fl. 1140
,, Intérêt defl. 2000. 34
,jpourcenr, - - 80 fl. 1140
ti. :;6o - fl. 4560
Cet Intérêt coûtera pour trois
„années, fl.360 déduits, fl 360
fl. 4200
„ De forte qu'ayant payé les fl. 4000
j, empruntez, il vous reftera au bout
,,dc trois années, ^^- ^^o
„ Je prie aflcaueuil^ment M.Saurin de
ne
cîn Sieur Vincent l^ambcrt. i"^
n€ le dcfaire jamais des Obligations fur '^
Nimeguc , ni des Allions de la B.^,nquc ''
d'Anglcrerre , fous quelque prétexte"
que ce puifle être , à caufe qu'il ne trou- ''
vcvoit jamais à pkc^r cet argent aulli*'
avantagcufeaicnc & aufli feuremcnc"
qu'il l'efta prefcnt, outre l'agrément*'
d'ctre payé de fix nsois en lîx mois, *'
tant à Nimegae , qu'à Londres. *'
A la H lye, le 5. Novembre 1722. *'
Eioitfignc, LOUIS LAMBEKT. ''
yîpres U collation faite s fon
Ortgtud , // s^ejî trouve que
laprejente s*y accorde.
A la Haye , /^ 1 8 . Jjecitfibre 1722.
Var moi i --.r. r,,.
F A VON.
Quelque tems après que ce Menioire
m'eût été remis , queieun me dit que
Mr. Louïs Lambert pafîoit peur fol.
,Comme j'ignorois abfolumtnt les irrc-
gularitez , auxquelles fa pafii( n pour
le vin l'avoit porte, je ne pou vois pas
comprendre qu'on donnât cette idée
d'un homme en qui je ne voycis rien qui
y reflemblàt. Je foupçonnai , quoi que
.iuns fondement , que cette accufation
ctoit faite par quelcun qui me vouloir
faire de la peine. Je pris les mêmes
précautions que fi cette crainte etoit
f<jn^
14 Rêponfe au Fa&nm
fondée: Je publiai par-tout la maladie
du Sr. Lambert, &: fesdifpofitions Te-
ftamentaiacs : Je priii plufieurs perfon-
nes de lui rendre des vifites: en un mot
je fis tout ce quimc parut le plus propre
à prévenir, ou àrepoufler let effets de la
inaligniié publique.
Le Malade recouvra des forces ; Il
fut même en état de (ortir hors de la
Ville , ôc je lui procurai deux fo'Sj (1
je ne me trompe , un Carofle pour fe
promener.
Mais fon mal redoubla bien tôt. Je
redoublai auflî m;'S exhortations à fc
réconcilier avec fa Famille. J*échouii
en cela commj auparavant, ^ je voulus
tenter fi un de mes Confrères réùlFiroic
mieux que moi à toucher ce cœur. Je
pr.aî Mr. Chion dt- fe tranfporter chez
le Malade. Il le fît deux fois : l'une
ainll que nous en crions convenus ,
comre de fon mouvement , quoi qu'à
ma prière : l'autre en déclarant au Ma-
lade j que c*etoic moi qui lui procu-
rois cette vifitc , pour effaycr par de
nouveaux moyens de le ramener. Je
placeriii ici deux Atteftations de Mr.
Chion. La première ne dcvroit paroi-
tre naturellement que parmi les pièces
que je produirai dans la fuite , pour
détruire ce qu'on débite touchant la
prc-
du Sieur Vincent Lambert, i y
prétendue folie de Mr. Lambert. Ce-
pendant comme la féconde Arteftation 9
dont j*ai befoin ici , eft relative à Tau-
ire , je les rapporterai toutes deux dans
cet endroit. Voici ce que dit Mr. Chion
devant la Cour , quand il fut requis de
témoigner dans quel état ilavoit trouvé
Mr. Lambert.
,,TE fous-^Signé Paftcur de TEglife
3> I Walonnedela Haye, certifie avoir
„ vifité deux fois Mr. Lambert, pen-
„dant fa dernière maladie , & l'avoir
5, toujours trouvé fouffrant de violentes
, , douleurs : Que lui ayant fait les quef-
,,tions^quefon état me permcttoit de lui
^, faire , il me répondit avec un efprit
3,préfcnt, & avec jufteflfc : Qu'aprèsla
„ prière il me remercia , &: me donna des
„ marques de fa repentance , & de fon
3j,efpéranceen la mifericorde de Dieu.
,5 Fait à la Haye le 2 1. Janvier 1 724.
J. CHION, Pafteur.
Voici ce que le même Fadeur certifie
fur ce que je viens d'avancer, que cefuc
à ma rcquifition qu'il avoit.vifité le ma-
lade.
5,"!* Ai vifité deux fois Mr. Louis Lam-
,> I bcrt pendant ia dernière maladie ,
o àlarequifition de Mr.Saurin , qui
me
i6 Rêponfe au Facliim
^,me pria d'miirtcr fur Tarn "nofité, que
,; le dit Louis Lambert paiOilloit avoir
„ contre Tes Parens.
,,Fait à la Haye le 20. Novembre
,,1726
Le Sr. Antoine Vabres Marchand
Chapelier à Amfterdarn, qui avoir connu
particulièrement ;jurrt fois le ir. V.ncent
Lambert, vint à la Hiyepjur me prier
de folicirer le malade en faveur de ce
Freie. Je lui dis que je Pavois f.it; que
je le pnois de parler avanr moi, à Mr.
Louis Lambert, Se je pronrs d'apuycr
enfuiie ce qu'il lui auroïc dit. • On p:uc
voir au bas de la page, i i*Afte(la' ioa
' "'-■ de-
I T E friufigné Antoine V^brfs Al-nîrrc Ch^pe*
I ligi à Aini^er lann , dcclarc ;}vuir *;onnupnr-.
eiciilierenK'iu dcf'iuu Mi)iilieur Loiis Lamlptrc
comme étant natif d'une mèiioe i'rovincc , qui
e(l le Vivarais au bas Languedoc, pour cd ha*
bile hoîutiie dans l'on Ncgfxe, l'cM'pice de vi!\gc
à vinic cifiq nmiccs , étanr Garçon de Comproir
clu'z .Vlc/ïïcnrs Tourton & Picne Hm, S: en dernier
lieu ^our fon piopre. De plus ayant apris qu'il
eioic -irriv'o i l.t Hiyc 8c qu'ilétoic malade ,
je inc rendis fur le lieu exprès pour le voir , ce
■qfie )Ç fi> l'Z^' Novembre 1712. où <e fus fort
bteiireçù; cecjut iRefit un fcnfîbie plaifir au con-
mînccnentj mais U fuite ne me fie pas favora-»
ble aux dciwandes qu#)eluihs. ].: l'exhorrai n n'a-
voir aiiçuiw ran :une contre perfoijne >,& fur fouc
cAîitre fi Méreût Frères; il me re['/oniic là dwlFus
<]a'il ne leur fouhaitoic p»s du mal i fi bica que
jepoulTai
î
du SieurV'mcent tamhert. 1r;>
èe ce Marchand, & le dciail de façon •
Ver fat ion avec IcdiC Louis. Ccîui-ci
B lut-
e pouïTai la chofe plus outre , en l'exhorrant dehur
lire du bien iprcS fon décès i qiic j'avciis i ^â'
deux Lc'îtrcsde fon Frerc Vinceiu , & même .>u*il
me marquoit par icclies qu'il vouloit retTomr de
France; la dèHiis le dit Si. Louis Lambrrt me
i^ria de ne lui pas parler davantage de& Hetis*'
fciue ce n'étOH que des Revoluz . & qu'il s'en
ëroîenr retournez au .i*ais pour- (c faire PapifteSi
Zt qù li avoir mis Ordre à es affaires, & qu'il
n'y avoir rien du tout a dire à fa dernière volon-
té, U 'abord )e pris congé de lui , &r ii me fou-
haita toute ;one de bcntdicljons & à ma famil-
le , fais, cependant vouloir entendre la le<îlurc des
d^ui Lertrcs que j'avois reçu de fou dit Fre»ej
aulfi qu'il étoii dans fon bon fens & rfpric, puif-
qi,e je n*ai pu cil auciirie rhatiiere le détourner
de Ta dernière volonté i &* eri fortant il ire pria
de prier Dieu pour lui C'eft ce que )c déclare .
devant Dieu & devant le Monde. . -,
Amllerdam c« 30. juin 1713. Signé Az mon
fein ordiaaiire [ étoic Signé]' A. VABREb*
ji t'attefîe qu'ayantété voir IVÎr Saurin à la J^aye»
jipour le prier de parl:r à Mr Loriis Laa;bert,
5, en faveur defon Fr^rt Vincent, h dit Pafteur me
s, dit d ille^' parier moi mêmelr premier au dit Sieur
„ Lôui». Lambert. Il me promit d'apuyer ira fo-
jjlicitatiôn. j'âtcffle âutfi tout ce que ma Dé-
i,claration porte furcefuier. En f<ii dcquoi ;'aj
«fignélcpicfent. Lei^ Septembre i7Z(î.
A. VABRtS».
Le Sieur Vflbres me rappelle dahs la Lettre Wi
il m'envoye fon nouveau certificat, qu'il croit ac«
compagué de Mr David Dumont , qui tft prefert-
tement à L.iplîg, & qui coiiîuiiffoit teu Mr Latx\-
bci't. Je le- pri il d'aller avec ieSicu' Vabres foûte-
sir fa dw-mande auprès du malade j le plusfcrtemenc
qu'il
Î.8 Répmfe au Faâum
fuc vififi^ par diverfes pcrfonnes, dont
je produirai ci-:^près les témoignviges.
Il mourut le 3. Décembre 1722.
Mon premier foin, après fa mort, fut
de la not.fier à Mada,mc fa Mère. Voi-
ci b * copie de ma Lettre, dont je ne
fupprime que les premiers compliment
de condoléance.
5>*^ T^Ôérè 'affli£bfon fera fans doute"' f^
>> \ doublée , par cetce penfée que Mï.
j, votre Fils efl: mort , fans que vous aye:i
s, eu la çonfplatioo de l'afTiftcr dans fes
jj derniers moracn$ , fur tout fans \c voir
j, réconcilié avec vous. J'aifàquelques-
3, unes des. divifions, que v^ous avez eues
53 avec lui ; mais cornme je n'en fuis que
j,peu inftruit , cen*eft point à moi à pro«
jjnonccr fur une caufe fi délicate : eu ge--
j^neraljje fuis tp^ijoucs^portéà croire, que
»>dans les querelles des Feres avec les En-
5» fans , ce font ces derniers qui ont tort,
a» Nos devoirs envers ceux qui nous ont
«mis aumoiide , font fl facr^2> qu'il n'y
»>a aucun prétexte qui puific nous en dif-
• «ju'il pourroit.
• La copiç q«e i'ai <Jc cette LcÇfrff.eftic la maip «Jtt
Ï5r. Bourges qui cioit mon Ecrivain dansce rems-là, Se
qui eft mort il t a quelques annécî. Je proiiuiraidaria
la fuite un certifirnt de Me. fa Mcrc, quand elle aura
confronte Iilcrrrc qti? je public ici, avec j a copie e^
«rite de U main de Ton Fils.
ce
du Sieur Vincent l^anthert. ip
penfer. Mais je vous crois fi bonne
Mere,qLic quand je pou rrois vous don-'*
ner cntiertmtnr gain decaufe. Se vous*
prouver par mille & mille argumens que *
toure la railon a été de votre côféjquc
tAr. Lambert eft entièrement conjam-*^
nable lur ce fujec , vous feriez morti-*^*
fiée de ce triomphe , & vous ne pour-'
riez trouver aucune farisfa£tion avoir**
faire le procès à un Fils, dontlanTicmoi-**
re doit vous être toujours cherc, quel-^*
que déplaifir qu'il ait pu vous caufcr**
pendant fa vie. **
Mais ce que mon cara£tere de Mini-**
fl:re de l'Evangile m'autorife à vous rc-**
préfenter, c'eft que les peines quevous*^
avez eues hors de France, ne pou voient**
jamais vous fournir des raifons légitimes**
pour y retourner. En rentrant dans**
votre Patrie, vous avez fcandal ifé TE-**
glife dont vous êtes fortie : Vous avez**
confirmé dans leur defeftion, les Prore-**
llans parmi Icfquels vous êtes allée /*
Vous vous êtes privée de tout le fruit'*
que Ton rerire du Culte public de la"
Religion : Vous vous étcsmife horsd'é-**
tarde participer au Sacrement delafain-**
te Ccnc : Vous ^vcz négligé de vous'*
procurer i'aflillance des Miniflresdans'^
votre lit de mcrt : Vous vous êtes ex**^
pofee à la tentation d'abjurer de nou-'*
B 2 veau**
20 Reponfe aux Fa cl mit
^, veau vôtre faince Religion ; &• vous avc:5
jjété ainfi à la veille d'erre l'objet decec-
^^re Sentence que Jcfus-Chrilt a pronon-
3, cée lui-m^me : Si quelqu'un me renie de^
,j vant les Hommes , je le renierai devant
3j mon Père. Quels dérèglements de Mr.
3, Lambert , pouvoienc vous engager à
,, des démarches (i dangereufes ôc fi cri-
3,minelle$ ?
„ Ce n'eft pas pour vous les reprô-
jjcher que je vous en rappelle le fouve'-
„ nir j c*eft pour vous porter à profirejf
3, des occafions que la grâce de Dieu vou9
5, offre pour les reparer. Mr. votre Fils
,, m'a fait fon héritier. Je ne vous dirai
,, point icilesoppofitions que j'ai mifes à
5j Tes volontez , le Projet de Tcrtrament que
5, je lui avoisdreflc , les prières rcitcrées
^, que je lui ai faites f;n faveur de fes
33 Parens de France : Dieu a vii ma con-
,, duite dans cette occafion -, le Public
j, en a été témoin , & on vous fournira
,,des mémoires complets là-detTus quand
3, vous le voudrez. Tout ce que je dois
33 vous dire , c'eft que malgré ce que j'ai
5, pûoppofer au delïeinîquc Mr LamberC
3, me témoigna de me donner ^on bien ;
5, il le fit par un Teftamcnt qu'il drefla
,3 fans m:: le communiquer. L'héritage
,, cil: beaucoup plus grand qne je n'aurois
3^ dû Tactendre ,mais fore au defTous de
ce
du SieurVmcent La?nbert. tt
ce qu'il kmbloic devoir être. Une^'
partie des revends du défunt étoient fur'*
des fonds perdus , & ils meurent avec^*
Jui. Il avoic même placé depuis deux*'
ans feulement fur fa tête, une fommc^^
de dix mille florins. Il me laifle auili'*
des legs à payer , & fur tout beaucoup*'
de dettes à fatisfairc. Je n'ai garde de '*
vous dire ces chofes pour diminuer l'o- **
bligarionquejeUii ai, clic nesVfFaccra '^
jamais de mamcmoire , & m'engagera*'
toute ma vie à m'intereiïer tendre-**^
menr pour les pcrfonnes qui lui appar-'^
tiennent. Qiie n'ont- elles toutes le cou- ^*^
rage de fe charger de la Croix de Chrift'*
comme nous ! Je ferois tous mes efforts**
pour les aider à la porter & pour leur**^
en diminuer le poids. Servez leur de**
mode! le , Madame. Vous étQS aux*^
pertes de Genève. Allez y iînir vos"
jours. J'y aurai foin de vous comme
li vous étiez ma propre Merc. Stipu-'^
lez avec votre Famille , afin qu^elle vous **
fournifle quelque fecours dans ce nouvel*
exil, Ôclaiflez molle foin du refbc. l'ai^'
des amis puiffans dans cette Ville là :"
Ils contribueront à la douceur de vôtre"
vie, & il ne vous manquera rien de ce*
qui fera néceflairc à vôtre entretien. Non"
feulement je vous laifTc la liberté de vous"
prévaloir de cette proporition, mais jc*^^
ii X vous
21 Réponfe au FaBmn
,,vo'js exhorte parles entrailles des com-
,, pallions de Dieu^ & par le grand intè-
j, retdc votre falut , à ne pas attendre plus
,, long-tpmsôc à partir inceO'amment.
„ kcndez-vous à des n:)o:ifs fi prenants,
,, 6c vous aurez lieu de vous réjouir des
jjdtrnieresdifpofitionsda Mr. vôcre Fiis.
,j S'il étoic mort fans Teftament, l'EtâC fe
^, feroit faili de tous fes biens , &" s'il en
j, ivoic fait un en faveur de votre Famille,
,,cUe n'auroit pu en profiter. Les Loi^C
5, de nos Souverains interdifent à nos Pa-
3, rens de France d*hcriter de nos biens,
31 comme les Loix de vôtre Roi nous in-
,j rerdifenc d'heritcr des leurs. Ainfi vous
,, dc:vez n'être pas fâchée que les biens de
,, Mr. votre Fils, ne pouvant vous parve-
5, nir, fuient tombez en des mains qui ne
,, font pas tout à fait étrangères , & que
,, m'ayant abfolumcnt lié les bras à l'é-
,,g2rd des Capitaux par des écrits de fa
,,main , je veuille en partager les revenus
,, avec vous. J'attens votre réponfe avee
3, impatience , 6c j'ai l'honneur d'être , &c.
Saukin,
De la Haye W^. Décembre ijiz,
5, J'aflfar^ de m^.s refpe£ts Scdemes fer-
5,viccs toute vôtre Famille : Se je n'ofe
,j vous envoyer h copie du Teftament,
,,pour vous épargner la mortification de
voir
du Sieur Vincent Lamherf, 2 j
„voir que vous, ni le vôtres n y ont au.
„cunc part.
Je ne fai ce que devint cette Lettre
mais la veuve Lambert au lieu ci'/ ré-
pondre, m'écrivit celle-ci.
D'Annonayk 2<). Janvier 1723.
Monficur ,
TAi appris avec bien de triftefle ,
jue mon fils Louis Lambert ecoïC
mort à la Haye,& qu'il vous aveic
fait héritier de les b^rns, & qu*il me
donne quelque leg fur Ls biens. Je
vous prie, Monlieur, de nevousdcf*
faifir pas de ce qu'il me donne, parce
que je pretens d'aller à laHaycda; s ^Q
Mois d^. Mai ,d'y amener une fille de
mafilleâgcedc dixLept ans. C'efl:
pourquoi, Monficur, je vous prie de
me retenir par devers vous, tour ce que
mon Fils Louis m'a donné, afin que
je puille fubfiftcr avec ma petite fii e
queje vais amcneravec moi. Mon Fîls
Vincent ell parti le 6.dc Janvier pour
fe rendre à la Haye , pour retirer le
bien de Ton Frère, mais je vous prie,
Monfieur , derechef, de me garder
par devers vous tout ce que mon Fil^
Lrùis m'a donné, afin que )e puiffe
H 4 iubruler
î4 "Ëéponfeau Faâtnn
^jfubfiftcr avec ma petite Fille, jufqu*i
j, la fin de mes jours. Si vous le don-
j, nicz entre les mains de mon Fils Vin-
jjcent , je n^aurois Umais un denier. \\
,jert parti pour aller à la Haye le 6.
j, ] an vier. J'efpere cette grâce de vous x
j, ôcdcme croire, &c.
La Veuve Lan^bcrt.
3, Je vous prie de me faire répondre.
i, Mon adrefle eft au Fauxbourg de Can*
^,cc, à Annonay.
Je ne faurois me difpenfer de placer
jcima réponfeà cette* Lettre : La voici.
Madame ^
jjTT'Ai été furpris devoir par la Lettre
3) I ^^^^ vous m*avez fait Thonncur de
3, ' m'écrire^du 29. fanv'er,que vous
,, n'aviez pascellcs que TExecutcur du
,,Tefl'amer\c& moi vous avions écrire^
„ du 8. du mois précèdent. Cela, joint à
3, diverfes contradi£fcions que nous avons
,, trouvées dans ce que nous a die Mr.
3, Vinccnt,nous fait préfumer qu'il les a
jjfuprimces. 11 nous a afi'uré qu'il étoit
„ parti le 15.de Décembre ,& vous dites
♦ l'ai une copie (le cptte t-cttre , He la msin d? l'E-
criv..in métuionné ci.deflfu», 8r dont le ctraâcre eft
Qoauu de diverfes priibnuci? la H^jiC*
du Sieur Vhicenî Lamhert. 2 y
qu'il n'cft parti que le 6. de Janvier,,
Il nous a dit que la foiblefle de vôtre,,
corps, & encore plus celle de vôirc,^
cfprit [Je ne vous d!$ ces chofcs qu'avec <«
répugnance, mais il cH necefTaire q,uc •*
vous les fâchiez] vous rocttoit hors d é- <«
tatdefortir de France, & cela eft dé ««
menti par votre Lettre. Il a ajoûié ««
qu'il vous avoit affermé tout (on bien <«
pour vous lai (Ter de quoi v vre, & cela ««
n'cftpab plus apparent que k^r«.fte. J*ai <c
lieu de canclurre de toutes ces dcpo- <c
fjtions , que le but de Mr. Vincent a été <*
de me perfuader de ne rien faire pour<«
vous, & de m*cngager à lui remettre <f
un Capital qu'il auroit bien-tôt con- «<
fume pour retourner enfuite en Fran- ««
ce. <c
Quoi qu'il en foit, Madame , faites- «c
moi lajuftice de croire, que jcn'avoist»
garde de manquer à un devoir aufij ç«
efTentid que celui de vous notifier la ««
perte que vous aviez faite. Vous irou u
verezicila copie delà lettre que je vous <t
avois écrite fur ce fujer. ce
Vous verrez par- là qu'on voui a fait<c
un faux rapport, quand on vous a dit««
que Mr Lambert votre Fils vous avoîtcc
fait un Icg : Dieu m'eft témoin que jç<c
l'y ai exhorté avec toute la force dont ««
j*ai été capable , & comme s'il s'étoit c»
agi cf
^6 Répoufe au Fa&um
35 agi de ma propre vie ; matb tous les moO"»
3^îvemens que ]c me fuis donnez oat été
»> inutiles. Cela n'empêchera pas que
» vous n'exécutiez le d.fiein que vous
3>avez forme de forfif de France avec
3» Madem. V(>tre perdre Fille, & bien loin
,» que] j veuiliC traverfer un fi beau deflein,
,j je le fivoriferai de rcUies mes forces, je
3, voudrois que vous pufii z ameneravec
3, vous, non (eu^c.ncnt cetre Dem. mais
,, toute votre Famille, je ne Uiis pour-
tant point d'avis que vous veniez à la
, Haye-, le voyage eft long & de grands
j fraix. Rerirez vous à Genève comme
j je vous l'ai mandé dans ma première
leitre : j'aurai foin de vous y fournir
',de quoi vivre. Qtie Madem. votre
Fille vous y fvTve j qu'elle y demeure
' avec vous jufqu'à-ce que nous ayons
^ vu à quoi elle veut s'employer , ôc fo-
'^ yfz afTurée que je ferai tour ce qui dé-
' pendra de moi pour la mettre en état
'' de gagner fa vie. Je fuis 6cc.
Du i8. Février 1715.
•La pr'étniere Lettre que je reçus de
la veuve Lambert , après celle que je
viens de tranlcrire, eft dattée du 9. de
Mars, l'en ai l'original. En voici
quelques tr^fts.
J\ti reçu la Lettre que Mr CaveJhicr
m'a
du Sieur V'mcent Lambert, ly
m^ a écrite y que vous trouviez a propos que
j'ûllaffeàGincvr ; que ictis rn'aivcrrez
vnepenjion honnête , -pour y pouvoir (v. h fijicr
jhfqu'À la fin de ma jours, Depms fat rf-
çu une Lettre de fiion Fils Vincent , que vous
vouliez r/ie donner une penjion de deux cens
livres par année , que c^etoit par charité..
Monfieur , jje ne veux point de votre chanté.
Ma demande efi cinq cens livres de ptnfion
pendant ma vie : ou bien dix mille livres, éf
point i'epenfion. Autrement je m'en irai à
la Haye y à^ me pref enter ai en Jujiice de-
mandant le bien de mon hlsy é'C. .y»
C'eli^ueleSr. Vincent expliqnoità a (U^
fa manière les offres que je faifois à fa
Mcre, lefquencs je n'avois encore nié-
tenduës, ni bornées à deux cens livres
de penfion.
Le3.d*Avril je reçus encore une Let-
tre de la veuve Lambert, qui me de-
mandoit deux cens livres pour aller à
Genève. Cette Lettre fut fuivie deplu-
fieurs autres i les unes pour moi j les au-
tres qui m'étoitnt adreflees ouvertes,
pour le Sr Vincent. Jelaifle à Ta con-
fcience à décider s'il lui tfl nuifble eu
avantageux que je ksfupprime. Enroue
casje remettrai 5 quand il voudra, à Mrs.
les Commiflâires du HautConfeil, les
Originaux qiii font entre mes mains, &
il n'a qu'a remettre à ces Meilleurs ceux
qu<?
i8 Réponfe au Fa^ium
que je lui ai faic parvenir.
Mais je ne faurois me difpcnfer de
n'arrêter un moment fur la conduite
qu'il a tenue à mon égard, depuis fon
arrivée en Hollande. Il y arriva, au-
tant qu'il m*cn peut fouvenir, au com-
mencement de Tannée XXIII. Il vint
me voir à la Haye,& Mr. de Morin ar-
riva chez moi quelques momens après
lui. Le Sieur Vincent nous dit , que
Feu fon Frère lui devoit des fommes
confiderables. Il ajouta, qu'il efperoit
^ que Dieu punilToit actuellement ce mort,
A^i.. ,d*avoir fait un Teftamcnt aufli injufte
que le ficn. Voici ce que Mr. dcT^orin
certifie fur ce fujer, & que je ne produis
qu'avec répugnance.
J'attefte que m^ étant trouvt chez Mi\
Saur m quelques momens après que le Sr,
Pincent Lambert y arriva y j'entendis prO'
mncer à ce dernier des paroles dont je n*ai
retenu que le Cens , & auxquelles je ré'
pondis avec indignation , elles êtoient
équivalentes à celles ci. J'ejpere que
Dieu fait fouffrir aEiuèilement à mon
Frère Us peines qu' il mérite ^ pour avoir Jait
ttn Teflament aujjl injujîe que lefen.
C'cft le témoignage de Mr. de Morin.
Je n'entrai point dans cette querelle 5
Suais je dis au Sieur Vincent , que dés
que
dît Sieur Vincent Lambert. 29
^ue j*avois fû qu'il devoir venir en Hol-
lande, j'avois prié Mr la Frété &c Mr
Bcnelle , deux Banquiers Réfugie t à
Anifterdam,& des plus honnêtes gens
de cette grande Ville, qui avoicnt con-
nu très-particulierement fon Frert , d'e*
xaminer fi lui Vincent Lambert étoit
propre pour le Commerce. J'ajoutai
que ces Mcfllcursétoient chargez de lui
ofFrir de m a part tout ce qu'ils trouvc-
roient convenable-, que je leur avois de*
mandé de ne point épargner ma bourfciÔc
que jem'ctois engagé a ratifier aveugle-
ment toutes leurs promcflcs. Je confeillai
au Sieur Vincent d'aller voir ces Ban-
quiers. Je lui donnai une Lettre pour
eux , donc je mets ici la copie.
Meflîeurs,
i, T 7 Oici le Frère de feu Mr. Lam-
>, V l^-rt donc fai eu l'honneur de
„ vous parler^ vous avez bien voulu vous
„ charger de décider ce à quoilachari-
5, ré m'engage à Ton égard, & je fuisab-
5,rolument refolu de m'en rapporter â
„vosdécifions. Je fuis fâché de îa peine
„quc cette affaire vous donnera , mais
„je compte fur le penchant qui vous
„ porte à faire du bien. Je fuis 6:c.
Ces MeiTicurs jugèrent que û le Sr.
Vin»
,3o Rêponfe au Faâum
Vincent confencoic de retourner pour la
troisième fois aux Indes, je devois tra-
vailler à lui procurer un emploi conforme
a pi capacité & ^ ft^ lumières , & lut dort"
ner une fomme d' argent pour faire f on écjiù^
"^age ép f^5 provtJloHS , d'une manière conve-',
uabli a fon emploi : ]' xi entre les mains les
témoigniagcs,& les lettres quMs m'cnvoi-
çrcat a-lors , donc je n*extrairs que ce que
tjfj'en écrit Mr.laFretéle 2. JuiUcr 1723.
Qiiilejîprêta aîtefter quec'ejl lui qui na
détourna, de faire autre chofe pour le Sr.
llncent , que ce que je viens de marquer.
Je prie mon Lefteur de comparer ce
récit,, avec celui du Sr. Vincent dans le-
quel il n^ fait pas moins de tort à Mr.
Beneîle qu'à moi; puifqu'il fcmbleque
Mr Benelle dans le tems-même que je
l'avois pris pour mon Conf^illerSc pour
mon Arbitre, tcmoignoitau Sr. Vincent
que je ne voulois lui donner que trois
cens florins par cPjariîe' i & que lui Mr
Benelle , auroit tenu une toute autre
conduite à ma place. Je fus a yJ^f/er-
dam, dit le Sr. Vincent , dans la 20. pi-
ge defon Fa£l:um, oh l'on ne tn'envoyoiY
^j ne pour me leurrer. On m'y amufa près
d'un mois. Pendant ce tems4à Mr. Cavel-
hier alla] à Nimegue , il s'y mît enpoffeffîon
des meubles de mon Frère, il y vyiditpour
1 2 DO D Jlïiriris d'obligations fur la Gueldre ,
qutl
du Sieur Vincent Lambert. 3 1
qîCtl avott latjfees. St fciVQis pr/vcm
Mr. Saurirt , ces mevbUs ér ces obligations
rn''auroient été ajvgez fur prt^'ui/icn , fé-
lon Us Loix de cette Frovmce, comme au
plus proche parent du défunt , à famois
eu V avantage de plaider les mains gar nies k
^rnhem , où ma partie n'auroitpas eu ceUn
ï^u'ille a à la Haye contre moi. Mr. Sau-
rm ayant fait fonccup , je m tardât pas à
être informé defes intentwns à mon égard.
Mr. Benells me dit qtion lui aurott fait
beaucoup de fldifir de ne le point charger de
cette comnnjlfion ; quefï l hérédité de wcu
'Frère étott tombée entt e (es mains , // faaroit
ce qttUl auroiî kj aire en pareil cas ; mais
£ue Mr. Saur in meilleur Cafuifle que lui ^
jçroyott pouvoir avec pifiice U retenir toû'
te entière , d^ que n^ étant pas riche ^ il
aufoî d'autant plus de befoin de cet
héritage qu'ail avoit beaucoup perdu aux
''^flions. Âpres ce préambule il m'offrit
dé fa part ^oo. florins par charité , fi je
loulois retourner aux Indes; ajoutant ^
'^{jiie tels ctoienîfes ordres ^que chacun avoit
fa propre conjcience , ér q^ie laflcnne né-
ti.i pas celle ae Mr. Saurin , m celle de
Mr. Saurinlafienne, Ce font les paro-
les du I^a£tuni.
Si j'ai lieu ^çi. me plaindre de c-e
qiie k Sr. Vincent me charge de
tant
I
^t Répoijjc' au Faêtmi
tant de fâures dont je me fcris fi innd^
cent, j*ai pourtant lieu de le remercicil'
de ce qu'il décrie en mêhie-tems uii
homme d'une probité aulîî connue que
Mr. Benclle. Comment celui ci auroit-
il pu dire que j*avois beaucoup perdu auît
Adions auxquelles je n'ai jamais tu aucu-
ne part que celledclaincràMr. la Frété
ladifpofîtiond'unc AdionderOueft/ur
laquelle il me fît gagner environ 4000.
lior.? Comment Mr Benelleaurôit il pu
dire que je lui avois don né ordre d'offrir
trois certs florins au Sr. Vincent ? Corn**
ment auroit-il pu dire pendant qUe je
me raportois à Tes décifiODS , touchant
la potrion qite je dcVois donner au Sir
Vincent de l'héritage de fon Frerè
Louis, que lai iVlr Benelle avoit une
toute ûurfe confcicnre que la mu.nne ?
Sur tour comment Mr. Bc nielle qui, fi
Ton sVnrjpofce au Fadum , avoir une
idée fi peu avantagtufcd'maconrciencej
auroic-il eoncouru aVec Mr.laFrete p' ut
leurer éf* ainvjer le Sr. Vincent prè^ d'un
mois, & p' ur ne lui notifier ks préten-
dus ofjres qu'ils avourit reçus de moi,
que lors (\:iC j diirois fait mon coup à Ni*
Je laifie anfi] au Le£Veur à juger fi
M'*s.de Nimeg é auroient ajugéaii Sr.
Vincent des Obiit^atiOns dont j'ertiis
nui ni
du Sieur VificefJt Lambert, 35
muni depuis plus d*un Mois, en ver-
ui d'un Teftament , 8c lui auroient
garni les mains de douze mille florins,
lous prétexte qu'il ctoic le plus proche
Parent de celui qui m'en avoit fait héri-
tier. Qiii v'^ou droit acheter des effets de
cette Province fi elle avoit une Loi par
laquelle Tachetcur perdroir le droit de
dirpofer de fes effets comîie bon lui
lèmbleroit , & fcroit forcéde les laiffcr à
ion plus proche Parent <*
Mais j'ai tant d'interéc à ne pas me
trouver en eontradi£tion avec Mrs. U
Frété & Benelle , que je crois devoir
marquer ici les i.npreflîons que cet ar-.
ricle du Fadum du Sr. Vincent a fai-
tes fur leur efprit.
,, Mr. Benelle [ c'efl: ce qtie Mr. la
5, Frété me fait l'honneur de m'écrirc
dans une Lettre du 26. Novembre
,,1726. 3 Mr. Benelle me fit eommu-
,,niquer hier après midi la lettre que
5, vous lui avez écrite ,Monfieur. Nous
„ ne ferons aucune difficulté de rendre
„ témoignage à vos bonaes intentions,
3,6c aux nôtres, par rapprt auSr.Vin-
5, cent , quoi que nous ayons à nous
„ reprocher le peu de fuccés de nôtre
,, éloquence , qui iiuroic certainement
j,perfuadé tout autre que lui , puifqu'il
^s'agilfoit de lui procurer plus d'agré-
C ment
34 -' Béponfe au FaBum
,,menf & à^, commodifé pour aller aux
,» Iiidcs, qu'aucun chercheur cVavantures
.%,n*enait jam liseu. J'ai crû alors ,Mon-
5,(icur, 6c je crois encore aujourd'hui
3, en confcience, que ce voyage étoit
3jlc feul parti convenable à fa fituarion
sjôc à fes intérêts. J'ai lu depuis peu
jjleFadum, ^< une des chofcs les plus
3, incroyables que le Sr Vincent y affirme,
y^ c'eil qu'il l'a compofé lui même, 6rc.
3, Je m'inlcris aufli en faux contre ce qu'il
Si avance , qu'il a écc retenu ici prés
3j d'un Mois, puifque notre Negotia-
j^tion fut entamée hz rompue en moinsf
,5 de vingt-quatre heures, 6c il pa-
rt rqit que l'Auteur du Fadum a eu
,, moins en vue de juftifier les prétcn-
»j rions du Sr. Vincent, que de noircir
j) votre réputation par écs imputations
j, atroces . O.nfuprimedans
j, cette Pièce la converfation que j'eus
5, avec le Sr. Vincent. Ce n'cft pas
I, fans raifon , puifque je lui fis des offres
3» très-confiderablcs, quoi qu'illimitées.
3, » . . . Mon dcflein étoit de lemet-
3jtre en équipage , de lui fournir une
j, bonne fomme de Ducatons comme le
,, meilleur effet qu'on puifle porter aux
,, Indes, pour fe rnettre, à fon aife &
„en état de faire fa fortune. Mais ces
sy offres n'auroicnr pas décoré le Fa£tijm,
dtè S ie» r Vincent Lambert, jy
3,8c fansfaic la malignitc de TAuteur,
,,qui avance lî hàrd^meni qu'iifut amu-
5, lé près d'un Mjii. Je rcirerc que
,,par raporc à nojs , il ne fut retenu
,,cjuedu(oir au lendemain, 5:c.
„ Je démontrai au Sr.Birdon la ri*
,,dicule demande de 6000. florins ,
,,d\\utant que vous étiez engage , &
,, lié de fournir une penfion annuelle
„dc 400. florins à fa Mère, puilque
,,ruppofe cet engagement , & Icspré-
yy tendus 6000 fl.donncZjl'hérédité vous
„ fctoit plus dommageable en l'accep-
5, tant , qu'en larcjettant -, un peu de
,j calcul prouve ceU , 8fc. Voilà cç
5, ce que m'écrit Mr. la Frété-
Mr. Benclle m'envoyc auflî un mé-
moire relatif à cette lettre , le voi-
ci.
C z Me-
36 Réponfe MU Faâum
^Mémoire pour /ervir de réponfe k
t article du Faâum ^ ou Vincent
"Lainberî impute fauffement à.
Benelle des chofes qu Un a jamais
dites , ni penfées , & oii il en dé-
gui/e d'autres , cùtne manière
quelles font entièrement mécon*
noijjablcs.
"/^Uoi qu'il foit bien difficile de fc
'y ^^-f^nouvcnir d'une, ou de pluficurs
''converfations que l'on îi eues il y a
" quatre ans, avec une pcrfonne, au fujec
'* d'une affaire , celles que j'ai eues avec
"Vincent Lambert, font encore fort pre-
" fentes à ma mémoire , tant parce qu'el-
'*les étoicnt d'une nature à n'être pas
"oubliées facilement, que parce que j'ai
" eu occafion d'en parler louvent , pour
"juftifîer Mr. Saurin , envers des gens, à
''qui on avoic fait croire, qu'il n'avoit
''jamais voulu donner la moindre chofe à
'' Lambert de la fuccefllon de fon frère.
*'Sije ne raporre pas prccifétr.ent lesmô-
"nies termes de nos converfations, au
"moins fuis-je feur d'en donner le veri-
*»' table fens, H le prccis.
" Je repondrai d'abord à ce que Vin-
cent
^u Sieur Vincent Lambert, %r
cent Lambert ine tait dire dans fonFa-**.
£Vuini Ôc enfuire je ferai un petit narré '^
de ce qui s'elt pafle entre Mr. k Frété, **
moi. & Vincent Lambert , au fujet de **
l'affaire que ce dernier avoïc avec Mr. *^
Saurin. **
Je nie en premier lieu , à pur & à '^
plac, quej'aye jaaiais dit à Lambert /*>
que Mr. Saurin avo^r befoia de Theri-*^
tage de Louis Lambert, & qu'il avôk"
beaucoup perdu dans les aftions. Je ne"
]'ai pas dit, parce que je ne i*ai janaiîî *^
fil, nipenfe, ni avant, ni alors, ni de**
puis. - ^^:
Je nie en fécond L'eu, formellement,*^
que j'aye jair.ais offî^rt à Lambert la ".
fomme de trois cens florins, ni aucune"
autre fomme fixe, quelle.qu'cllefoit. '*
lied ridicule de me faire dire, qiie*^
Ton m'auroitfait beaucoup de plaifirde **
ne me point charger de cette affaire,**
puifque je m'en étois chargé volontai- *'
remenc , à la réquifition de Mr. Saurin , '*
que rien ne m'y forçoit , & qu'il m'é-*'
toit entièrement libre de m'en charger,^*
ou de ne m'en pas charger. *^
Dans la féconde, qui fut la dernière'^
converfation particulière que j'eus avec *^
Lambert, il me demanda, ce que je**
ferois à fa place de Mr. Saurin ,& ajouta, ''
qu'il ctoicperfuadé que j'en agirois au-*^
C ^ tre-
3* Rêponfe au FaBum
jitrr.mcnt que lui. Je lui répondis que
„ I idema idcétoit forr horsdcfaifon, qu'il
,, nes'âg ffoicpas de cela, &c. Que Mr.
5, Siurinavoit ua Tellement authentique
,, t:n fa faveur , que les offres que nous
g, lui avions faites a lui Lambert, témoi-
„gnoient la bonne volonté que iMr. Sau-
,i fin avoit pour lui , &:c.
j, 11 cft faux que nous Payons amufé
„ \Q.\ pendant un Mois. Notre offre
,i ayant été refufée dans l'cfpace de moins
3, de deux jours , notre comaaiflion finit en
^j mêiîie teras ,& je déclarai à Lambert de
„ n*avoir plus rien à lui dire. Il s*eft
,, amufé lui-même ici, pour recueillir des
„ témoignages de la folie de feu Ton Fre-
„ re , mais il n*y a été en aucune manie-
,^ re retenu par moi.
5, Ceci fert de rcponfe à ce que Lam-
„ bert m'impute dans fon Fa£lum , & je
3, crois ma réputation aflez bien établie,
3, pour efperer que Ton m'en croira fur
,5 ma p-îrole , autant & plus que Lambert
3, fur la flenne. On fait ailcz que l'on
j,n*a pas de témoins de pareilles con-
3, verfations 5 & que par confequent on
5, ne peut pas en produire.
g, J'ajoure ici un narre, de ce qui fc
5, palTa entre Mr. la Frété moi, ôc Vin-
;,, cent Lambert.
^> Vincent Lambert apporta, ici une
kt-
du Sieur Vincent Lambert. 39
lettre de Mr. Saiirin addreflee à Mr. la **
Frété & à moi. Il fut cher Mr. la*^
Frété le premier, qui ayant alors quel- '^
qiies affaires preffées , lui dit de me la '^
communiquer, puisqu'elle me tcgar- '*'
doit aufli'bicn que lui. Il me la ren» -.
dit,& me déclara qu*il vouloir llx mille-;
florins argent contant, outre ce que feu**'
ibii Frère lui devoir, qui alloic au de» **
\:\ de douze cens florins, ^'i -^^^ '-'1^*^
Le même jour jf; m'abouchai avéè**'
Mr. la Frété, & ayant raifonné cnfem-'^^
ble fur la demande , fur les talens de-^^
Lambert^ qui par parcnthefe eft aufîi ,
peu capable d'avoir fait fon Fa£tum,**
que moi de commander une Armée, ^^^
nous conclûmes, que Ton meilleur par- ^-
ti feroit, dé retourner aux Indes, cù'*'
il avoit déjà fait deux voyages. Nous '^
le propofâmes à Lambert, & lui ofFri-'^
mes, que s'il vouloit prendre ce parti, ^*
nous perfuaderions àj Mr. Saurin de lui ''
obtenir une charge de Botrelitr fur un **
des VaifTeaux delà Compagnie, qui'*
étoit la feule que nous croyons lui convc- *^
nir: que nous le ferions nipper de pied en '*
capjêclargement : que nous lui ferions^*
donner desprovifions pour le Voyage,"
6c une pacotille de Ducatons, quietoit'^
la meilleure marchandife qu'on pût por-'*
ter aux Indes , & aveclefquelsil pour-'*
C 4 roit
40 r Eéponfe au Faâum •
i, voit faire Négoce, quand il y feroitar-
»j rivé. Notez que nous ncdeternirnàmes
', jamais la fommc , Se quepar confequcnt il
Yn'cft nullement apparent que je l'aye^a-
'i mais fixée trois cens flor. Il rejet ta nos
,» offres, difant, qu'il ne vouloir pas re-
ji tourner aux Indes, parce qn'onymou-
>«roic. Nous ne nous attendions pas à cet-
5' te rifpofte. Nous lui repréfentâmes ,
'♦que fi l'on ne moiiroit pas aux Indes, ^
'* elles né pourrôient pas contenir les Ha*
^'bitansqui iroientles peupler, llrepli-
^qua, qu'outre cela , il ne vouloir pas
,;écre le valet de la Compagnie, qu'il
,Vcn étoit las, 6c qu'il ne vouloit pasen-
j'rtendre parlerd'aller aux Indes. Nous
ïilui demandâmes ce qu'il vouloiÉ donc?
*^I1 répondit qu'il vouloit uneïoinmcde
'^ fix mille florins i outre ce que l'on Fre-
*'rc lui devoit, pour faire Commerce de
''vin. Mr. la Frété, mrfentendce Ne-
^j goce la mieux que moi, lui dit, que
.,, ce Négoce étoit trop dangereux pour
,, lui, qui ne l'avoir pas appris. A quoi
1, il répliqua, qu'il s'afîbcieroit avec qucl-
»> qu'un. Enfuite ayant refléchi à ce qu'on
"luireprefentoit, il dit qu'il vouloit fai-
"rc le Négoce de toiles, qu'il entendoit
'*âufli peu que celui de vin. Il n'y eut
"pas moyen de tirer autre chofe de lui.
^Nous lui demandâmes, s'il y avoïc
bien
du Sieur V'wcent Lambert. 41
bien réfléchi , &: s'il pcrfiftoit dans**
fa refolution. 11 répondit que ouï, fur**
quoi nous lui dînies , que puifque cela *'
etoit, notre ccmnrifîion étoit finie , & '*
que nous ne jugions pas à propos de fol- ' *
licicer Mr. Saurin de lui donner une ''^
auili grofle fomme 5 pour entreprendre^^
des Négoces qu'il n'entendoit pas j ^^
que ce ieroit toujours à recommencer,'*
éz que quand il auroit perdu ce pre- **
mier fond^ i! en redemanderoft un au-'*
cre. Que s'il n'éfoir pas content il pou **
voit s'adrefTcr àqui il lui plairoit, nnais'*
que nous en demeurerions à ce que nous''
]ui avions offert, 6r qui nous pa- **
roiObit raifonnable. Depuis cetemslà'*
nous ne l'avons pas revu, &■ toutes nos '*
convcrfations n'ont d'ure que Tefpacc de **
deux ou trois jours; ainfi nous ne l'avons '*
fii retenu, ni^mufé , ni par ordre , ni dc^«
notre chef. *«
Comme il nous revenoit de tous c6- •*
tez, que Lambert clabaudoit contre**
Mr. Saurin &conrre nous, difant, que**
nous ne lui avions offert qu'une gueu *«
(erie, nous refolumes Mr. la Frtté 6: *'
moi, d'en parlera Mr. David Bardon, '^^
que Lambert difoit erre fon grand ami.*«
Nous réitérâmes à Mr. Bardon, les cf-'«
fresque nous avions faites à Lsmberr**
daller aux Indes, aux conditions que*'
Il Us
41 Répofîfe au Faâum
3, nous lui avions propofées; que nous
3, étions encore prêts à lui procurer ce
,, que nous lui avions promis , Ôc qu'il
i,, pouvoir le lui dire de nôtre part; mais
3, nous ne favons ce qui s'cft paffé à ce fujer.
„ Nous démontrâmes àMr. Bardon, qu'il
3, n'étoit pas pofîibic que Mr. Saurin
33 payât à Lambert fix mille florins, parce
.,♦ qu'il ctoic oblige de payer ks legs >
3téc qu'il s'ccoit engagé de payer qua*
,itre cens florins de rente à la mère du
,} défunt , qu'ainfl cet héritage tourncroit
ff, à la perte de Mr. Saurin, puifque les
a* legs payez , 6c les fix mille florins
^j donnez , il ne refl:eroit pas aflez de fonds
3, pour produire une rente de quatre cens
j, florins par an.
p J'ai drefl!*é le Mémoire cî-defl"us , a-
„ prés m'étre rappelle les faits efltntiels,
,jquc j'ai communiquez à Mr. la Frété ,
j, qui les a approuvez. J'efpere que
,3 ce mémoire couvaincra les perfonnes é-
j, quitablcs ^ defintercflees , que Lam-
j^ bcrt m'a imputé des chofes fauflcs , qu'il
3,a déguifé les autres, pour rendre facau-
3, fe meilleure, &• que Mr. Saurin me ren-
^, dra la jufl:ice de croire , que je n'ai rien
,, dit de mal rangé fur fon compte. Am-
,, flerdnm le 25. Novembre 1 726.
Paul Bcnelle.
Je
dn Sieur Vincent 'Lambert. 4 y
Je reprens 1«: fil de ma narration. Mrs.
la Frété 8c Benellc nVayant déclaré^
qu'ils ne croyoicnt pas leSr. Vinccnc
propre au Commerce, je lui fis propo-
îerparMr. Cavclhier» d'aller vivre tran"
quillement en Proceilant Réfugié, dans
quelqu'une des Villes où il pourroit s'en*
trctenÏT à moins de frais. J'indiquai Cle-
ves, ou Wefel, ou Dublin, & je m'en-
gageai d'y pourvoir à fa fubnftancc.
Cette propofition ne fut pas de fon goûtj
il aima mieux tenter de me contraindre
par îa Juftice, que d'accepter les offres
que je lui faifois par condefcendance ,
& il m'intenta un Procès. -'"'^
A peine l'eut-il commcncéjqued'hcn»
nêtes gens m'avertirent qu'une pcrfon-
ne, qu'ils me nommèrent, avoit voulu
perfuader le Sr Vincent de lui prêter Ion
nom, afin qu'elle pût le mettre à la tête
d'un libelle qu'elle vouloit publier con-
tremoi. Laperfonnequi luifaifoit cette
propofition , fe promcttoit de débiter
pUificurs milliers d'exemplaires de cet
ouvrage , & s'engageoit de faire part au
Sr. Vincent dts profits qui en revien-
droient. On ajoure , que celui ci ayanc
demandé conftil fur cette propofition ,
fut détourné de l'acceprcr, par îa crain-
te d'encourir les peines que les loix in-
fligent aux Auteurs des Ecrits diffama-
toircs.
44 Réponfe au Fa&îun
toires. Je tais le nom de celui qu£
avoit formé un de (Tein fi noir. Je veux:
lui en épargner la honte. Si ce qu*or»
m'a die fur fon fujet eft fondé, il me
faura que Ique gré de ma difcrecion.
Si le S^ Vincent ne publia pas alors
dans des écries imprimez ce qu'il vient
de débiter dans fon Fa6tum, il L- fît de
bouche, êcdans Irs pièces qu*il remit i
la Cour, Il difoic que j'avois abafédc
la foiblciTjde fon Frère, que ne le trou-
vant pas allez fol pour l'engager à dif-
pofer de fon bien en ma faveur , je l'avois
enivré, (Sz quejeluiavoisdi^te moi mê-
me un Teftament à mon eré, dans le
tems que fon y vredele mettoii hors d'é-
tat de favoir ce qu'il faifoît.
Pendant que le Sr. Vincent faifoit
courir ces bruits, on vcnoit de tems en
tems me propofer de m'accotiimoder
avec lui. On vouloitque je fomcotaflc
moi- même ce qu'il difoir de moi, & que
je laiffafle metttrc en queft^on , fi ce n'é-
toit pas la crainte que la Cour ne dé-
couvrit les infamies dont il me cbargcoir,
qui m'auroit porté à finir notre différent
à l'amiable. Je ne donnai point dans ce
picge , je crus devoir attendre une
Sentence juridique , qui me fembloic
le feul moyen d'effacer les mauvaifes
imprcflions que les difcours du Sienr
Vin.
iu^iemVincent Lambert. 4 y
Vincent pourroicnt avoir faites fur les
perfonncs dont je n'ctois pas con nu.
Ce fut dans ces difpolîrîons que je
comparus devant deux Commiflaires que
ia Cour nomma pour m'cxhortet à un
accommodement. ' Ces deux Mrs. me
dirent pour m'y engager , tout ce que
l'amour de la paix peut infpircr à des
Juges éclairez & charitables. Je leur
temo'gnai le refpcft que j*avoi$ pour la
vertu, à laquelle ils vouloicnt me por-
ter; mais je leurreprcfcntai , que je ne
croyois pas pouvoir leur en donner les
preuves qu'ils cxigeoicnt de moi , fans
iletrir mon Miniiltre. Ils me répon-
dirent que les imputations du Sr. Vin-
cent n'avoient fait aucune irapreflion fur
leur ciprit , & que fi je voulois m'en
raporter à eux , ils s'engagf oient de me
procurer un accommodement , qui me
feroic autant d'honneur que la Senten-
ce la plus favorable. Je me rendis ,
malgré la refokition que j'avois faite
de rcilfter. Lesperfonnes qui loiier^^nt
le plus ma facilité, craignirent quVlle
ne me fût préjudiciable. Elles me re-
préfenterent l'intérêt que j'avois â faire
parcître devant la Cour les pièces qui
détruifoîcnt les idées que le Sr. Vin-
cent avoit données de moi. Je dcm^n'-
dai de nouveau une Sentence , 6v je !'< b-
^6 'Répùfffe au Facimn '
^ins , telle que je pouvois la fouhaiter. "
Dès qu'elle m'eut été notifiée, je dé-
îçlarai le à^^c'm que j'avois de céder à peit
près la troisième partie de la fuccefîioii
qui venoitdem*étre a)ugéCy c*eftà dire
6000 fl. Quand je dis que e'cll là à peu
près troifiéa^iC partie de la fucceflion , je
cOiXiprends dans l'héritage, les legs faiÊs
à mes cnfans ; car fi je les en retranche , il
fc trouvera qu'en cédant 6000. florins^
jedonnois à peu près la moitié de la fom-
medontj'étoisendroitdedifpofcr.^Cela»
paroîtra dans îa fuite 3 & Ton verja que
Iccomprc que le Sieur Vincent fak de-
cette fuccelTion, n'eft pas plus juftc que
fes autres narrations. Je fouhaitoisque
les 6000. flor. fufîcnt deftinez a fournir
Mût rente viagère au Sieur Vincent, s^il
vouloir aquicfeer à la Sentence de la
Cour, 6c vivre en Protcftant réfugié:
mais en cas qu'il ne fe fournît pas
à ces conditions , cette femme étoic
deftinée à fa Sœur, ou à fcs deux
Nièces, pourvu qu'elles s'engageafîenc
au genre de vie auquel j'avois voulu
l'engager lui-même. Et fuppoféqu'eU
les refufaffent de le fuivre, les 6000, il.
dévoient être donnez aux Pauvres. La
veuve Lambert éroit morte, & il ne s*a-
.giflfoit plus de lui fiire part de la fuc*
ceffion de fon Fils.
V:>i« ce calcul à la fin d: ccf if.cr/r.
du Sieur Vincent LamherL 47
Après que j'eu.s fait cette dccUration^
un inconnu alla chez Mr. Bafin Mini-
ftrc, &: lui dit que le Sr. Vincent ctoit
fort porté à s'accommoder avtc moi.
M. Bâfin m*informa de cette démarche,
Se je lui disque fi le Sr. Vincent (c fou.
niettoit à ia Sentence de la Cour ,ilau*
roit lieu d*étre fatisfait de ma conduire
à Ton égard : mais que les bruits qu'il
avoir répandus fur mon fujet, me mcc-
toient hors d'ctat de faire ce qu'il ap-
pelloit, rm accommodement. M. Bafin
lui fir favoir mes diipofjtions : 11 vou-
lut même en quelque forte être caution
de mes intentions, & il l'afTura.quewît?
connoîffant comme il lefatfott , // e'ioit treS'
convamcff que fi le Sr, k^tnctnt s*enremeu
toit à la bonté de mon cœur , il n^anroit
pas lieu de s"* en plaindre. Cette caution
lui fut rufpcde, ^ voici laglofequ'ily
fait dans fon Fa£lum page 23. Monjietir
Bajin me permettra de lui dire , qu'ayant
l'honneur de connoître Monfieur Saurin
comme je le fais , ie fuis tr} s -convaincu
qne je ferais la plus franchie dupe du monde,
Jîje wV« remettois à la bonté de /on cœur ;
témoin fon offre de tr m cens florins par cha-
nt é k condition que pr ois aux Indes. Ce
font les paroles du Sr. Vincent. Si les
autres mémoires qu'on lui a donnez fur
mon fujet à la Haye^ fontaulli peu fi-
dc-
4? Réponje au Fa&um
dcîes que Celui fur lequel il afonnéce
jugemcnc , je oc dois pas m'étonner
du portrait qu'il fait de moi : Mais fî
au lieu d'ajourer foi à ce que lui ont die
des perfonnes, avec lefquelles je n*ai
aucune relation, il avoit confultë celles
que j*ai l'honneur de voir tous les
jours, il auroit fû qu'on m'a fou vent re-
proché que je n'eftime pas aflfez l'ar-
gent, mais jamais que je l'cftime trop.
J'cfe même me flater que s'il s'étoic
adreflé à quclcun des malheureux qui
m'ont demande des fe».ours, il aurolc
jugé que je n'ai pas le cœur inltufible
aux maux de mes Frères. 1! auroic
conclu delà, que je n'étois pas homme
à envoyer aux Indes avec trois cens
florins Je Frère d'une perfonne qui m'a-
voit laifle un bien auquel je n'avois au-
cun droit de prétendre , beauconp moins
îi le voir languir fous mes yeux dans
l'indigence, quand il auroit égard aux
moyens honnêtes que je lui propofcrois
pour s'en tirer.
Le Sr. Vincent jugea à propos d'ap-
peller de la Sentence de la Cour. Le
Haut Confeil nomma des Commifrai-
res qui furent chargez de travailler à
terminer ce nouveau procès par un ac«»
commodément. On a été furpris en li-
fant quelques unes des circon fiances que
y'ai
du Sieur Lambert Vincent. 49
Tai npporrees , que le Sr. Vinrent aie
pu avancer dans UQ écrit piibiC discho-,
fes non fealcncnt faufles , mais dont je
pouvois fi ai emcnc faire voir la fauf-
ieré. On di.oit que tout le but de ion
FidiLim a ctC de me décrier pendant le
tems que je mettrois à deiibcrerlljc dc-
vois y répondre , ou à publier ma repon-
fe. Oii fera la même réflexion dans U
fuite. Mais Tarticle dans lequel il ra-
conte ce quis'eftpdfle devant Meilleurs
les Commiflaircs du H.iut Conleil à
l'égard de nôtre Procès , quoi que peut-
être moins injurieux à ma réputation ^ a
quelque chofe de plus fingulier. Gcs
MeilicLU's vivent i il Icuf a prefentc lua
Fa£tun j ils doivent être fes Juges: Et
quatre jours avant que de recevoir foa
jugement, il leur raconte leurs propres
démarches de la manière du monde la
plus capricufej ôc la plus propre à les
dcguifer. Voici ce qu'il en dit, page
23. LeGrAtid Confnl ordonna mie com-
parution , ou il ne je p/jjja rien autre chofe
finon (j Ne feus ordre de faire venru'tmepr»'
furatton de ma Sœur , afin qu'on fût ac'
commoder. Cette Froctiratton étant i;<r-
nué ^ je comparus devant Mcjfi^urs 'vander
Hoopy ô- BleefwykConfedUi s du Grand
Confeil nos Comnnjfaires, On me dit dans
cette compartition que Mr. Saur m m' offrait
D 0000,
jo Réponfè au FclBmn
(yooo. florins en argent compant y h certai-
nes condtHons que je trouvai dures ; mais que
Vextremcmtfere oh je fuis réduit ^ & le'de-
Jîr ardent que fat d'aqmter les dettes que f ai
été forcé de conîraBer four mafubjijtence ,
pendant ce long Procès ^ me firent accepter.
On ordonna une autre comparution pour
conclurre l'affaire , d'autant plus aifà h
terminer que nous étions d'accord. Mats
Mr. Saurmfit dire par fon Avocat , qu'il
m donner oit que 2000. florins comptant;
que les autres 4000. florins^ dont tl me
fayerott les intérêts , jer oient mis entre les
mains d un honnête homme , juÇqu'' à ce que
j^eujjè fait condamner ma Sœur à ne pou-
rvoir rien demander.
A en juger par cette narration, ne
diroiton pas que le Sr. Vincent a eu la
Procuration qu'on luiavoit ordonné de
d( mander i qu'il l'a produite à Mrs. les
CoœmilTaireSî qu'il ne me reftoit plus
qu'à donner les éooo. florins qu'ils a-
vcient offerts en mon nom i que je man-
quai à ma parolcj qu'au lieu de con-
clurre cette affaire, d'autant />///j aifée
k terminer que nous étions d'accord, j'a-
vois fait de nouveaux incidcns, & prô-
pofé de nouvelles conditions , que le
Sr. Vincent ne pouvoit accepter, fan^
fe rendre le plus malheureux de tous les
k»mmes, comme il s'exprime lui-mt-me ?
Mais
du Skur X^wcent Lamhrt. yr
Mais tout cela eft /ans fondçjnenr.
Voici comme la chofe ie paiïaj & j'en
prtns à témoin Mrs. vander Hoop, &:
de Bleswik ^ èc je confrns qu'ils me
dénoncent comme un Impofteur , non
feulement à leur augufte corps , .mai&
par tout ailleurs, ù je dcguile Itscho-
fes que je vai rapporter, èc donc ils ont
été, non feulcnent les témoins, mais
les Auteurs. Voici ,dts-;e , ce qui fe
pafTa devant Mrs. les Commiflaircs du
Haut Confcil.
Je ne comparus qu'une feule fois 5c
ce fut devant Mr. vander Hoop & Mr.
Viïshcr, qui me promirent qucilje vou-
îois conientiràun accord ils le feroicnc
tel que je pouvois le fouhaiter. J'a-
quiefçaiàlcurs dédrs. Les raifons qui
ni'avoienr oblige de denoaiideruDe Sen-
tence à là Cour ne fubfiftoienc plus :
les pièces du procès avoienc paru, & la
Couravoit fait voir Ja nullité de la de-
mande du Sr. Vincent , ^< ils l'en avoienc
débouté. Je déclarai à Mrs. les Cornmif-
faires que j'avois ccdé le tiers de l'héri-
tage, & je promis d'en faire l'ufagequMs
jugcroicnt à propos. Ces Mrs. furent
fatisfaits de ma docilité. Le Sr. Vin-
cent à qui elle fur notifiée leur promit
aufli d'être facile : Mais mes Avocats me
firent naître un fcrupule qui ne mefcroit
D 2 pas
51 Réponfe au Fciâum
pas venu dans refprit j c'eft que je rîf«
quoisde nelortir de procès avec k Frè-
re quc; pour en avoir un nouveau avec
la Sœur. G'eft aufli ce qu'ils rcprefente-
rent à Mrs. les ComrrulTaires , qui^décla-
rcrent au Sr. Vincent qu'ils ne travail-
leroient à Taccord , que lorfqu'il au-
Toit une procuration qui me mit à cou*
vert de cet inconvénient j il s'engagea
à la faire venir , Se après que le tcms
néceflTairc pour la recevoir tut expire ,
ildit qu'il i'avoic reçue. Nouvelle
comparution dans laquelle on lui de-
manda, s'il ne feroit pas Satisfait en cas
qu'on me fir confentir à ;Iui donner le3>
6000. florins fans lui prefcrire aucune
des conditions fous lefquelles je de-
ftinois cette fomnie à lui ou à fa Famil-
le. 11 témoigna ^qw'cn ce cas li aquiefce-
roit à la Sentence de la Cour. Mrs.
\ts Commifîaires me dirent alors qu'il
dépendoit de moi de prévenir de nou-
velles procédures, & ils me preiTcrenc
de céder 6©oo. florins fans me mettre
en peine du lieu , où le Sr. Vincent
les rrangeroit, ni du genre de vie qu'il
méneroit en les mangeant. J'avoue que
j'eus quelque répugnance à pafler cet
article. Je croyoisque les inftances réi-
térées qui m'avoicni été faites par un
T-ftareurjde ne pas laifTer aller fbnbien
hors des Pais Proteilans 3 me lioient ks
du Sieur Vincent Lambert, jj
bras. Suppofe inémc quj le Sr. Vin-
cent reftât dans ces Provinces, iJ pou-
vojt arriver que Mlic. fa Sœur iortîcdc
France avec ies deux Filles, pendant
qu'il y retourncroit , & alors il ne
me rtftoit qu'une femme modique de
l'hentâge pour les fccourir dans leur
refuge. Je fis pourtant par confidera-
tion pour Mrs. les CommilTaircs , ce
que je ne pou vois faire par conviftion.
Voilà donc les éooo. florins promis de
ma part êc acceptez du Sr. Vincent.
i\urrt comparution dans Jaquellr il n*é-
toit plus qucftion que des formalitezde
l'accord. Je ne donnai là dcffus aucu-
ne in ftrudion à mes Procureurs i je m'en
remis entièrement à Mrs. les Commiffai-
res , qui demandèrent d'abord au Sr.
Vincent la procuration qu'i^. difoit avoir
reçue. Il en produiTu une véritable-
ment j mais toute différente de celle
qu'ils avoicnt demandée. Celle qu'on
lui avoit envoyée me laiiroitexpoféaux
rifques d'un nouveau Procès , comme
s'il n'en avoit fourni aucune. On lui
ordonna d'en faire venir une nouvelle.
11 s'y engagea; mais quelque tcms après
il déclara qu'il ne pouvoir pas l'obte-
nir. Mrs. les CommilTaircs ne voulu-
rent pas fe relâcher fur un point , fans
kqucl ma déférence , pour ce qu'ils a-
D 7^ voient:
54 Réponfe au FaBum
vofenc exige de moi, m'auroit éré fu-
nelte. Ils ne renonce rcutpourcanc pas
ûu projet de raccommodement. Ils
prrp.?kreuc eux mêmes au Sr. Vincent
un expédient pour me mettre à couvert
de l'inconvénient qu'ils vouloient pré-
venir. Ils lui dirent de citer ia Sœur
afin quVlle vint en perfonne , ou par
Procureur , déclarer les prétentions
Qu'elle pouvoit former fur l'hérédité
de Mr. Louis Lambert. Ils firent plus
encore : ils promirent au Sr. Vincent
que pendant le cours de cette procé-
dure, il touchcroit deux mille florins,
& que quand elle feroit finie, il auroit
Jcs quatre mille qui dcvoient lui re-
venir encore, & qui feroient mis jufqu*à-
ce tems-là en dépôt entre les mains
d'une perfonne qui ne pourroit pas lui
ctrcfufpccbc.
Voilà les dures conditions qui furent
propofeesau Sr. Vincent. Un homme
quiavoitété Tanneur en France, & qui
fe plaint, * en écrivant à fon Frère qu'il
foufFroit plus dans cette profellion qu'un
Forçat fur les Galères : vin homme qui
avojt fait inutilement deux voyages aux
Indes pour gagner fa vie: un homme que
fon Frère avoir déshérité : un homme qui
plaidoit actuellement prtf Deo , 6c qui
de Ton propre aveu s*étoit endchté de trois
* J'ji i'origiual de cette Lcurc.
du Sieur Vincent Lambert. 5 y
niilk florins pendant ies procédures d'un
il long procès j un tel homme trou voit
qu'il l'eroit le. 'plus malheur eux de tous les
hommes d'avoir Je tiers ou la moitié a u»
lie hérédité dont le Tert-iieur t'^voic
tant de fois déclaré indigne. Il vou-
loit après avoir obtenu de moi éooo.
florins par accommodement , me taire
peut être un nouveau Procès au nom
de fa Sœur, 6c m'ôter même 1 honneur
& le plaifir d'aiUfter de bon gré cttcc
Femme & fes deux Filles , en cas qu'el-
les vinfent profeflTer leur Religion.
11 ne me rcftoitdonc plus dereflbur-
ce que dans une Sentence du haut Con-
feil : Je Tattendois avec impatience
pour faire voir au Sieur Vincent qu'a-
près m'avoir efTayé par des mena-
ces , il me trouveroit acceflible par
d'autres voyes. Il fembloit queliPru»
dence l'engageoit à fe concilier la bien»
veillance de Tes Juges dans une circon-
ftance fi délicate , & Il critique pour lui.
J'avoue que j'aurois cru qu'il m'auroic
ménagé au^î, afin que (1 la Sentence
delà Cour étoit confirmée par le Haut
Confeil , il pût obtenir de moi des
moyens pour fubfifter. Cette conjec-
ture paroifloic d'autant mieux fondée
qu'il dit luirnême, que s'il avoit accep-
té les 6orjo. florins qui lui furent offerts,
D ± il
5<5 Réponfe au Faclum
il éroît même avec cette fomme k plus,
malheureux de tous les hommes , & qu*il
ne pou voit ni payer fes dettes , m ga^
gnerfa vie. A quel état ll^ra t-il donc
rcduir ,(1 la confiance qu'il a de gagner
fon Prccès eft trompée ? Mais dans le
tems que j'avoiscctte opinion de lui,
oa m'avertit qu'il imprinioit un ouvra-
ge Satyrique contre moi , & qu'il en
avoit déjà montré les premières feuilles
àfesconfidens. A peine m'eut- on don-
né cet avis , qu'on me connmuniquâ
cette pièce. Je la fis voir dès lors à
quelques perfonnes,ncmmémcnf à Mr.
de Morin, & à Mr. van dcr Burg.
Environ quirze jours 3près que je
l'us vue êc communiquée, j'en reçus un
exemplaire avec une =* lettre du Sr. Vin-
cent qui s'en dit l'Auteur, 6c qui m'af-
fure qu'il ne tient qu'à moiâejupprimer
entièrement ce Fa6îurn , qu'il n'en a pas
diilribué encore un feul exemplaire , qu'il
ne tiendra qu'à moi qu'il ne r/je les remet-
U tous 5 que je n'ai pour cela qu'à lui
faire une offre ratfonnable /mais qu'il ne
me donne que vingt-quatre heures pour
m'y déterminer, 6cc.
|c lui répondis que j*avois déjà dé-
claré mes difpontions à Mrs. les Ccm.
miiTairts du Haut Confcil qui Us a-
* Çiilte Lettre cfl Jrj)priMCc à !â firi dî foti Faélum.
élu Sieur V'mcait Lambert, fr
voient apr uvecs : Qiie je n'avois rien
à y ajfûttr, & qu'il pouvoit difpo-
fer de fon Fadum comme il jugcroic
à propos. C*tft auHi le parti qu'il a
pris , i\a]vgé À propos non Icuîement de
donner cette pièce aux pcrfoanes qui
peuvent avoir quelque influence fur la
décifion de fon Procès , mais de l'en-
vcyer à toutes les Eglifes de ces Pro-
vinces. On m'alTurc même qu'il en a
répandu d^s exemplaires en France
& en Angleterre.
A Près avoir ex pofc la conduite que
)\ù tenue à l'égard de Mr. Louis
Lajiibertjjevais examiner quelques paf-
fages du Fadlum qui m'a engagé dans
cette difcuilion. J'en faits deux claf-
ies. Dans la première je mets ceux qui
tende^it à invalider eu à annullerle Te-
llament : Dans la féconde , ceux qui
roulent fur d'autres fujets, que je n'ai
pasrtioini d'intérêt d'eelaircir. Je com-
merce par la féconde clafïc.
Le Sieur Vincent veut d'abord per-
fuadtr fcs 1 e6%eurs que c'efl lui qui a
compofc fon F?dum. Qim que f igno-
re Vart àe parler éUqtiemmmt y dit-il, je
ne lailjcrat pus de parler mot-même , ûfin
de n expofer per'lome au rejjemtment de
Mr . Saurm, On a dcja vu Icjiigcmenr.
que
5? Réponfe au Fa&um
que Mrs. la Frété, & Benelle font de ce
paflagc. Je ne favirois non plus qu'eux
me perfuadcr que le ftylc du Fadum
ibitle même, que celui d'une lettre du
Sr. Vincent à feu fon Frère. J*en ai
l'original entre les mains, j'en mets ici
une fidèle copie, êc je puis en produire
plufieurs autres du même ftyle, & de
beaucoup plus fraiche datte.
De Paris ce ij. Janvier 1705.
,j Tai receut lauotre mon très chcrt
,, I frère aucc beaucoup du plefier ,
j, dans laquelle vous me marque, de
,,traiuailler aparis ce que je fait auec
,, beaucoup de chagrin voyant que
„vous me ditte que je ne pourret pas
,j trouver du traiuail Amftcrdant, fi je
j, vous ay témoigné que je fcroicnr bien
j. aife dy aller ce netoientpas pouryRe-
3, {1er longtems , mais feulcmant pour
jjauoir le plefir de vous enbralTcr voy-
j,antqueje nez jaraaiz eut l'honneur de
3, vous voir , &" pour voir la religion
5,cart comme uous fcavcx je ne Les ja-
5,maiz veut. Je feroient bien aife s'y
,, îella ce pouuecde la voir et vous aufli
3, auant meretirer annonay, je n'auroit
,j pas filtot quitte le pays , Ci navoit
„e(l-e le MeliiTe quon y va faire qui
5, font plus rudes que jamaiz on les ayes
„faircart lonî krat tirer au billhietjuf-
du Sieur Vinc ent L cfnltrt. 59
quaux hommes maries depuis 4ans et **
ceft ce qui ma oblige aiiec plufieurs*^
autre garçonz dannonay de venir a **
paris pour lcsEsuiter,ceft pourquoi je
vous prie mon cher frère fy par quelle
moyent je pouuec traiuailler Amfter-
danc ma profcilion ou en quelque ville'*
voifine jufqua ce que le mauvais tand"
cuflè pafle je vous feroicnt bien oblige *
fî vous vouliez avoir la bonté dcme le '*
faire fçavoir, & me faire prendre par
quelque pcrfonne que je peuteftre en-
furette quart je vous aflciireque fi iy
peut trouver du traivail jy gagnere bien
vie au lieu qua ce temps icy lonnega-**
gne Rien a paris, je vous envoyé une
lettre que ma mère ma enuoye danno-*
nay dans une lettre quelle ma exrit.
Je trauaille chcux Monficur craflbu'*
tanneur au faubourg S. Anthoine je
vous foite une bonne année acompa-**
gnée d'un grand nombre dautre et"
vous demande la continuation de vo-*^
{Ire bonne amitîc et \à grâce de craire*^
que je ch'.rchere toufeles auccafionsa'*
vous tesmoignier combien je fuit aucc'^
toutte lamittiépoflibk. Moncherfre- '*
re *'
Votre très humble ^r obciflant
frcrectferviteur
Laipbcrt,
Mon
fo Réponfe au Faâum
5, Mon adreATicIla Mr. Craflbut tanneur
,,aiifaubourgS. Anihoine.
Si Ton ne peut pas reconnoître dans
la Lettre que je viens do produire, le
flylede TAutcur du FaAutn, il cft dif-
ficile aiifll de la concilier avec ce que
leSr. Vincentavancc,j)age8. Jevinsen
Hollande, dit il , m 1705. après avoir
ûpprts en France a tenir les Livres chez
Mr. de la Forte fameux Maître Hollan^
dois y & avoir été quelque tcrnsfur le Com*
ptoir de Mrs. Galdi Banquiers à Paris.
Mon Frère qui avoit be[oin d'un Garçon
de Comptoir ^ meperfuada de lut en fervir^
cy rn* empêcha de rn' engager avec Mr . Jean
Rien Marchand à Amjterdam y qui n^ of-
frait de bnns apomtemens &Ja table. Je
reftai chez mon Frère jufq/ien ijio. Et
dans la page 9. Je n'ai pas peu contribué
par mm travail & par mon afftdmté, à
ta fortune que mon Frère a faite dans le
Commerce.
La LccrreduSr.Vincentquc je viens
de produire, eft de 1705. 11 vient de
nous dire lui-même , qu'il arriva en
Hollande cette même année j il veur
donc que nous croyions qu'il étoit dès
lors en état de rendre à iow Frère les
fervices qu'il fait monter , dans un mé-
moire qu'on m'a donné depuis quel-
que
du Sieur Vince fît Lambert, 6i
que temsjurqu'à 1400. flor. pour chaque
année. C'efl: à ceux qui entendent le Né-
goce,! décider, fi un Garçon qui a écrit
la Lettre ci-dcflus mention née,eft fondé
à avoir de fi grandes prétentions.
Le Sr, Vincent dit, page i. que je
Vaccufe de mener une vie déréglée ^ é^d'a-
*voir changé de Rdtgton en France. Je
déclare que je ne lui ai jacais imputé
ces deux chofes. Je ne le connois que
par deux endroitSi i. Parce que Ion
Frère m'en x dit. 2. Par la conduite
qu'il a tenue à mon égard. Je fufpens
de bon cœur mon jugement fur l'idée
que Ton Frerc m'en a donnée : Et
pour ce qui concerne la conduite qu'il
a lui-même tenue à mon égard, je laifie
la liberté à chacun d'en tir<^r les con-
fequences que bon lui femblera. S'il
mené une vie réglée comme je le fup-
pole : S'il veut vérifier parfon attache-
ment à notre Ste. Religion j'qu'il étoic
incapable de la trahir, j'en ferai ravi :
je ne ferai aucune attention à fes démar-
ches paiïéesj je n'aurai égard qu'à cel-
les qu'il fera pour les reparer, & j'a-
girai de fout mon pouvoir pour con-
tribuer au bonheur de fa vie, malgré le
venin qu'il a voulu répandre fur la
mienne.
11 avance , p:^ge 19. qu'il n'a apris
la
6i Réponfe aux Factum
la mort de fon Frère qu^apiès ctrc ar-
rivé à Rotterdam au commeneem cr.t'e
Tan 1713. Mais il nous dit lui-même,
page 12 que la mort de fon Frerc etoic
arrivée le 3. Décembre 1722. Je larjo-
tifiai à U veuve Lambert le 8. de ce
Mois là : Elle mVcrit elle-même
que le Sr. Vincent éroit parci le 6. de
Janvier pour (e rendre à la Haye ^ érpottr
alir retirer le bien de fon Frère , & elle
me prie de pourvoir à Câ qnc le Sr.
Vincent ne s*cmp3re du Leg qu'el-
le croit avoir, & dont elle affure qu*-
elle n'auroit jarn^is im denier s'il tom-
boit entre les mains de fon Fils.
Le Sr. Vincent me reproche , page
10. que je n*ai pas été une fshîe fotî voir
fûH Frère Lmts pendant les trof^mois quHl
a loge chez le Sr. R^g-mikh H^ye, {^fwi
qii'ileut été plufieurs fois chez moi avant le
voyage d'Aix. M.ii<î comment aurois-
je été le voir alors ? fe nefavoisni qu'il
fut à la Hiiye , ni qu'il log::ât chez le
Sr. Rognon, ni même qu'il vécut. Il
y avoît environ quinze ou fcize ans que
je n'avoiseuoccafion depenfer qu'il euç
ex fté, 5c il ne me fit qu'une feule vi-
fite dans laquelle il me dit qu'il alloic
partir pour Aix.
Le Sr. Vmccnt rapporte enfuite en
dérail ma coiivcrfacion avec feu fon Frè-
re.
du Sieur Vincent Lambert, 6^
rc. Mr. Saurin , dic-il , vint anjji-tot
voir mon Fr ère , & s'exctifa du mieux qu'il
put auprès de lut i lui pYOTeJlant(jue cen\i^
•voit été m par mépris ^ mpar fier 1-é qu'ail
Vavoit reçu comm e il l'avait fait , mais util"
quemmt par une dijtra^ton que [es étu-
des O" méditations lut caufoient quelquefois,
crc. Mais je demande qui a pu fi bien
informer le Sr. Vincent de ce qui fc par-
la dans un tête à tête que j'eus avecfon
Frère ? Moi à qui ** le Sr. Vincent re-
proche , que je prenois des précautions
pour écarter de ce malade tous ceux
qui auroient pu lui parler en faveur de (es
Parens : Moi qui lobfedois fans ceffe ;
moi qui eus tant de join que Mrs. Belain
Père & Fils n'aprochûjjent de lui ; aurois-
je admis des témoins quand je travaillois
à pcrfuader un mourant de priver de fon
bien fes légitimes héritiers , &: de me
fubftitucr à leur place ? Ne fcra-ce pa»
principalement alors que j'aurai ufé de
l'indigne prudence que le Sr. Vincent
m'attribue f Que fî perfonne n'a pu en-
tendre les lâches difcours qu'il me fait
tenir, comment foutient-il que je les ai
tenus ? E(l-il permis quand on parle
au public , quand on plaide fa propre
caufe devant Tes juges , quand il tfl:
que-
^4 Rêponfe au Fa&um
queftion de la répHtation &: de rharT«
neur d'un homme qui eft revêtu * dis
Jacrecara0eri.,poux lequtl le Sr. Vincent
die avoir un il i^rofQmlrejpe^ , eft- il per-
mis alors d*imiter le ftyk-des Auteurs
Roiiiancfqucs , qui ra portent les con-
verfations que les f rincts ont eues dans
leur Cabinet avec kurs plus intimes
con/idcns, & qui ks racontent avecla
même exaftituJt;, & avec kmêmc pré-
cifîon que s'ilsyavoi nx eux mêmeaiii-
fté} ou que ceux entre lefqUvUel es fe
font pafTées leur en avoient fait confia
dence ? Pour inoi je déclare que k Sr.
Louis ne s'eft jamais plaint à moi , ni
directement , ni indirectement de la ma-
nière dont je Tavois reçu , & que com-
me je n'ai jamais crû lui avoir fait au-
cune oiFenfe dans cette réecpion , il
ne m'cft pas même venu dans l'cfprit de
lui en faire les moindres excufes.
Le Sr. Vincent me reproche, page
28. que j'ai refufé d'envoyer à fa Mère i
dc'ux cens francs argent de France , qui *
n'enfefoient alors que 50. monnoye de
Hollande , fans quoi elle ne pouvoir
faire le voyage de Genève. Mais il fe
trahie lui-même en tenant ce langage.
Ne nous avoit-il pas dit en arrivant ici
que
Voyez le Fi<n:iJtn page I.
du Stem Vincent Lambert, éj
que cette Femme étoic comme en en-
fance, & hors d*etat d'accepter les of*»
fres que je lui avois faites. Ne la re-
p efcDte t-il pas lui même dans fou
Fa£tum comme en état de * caducU
té f Et fans infifter fur cette depofi-
tion , quelle mcfurepouvois je prendre
avec une pcrfonne donc toutes les dé-
marches avec moiétoient autant decon-
tradidions : qui ne m*ccrivoir fier* dans
une lettre qui ne fût détruit dans celle
qu'elle m'écrivoit incontinent après j
qui tantôt vouloit que j'agiff- contre fou
Fils,canrôt que fon Fils agit contre moij
qui tanr^c me rcconnoilîoit pour légi-
mc herîtier du Sr. Louis» & qui tan*
tôt me menaçoit de me faire rendre l'hé-
ritage par la contrainte} qui tantôt me
dcclaroic qu'elle ne vouloit point de
g'^acedc moi, & qui tantôt me foUici»
toit de lui en accorder ?
Le Sr. Vincent produit , page 22.
une lettre qu'il dit avoir reçue de fa
Mt:reen datte du 19. Mai 1725. & dont
le ftyle ne reflemble point du tout à
celles qu'elle m'a écrites. Je n'accufc
point le Sr. Vincent de l'avoir forgée:
On ne faurois le foupçonner avecjulti-
cc d'être l'auteur de ces Phrafes, // elè
** Page il*
f;
iè - Rêponfè au Faâmn
'apz ContÈk de tout le monde que les mau*
•vafstratlemens de vo're Frère m'ont oblt-
gh de revenir en France , & non pas le clef-
fem de fi and ait jtr l Eglife, comme Mr. San-
nn le lui avottfatt eniendre four lui at*
U'àper nti- Tejîament favarahle. Dieu a
permis que dans fa va fie ambition il fefoit
ûtéUé jttfqu* ai4 point de ne me laijjer nm
■donner dhHsjoHTefifimtnt , &qu'tin'yfoît
fait aucune inention de moi. Il efi (ans
dfffïculté que cet oubli âffe5ie U rend nuL
iMr. Saurifjl'avôit reconnu pmfquecroiant
aie faire tomber dans /on ptegeé^femam-
^^'éPtir dâfiS' vton bien a mon préjudice , il
Th'a off&t i^ fait offrir par Air. Ca^
n^alhier une ftnfion que jî n'ai pas voulu
ikceptert parce qu'elle m'auroit mis enfui-
'-te hors d'étatdt faire cuffcr U Jejtammt.
Le ftyledc cette lettre cft ce que j*ai
lie moins d'int<5ret à faire remarquer.
Ce qui doitlcplusycrreobfervt: ccfonc
•les dcrrïarches qu'on m'y attribue. Il
y avoir quinze ou feizc ans que je n'a-
■vois vu le Sr. Louis Lambert quand il
me vint voir pour la première fois à la
Haye. Je ne favois un moment aTanC
la vifite s'il vivoit : beaucoup moins que
fa Mère fin au monder <]u'elle eût ja-
itîâis été en Hollande: qu'elle en fiiC
repartie : que fon Fils Louis i'eiirbicn
€u nul uaitéc. Probablement je l'igno-
rcrois
du Siefdr Yincent Lambert. 67
rerois encore, s'il ne me Tavoit apris.
El c'eH moi qui lui aurai perfuadc des
choies fur lefqucilcs il dcvoit ctrc beau-
coup mieux inftruît que moi, ôc que je
ne pouvois favoir que de lui ! C'ell
moi qui dans ma vsfii ambition me Jerai
oublié , jufqu'à lui faire entendre que
cette More dont j'avois ignore l'hiftoire
jufqu'à ce moment, étoit retournée en
France , non à caufe des mauvais traite-
mens qu'elle avoir reçus de lui i mais
pour fcandalifer TEghle! C'cftmoiqui
me ferai oublié jusqu'au point de ne pas
permettre qu'il lui lailTât rien dans (on
Te (lame nt !
D'ailleurs fi cette bonne femme a ca
des idées fi fauflcs de moi le 19. Mai ,
elle a en quelque forte reparc cette in-
juftice le 20. de Juin, par une Lettre
dont je confcrve l'original i que Mrs.
les Commiflaircs du Haut Confeil pour-
ront confronter, s'ils le trouvent bon ,
avec la Lettre au Sr. Vincent , pour
voir fi ces deux pièces fi différentes à
l'égard du ftyle & des fentimens , font
écrites de la même main. Voici celle
qui ra'eft adrefiee.
E 2 Ce
68 Rêponfe au Faâum
Qe vain dejuin,
y 11 yT^^'^^iï'* après vous avoirs afcu-
„ \SjL "^^s de mes refpcc je prcndresla
j, 1. berces de vous pries Monfieur li! vous
,,plaitme faire la graffe de portes mons
,3 fils a me faire jouis mon bien ou bien
,,qut mcnvoy pour vifure je fuis pas enago
„dc pouvoir gagnies mavie puis quejc
j, fuis agee de fois faute & quainfc anee
3, je fuis baucou foiblc par les chagrin
5, quejcay des mauvais traitemcnsque
55 mon fils me fait Monficur je vous
jjpriedefairerandre lafijoins te amonfîs
j.s'il vous plait jefperc sette erafse de
5, vous Monficur 6c Ac. Mecroire voflrc
5,tres-humble etobéiflante fervantc
Veuve Lambert.
La fufcfiption cft ainfi :
Monfieitr
Monjieur Sorams
a la yais a olan^
de
Et plus bas , d'une autre main ,
yl la Haye
en Holande,
La crainte de îafl*er la patience de
ceux qui jetteront les yeux fur cet E-
crit , m'empêche de relever divers au-
tres
du Sieur Vincent Lambert. 6^
très endroits du même genre que ceux
que j'ai marquez. Je viens aux paca-
ges qui rendent à invalider le ïtib-
menc du Sieur Lcuïs -, & laiifanc
aux Jurifconfultes qui fe font chargez
de ma caure> ^c foin de puifer dans la
juriiprudence des argumcns pour lava*
ïidicé de ce Tellamei:r, je mécontente
d'alléguer ici ce que la railon & l'ex-
periencc peuvent me fournir contre W^
objections du S. Vincent.
11 dit, page 30. qu'il a fait voir fÎK
nuîîitez du Teftament de feu fon Frère.
Première nullité. Le Teftateur ne
l'a point diftc : Ce qu'il prérend prou*
ver par la feule expofition du Tefta-
ment même, laquelle lui fcmble fuffire
pourjuftificrle jugement qu'il en fait;
c'eft que cette pièce eft l'ouvrage de
quelque habile Praticien. [Pageiô.] Je
ne derobs point au Sr, Fàvon la gloire
qui lui reviendra du tirre d'habile Frati*
ctm , que l'Auteur du Faârum lui donne.
Il me femble pourtant que ce titre ne doit
pas le flater beaucoup 3 s'il n'eft fonde
quefurleTeftamentdontil eft ici que-
ftion , 6c où il n'y a rien qui ne foit dans
le ftyle le plus ordinaire de ces fortes
d'ouvrages.
D'ailleurs fi le Sr. Vincent a eu la ci-
p^Kifé de compoferleFaduni dont il fc
. E 3 dit
yo Réponfe au Fa&um
dir l'Auteur -, pourquoi fon Frère Louis
n'auro'it-il pas eu celle de faire l'ouvrage
d'un habile Praticien ? ;..::.
Mais fftfin , queleSr Vincent, ou
celui qui écrit pour lui , prouve qu*un
Te dament pour être valide doit avoir
"été didé par le Teitàteur , & qu'il eft
nul quandilaeté dreiTé par un habiU
Traticten. '- ■ -
«^5 Seconde nullité, page3o. Laântedu
Te/iament ejl contredite par les témoms de
la foufcrtpion. Le Sr. Belain Fere dé'
pofe [ voyez page i6 ] qu^ilaétéf^iitpar
le Notaire Favon/ïx ou fept jours avant
la mort du Teltatcur , & le'Sr. Belnin Fils y
ytùl a été fait peu de jours avant ce tems-
là ; ce que confirme Mr. St. Martin autre té-
fnotn de la fonjcription ; ce fon t 1 es paroles
du Faftum.
J'abandonne fans répugnance le Sr.
Favon à la rigueur des loix, s'il cû ca-
pable de mettre par malice ou pur négli-
gence, une faufledatteàunTcftamenr.
Je dois pourtant faire deux remarques en
la faveur j Tune que le Mémoire men-
tionné ci-dciïus, page lo. qui me fut
remis par le Sr. Louis, &: qui efl relatif
au Tefl-ament dont le Sr. Vincent contre-
dit la datte, eft daté du 5 Novembre
1722. un jouraprès celle duTeftamcnt
même.
2.
du Sieur Vincent l.amberî. yx
2. Mr. S. Martin s'iofcru en faujq
contre la depofition que le Sr.yinçcnt
luiacrnbuë, & fon ArteftatîO.n coctéc
A. le iroaycra à la fia djçii Ecrit , parnii
les pièces juililïçatives dcii faits que j'y^
aurai avancez. ■ • -î va.-v; •• .-S
3. Four ce qui conce,ri?.eW Srs.Bc-
Iain, c'cft àcuxà expliquer- plus préci-j
ftm€nc les idées qu'ils ont attachées,^
leurs cxpreflions. II droit nacurelqu'^7
yant eu la généroilté, du moins iî noui
npus en raportons aii Fa^tum , de refafc^ç
i'iiiéritagc de Mr. Louis Lam,bcrt, il^
euilenc a-ufli celle de rendce t^î^JOig lage ^
la vcrité , quand le Sr. Favon le^ar faifoi
1
àcs infinuaxions pour 1^ dccoiiyiir. C
auifi ce quMsontfait p^r u,p.4,â;c cott^
B. ( voi ibid. ) dans It quel ils djé^clari-nr^
que lorsqu'ils avoienr fait en.la.pref .ne^
de Mrs, les Coaunifli^ircs delà Cour
la fufdiic dépoijcion, ils.a'^voient par-
lé que conforme[mmt , éf pffo^ aii^tant que
leur mémoire leur df Boit, alors, ne p u-
vanr rnarquer de tcms plus précis: mais
efu\îyant vu d.epuis tm FrSiim , dans le*
quel on a Veffronterie 4'expofcr abufive'
ment i (cefpr^c les expre0iQns des Srs.
Belain ,.[5v, nan les .miennes ) ô" de
iirp' une confequcnce abvfive de ce qui n'efi
pas j ils déclareritque ladate duTtftiinient
ejl j^iftC} qu'il a et é fait le ^. Novemùrc
E 4 1^22.
71 Réponfe au Faâtm
lyjz un mots moins iinjoitravantlamori
du 'liftatenr.
'1 roiiiemc Dullifé, page^o. LeTe-
fiaîeur a etéohjede ; on a écarté de jon Ut
tous ceux qm ponvoient lut remontrer jon
devoir envers jn Mère.
Une accufâtion fi atroce devoit du
moins être colorce. Il faloir produire
quelques témoins faux ou véritable s,
pour lui donner quelque poids. LcSr.
Vincent, dont je ne puis mn dire de
plus avantageux à l'égard du Public, fi
ce n*cft qu'il en efl enricremcnt inton-
nu ) ne pouvoit pas fe flatter qu'on le
çroiroit d*abord fur fa parole, ù toutes
choies d'ailleurs égales, je crois pou-
voir me promettre que mon témoignage
contre balancera le fien. Ce n'cft pour-
tant pas mon témoignage que j^oppofe
à celui du Sr. Vincent, c*eft celui d'un
de mes Confrères, quiaattcfté ci-dcfTus;
que je l'avois moi-même chargé deux
fois de vifiter le malade, êc d'tpfiJUr *
f/irîiculiere^nent fur l'ammoflfé qn^tlavoit
contre fus parens. C*cft celui du **
Sr. Vabrcs , venu exprès chez moi
pour foliciter en favtur de celui qui
me fait aujourd'hui un reproche fi
odieux ,
• Voî. ci <ie(Tut, pi^je Ij*
•• Voi. ci idsflTus pige \6
du Sieur V'wcent 'Lambert. 75
©dieux» &: que je chargeai d'aller par-
ler lui méïtie en tavtur de te Frtrc ,
promettant de joindre cnfuife mes foli-
citâiions aux Tiennes : ce que Dieu fait
que j'ai fait non feulement une fois ou
deux, mais à peu pi es autant de fois
que j*cn ai pu trouver roccifion.
Qitc fi tout cela n*cft pas fuffifant
encore, pour rcpoi.ffcr le trait empoi-
(c nné qu'on a pcrfuade au Sr. Vincent de
lancer contre moi,voici quelque cliofe de
plus. Le Sr. Luia la Grange témoin d'au-
ta't moms fufpeftlur ce fujtt, qu'il a pu
fc reioudrc à dcpofer,qu*il avoit toujours
trouve le Sr. Louis* extravagant y ca-
pricieux, & tout plein de fûnîatfies,^ que
j'en avois doané moi-même ctttc idée:
ce même homme attefte qu'il m*a ouï
recommander au Sr. Btlûn , de laijfcr
parler le malade à tous ceux qui vitndroitnt
le voir : Qii'ayant lui même témoigné
à Mr. Cavalhier, qu'il vouloit aller fo-
îiciter le Sr. Louis de faireun leg auSr.
du Homel , Mr. Cavalhier le mtnu
dans la chambre du malade, cùilrrou-
va Mr. Vorz, qui en fortit incontinent
avec Mr. Cavalhier , 8< qui n'y rentrè-
rent point jufqu'à ce quelcSr. Luia eut
fait fa folicitation. Cette Déclaration
fe
• Vol. le Fââum , p«,'»f 7.
yjç Uèponfe au FafiutH
fc trouve avec les autres , cottéc C.
Quatrième nullité du Tcftamcnt.
On a employé des 'voyes tUégitimes pourga*
gner la bien'veiUdnce du Icftatettr, ^cs
voyes vtïitablcmcnc lîlcguimes, Seca?-
pabiesnon fvuleincnt d'apauler le Tefta»
ment, mais d*imprimcr une note éter^'
nelle d*infamie à 1 héritter, s'il a été ca-
pable ' de les fuivre , ioat marquées
par i'àccufatcur. Il dit, page ii.quc
fon -Fr^re fit venir des huîtres , &d6S
coteletcs la veille de ion Tcftsinent,
qu'il; les mangea avec Mr. Cavaîhiar
& moi-v ce qui auroir été aireftc par
le Sr. Bclâin. De plus il dit , quje
mon valeç fournir Ac tria part à ce rtpas
le vin & u« demi (Dindon , ce quiai|-
roir été atneilé par le nomme ^nà^î'^c
Pracht valet du Sr. Louis.
A ces faits il ajoiitedefonchef, qucjie
laijfai bfitre le malade avec excès , ér que
je lut fourmjjois de pioi s'enyvrer jour ^
nuit. Sur quoi je demande d'abord
pourquoi le Sr. Vincent qui a cru de-
voir citer des témoins pour donner du
poiîî'S à its deux premières dépofitions
qui font les moins odicufes, favoirque
j'ai fait collation avec le Malade » à
laquel'k'fai moi •même contribué, n'ai-
lei^ue aiîcjn réiioin pour confirmer les
l'ccoadts dcpofitions 5 qui font incom-
pa-
du Sieur Vincent Lambert. 7 j
parablemeut plus odieufes, & qui ont
pour cela même un plus grand beloin de
preuves ; favoir que je ioufFris que le
Malade bût avec excès en ma préfence.
Se que je lui fournifîois dequoi s^enyvrer
jour ^ nuit.
Je dois pourtant avouer que je me
fbuviens très-bien que le Sieur Lambert
ayant recouvré ïqs forces quelques jours
après que je l*eus vu pour la première
fois, il me pria fou vent à manger avec
lui; queplufieurs raifons me portèrent
à me défendre de fes invitations: que
je m'y rendis une fois y ôc que je dfnai
dans fa Chambre avec le Sr. Vors, à
moi parfaitement inconnu dans ce
temps-là , & avec le Sr. Cavalhier, que
je ne connoiiïbis gueres davantage. Il
efl: à noter que je n'avois pas la moin-
dre connoiffance alors des mœurs du Sr.
Lambert , ni des excès dans lelquels le
Vin Pavoit jette. Le refte du détail
de ce repas je l'ignore. Je ne fai fi le
Valet qui me fervoit alors , & dont on
peut voir le Certificat * au bas de cet-
te page, porta ce jour-là quelque cho-
fc
* Moi Daniel Hoefelyn ayant appris que le
Sr. Vincent Lambert publie que j'ai porté du Vin
chci deffunt fon Frcrc de ia part de Mr. Saurîn,
dans
7(î Réponfe au FaBum
fè au Sr. Lambert. Tout ce que je fai,
très-certainement , c*ell: que fi j'avois
été capable d'une crime audi noir, que
celui de laifler boire avec excès un Ma-
lade , pour rengager à fi^ire un Tefla-
ment en ma faveur , cet attentât au-
roit fait fur moi des imprelTions éternel-
les ; il m auroit fuivi par tout > & je
n'aurois eu aucun repos jufqu'à ce que
je Teufle reparé par la reftitution d'un
bien acquis d'une manière fi infâme ; au
lieu que j'ofe demander à Dieu qu'il me
traite à toute rigueur, fi j'ai commis
une adtion fi atroce; fi j'ai même penfé
à la commettre.
Cinquième nullité du Teftament ; il
Il y eji fait aucune mention de la Mère du
Tejîateur, J'ai déjà infinué qu'à l'égard
des
dans le temps que j'étois à fou fervîce, déclare
quej'en ai porté quelquefois chez le detlunt,mais
pour le medeciner: & qu'il nie rendoit du Vin à
la place de celui que je lui portois , le prenant
chez Mr. Belain. Je fuis furpris aufii que le Sr.
V^incent ni'iiit fait mettre dans fon Fadum pour
un méchant habit de Valet que j'ai reçu de fou
Frère,
(Etoit figné)
DANIEL HOESELYN.
Utrechtle 18. De-
membre 1726.
du Sieur Vincent Lamhert. 77
des queûionsde Droit, je m'en rcmcttois
à ceux qui fe font chargez demacaufe,
aux lumières & à réquité de ceux qui
doivent la juger. Si le placard de leurs
Hautes PuifTances , qui exclut de la
fucceflîon des François RefFugiczdans
ces Provinces 5 leurs parens qui font
Ci) France , en a excepte les mères qui y
font retournées : Si les Loix de cette
Province portent, comme celles de quel-
ques autres lieux, qu'un Teftamentjdans
lequel le Fils paflc fa mère fous filen-
ce, n'eft pas valide -, ou fi le Sr. Lam-
bert , qui félon que \t rcconnoit fon
Frère Vincent, page 10. avoit arrête
un logement à la Haye chez le Sr,
Rognon ^our un an , où il logea trois
Mois , pour aller chez le Sr. Belaia,
où il arrêta aufll un logement pour un
an; fljdis-je, IcTeftateur n'a pas été
<n droit de fc confiderer comme domi-
cilié à la Hayelorfqu*ilafaitfon Tefta»
ment, je n'aurai pas lieu de me plaindre
quand on le déclarera nul.
Sixième nullité du Teftament. ht
Teflaîeuretoithorsdefonbonfens , jufques
îà qu'entre tous ceux qui l'ont connu,
dit le Sr. Viuccnc, page 2. il ne s'en
trouve pas un feul à qui fes extravagances
ayent échapc. C'cft ce qu'il a apuyé
fur trois fortes de dépelîcionSi les prc-
inie*
^8 Répmfe au FaBmn
niieres regardent le tcms que fon Fre-
re à pafle à Nimcgue j Les fécondes ,
celai qu*il a pafle à A'\^ la Cbapelle;
.&: les troifiçmcs celui qu'il a pafle à la
Hcyc depuis fon retour.
Je n'ai aucun intérêt à prouver que le
Sr. Louis avoit fon bon fcns pendant le
fejour qu'il a fait à Nfmegue : je le fui-
vrai bifcn-tôt depuis le tems qu'il quita
cette Ville-là, jufques au jour de fa
mort, 6c je ferai voir qu'il a eu Tefpric
fain pendant tout ce période, qui eft
d'environ dix mois : cela me fuiîit ; quand
il auroit été enchaîné avant ce tems- là,
ibn Tcfl:amcnt n'en a pas moins de vali-
dité.
Je crois pourtant devoir réhabiliter
autant qu'il m'cft: pofllble , la mémoire
d'un homme qui a cru me faire du bien
en me conftituant fon héritier. Quene
puis-jCjCn montrant qu'il n'a jamais été
dansunétat, oiilâfrêleconilitution du
cerveau des hommes peut faire tomber
les meilleurs Chrétiens , le difculpcr
d'une paflion qui efl: incompatible avec
le Chrifl:ianifme !
Le Sr. Vincent produit jufqu'à huit
témoins, qui attefl:ent que fon Frère a
été hors du boa fens pendant fonféjour
à Nimeguc. Mais je foùtiens, qu'à la
rcfervc de ce que dépofent deux de ces
te-
du Sieur Vment Lambert. 79
témoins , tout le refte prouve , non que
k Sr. Louis étoit fou alors, à prendre
ce mot dans un fcns littéral &phyfique,
mais feulenient qu'il a fait des folies pen-
dant Ton yvrcHe.
Je veux qu'un ^ homme digne de foi,
qui étoit aile vifiter le Valet , ait trou-
vé le Maître extravagant , fantaftique y
dUine humeur mjuportahle, dejiituê defens
^ de raifon. Je veux qu'il ait entendu
dire à deux autres Valets qui Tavoienc
fervi, qu*tl[ekvoitîanmty courant parla
waifon , ayant un couteau à la mam pour
l'a^ajjiner. Je veux qu'un autre témoin
ait vu des garçons ramafTez à la porte du
Sr. Louis, crians de gtkkcn Hccr, ôc
qu'il ait prié le fils du Maîtredcs hautes
ceuvrcs, de fouetter twefcmtne , & dépen-
dre un homme ^ lui offrant pour toute rêcom-
penfc de ces deux opérations , une Comme qui
ne pdffoit pas un efcalm : tous ces faits , èc
quelques autres de ce genre accordez,
qu'en refulte-t- il par raport à la queH-ion,
il le Sr. Louïs avoit une habitude de folie
phyfique , 6c proprement a^nfi nommée ?
Conibun deperlonnes, d'ailleurs très-
raifonnablcs, connoiffons nous , qui dans
les accèsdckuryvrelTe ont fait pis que
tou
* Voif fz tous cet faitj 8< pîufi'urs autr;:? de ce gttir-
raportés dantia3;'!£;c-page dti F^daut*.
8o Rêponji au Fa^sm
tout cela ? Combien qui non fcuîcmant
ont pris un couteau pendant la nuit , mais
qui l'ont enfoncé dans les entrailles de
leurs Concitoyens ? Combien qui ont
non feulemtor menace d'aflallincrjmais
qui ont alTafliné réellement ?
Les deux dcpofitions qui m'ont le plus
frapé , font celles de Oherard Tiflcn
Valet du Sr. Louis ; & c ! h du Sr Je?a
Ganabicr ci-devant Fabriqucur de tas.
Le premier attelle ( page 4 ^ qt^il n'aja»
mats pu âiftmguer , Jtfori Maître et oit y vu
mi dans {on bon fens
Le fécond dcpofe, que le Sr. Loiiis
ayant unccntréelibie chez lui , comme
il Tavoit lui-m^mc rcciproquc^raent c\\-z
ieSr. Louis, il Tavoit trouve hors defon
boufenSy foiiqu^tlfut yvre, ou non. lia»
joùce que Mr. Ponce Miniftre lui avoic
défendu fa maifon , parce que ledit Lam-
bert n*avoit pas le bon fens. Cette demie -
rc circonftâncc,fi elle étoit bien prouvée,
f< Toif unegrande imprclTion fur moiimais
3*aidémon(lrationqueMrPonceaeunon
feuît^ment des relations vagues avec le Sr
Lambert , mais même un commerce d*a-
mitic & de jeu d'efprit. Cela paroît par
divcrfcs Lettres qu'il lui a écrites, 6c qui
font datcécs de Tannée même dans la-
quelle la prétendue folie du Teftateur,
ùcvoic être dans fon plus haut période;
fiwoir
^u Sieur Vincent Lambert. Zt
fàvoir ijyf' qui a été U dernicre de
fonfeioura Nimeguc. Si le Sr. Louis a*
voit été hors de fens j s'il avoir même rr.c-
né dans les années 17 19. & 1720. une vie
aunircandAieure que celle dont on l'ac-
ciife , cft-il vrai fcmblable qu'un Mi-
nière d'une probité auffi reconnue que
celle de Mr. Ponce , lui eut écrit en
172^. des Lettres qu'on trouvera à la
fin de cet Ecrit, cottées, D.
Mais comment le Valet TifTen auri*
t-il dépofé, qu'il n'a jamais pu difcer.
ner fi l'on Maître étoit dans Ton boa
fens ? Et comment le Sr. Gambicr au*
ra-t-il dépofe qu'il Ta voit trouve hors
de fort bon fens j foit qu' tl fut yvre , foif qu'il
ne le jât pas? Je n'en fai riea Mais
CCS dépofitions font démenties, nonf.u-
Icmentparles Lettres de Mr. Ponce Icf»
quellesje viens de produire, mais par fijc
autres dépolitions, qui font d'un touc
autre poids que celles des deux témoins
qui viennent d'être nommez.
La première (coitéeE.) cftde Mr.
Durand Faileur de rEglifeFrançoife de
Nimcgue, qui attelle que s'ctant fou-
vent entretenu avec IcSr. Louis des de-
voirs du Chriftianifme, il lui avoit ré-
pondu, d'une manière fage^ [en fee, ftrt
édifiante, ô' comme un Chrétien à qutlE^
crittire étoit tres-faîmliere.
F La
fii Réponfe au Faéfmn
'■- La féconde , cottéc F.;»^ft de Mr.
Pidat Miniftrcde rfcglifeFbmande de
-ia îitTie Ville, qui artelle qu'il a admis le
:ér Louis i la Sce Cenc, & que l'Egliie lui
adonneuncerti'ficac lorfqu'il s'eil retiré
à la Haye. Ce certifîcar, cocté G.(t: trou-
vera auiîl avec l' Attcftacion cottce , F.
Latroinémc cotrée H.ell de Mr. Du-
i#and Douleur & Avocat .qui déclaré qu'a-
yant connu & fréquenté IcSr. Loiiis, il
- Ta trouve très -honnête homme , poli dansfes
• manières y précis. dans fes tdees, jujîe dans
fesra/forimmenst fur tous les jujets de la
converfation , parttcîdîcrement fur ce qui
regardoît U Commerce ô' l'arrangement de
fes affaires particulières , érc
La quatrième , cottéc L , e(l de feu
Mr. Bernard Miniftre de TEglife Fran-
çoife de la Brille, qui attcflel'avoircon-
n u en 1 7 1 9 . Oc 1 7 2 o . //// a<voir trouvé beau-
coup de mémoire &de le^/ire, & qu'il au-
- "-roit formé une plus étroite liai fon avec lui ,
fanslapaffion quele Sr, Louis avait pouf
U vin,
La cinquième, cottce K. , efldeMr.
Devion réddent aujourd'hui à Utrecht,
qui attcfte qu'il a connu le Sr. Louis à
Kimegue, qu'il en arcçudiverfes Let-
tres, &: qu'il n'a jamais rien vii en lui
contre le bon fcns, &: déclare qu'il Ta
toujours trouve très rotfonnable, horsîe
« ^ tenis
du Slçur Vincent Lambert, 83
tcms qu'il avoir bii.
Lafixieme, cottéeL., eft de Judith
Clair Margwillere de l'Eglife Franco Te
dt^ Nimeguejquiattefîequc le Sr. Lcuis
adiiloïc aux Exercices bacrcz, & qu'il
s ycomportoit fa gemen t.
On doit ajouter à ces témcignage^
diverles Lettres que icSr. Lambert a é^
critts pendant le fëjourqu'il a faitàNi-
mcgue , & plus de cent qu'il a reçues dç
fesCorrefpondans, dont nous avons les
Originaux qui n'ont pas été produits à
la Cour, mais qui feront produits ai^
HjutConfeil. Et ce qu'il y a de plus
singulier, c'eft que parmi ces Lettres,
il y en a plufieurs du br. Vin' cat rrê-
rne, qui en écrivant à ce même F.evc
qu'il dii avoir érc fou alors i lui témoi-
gne beaucoup de fcûmillion pour fcs
ordres, beaucoup de déferencepour f s
confcils , beaucoup de recpnnoiflance
pour les bonrez.
Jen'aipas voulu prononcer fi le Sr.
Louis avoicTon bon f-ns (durant le fc»
jour qu'il fit à N!m>.gaej niaisjc me fu'S
engagé de le fuivre depuis le tems qu'il
en fortit, jufqucs au jour de fa mort.
Le Sr. Vincent dit, page 10. , que ce
fuc nu mois de Janvier 1722. qu'il alla
d'abord à Amfterdam , «Pc qu'ayant fait
connoilfance avec Mr. le Comte de
F 2 Blom-
s 4 ' Réponfè au Fa&u?n
Blomdàrr j & ivec Mr. du Homel, il
vint avec eux a la Haye. Je produirai
une Lettre, coctceM., par laquelleon
Voir que ces deux Meilleurs ne Icregar-
doicnr pas comme un infenfé , mais qu'ils
âvoicnt formé avec lui un commerce
d'amitié j qu'ils entretinrent après leur
déport de Hollande.
Le Sr. Vincent n'allègue aucun té-
moignage de l'idée qu'on avoit de Ton
Frère pendant les trois mois qu'il pafl'a
^ la Haye, avant que d'aller à Aix la
Chapelle. 11 me fuffit de produire trois
\Attefl:ations pour ce court période. La
première cft de Mr. ]alon fameux Méde-
cin, cottée N. La féconde eft de Mr,
Wolfganck autre Drdeur en Médecine,
"Cottée plus bas, X. Et la troifiémc cft du
Sr. Bofquet Maître Chirurgien , cottée
O. qui atteftent unanimement qu'il a»
Voit alors toute fa raifon.
11 partit de la Haye pour Aix la Cha-
pelle, lé i8 dumoisdcMai 1722. &:il
pafTapar MallrichtjOÙ il logea dixjours
dan^ une maifon nommée Rolmarin,donc
TLÎôre &: l'Hôteffe atteftent , qu'il man-
gea pendant ce tcms là avec d'autres
Mtflieors, qui y écoient logez avec lui,
5c qu'il y tut toujours foncfprit&: fa rai-
fon , fans donner aucune marque du con-
traire. Leur i\tteftation cft cottée, P.
Il
du Sieur Vincejtî Lamh^rt, Sj
11 arriva a Aix U Chapclfe. Le br.
Vinrent produit un leul tcipoignagcdes
marques âc folic que ion Fr.re y donna. il
eft de Mane Therci'c &, de Jeaniie yhxi-
milianc de bimon , deux Profcîy tes ch.z
Itrquellcs il logea quelque tcnis ; mais
iînenousdic pas que les depcfântes a-
voient eu un procès avec le Sr. Louis ,
qu'il ga^na , & dont j'ai vu moi même le
vcrDaldans le voyage que je fis à Aix
Tannée dernière: ce qui rend leur dépo-
fition, finonnulle, du moins fore fuf-
pc(5tc.
LaifTons la pourtant dans toute fa for-
ce; peut-elle aller du pair avec celle que
je vais alléguer ? Mr. Campdomcr Mi-
lîiftre de rEglifcFrançoife de Wals èc
réfid^nt à Aix , qui connut particuliers^
ment IcSr. Louibdans le fcjour qu'il fît
dans cette Ville ; Mr. FcUinger Dodteur
en Mcdccine, qui le traita dans fa mala-
die : Mr. Egiiiu? de Graaf qui le logea
durant trois mois entiers; ces trois Mef-
fjeurs atrcftcnc qu'ils n'ont jamais trouvé
en lui, rien qui ne marquât qu'il avoic
fonfcns&faraifon. Leurs Atteftations
qui n'ont pas été produites à la Cour de
Hollande, font co.npnfes dans une fevj-
le, cortée Q..
llpntlesBiinSj&ilbi^t les Eaux, 6c
Mr. S, Martin Marchand à la Haye, ac-
F z celle
$6 Héponfe au Fa&mn
tt'ile qu'il le baigna avec lui environ vingt
jots ; qu'ils fe promenèrent fouvcnt cn-
len biC en buvant les Eaux ^qu'ils fc vi-
fitercnc rcciproqucmcnt ,& que lui Jean
S.Martin a trouve dans toutes ces oc-
cafior s , le Sr. Louis poflcdant fa raiibn
& fon bon fcns. Cette Attelîation cft
'cotrécj R.
Mr. Barbot Bourgeois de h Ville de
Rotterdam, déclare que pendant fîx fc-
Imaincs de fejour qu*il a fait à Aix.il y
a connu le Sr. Louis, qu'il s'cft baigné
avec lui, qu'il a mangé avec lui, qu'il
s't ft promené avec lui , &:qu*iira tou-
jours trouvé tel que Mr. bt, Martin vient
cle le dépeindre. Son Attcftation eft
cottce, S.
Mr. Desmaret d*Antoigni, Gentil-
homme Reffugié qui Ta vu dans le mê-
Énelicu , lui rend le même témoignage.
Son Atrefbtion eftcottée, T.
LeSr. Louis pendant fon ftjourà Aix,
prit la refolution d'aller àOlae, petite
Ville de Leurs Hautes PuifTances, dans
le Pays de Dalhcm , pour y confulter Mr.
Chrowet Médecin , aulîî extraordinaire
par un nombre innombrable de cures
mcrveilîeufes, que par la profuflon de
fescharitez. Il atteftequclc Sr.Louïs
vint le confulter fur fes incornmodircz ,
êc que dans ksdeux ou trois viiitcs qu'il
en
du Simr Vmcent hamberî. 8r
en reçue , il ne. reconnut en lui aucune
folie, nidicnatîonj'efpnt; mais au coth^ .
trai'ie oeaucoup de jugement j Cr beaucoîijf
de circon(pelfwu à tous egat ds. Cette Ac-
tcllation, qui eftaiifliae celles qui n*c ne
pas été produites a la Cour, eft coc
tée, U.
Outre cela nous avons les Originaux
de cinq lettres, que le Sî. Louïs a écri-
tes de Maftnchc, ou d'Aix la Chapelle,
&dont il eft inutile de charger cet E-
crit.
Le Sr. Louis arriva ici. Son Frcre
produit qiutre témoins des marques de
folie qu'il donna pendant ce dernier pé-
riode de fa vie.
Le premier, c'efl: Cecilia Confian-
ce qui dépofe avec ferment, que le ma-
lade fut toujours pris de vm , jour & nuit,
fend/mt lesjixfemaines c^ deux jours qu'elle
a pifjjez ajonfervîce ; qu il ne e (eruit ja»
Wûis d' autrelotjfon t ér qiCUfit des fûUes
fans nombre.
Lu témérité de ce ferment &: de certe
dépofition, auflî bien que celle deSim-
1er Valet du Sr. Louis, qui ca donne à
peu près la même idée, paroîtra toute à
l'heure.
Le fécond témoin c'cft le Sr. Belain,
qui dépofe que le malade éroit qîidcjue-
foisfmtaJiujUQ; 6c que Mrs. Cùvalhier
F4 6c
8? Rêponfe an Paânm
ts Vors avoient dir, qu'il écoïc rempli de
caprices^ ^ defantai/ïes. «Mais que prou,
vb cette dépoljcion ? Il eft queftion de
favoir Ci le br. Louis avoit le cerveâU
troublé, & leSr.Belainnoferoitraiïu-
rer , fans démentir l'idé:: qu'il en a don-
née à divcrfes perfonnes, entr'autres à
Mr. de Gaffaud , comme cela paroît par
rAtteftation de cet Officier, cottée X.
& fans fe démentir lui-même, puifqu'il
a été un des témoins du premier Te-
ftament duSr. Louis.
Le 3'». témoin c'efl: le Sr. Jcan'Luia ,
quiatteil-e que leSr. Lambert lui avoir
fait toutes fortes degrimaces ; qu'il l'avoit
trouvé exîravûgaut , capricieux , & tout
fkmdefantaîjies. Mais je puis aiTurer
que fi le br. Luia fe plaint des grima-
ces du Sr, Loiiisj le Sr. Louis fe plai-
gnait auffi des Tiennes. Je lui ai fou-
Vcn»- oui dire, que le Sr. Luia lui ad-
drcffoit les exhortotions les plus pathé-
tiques , accompagnées des contorfjons
les plus exprcfllvcs, pour lui rappellcr
fes anciennes promeffcs. Eft -ce une
chofc étonnante que le malade fefoit dé-
fendu avec les mêmes armes dont on fe
fervent pour le combattre ? Mais fans
infifter fur ces grimaces réciproques, j'ai
trop bonne opin.on du Sr. Luia, pour
croire qu'il i-c foie renfermé, comme il
artcfte
du StteurV'mcent Lamhetî. 8p
ûîtefte lui-niême, avec un horutnc qui
avoit le cerveau troublé , ôc qu'il aie vou-
lu abufer de la foibleffe de ccr cfpric,
pour obtenir de lui un Leg en faveur
d'un ami abfent.
Enfin le quatrième témoin qu'on
allègue , c'eft moi-mCme. Trois per-
fonnes [ dit l'Auteur du Faâ:um page
7. ] ont entendu Mr. Saurinarcùerquc
leSr. LouLéîoitf^i. Le premier, c'eft
le Sr. Luia qui revient encore fur la fcc-
ne , & qui dit avoir ouï ces paroles for-
tan t de ma propre bouche : Que vou-
lez-vous que je frjfe avec mt homme qui
ejl capricieux , fou ér extravagant ? Le
fécond, cVft Mr. Dclrieu Capitaine ,
quidcpofeque j'aidit quele Sr. Louis
ûvoitfattk Tc/lamerit d'un fol. Le troi-
fiéme , c'eft le Sr. Etienne l'Etoile ,
qui dépofc que j'ai dit que le Sr. Lam-
bert avoit été un fou, qui, donnoitfcnbicn
au premier venu , ô* à celui qui le caref-
foit pour cet efftt. Sur quoi le Sr. Vin-
cent cite ces parole de l'Evangile, donc
il marque le Chapitre & le verfct ;
ijiien la bouche de deux, ou de trois toute
parole foit ferme.
|e répons prem'ercYJicnt en diftin-
guiint une folie phyfique , & une fo'ie
Morale ; je puis avoir attribue cttre
dernière au Sr. Louis fans Un atinbu.r
9o Réponfe au Faâinn
U preinicrc. Si tous ceux que j'ai eu
droit d'appcller/^«5 d^ns uiî fcns mo-
ral, ccoieiu privez du droit de tcfter,
combien de gens ne mourrolt-ii pas
ab mîeftat ?
2. Le fujet dont il étoit qucftion
entre les dcpofiins& moi , juilfîe le com-
mentaire que je fais d : mes c xprctlions ;
ils vouloient arracher quelque portion
de la fucceflioii du Sr. Lol.ïs , de dïè
fondoicnt tous fur cetie raifon j cVft
qu'il âvoi': lui-même promis d'en fa^re
part aux perfonncs pour Icfquclles ils
me parloient. j'étois accable de fol li»
citations du même genre, fondées furies
mêmes raifons; je ne pouvois pas croi.
re fans injuftice que tant de perfonnes
fe fuifent accordées pour dire toutes le
même menfonge ; favoir que le Sr Louys
leur avoit promis de faire mentioR d'elles
dans fon Teftamcnt. Une fommc d\x
fois plus grande que celle à quoi fe
montoit fon héritage , n'auroit pas
fufîiàfatisfaire tant d'afpirans. Je puis
leur avoir répondu : Lç Sr. Louis Lam-
bert vous a promis fou héritage ; c'étott la
fa folie y il proracttoit (on bien au premier
venu.
Mais enfin il cft à noter que la con-
verfition dont parlent Mr. Dclrieu Ca-
pitaine 6c le Sr. TEcoile , n'ell qu'une
mê*
du Sieur Vincent Lambert. $f
même convcrfaricn.
Je connoiiTois Mr. Dclrieu j ilrrepre-
fcnra un incôriTiu qui difoic que le Sr
Lambert lui avoir promis un Icg, &"
qui me prioit d'aquiter cette promeflc.
Je refufai par laraifonquc j'ai alkguéej
mais je m'informai s'ilétoit dans l'indi-
gence, auquel cas je raffiftcrois âcau-
fe de la pauvreté, non en vertu de la
prétendue prcmefle qui lui avoit été
faite. Cette condition fut acceptée j
le Sr. l'Etoile cft pour zo. florins fur la
lifte de ceux auxquels on a diftribué
l'argent que le Sr. Louis a légué aux:
Pauvres. Cependant ce même Mr. Del-
rieu à la recommandation duquel je don-
nai cet argent, & ce même l'Etoile qui
le reçut voudroicnt concourir à faire
caffer un Ttftament, qui nie mettoiten
état d'avoir égard ù la recommandation
du premiîsr, & à l'indigence de Tauirc.
Le cas de ce dernier ell le même que
celui de Marie Therefe &: de Jeanne
Maximilicnne de Simon , qui cnr au^i
donné de fcmblabk'S Atteflations , quoi
qu'elles foient pour40. fl. fur la même
lifts.
Voila les témoignages qu'on allègue
pour prouver que leSr. Louis etoii fou,
& incapable de teftcr depuis ion retour
d'Aix la Chapelle. Si l'on veut niain-
ctn.tnc
çi Réponfe au Factum
tenant jetter les yeux fur le recueil des
pièces juftificarives que j'ai placées à la
fin de cec Ecrit , on y verra toute"; ces
depolitions anéanties, par un plus grand
nombre de depo{itions contraires.
On y verra celle de Mr. Kuyper
Médecin qui a traité le Malade pcn-^
dant les trjis ou quatre dernières fernai-
nes de fa vie -, & celle de Mr. Wolf-
gank qui lui donna fes foins pendant
Jes mois de Mars & d'Avril, & depuis
la fin du Mois d*0£bobre fuivanr, juf-
ques à fa mort. Ces deux Mrs. i?c
particulièrement le dernier l'ont vu deux
fois par jour , êc l'ont toujours trouvé
avec un efprtt Jain. Leurs atteftations
font enfcmble cortces Y.
On verra dans le même recueil Vat-'
teftition cottéc , Z. du Sr. Ghcrard
Gfarçon Apoticairc, qui a vu journel-
lement le Sr. Louïs pendant quatre fe-
jnain.s , qui lui a rendu divers offices
de fa profefliûn , & qui en forme le
même jugement que ces deux Méde-
cins.
On y verra celle de Philippe Kray-
nas, cottéc AA qui Ta veillé quinze
nuits immédiatement avant fa mort j 6c
qui déclare que véritablement le Maln^
de étûiîfort fâchenx & impatient , mais pof"
fedant tonjonrsfa raifnn fnme , & toujours
il es-
du Sieur Vimènt Lam bert. 93
ires-exû^ & ins-ponêfueldans [es affaires
domeftiques.
On y verra celle de Mr. de la Faye,
cotree BB. qui le vifita fouvcnr, qui
palfa quelque fois avec lui deux ou trois
heures confecutivcs , pour le munir con-
tre les frayeurs de la mort, & quienfift
toujours ccoûtc d'une manière convena-
ble.
On y verra celle de fon Tailleur,
cottée ce. & celle de fon Charpentier,
coftce DD. qui Tont reconnu pour un
homme fenfc
Je doisrappellcraufli quatre dépofi-
tions dontj'ai fait mention dans un autre
endroit. Celle de Mr. Chion, &ccl-
Je du Sr. Vabres Chapcilicr j celle de
Mr. Defmarets, & celle de Mr- St. Mar-
tin. Ces deux derniers ayant fouvtnc
vifirélc Sr. Louis à la Haye, après Ta-
voir connu à Aix la Chapelle.
Mais je ne fai fi l'on peut ranger parmi
]cs prétendues nullitez du ïeftamenr,
laclaufe qui porte que le Sr. Louis me
cc^rftiruë fon héritier , à caafe des borjsc^
(igreables fn^ices cjue je lui ai renàns , e^
en coftfuUraîwn des alliâmes de parente qtn
ont été depuis Icng tems cf (j^t^ font encore
entu (a fami'le é^ la mienne J'avoue
q'j-. j. nefach pas luiavoirjnmais rendu
d'aiures Icrviccs que celui de Tcxhor-
tcr
94 "Rèponfe au Va^tm
ter à (e préparer à la morr , 6c à Te re-
concilier avec fjfa'Tiille. Pourcequi
regarde nos allianc .s , le Sr. Vincent re-
çonaoit véritablement, page lo qu'un
JVlonfieur Lambert avoit cpoufé une
Sœur de ma Mcre : M aisjî ce Lambert
nous efl parent , d ir-i 1 , cUJi defilom , fju'il
faudrait prefpte remonter juif u' au Der
Ifge pour trouver cette prétendue parenté ;
d'où il conclut qu'elle n'ell qu'«^/fp«-
fe chmere , dont il me defi^ de prouver
Ja réalite. Je n*aGcepterai point Ton dé-
fi ; je confens que le Mari de ma Tan-
te n*ait eu d'autre relation avec le Sr.
Vincent que celle du nom. Je ne fe-
rai pas des effc^rts , puis qu*il m'afi'urc
que je ne pourrois en faire que d'inu-
tiles, pour rapprocher les barrières qui
nous réparent : cette injure qu'il me
fait, eft celle à laquelle je fuis le moins
fenlible, &: qu ^ j'ai le moins de répugnan-
ce à lui pardonner.
Mais quoi que le Sr. Vincent atten-
de av:c beaucoup de confiance le triom-
phcdefa cauf', il prévoit qu'il pourroic
la perdre, 6c il fe ménage une reffjurT
ce dans ce malheur. 11 appt:lle par
avance du Tribunal de la Cour &■ dij
Hiuc Confeil, àceluide l'humaniréôc
de la confcience. 11 foutient que quand
nvlne, page 29. coatrQ toute apparence.
la
du Sieur Vincent Lambert. 9 y
la fenccnce de ia Cour feroit confirmée
parle Haut Confcilj je ne pofl'cdirrois
pas ïivec jufticc Je bien de (on Frercj
parce que c'ejl une grande îtijifjiice ^ dit-
1 1- j que de je prévaloir au prêj udice des heri»
tiers du ja>:g, d'un Ttft/iment qui les des-
hmtey lur quoi il cite Mr. Birbeirac,
Ciceron, &: Pline le Jeune.
je foufcris aux maximes qu'il extrait de
ces Auteurs: je ne lui contefte que l'appli-
cation qu'il en fait. Je révère auflj cesAn-
ciens l^egiflateursdont il parle , page 1 7.
qui dans certains c^s , rnettoient au nom-
bre des fous les Enfans quidesheritoienc
leurs Pcres , & les Pères qui desheritoient
leurs Enfans. Mais je foùtiens que fi le
bien de la Socictc demande que l'on re-
ftrcigne quelquefois la liberté des Te
dateurs, il ne demande pas moins que
l'on reftreigne quelquefois au fil les droits
des héritiers naturels > qui fous'prétex-
tc que la Nature leur ajuge une fuccef-
Çvow , voudroifnc l'envahir quelle que
puifTc erre leur conduite. La crainte
d'être déshérité par des Parens fages,
efî: un frein pour des héritiers préfomp-
tifs. Rien ne les affermiroit davanta-
ge d^ins leurs déreglemcns : rien ne les
porreroit davantage à rpanquerd'cgards
pour ceux dont ils attendent laf"ccef-
fion, que s'ils étoient afTurez quVUene
fauroit 1-fUr être enlevée.
ç6 Réponfe au Fa&mn
Quelques Lcgiflûteurs ondi bicnfen-
tf la neceflîté de cette reftridlion , que
non feulement ils n'ont pas voulu que
dcfs gens qui avoient tenu une certaine
conduire avec un Purent, en heritaflcnc
ab mteftat ; *maisqu'ils ontmt'njecaiïG
desTeftamens fjits en leur faveur : Ec
parmi *cs cas qui annulloient ces fortes
de Teftamens , celui d*avoir noirci la
mémoire du Teftatrur par des Lirres
difFamatorej, eft un desprincipaux.
Sans examiner ici les ccnfcquences
que je pourrois tirer de ces principes ;
je me contente de marquer que les biens
qui m*ont éré laifTczpar Mr. Louïs ne
font pas des biens de patrimoine qu'il
cûtaportczdc France. Il Icsavoit ga-
gnez dans ces Provinces, par un travail
adidu ôc par fa prudente Occonomic.
A peine fut il parvenu a pofTcder quelque
chofc en propre, qu'il en fit part à fcs
Parcns , qui n'avoicnt pas eu comme
lui le courage de fortir de leur Patrie,
il fit tous fcs efforts pour \ts en retirer,
il leur fournit des fccours durant Ictems
quMs croient ob'igez d'y palTer encc re.
J'ai parcouru quelques tertres qui font
parmi f s papiers : Elle ne contiennent
prcfque autre chofe que des preuves de
ce
^ Voi. Domat Loix Civiles, Lîv. î. Tit. i. Scft,
du Sieur Vincent Lambert. 97
ce témoignage que je lui rends. T^n»
tôt ce foncdcs rcmercimcns de ix Mcrc
qui lui allègue les recours qu'cU. en a re-
çus, comme un motif qui doit le porter
à lui en accorder de nouveaux, lartôc
c'cll le FrercSimcon qui fe trouvant â
Pans, lui rend de très humbies actions
de grâces j d,; ce qu'il k met en état de
fe produire dans cette grande Ville.
T anrôr c'eft le Frète François , qui arri-
vé à Anicrsfcrf dans la Province 0*1]^
trechr jfereconnoîc redevable à fon Frè-
re , des (oins qu'on y prend de fon in-
ftrudion. Le Sr. Vincent cft un de
ceux qui fe louent le plus de la g^*né-
rofité du Sr. Lciiis. J*ai l'original d'u-
ne de fcs Lettres, où font ces paroles:
yoti^ m metraïîse pas an jreres ^tnais an
aufant ; je dois vous aregarder comme
pire je prie Dieu qui mefajfe la grajj e de
vous donner toutes [or tes de fajîons.
Le Sr. Louis n*cuc pas le bonheur de
rcudir dans les foins qu'il fedonnapour
fa P'amillcj la mort en enleva uncpar-
tiej une autre refufade fortir de Fran-
ce j fa Mère 6c fon Frère Vincent y
retcurnerent après en être fortis. La
Loi du Fais oi^i il avoic gagné fon
bien , exclut de lafuccclTion des Fran-
çois Réfugiez leurs parcns qui font tn
France, fuit qu'ils y prétendent en ver-
G tu
9'8 • Jiéponfe au FaBum
tu d*un T-llaTicnr -, Toit pour mort ,
ûb inte/lit. Nob Maîtres n'ont pas
fondé cette Loi fur leur auforitc Lu*
kmentj mais fur dts raifons d'équité.
Nous avons abandonné nos biens pour
fuivrelcsmouvcmcnsde notre corJcicn-
cc , ëc pour proftffcr notre Religion.
Nous ne pouvons hcriter ni par Tcfta-
ment, n\ab intejîat , de nos proches qui
font en France. Stroit-iljufte qu'ils hé-
ritafTcnr des biens que nous tenons delà
gencrofité des Nations qui nous onc
recueillis dans notre exil , ou des biens
que nous avons gagnez au milieu d'el-
les , ou de ceux que nous avons fauvcz
du naufrage ? C'ert fur ces raiions d'c«
quité que nos Souverains ont fait le
placard de 1709. & qu'ils l'ont renou-
velle en 1726. Je foutiens qu'on ne
fauroit contrevenir à cette Loi fans fe
rendre indigne delà protedion du Tri-
bunal d'où elle cm.ine , & fans violer
les raifons de jufticc fur k-rquelles elle
cil appuyée.
• Mais, obje£Ve le Sr. Vmcenr, rron
Frère ne pouvoir-il pas fans contrevenir
3i,u Placard appellerma Mereàfafuccef-
fîon , fous la condition qu'elle (brriroic
de France? Je l'avoué. Cependant quel-
que loiiab'e que foir ce noven d'accor-
der la qualité d" bon Ciroyen avec
celle de bon Parent , iliaut y aportee
(tu Sieur Vincent L cmhert, 99
quelqucprecaution.il doit crrt employé
à l'égard dc^ ctux qui aiment ta ilcligion,
& que la f- ule crainte de rrujurir de
faitn ernpêcbe de la profefler. En ce
cas méiiie Jcius-Chnll les appelle à
tout facrificr pour le fuivre : Cepen-
dant leur faute eft digne de pitic-, c'eft
à nous à leur laiffcr des biens qui \ts
iiicttv^nt en état de s'en relever. Mjis
nous ne femmes pas obligez de tenir la
même conduite, a i'egard Je ceux que
leur indifférence pour la Religion re-
tient dans leur Patrie, & qui ne vien-
droicnt dans les Pays Prorcftans que
pour y vivre dans l'âiTe ôf dans Tabon-
dance. C*étoit là Tidec que le Sifur
Louis avoit de fa famille. E'uJer le
Placard, en attirant dans ces Pr<.vinccs
des gens que ces fortes de motifs ani-
mcToient j c'eft faire pis que le irioler;
c'eft donner à de faux R.éiup;icz , les
reflburces qui n'étoienc ducs qu'aux vé-
ritables.
Après tout , fi le Sr, Loiiis a péché
en u'appe liant pas fa Mère à fa {uccci-
ilon , cil'Ce à moi que îe Sr. Vincent
doit s*en prendre ? Ero's-jc le Maître
de Tcforit de fon Frère ? Lui qui ne
voulut pas laiffer fLsbfiRcr le Teila-
incnt que je lui avois fuggeré en faveur
dt(cs deux Nièces, centre lefquelles
G z il
loo Réponjeau Fa&im
il ne formoic aucune plainte, commcf>t
auroit-il confenti d'en faire un en faveur
d'une Mcre, contre laquelle il Te pîai-
gnoit fi amercir.ent ? Si je n*ai jamais
pu lui perfuadcT, de léguer â cette
Veuve une fommc modique, comment
Taurois-je engagé à la faire Légataire
univerfelle ?
Mais je veux donner moi même de
la force .lUX objtftions de mon aJvcr-
lairc, & lui fournir des arn^es pour me
combattre. Je fuis Minière de l'E-
vangile. Un homme revêtu d'im fi fa-
cré €ara£btre, doit avoir une Morale à
part : fur tout dans les affaires d'intc-
rêr, qui font celles qui peuvent mettre
Jcs plus grands obîlacics au fuccès de
fon Minifttre. S. Paul porta le délln*
tcreflement fi loin, qu'il aima mieux
travailler de fes propres mains, que de
fcandaliftr les Corinthiens, en exigeant
i^itwii des émoluTcns qui lui croient
dûs. Il démontre qu'il étoit fondé à
en demander ; mais il c(l retenu par
cette pcnfee, qu'en ufant de fes droits,
il pourroic retarder les prog es de l'E-
vangil % ♦ ht Seigneur a ordotme, dit-
il , que cdui qui pré he l'Evangile , vive
de l'Evangile ; cependant je ne me fuis
point
* i. Cor. IX. 14. 15.
du Sieur Viiicent hawherL toi
fvitit preinlu de cette loi , c^ j aimerois
ftifux mourir que Ji qudcun ancantijfou ma,
gloire.
buppofons pour un moment cjuc le
cas ou je me trouve ait quelque raport
àc'wlui de cet Ap6crc,&quc jedoivcce-
di.r à \A plus grande édification , une
fucccflion que les Tr bunaux humains
m'avcicnt ajugée -, a-r-il éié cnt ore en
mù puiHance de faire ce (acrificc?
Dcvois-jc envcy^r ces biens en Fran-
ce î* Lts i.ojx du Souverain me le dé^
fendoient, & le Tcftateur avoit exige
de moi , qu'ils reftaflenc dans \^% ^^ys
Froreftans.
De vois je prorrcttre à la Mère Lam-
bert que je lui fcftirucrois rhéritagc de
fon Fils, dès qu'elle (eroic à Genève,
où i'avois promis de Tcntrerenir? Mais
le Sr. Loiiis m'avoic prévenu contre le
cœur de cette femme ^^ Se le Sr. Vincenc
m'avoir reprefenté fon cfprit comme ea
etar d't nfance.
Dvvois-je remettre au Sr. Vincent,
dès qu'il fut arrivé en Hollande, une
hérédité qu'il fait monter à plus de
30000. flor.? Mais la prudence ne m*en-
gag^Oit-elle pas à examiner, avant que
de lui céder une fommc fi conllderable,
fî les idées que fon Frère m'avoit don-
nées de lui^ ctoient fauflfcs ou verira-
G 3 ble* ?
101 Répoiije au FaBum
b'!cs ? De plus, pouvois-je le mettrce»
polTcfllon de ce bien , fans me recon-
noître coupable des crimes, qu'il m*ac-
cufoit d'avoir commis pour me le pro-
curer ? M'éroit il permis de facrificr le
falut des Nièces à l'avidité deTOaclc?
& ne me fcrois-jc pas fermé toutes les
voyes d'attirer dans le fein de TEglife,
deux créatures innocentes , qui n'ont
jamais été à portée de la connoltre ? Et
quelle refTource m'aiiroit-il refté pour les
fecourirP.Le Sr. Vincent qui^fi nous nous
enraportonsàla V<"uvc Lambert, nclui
auro.ît pas donné un denier ^ s'il eût reçu
l'argent qu'el'e att- ndoit de moi,auroit-il
donc aflîfté ces deux pauvres Filles ? Dur
envers uneMere,auroit-il été tendre pour
des Nièces? Luiquidefon propreaveu,
aconfumé , depuis qu*ilc(l en Hollande,
3000 ft. qu'il n'apas,n'auroit-il pasbien^
tôt eng'outi les prétendus 30000. delà
lucceiîion de fon Frcre, fi je les avois
iriiS en fa pu; (Tance ?
Qie chacun fe mette en ma place j
qu'il voye s'il auroit pu tenir uBCCon-
duitt plus Chrétienne, Le Maladeeft
pi, il d'animoijté envers fa Mère, 6c
envers îbn Frerc; je fais tous mes efforts
p^>ur le ramener: ils font fans fuccés. Je
me retranche à demander pour les Nièces
ce que je ne puis obtenir pour l'Oncle,
du Sieur Vincent L ambert. i o^
êf pour l'Ayeule , & je fuggere ua
Tcftamenc qui les confticuë hdMtierts.
Illecafle après me l'avoir accorde , & il
veut me taire l^heriîitT iinivcr(cl. Je
prorertc contre ce deflcin : lli'txecute.
Je- plaide la caule de ceux qui font tru-^
ft.cz de rricritage, & j'appelle à aïoa
(ecours undemes Confrères pour me le-»
conder. Le Malade meurt -8c me laffle
fonbicn. J'oftred'abordàfa Mère de lui
en faire part. Le Sr. Vincent arrive ea
Hollande j je m'engage de lui fournir
les moyens de cultiver Tes talcns, mê-
me de vivre dans l'oiTivetéôc dansi'inac-
tion. Il m'intente un procès, que jé
gagncj je déclare inctfîammenc quejô
donne le tiers de l'hérirage aux Fau-^
vrcs , (i la famille du Tcllateur ne fe
foûmec aux conditions fous lefquelics
je veux lui céder cette fomme. Mrs.
les Commiffaires du Haut Confeil par-
lent en faveur du Sr, Vincent, & m'ex«
hortent à lui laifler éooo.fl.queje croyois
avoirdeftinezàun meilleur ufage: je me
rends.Um'attaquepar une libelle, il m'ac*
cufe d'avoir ob(édé fon Frère , de l'avoir
enivrc,de l'avoir confirmé dans fa haine
ôcdansfa vangeance:au lieu de me pré-
valoir contre 1 ui de la rigueur desLoix, je
ne me défends que par dcsraifons, jcmé-'
nage fa réputation tant que je puis ,fans
noirc;'r la mienne.
io| Rêponfe an Tiâum
Sij'ai fnivi jiifqu'àcejoiJrlcs Loixde
réquire dansl'afFairo qu - je Viens d'ex-
poler } que puis-jc faire X prclenc pour
alTortir cette conduire ? Ou fi je les ai-
vio!ees,que puis je faire pour réparer ma
faute? KenoncerâThérediré ? Maisje
n'eu fuis pas le maître-, il eft encore in-
certain fi elle fera ajugce à mot. ou à m?.
Partie. Suppofé même que jVn fiffe
dèsàprcfent celfion; l'Auteur du Fac-
tum nediroit-il pas que j'afFc;£te une gé-
ncrofîtéhorsde faifonjque jedirpofed'un
bicrnquin'cftpointàmoi, &que jcveuK
prévenir, en feignant de m*en défaire vo-
lontairement, la honte de me voir forcé
à le reftituer ? Qiic le Haut Confcil pro-
nonce , je déclarerai alors ouvertement
mes intentions, & j'cfpcrcqueccuxqui
s'intervffenr à mon honneur , n*auront
pas fujt d'en rougir.
Il efl: tcmsde finir une Apologie, que
j'ai cru devoir à rcd.ficationdu Public.
Mais j^^déc'arcen "nême temSjquefi Ton
m*atraque déformais par des pièces du
genre de celle que j*âi combattue, j'en
rc.ïieftrai la refitstiori à ceux qui font
con-licùrz pour veiller à la fureté Pu-
blique;.
Qiielque peu intéreflant que foit pour
mes LcSteurs le détail que je viens de
faire , ils peuvent en cirer quelque fruit.
Cha-
dtt Sieur Vincent Lambert, loy
Chacun peut y aprcndrcitrufpcGdrcfon
jugenr.ent & à ne pas ajourer foi légè-
rement à la médifance,6:à la calomnie.
Qui n'eut cru en lifanc le Fa6luni du
Sr. Vincent , que j'avois extorqué les
biens de fon Frcrc ? Et a on a vu que j*ai
protefté contre la rcfolution qu*il avoit
formée de me les donner. Qui n'eût cru
que je l'avois confirmé dans le dcflein
de n'en point faire part à fa Famille/'
Et b en a vii qu'ayant échoué en par-
lant pour elle , i*ai prié un de mes
'Confrères d*cflayer s*il y pourroitréuf-
flr. Qui n*cûtcrii c,uc l'avoismis des bar-
rières autour de fon lit , de ptur que
quelcun ne leptrfuadât de changer fes
dernières difporitions ? Et c on a vu que
je lui ai envoyé , non feulement les
gcnsqui venoientle folicirerpourfcs Pa«
rens, mais cci\ii mêmes qui vouloicnt
lui parler pour des Etrangers. Qui
r/eiît crû que j'avois traire durement
le Sr. Vincent , &: que Mrs. la Frète
êf Benellen'étoientaurorifcz à lui offrir
que 300. florins pour le reléguer aux
Indes .^Er^ on a vu ces deux Banquii^rs
fe recriant contre tout ce qu'il dit fur
leur fiijer. Qui n*eût crû que les
Témoins
7'.
10^ Réponfc au Faâinn
Témoins du TJlanent dépofoicRt
qu'il ctoit mal daté ? Et e on a vu ce
qu'ils atreftoienr contre une dcpofjtio»
lî nul fondée. Qiii n*ei\c crû qu'après
avoir vu la procuiation que Mrs. les
CommifTaircsdu Haut Confcil avoient
demandée au Sr. Vincent ,j'avois man-
qué à rengagement, dans lequel iVrois
entre de lui coder éooo. florins ces qu'il
l'auroit produite ? Et « on a vu qu*il
n'a jamais pu obtenir care procuration:
ou ce qui le rendroit encore plus digne
de blâme, qu'après l'avoir obtenue, il
a refufé de la produire. Quelle cir-
conrpeclion,dcs faits 11 hardunentavan-
ces, èv' fi pleinement réfutez , ne doivent-
ils pas nous faire aporter dans le juge-
ment que nous formons fur la conduite
de nos Frères ?
Si chacun peutaprendre de ce détail
à fufpendrt- (on jugement -, les faifeurs
et livres difT.imatoires peuvent y aprcn-
dreaufli que s'ils divcrtiffent d*abord 1©
Publ'C par ces lortes d'Ouvrages , ils
en deviennent enfin l'exécration.
Le Sr. Vincent petit y aprcndre que
n'ayant pu m'efFrayer par des menaces,
il tient à lui de me gagner par une vie
digne d'un Chrétien & d'un Froteftanc
Refu-
du Sieur Vincent Lambert, 107
Réfugie.
Si ce ux qui ont emprunté fon nom
pour me décrier font , comme l'ai lieu
de le prcfuner, des gens que mes der-
niers Ecrits ont revoirez , lU pourront
aufli aprcndrcdc ce détail, qu'en atta-
quant perfonncllfment un Auteur , on
fait honneur à fon Ouvrage» on donn<î
lieu à juger que fi un Anugoniftepou-?
voit défendre fa caufc , il tourncroit de
ce côté-là toute la pointe de fon cfprit,
& qu'il n*â recours aux invedivcs,
que parce qu'il fe fent dcftituc de raifons.
Et quel ccIairciflTcment peut aporter à
nos controvcrfes mon procès nvtc le Sr.
Vincent r Le Miracle opéré en la perfon-
ne de la Dame dt:jla Folîc recevra-t^ il un
nouvel éclat , ou en fcra-t-il mieux prou-
vé , quand on aura démontré que j'ai eu
la ldchcte& la barbarie d'arracher à une
Mère la fucceflion de fon Fils j à un
Frère celle de fon Frere3 à des Nièces
ceile de leur Oncle ?
Enfin pour ne pas m'oublicr moi- même
dans les leçonsquejedonne aux autresjes
Mini (Ires de l'Evangile doivent appren-
dre àccQ que je viens d'cxpofer , quel-
le doit être la régularité d'une condui-
te, fur laquelle oneilfi porté àjetterdcs
foupçons odieux. Surtout,ilsy verront
combien il leur importe d'avoir des fen-
loJ Répofifcau Faâtim
ti.îîcns nobles 6: derinLcrcflez. Etcorn-
wcnt pQuiTos-jc me produire devanc
ks gens de bien, fi j'avois été convain-
cu de quelcune àts mferna.cs démar-
ches , ciUtf mon âccu Tareur vient de m'ini^
puter. S*il avoir pu nie ranger p.irmi
ces indignes Ecc!efuitique$,donr *bc.
Paul U pliignoit déjà de Ton tems, 6c
qvii n'ont eu que trop d*imirateur.s dans
cha]u • Sircle de V^<z^h(ct qui f)oc ua
trafic dj Inir Min ft*:re, quiéftnJent,
ou qui reftroignCiU les loix de IVEvan-
g:le , (elon le créJit &: Topvilence de
ceux à qui i's font appeliez de les an-
noaccr : CoTmcnt auroi:>-)e ofé ofFrir
m-s confolationsà "les m i!ad;s jSM nvoic
pu dire avec fondement : Ce Miniflre
qui veut être iw\ \ feul avc-clcs mou-
ms , n'en écarte les airiftans , qu'a-
fî 1 Jj o'ivoir point de te noins des
trancs qa'.l a ourdies pour s'emparer ds
leur fucccflion ?
Il eft vrai que quelque conduite que
puifTeMt tenir des hommes, qui fe dé-
vouent à écl JÎrcir la vérité & à prêter
!â vcrru , il:» doivent s'attendre à avoir
autant d ennemis, que lemenfongeôc le
vice ont de pîtcifan^. Mais que nous
imoorce que le Monde nous condamne,
• ï, Tira. V. V.
du Sieur Vinccvt Lambert. 109
Ç\ nôtre confcience nous juftifîc ? Islc
fommcs-nous pas alors en droit de nous
confoler par 1 exemple àc nôtre grand
Maître, &: de prendre ce bouclier donc
il munit lui-même fes Apôtres : * S'ils
ont nppelU Belzebui le Vcre de famille , cont-
bint plus donneront pis ce mm à fes Domejii'
ques f
AD D ITION S.
K
J*Ai dit, pag. 43. que des gens d*hon»
•leur m'avoient averti qu*unc pcr-
Tonne, qu'ils rr»c nommèrent, avoic
voulu engager le Sr. Vincent à lui prê-
ter fon nom, afin de le mettre à la tête
d'un libelle qu'elle rouloit publ/crcon-
tre moi. Voici la preuve de ce fait :
C'cfl: une Lettre duSr. Vincent qui m'a
été communiquée , & par laquelle on
peur voir qu'il y aà la Haye, des gens
qui cherch: nt à gagner de l'argent t~n
débitant des Livres diffamatcires. Je
tairai le nom de celui à qui le Sr. Vin-
cent écnvoir vette Lettre. La chunic
m'engage aulVi à ne pas nommer laperfon.
ne qui voulor publier le libelle, 6: que je
ne iaurois faite connoître fans rcxpoltr
iio Rêponfeau Faâum
àU rigueur des Loix. Je lui promets,
â condition qu'elle iera plus fage , que
je ne la découvrirai point , & que j'cxhor»
terai ceux qui m'ont communiqué cet-
te Lettre, 6: qui en ont l'Original , à
ne la point découvrir.
COPIE. 1
De la heye ce 24 êouft 1724.
M On tris cher 6^' treshonnoreMon-
îleur j'ai bien Reccu L'honneur de
la chcre vre en fon temps par la uois
de Mr. G :. Et vois par ycelle que
vous me faittes Efpere d'avoir La Cop-
pic de la ma f n que la Demoifclle ocu- j
pc, Cella me fera un grand plaifir, tant
pour Esvittc les ÙAlyi du voyage, que ''
par Raport à ce que les vacance vont *
bien tcau finir,. ^ qis'il faut que je laye
pour mcnfcrvir dans mais Êscrittures, j
|e père montres cher monfieurque vous
me Rendre ce grand fervicc , s'il vous '
plait Et que le Seigr par fa grâce vous
en resmogncra ma jufte ReconnoifTancc
Je vous dire que mon* fatontEtfait que
jelay a prcfcnt entre mais mains Je doit
Le
• Jcfupofcquecelavsut dire, wo» faBum,
du S'miY Vincent Lambert, m
Le faire voir a Nos juges pour avoir
La permiflîon de le faire in primer a fia
que ma partie n*aye Rien a Redire Con-
tre moy, Cyvous voulequc Je vous en
fafic une Coppie Je vous lenvairay ou
Cy vous voulc arcndre qu'il foir inpri-
lïie vousme leferay favoirsil vousplair»
peur Ce qiiy Et du livre que je vous
avec parle Lt fait Mais Jay defcouvec
que * S. avee promit a la perfonne bonne
Recompence cy il pouue me porte a le
faire inprimea mon nom, dout jennes
Eftc averty Lauteur nemenqua pas de
Rie venir prie de le faire inprims a mon
nom, au quel je Refpondy quil de vcet:
le faire au fïen jEt quejene vouloit poinc
quMfuc a mon nom nyaunomdcperfon.
ne 5 qui fut a moy Conuft lequel fent
Retourna bien f^iché, Enmedifent que
je luycn pechet de gagnie une bonne
fommc que Linprimeur luy auroisdon*
nCj Lavoca quy Mnverty cetour medk
qi-e cy je le fcioit jnpriiiicr que je per-
droit mf)n procès Et que j^ (croit chaijc
de U hcye par Raport a des placars quil y
a voitqu, d s fendoit de faire Rien in-
pri m contre fa partie averfejqui puifTc
luy faire du tort, Cet ee que jjy fait
aulcrver dans le fatont , Lauteur du Li-
vra
* Si s. dans ccr endtnit ?à , fignifie ^mrïn ^ Je
déclare que ce i^u'iiHJdit là de moi dt iuppoié*.
lîi KépOKfeauVa&um
vrc Et **^ â la htye Je nay Rien de
nouueaux a prcfent a vous aprandre.
Je vous prie de Rechct sil vplait de
fongcs à la Coppi<^ Je finy En vous difcnc
qucjiylhonn.deftre du profont dcmoa
cœur Votre &c.
Vincent Lan^bcrt.
^* Le nom de celui qui avoic fait le libelle» cli
vtans l'original*
SECONDE ADDITION.
T'Ai oublié dç faire remarquer page
8i. Ôv'c. que Mrs. les Ma,5:;iftrats de
Niaieguc a voient contradé avec le
Sr Louis Lambert , pendant le fcjour
qu'il fit dans 1« ur Ville. Ils avoienC
pris de lui loooo. florins il fonds per-
du , dont ils lui ont payé la rente,
jufques à fa mort : ce qu'ils n'auroent
pii faire avec un hoinmc qui auroit eu
rcfpric troublé.
^, PIECES
( I )
PIECES
JUSTIFICATIVES,
Concernant les faits , qui ont été
avancez dans la Réponfe au
Fadum du Sr. Vincent.
A.
Attefiatton du Sr. St. Martin,
j
^S fouffigné déclare qu'ayant veu un
Wx Faâ:um , mis au jour fous le nom de
-^ ^^ Vincent Lambert , où à la page xC.Aw-
Wi^i^Mim, (jit Fadum, il fait dire à MeffieursBe-
lain père & fils, fçavoir à l'un d'eux que le Tefta-
ment du feu Louis Lambert en datte du 4. No-
vembre 1722,. & mort à la Haye le ^. Décembre
fuivant, a eité fiit par le Notaire Samuel Favon,
fix ou Jept jours avant la mort du deffunt Lambert,
d'oLi ledit Vincent Lambert tire cette" conie-
qucnce abufive que ledit "^ï ellament feroit fait le
z6. ou 2,7. Novembre, & qu'il fait dire à l'autre
qui efl; Bclain fils , qui a cfié rermoin de la fou-
Icription , qu'il a elle fait peu de jours avant la
mort du dt.fi\inr,& me font dire à moy foufiîgnc
Jean St. Martin tefmoin de ladite foufcription
que je le confirme : bur quoy moy fouffii^né dé-
clare qu'ayant vu & examiné aujourd'huy en
Original au Protocol , tant le Teltamcnt que
l'aéte de foufcription , que l'un 6c l'autre (e
A trou-
( o
trouve en ordre , (ignés par le defflint Louis Lam-
bert, & la foufcription dudit Teftament fignée
de mermes en ordre par moi foufîîgné, 6c par
ledit Bflain fils, en datte du 4. Novembre 172.2.
& qui cft le jour que lefdits Aéles ont efté faits
& pa(rez,en foy de quoy j'ai donné ma prefente
déclaration, que j'offre d'affirmerpar ferment fo-
lemnelj toutes ics fois que j'en feray requis. A
la Haye le 2p. Novembre iji6. (Etoit fîgné.)
Jean St. Martin.
B.
Jîttefiaîion des Srs. Belain.
'Ous foufllgncz Louis Bclain pejc,ôc Louis
Belain fils, déclarons qu'ayant eflé citez à
ilTCour d'Hollande, dans le mois de Février de
l'année 1724. pour rendre telmoignage au fujec
du Teftament clos de feu Louis Lambert & de
la foufcription du mefme Tellament: que moi
Louis Belain père ai déclaré par devant les Sei-
gneurs CommifTaires de ladicte Cour de Juilice,
conformément ^ pour 'autant que ma mémoire me
diBoit alors , que ledit Teflament avoit eflé fait flx
ou fept .jours avant la mort duclit Louis Lambert ,
mais m'eftnnt en même temps, bien expreiïement
expliqué ne pouvoir dire le temps au jufte: &
moi Louis Belain fils ai déclaré de même par de-
vant les Seigneurs CommiîTinres de ladirte Cour
de Juftice , conformément £> pour autant que ma
mémoire me âiBoit alors , que ledit Teflament , ^
a3.e de foufcription .^ que j'^ai fgnée a'ûoiî eflé faite
-peu de jours avant la mort dudit Louis Lambert ,
maisaufiî m'elVantexprcflement expliqué ne pou-
voir dire le temps précis: Et comme il paroit de-
puis
(3)
puis quelques jours un Fa6tutn mis au jour fous
le nom de Vincer,t Lambert , où à la page i6. il
a V effronterie d'expo fer abuftvement^ ^ de tirer
une confequence pofitive de ce qui n'efi pas^ en di^
fant que ledit Tejîament doit ejîre fait le z6. ou
27. JSlovembre de la même année 1722., Nous
déclarons que ledit Telitament, nous ayant efté
produit, de même que l'afte de foufcription, en
Original figné par moi Beîain fils , déclare avoir
recognu ma fignature, qui a efté faite & paflee
dans les formes par le Notaire bamuel Favon le
4. Novembre 1712. ôc que ledit Louis Lambert
étant mort le ^. Décembre fuivant, ledit Tejla^
ment (^ Acte de foufcriptlon , ont e fié faits 13 pajfez
un mois moins un jour avant la mort dudit Louis
Lambert. En foi de quoi nous avons figné noftre
prefentc déclaration , que nous offrons d'affirmer par
ferment folemnel^ toutes les fois que nous en ferons
requis. A la Haye le 2. Décembre iji6. (Eftoic
figné) Louis Beîain père, Louis Belain fils.
c.
Atîcftatmi du Sr. Lttya.
JE foufiîgné déclare que pendant la maladie de
feu MonCeur Louis Lambert , j'ai eu accès
aup'cs de lui j pour lui parler toutes les fois
que je l'ai fouhaiié , comme auffi qu'y ayant
rencontré dans un certain temps Monfieur Sau-
rin, j'ai entendu qu'il difoit à Monfr. Belain de
lui laiffer parler à toutes les perfonnes qui vien-
droient pour le voir. Mais de plus ayant reçu
une Lettre de Paris de Monfieur du Homel, en-
viron quinze jours avant la mort dudit Lambert,
qui me chargeoit de voir de fa part ledit Lam-
A 2 bert,
( 4')
bert, 6c ayant rencontré le même jour, avant
midi Monfr. Pierre Cavalhier, à qui je dis avoir
reçu ladite Lettre, ledit Cavalhier me vint pren-
dre le même jour après midi, & nous fufmes
cnfemble chez ledit Lambert, où ayant trouvé
dans la chambre dudit Lambert, un nommé
Monfr. Vors, il en fortit d'abord avec ledit Ca-
valhier, 6c me laiflerent feul avec ledit Lambert,
& ne rentrèrent point dans la chambre pendant
tout le temps que j'y étois, 6c ayant communi-
qué audit Lambert ladite Lettre , 6c y étant re-
tourné le lendemain , il me dit qu'il n'avoit rien
à répondre à ladite Lettre : offrant toutes les
fois que j'en ferai requis d'affirmer ce que deflus
par ferment, en foi de quoi j'ai donné la prefente
Atteflation. Fait à la Haye le zç>. Novembre
1725. (Efloit fîgné.) Jean Luya de Grange.
D.
G?//V des Lettres de Monjieur Tonce, Taf
teur de fEglïfe Wallonne de Nimc-
gue , écrites à feu Monfr. Louis
Lambert.
ONSIEUR,
Je partage fî bien mes petites pièces a^Tc mes
amis, qu'il m'en reile loij jours aflez. Jugez donc,
Monfieur, de la peine que cela m'a fait de voir
revenir chez moi la moitié d'un chetif préfenr,
parfaitement bien préparé? je vous protefte que
je vous l'aurois renvoyé fur le champ, fï je n'a-
vois craint, que ma liberté ne vous fût defàgréa-
ble. Mes Servantes ont defTein de tuer demain
un
(f )
un agneau, s'il eft digne de l'ous être offert, je
vous en prélcnterai un quartier, qui fera une por-
tion du véritable Agneau de Pâque. Je fuis
très parfaitement, Monfieur, votre très humble
ôc très obéïffant Serviteur, (Etoit figné.) Ponce.
Le i8. de Mars 1720.
Mo
Autre.
NSIEUR,
Tout ce que vous faites eft fi bien fait & vous
le faites de fi bonne grâce , qu'en vérité je ne fai
comment m'y prendre pour vous marquer ma
fenfibilité pour tant de faveurs. Les nouvelles
que vous m'avez fait l'honneur de me communi-
quer me rejouïlfent beaucoup, ^ en réjouiront
lans doute bien d'autres avec moi , à notre pre-
mi^^re ent^eveuë^ nous en dirons davantage. En
attendant je fuis, après vous avoir fouhaité lebon-
foir, Monfieur, votre très-humble & très-obéïf-
fant Serviteur, (Etoit figné) Ponce.
Mecredi If. Janvier 172.1.
Autre,
M
ONSIEUR ET CHER AMI-,
Dieu fait que je ne defire rien avec plus d'ar-
deur que de voir Monfieur votre Frère chez vous,
vivant en paix 6c en amitié} mais, mon cher
Monfieur} lors que je fais refle6lion i'ur tout ce
que vous m'avez autrefois raconté , fur ces ma-
nanieres d'agir 6c fur les vôtres, qui font diamé-
tralement oppofées, j'ai fujet de craindre que le
iéjour qu'il fera de nouveau dans votre maifon ne
A 5 fera
(6) _
fera pas long. Ce qui fournira un fujet de cau-
feric en Ville, qu'il eft de votre intérêt d'éviter.
Je vous parle a cœur ouvert félon ma coutume,
& je vous prie de vouloir me communiquer vos
penfées fur ce fujet} je me laifîerai volontiers
conduire à vos lumières, & la Lettre que Je gar-
de, partira fi vous le voulez ajourd'hui ou Ven-
dredi prochain, telle qu'elle ert. Je fuis très fin-
cerement , Monfîeur & cher Ami , votre très
humble & très obéïfTant Serviteur, (Eftoit fi-
gné ) Ponce.
Le 21. Janvier 1721.
JE dois, mon cher Monfieur, écrire ce foir
à Hambourg par Amilerdam. Connoiflez-
vous dans cette dernière Ville un certain
Marchand nommé Baillard, à qui je dois adref-
fer ma Lettre, ou pourriez-vous m'indiquer quel-
qu'un de vos amis, qui voulut bien fe charger de
la remettre à la Pofte , fuppoie que vous écrivez
vous même ? Un mot d'avis de votre part me
fera très agréable, &: vous obligerez par là, mon
cher Monfieur, d'être votre très humble & très
obéïlTant Serviteur, fEltoit figné) Ponce.
Le f. Février.
ONSIEUR,
Si je fais les compliraens de bonne grâce, on
peut allurcr que vous faites vos prefents d'une
bien meilleure. Votre Bouquet a été trouvé
d'une beauté ravifiante, ôc digne d'être préfenté
à
(7)
à une PrincefTe. Ma Sara en eft toute perplexe,
ne fâchant comment reconnoitre des faveurs qui
font fi fort au deflus d'elle. Si mes remercie-
mens font de quelque mérite auprès de vous, je
vous prie de vouloir recevoir celui que je vous
fais à prefent pour elle , avec votre bonté ordi-
naire, & foyez perfuadé que je ferai toujours-par-
faitement, Monfieur, votre très humble 6c tj'ès
obéïQant Serviteur, (Eftoit figné) Ponce.
E.
Attefiaùon de Mr. ^Durand ^ Fafîenr de
P Eglife Wallonne de Nimeguc.
NOus Miniftre de notre Seigneur JefusChrift,
& Pafteur de l'Eglife Walonne de Nime-
gue, atteflons, que toutes les fois que nous nous
fommes entretenus du devoir d'un véritable Chré-
tien Reformé 6c réfugié avec Monfr. Louis
Lambert (ce qui a elle aflez fouvent ) il nous
a repondu d'une manière fage , fenfée , &
fort édifiante, & comme un Chrétien, à qui
l'Ecriture fainte étoit fort familière: & lors que
nous lui avons demandé de quelle manière il avoit
réglé fes dévotions quotidiennes , nous avons efté
fatisfaits ôc édifiez du récit détaillé & bien fen-
fé qu'il nous en a fait. Fait à Nimegue le 20.
Mars 1725. (Eftoic figné) J. Durand, Paf-
teur.
A 4 Jttejîa'
(8)
F.
Attejlatïon de Mr. Ttelat , Tafteur de
l'Eglife Flamâîide de Nimvegite,
l'raduEîion.
LOuis Lambert cft venu vers nous avec un
Certificat d'Atnderdam. JI a été admis
a la Ste. Cène, & enluite s'eft retiré de nous
avec un Certificat pour la Haye. C'ell ce que
certifie moi fouiîigné. (A la marge étoit) Fait
à Nimvcgue le 17. Avril 1713. (Etoit figné)
J. F. Pielat. Ecclef. Neomag. Pallor.
G.
Atteftation que Mrs. du Confifloire de Ni-
rnegue ont dominée au Sr. Louis Lam-
bert , lorfquil s'eft retiré à la
Hûje.
Ouis Lambert is Litraaat dcr Chriftelykc
^_^ Gereformeerde Kcrke , gezond in àtn
relove, en (ligtelyk van leven, zoo veel Ons
bekenr is: Ven'oeken daarom àtn E. E. Broede-
rcn ende Opfienderen der Kcrke J. Chrilli toc
*s Hage , den welke dcÇc onfe Attcltatie fal wer-
den vcrtoond , datfe gelieven de voorlz voor fo-
danig, als boven, te crkenncn, in hare Chrif-
telyke gemeenfchapen opfigt aan te nemen. Ac-
tum in Nymcgcn , defen f. July Anno 1722.
By IrJl ende uyt name des Kerkenraads. ( Etoit
fif^né) zAlbertus Royaards, Eccl. Neomag.
" (L. S J
(p)
H.
Atteftatioît de Mr, Durand y T>oEîenr
& Avocat t
NOus Doûeur & Avocat certifions que pen-
dant le temps que nous avons connu &
fréquenté feu Mr. Louis Lambert > nous l'avons
trouvé très honnête homme , poli dans fes ma-
nières, autant que le pouvoit exiger le rang qu'il
tenoit dans le monde, précis dans fes idées, jufte
dans le raifonnement, fur tous les fujets des con-
verfations ordinaires, & particulièrement fur ce
que regardoit le Commerce, & arrangement de
its affaires domeftiques. Heureux ôc tout à fait
eftimable s'il eût pu vaincre la paflion qu'il en
avoit pour le Vin , fcul défaut que nous lui avons
connu, & qui nous ait empêché d'entretenir a-
vec lui cette union qui fait le plaifîr de la Société
civile, auquel il pouvoit d'ailleurs fi fort contri-
buer! En foi de quoi nous avons fcellé le préfent
Certificat de noltre fein 6c de noftre cachet. A
Nimegue ce 20. Mars 1715. (Eroit figné. )
J, Durand.
I.
Attejlation de Mr. Berna? d, T^ajieur de
l'Eglife Wallonne à la Brielle.
JE fouflîgné certifie avoir connu à Nimegue
feu Monfr. Louis Lambert dans les années
171p. & ijio. j'attefle qu'il étoit compos
mentis , Se que je lui ai trouvé beaucoup de mé-
moire
( lo )
moire & de Icélurc , ce qui m*auroit fait entre-
tenir avec lui une liaifon plus étroite, comme
il le fouhaitoit, s'il n'eut eu alors une forte paf-
fion pour le Vin, en foi de quoi je munis le pré-
fent Certificat de mon feign & de mon cachet.
Fait à la Biille le i8. Janvier 1714. ; Etoit fî-
gné ) S. Bcrnart, Pafteur de l'Eglife Wallonne
à la Brille.
K.
^eux Attefiations de Mr. T^evion.
J 'Attelle & déclare avoir connu le Sr. Louis
Lambert pendant le iéjour qu'il a fait à Ni-
mcgue,.éc avoir reçu plufieurs de fes let-
tres , & que dans fa converfarion & dans fes
lettres, il ne m'a rien dit qui parût manquer de
bon fensi en foi de quoi je donne cette Attcfta-
tion pour fervir en cas de befoin. Fait à Utrecht
ce premier Odobre 1723. (Etoit figné.) Devion.
Autre du même.
JE confefle & déclare avoir connu à Nimeguc 1
Mr. Louis Lambert , pendant le féjour qu'il
y a fait, & l'ai toujours connu fort r?i(on-
nablc, hors le tcms qu'il avoit bu , en foi de
quoi je donne la prélente Atteftation. Fait à
Utrecht ce 17. Novembre 1726. (Etoit fîgné)
Devion.
Aï te fi a-
(II )
Attejldîîon^de 'Judith Claire Marguillere^
âe lEglïfe Wallonne de Nimegue.
Aujourd'hui le 17. Novembre 1726. com-
parut par devant moi Jean van Oorfchot,
Notaire public admis par la Cour deGucldre,
refidant dans la Ville de Nimegue, en préfcnce
des rémoins ci-aprés nommez, Judith Claire Mar-
guiilere de TEglife Walonne de cette Ville, dé-
clarant à la requifîtion de Mr. Jaques Saurin, Mi-
niftrc à la Haye & de Pierre Cavalhicr , Marchand
audit lieu, qu'il eft véritable qu'à un certain jour
de Communion, dcfFunt Mr. Louis Lambert,
demeurant pour lors dans cette Ville étant venu
dans ladite Eglife Walonne ce qu'il n'avoir fait
jufqu'alors, dans un tel jour pour autant que la-
dite Marguillerc y avoit réfléchi que Mr. Fran-
çois Durand, Miniftre ordinaire, avoit fait de-
mander par ladite Marguillere audit Louis Lam-
bert s'il étoit d'intention pour participer à la
Communion: fur quoi ledit Lambert répondit
que non , ce que ladite Marguillere rapporta
audit Sieur Miniftre, fur quoi en après il n'cft
arrivé autre chofe, mais au contraire ledit Louis
Lambert reftoit jufques à la fin de l'Eglife, &
fc comportoit fagement, 6c non point hors de
fens ni extravagant, ôcc.
Co-
( Il )
M.
Cope de la Lettre de Mr. du Homel.
A Paris le p. 'Juin 1722.
NSIEUR,
Mo
J'ai toute la joyc imaginable de ce que vous
vous trouvez bien du commencement de votre
curej j'efpeie de Taffiftance de Dieu que la fuite
vous fera encore plus de bien; nous ne fommes
dans cette Ville que depuis 8. jours, ôc à mon
arrivée on m'y rendit la dernière dont vous m'a-
vez honoré, qui me fît d'autant plus de plaifîr,
que je craignois pour votre fanté dont la Ro-
gnon que j'avois prié de m'en informer ne m'a-
voit rien repondu. Je trouve comme vous que
le féjour d'Aix la Chapelle efl: très agréable par
le jrrand abord de Gens de tous les Païs , au
moins pendant la belle Saifon, après quoi la Vil-
le eft afTez defertei on n'en peut pas autant dire
de celle-ci, oii l'on fait un tracas de Diable à
chaque infiant , je n'ai encore vu perfonne du
Païs, ce que fouhaiterois pourtant bien par rap-
port à mes affaires. J'apprens avec bien du cha-
grin que la Pelîe commence à faire de nouveaux
ravages en Provence, à Orange, & à Avignon.
Dieu veuille qu'elle ne faflè pas de plus grands
progrès! Honorez moi, s'il vous plait de tems
en tems de vos nouvelles, 6c croyez moi avec
tout l'attachement imaginable, Monfieur, votre
très humble & très obéïflant Serviteur , (Etoit
ligné) J. du Homel.
PS. Mr. le Comte vous aflure bien de fes ami-
ticz.
• . . . Oî )
tiez. J'ai fait bien vos complimens à Mr. le
Baron de Shoning 6c à Ces deux Compagnons de
voyage Mr. Grilot, & Mr. Mizele, qui font ici
de recour d'Angleterre depuis un mois; il y en a
un qui s'en retourne en Allemagne & qui doit
pafler à Aix la Chapelle , il eft chargé de nous
tous de vous faire bien nos honneurs.
Je ne faurois vous dire combien je fuis morti-
fié de la mauvaife conduite , Se du chagrin que
vous donne Semler, puis que vous l'aviez pris
en partie fur ma recommandation , fî jamais je
le rencontre quelque part je le traiterai comme
il le mérite : mais comme vous le favez c'cfl
en général une maudite race que celle des Va-
lets. Vous êtes trop bon pour celui-ci de le
garder jufqu'au mois de Septembre.
Mon adreflè eft à l'Hôtel d'Entragues, rue
Tournon, Fauxbourg St. Germain, à Paris.
N.
j^ttejlation àe Air, Jalon, T>o5feur en
Médecine.
TE fouflîgné Doéleur en Médecine demeu-
rant en cette Ville, certifie d'avoir veu &
vifîté plufieurs fois le Sr. Louis Lambert,
logé chez le Sr. Rognon fur le Nieuwe Hâve,
lequel j'ai entretenu très fouvent aux mois de Fé-
vrier ôc de Mars 1722. aflcz long temps, & je l'ai
toujours trouvé ayant alTez d'eî'pnt 6c ne man-
quant point de bon fens 6c de raifon. C'cfi: ce
que je puis attefter comme étant la pure vérité.
A la Haye ce 8. d'Avril 1725. (Etoic figné) P.
Jalon.
Attefla-
< 14 )
o.
Atteftation du Sr, Bofquet, Chirurgien.
JE fouffigné Maître Chirurgien à la Haye , dé-
clare que dans l'année I7?.2. j'ai connu feu
Monfr. Louis Lambert, comme s'ctant fait
rafer chez moi, environ rcfpace de quatre à cinq
mois tant qu'il a demeuré chez Monfr. Rognon,
au commencement de ladite année j que lors qu'il
eft allé demeurer chez Monfr. Belain , Marchand
de Vin, où il a été malade, qu'ayant vu un au-
tre malade dans ladite maifon dudit Belain, cela
m'a donné plulîeurs fois occafion de voir ledit
Lambert, que j'ai toujours trouvé poflcdant fa
raifon 6c bon fens: ce que j'attelle. Fait à la
Haye le i(5. Mars 1723. (Etoitfïgné) Ifaac
Bofquet, Chirurgien.
P.
Atteftation du Sr. Claude Gaudet & T)e~
moifelle Amoné fa Femme , Hôtes à
Maftricht.
Aujourd'hui le zp. Oétobre 1725. compa-
rut par devant moi fouffigné Notaire pu-
blic, refident à Maftricht en prefence des té-
moins fous nommez, Sr. Claude Gaudet, Mai-
tre de l'Auberge à l'enfeigne du Rofmarin en
cette Ville, &: Demoifelle Elifabeth Amoné fa
Femme, lefquels ont confefie & déclaré à l'in-
ilance & requifition de Mr. Pierre Cavalhier,
Marchand à la Haye , fans induélion ni perfua-
fion
fion de perfonnejTnais en pure faveur de la jufti-
ce , être très vrai & véritable , qu'au mois de
Mai de l'année lyzi. fans préjudice du temps,
prefîx efl venu loger dans leur maifon un Mon-
fieur nommé Louis Lambert, & qu'il y a logé
dix jours ou environ, fans préjudice du tems pre-
fix: qu'il cft auflî vrai & véritable, que pendant
ce tems il a mangé & bû à table avec d'autres
Meffieurs qui éroicnt auffi logez chez nous i 6c
que eux Comparans n'ont point vu qu'il étoic
innocent ni impuiflant de fcs fensi mais au con-
traire qu'il a en tous Tes Difcours & converîâ-
tions paru avoir fon efpric & fa railon, déclarant
auffi qu'ils ont vu 6c entendu, que ledit Sieur
étoit très mécontent de fon Valet, & le Valet
de fon Maitre , donnant pour raifon de favoir
qu'ils l'ont ainfi vu & entendu , 6c comme il
cfl raifonnable de foutenii la vérité , principale-
ment dans de juftes caufes, & y étant requis.
C'eft pourquoi les Comparans ont requis Aéte en
ceci, avec offre de le confirmer en tout temps fi
befoin efl par fermenr folemnel par devant Juges
competens. Ainfi llipulé. Fait à Maftricht,
date lufdite, en préfence de Mi. DifTcrotre, Au-
diteur de la Garnifon de cette Viiie,&: Mr. Louis
François Renier, tous deux comme témoins à
ce requis, lefquels avec les Comparans & moi
Notaire ont figné la niinute des prelcntes. (Plus
bas ) ^iod attejîor, (Etoic figné) J. B. de Ma-
linne, Not. publ.
^tUfia-
( 1«)
Attejîatmt de Mr. Campdomery Felltnger
& de Graaf.
7radu£lion.
Aujourd'hui 21. Juin de l'année I72f. com-
parut par devant moi Notaire public re-
fident dans la Franche Ville Impériale d'Aix la
Chapelle, en préfence des rémoins fous nommez
Mr. Marc Antoine Campdomer , Miniftre de
l'Aflemblée Françoile à Vais, Monfr. Ifaac Fel-
linger, Do6î;eur en Médecine de cette Ville, &
le Sr. iEgidius de GraefF, Bourgeois de cette
Ville, Icfquels ont déclaré & attelle pour la vé-
rité fincere que lefdits Mrs. Comparans ont bien
connu & converfé avec certain Mr. Louis Lam-
bert , lequel eft décédé à la Haye en l'année
1722. au tcms qu'il prenoit les Faux & Bains
ici à Aix : qu'après avoir logé quelques femaines
chez les Demoifelles Simon, il eft venu loger
environ le tems de trois mois à la maifon du der-
nier Comparant Sr. de Graeff, que ce Sr. pre-
mier Comparant a converfé pîufieurs fois pen-
dant ce tcms là avec lui, & le Sr. Comparant Fel-
lingcr qui l'a traité comme Médecin, èc que
lefdits Srs. Comparans n'ont remarqué autre cho-
fe {inon qu'il avoir êc pcfTedoit fes ler.s ôc fa
raifon, fâchant bien ce qu'il faifoit & diloit, &
d'autant qu'il eil raifonnable de donner "témoigna-
ge de la vérité, pour cet effet lefdits Srs. Com-
mifiaires ont Hgné de leur propre main la minute
àes prefenrts fous moi Notaire.
Ainli fait à Aix date fufditc, en préfence de
Jean
f«7)
Jean Thomas 6c Nicolas deux témoins à ce re-
quis & appeliez , 6c ell cette minute fignéc comme
fuit; DeCampdomcr, Miniftrc à Vacls, Ifaac
Fellinger,M. Dr. ^gidius de GraafF. Johauncs
Thomas la Magné, -f de Nicolas 4-j ^cux dé-
clarant ne pouvoir écrire autrement , & de moi
Notaire. (Plus bas.) ^uod atteftor. (Etoit figné.)
Joef. Henr. P. Lugcr, Sac, Cacf. Anthe. Aquif-
gran rcfid. Not. publ. Propr. S. &c.
R.
Atteftation de Mr. Jean St. Martin^
Marchand à la Haye.
AUjourd*hui le z^. Mars 1725. comparut
par devant moi Samuel Favon , Notaire
public, admis par la Cour d'Hollande refîdant à
la Haye, en prefence des témoins fous nommez,
Monficurjean Sr. Martin, Marchand, demeu-
rant ici à la Haye, à moi Notaire bien connu,
lequel a dit, déclaré, certifié & attelle , ainfi
qu'il dit, déclare , cerrifîe 6c attefle par ces pré-
fentes être très véritable, qu'ayant été à Aix la
Chapelle, & arrivé audit lieu environ le 18. ou
20. du mois de Juin de l'année dernière 172,2. &
rcftc audit lieu julques au 8. Août en fuivantpour
y prendre les eaux 6c les bains ; qu'il y a rencon-
tré Monfieur Louis Lambert , qui y étoit pour le
même fujet, qu'ayant fait connoifTance enfem-
ble , ils ont pris les bains en compagnie environ
vingt fois , une ou deux fois plus ou moins , pro-
mené plufieurs fois enfemble, en prenant les eaux
chaudes, 6c s'être vus fouvcnt de même en plu-
fieurs endroits, tant chez ledit Sr. Lambert que
chez ledit Sieur Dépofant. Que dans toutes ces
3 oc.
occafions il a trouvé le Sieur Louis Lambeft pof-
fedant fa raifbn £c boD fens, & qu*il a pris congé
dudit Sieur Lambert le 7. Août ijzz. le laiflant
audit Aix la Chapelle. Qu*enfuite environ la fin
du mois d*06):obre ou au commencement de No-
vembre de la même année , ledit Dépofanc ayant
apris que ledit Sieur Louis Lambert etoit arrive
malade ici à la Haye, il lui a rendu viflte par plu-
fieursfois, vu & parlé avec ledit Sr. Lambert,
& qu*il Ta trouvé de même pofledant la raifon &
bon fens, donnant ledit Sieur Dépofant pour rai-
fon de fcience Certaine comme & fufdit, offrant
en tout temps & lors qu'il en fera requis de le
confirmer par ferment folemnel. Fait & pafTc
à la Haye en préfence de Théodore Rogier §c
Jean Jacques Neaulme, témoins à ce requis. La
minute eft bien ôç dûçment fignée, ce que j^at-
teik. (Etoit figné) S. Favon, Notaire public.
S.
Attejiation du Sr. Barhot,
JE fouffigné Abraham Barbet , Bourgeois à
Rotterdam , déclare & attelle par la pré-
fente, que dans le mois de Juin, environ le
14. du même mois de Tannée dernière 1722. é-
tant à Aix la Chapelle pour prendre les bains, &
les Eaux, dans lequel lieu j'ai refté jufques envi-
ron le vingt & cinq de Juillet fuivant, que dans
cette Intervalle j'ai rencontre , & fait audit lieu
connoiflance avec Monfr. Louis Lambert, qui
s'y et oit rendu pour le même fujet, que pendant
refpace dudit temps j'ai vu & fréquenté ledit
Louis Lambert, pris fouvent les bains & les eaux
enlemble, de roéipe que promené & vu chez lui
CA
(19)
en vifite, Sctnangc àlamêmetable,quedan8tôùrc»
CCS occaïîons, j'ai trouvé ledit Louis Lambert
pofledant fa raiïon & bon Cens, ce que je déclare
& aneftc en vérité. Fait a Rottcrda'm le zù
Mars 1713. (Eftoit figné) Abraham Barbot.
Atuftation 4e Mr. Dumarets d^Antaigny»
JE fouffigné confèiTc qu*aiant vu & parlé par
plufieurs fois & en dilFérens tems à Monfîcur
Louis Lambert environ le mois de Novem-
bre de Tannée 1722. chez Mr. Louis Belain,où
ledit Sr. Lambert fe trouvoit logé Ôc malade dans
ledit temps } que je Tai trouvé polTédant iâ raifon
& Ton bon fens. De plus je Tai auflî vu & con-
nu à Aix la Chapelle l'Eté dernier) au même é-
tat j en foi de quoi je donne lapréfente atteflation.
A la Haye le <î. Mars 1723. (Etoit figné) Du-
marets d'Antoigny.
V.
Attejîatkn de Mr. JVarnier Chrouwét^
Médecin à Olne.
LE vingt- unième Avril mille fept cents vingt
quatre par devant nous la Haute Cour ÔC
Julticc du Banc d'Olnc, Paï's de Dalhem, Par-
tage de Leurs Hautes Puiflances Nos Seigneurs
les Etats Généraux des Provinces-Unies, com-
parut le Sieur Warnier Chrouwet, Dodcur en
Médecine relident en ce lieu d'Olne, lequel fc
trouvant requis de donner (à déclaration au fujec
Hz ^
( 40 )
du fous-écrit, de fa volonté franche & libre fie
en faveur dekjuilice & vérité, a déclaré que
dans les deux ou rtois vifites qu'il a rendues à Mr.
laouis Lambert ,fur la fin de Juin mille fept cens
vingt deux, fans préjudice du temps plus précis,
en ce lieu pour le confulter fur fes incommodi-
tez, il n'a reconnu en lui aucune folie, ni alié-
nation d*Efprit, mais au contraire beaucoup de
jugement & de circonfpcélion à tous égards:
Quoique d'ailleurs fort, inquiet & fâcheux à caufe
des grandes douleurs que fa malidie lui faifoit
leflèntir, confentant qu'Aébe & Copie en foit
iÇiate pour s'en fcrvir à qui droit appartiendra. En
foi de quoi nous avons ordonné à notre fubftitut
Greffier de relaxer cette fous fa fignature & de
Ja munir de notre Scel Scabmal fur les ans , moif
& jours. fufdits.^Etoit figné)Par ordonnance, D.
^Vi^ere , Soub Greffier.^
■"^V ■ X.
Attejîatîon de Mr. Gaffaud,
Aujourd'hui le z6. May 1724. comparut
par devant moi Jean van den Bos, Notai-
re^ public admis par la Cour de Hollande, re-
fîdant à la Haye, en préfence des témoins fous
nommez, Monfr. Dominique de Gaflaud, Lieu-
tenant de Cavallerie au fervice de ce Païs , de
préfent ici à la Haye , lequel déclare à la requifi-
tion de Pierre Cavalhier, Marchand ici à la Haye,
qu'il eft vrai 6c véritable qu'au Printemps de
l'année 1721. environ le mois d'Avril, fans vou-
loir pourtant être compris au temps préfix, ïc
Dépofant venant, entre autres à difcourir avec
Monlîeur Louis Belain., père, demeurant au
Buy-
( il )
BuytenhofF ici à la Haye , de la perfonne de
Monfr. Louis Lambert ( lequel logeoit dans ce^
temps-là. dans la maifon dudit Belain) nommé-
ment que ledit Lambert étoit une perfonne d'u-,
ne très fâcheufe 6c incommode fréquèntion ; fiMT}
quoi ledit Btlain répliqua qu'il converfoit & fré-,
quentoit louvent avec ledit Lambert, & qu'il
l'avoit trouvé dans fes raifonnemens être un hom-
me de beaucoup dVfprit , 8c que lui Belain pre-
noit plaifir de pouvoir difcourir avec ledit Lam-,
bert. Donnant pour railon de favoir, offrant à
tous temps fi beibin eft de confirmer fa dépofi-
tion par ferment folemnel, confentant Aéle en
forme. Ainfi fait à la Haye fufdite en préfence
de Pierre Dorfet 6c Pierre Defur comme ré-
moins. La minute eft dûement fignée. (Plus
bas) ^iod atiejîor, (Eftoit figné) J. v. d. Bos,
Not. publ.
Y.
Attefiatton de Air, Kuyfer ® Wolfgang^
Aujourd'hui le 2i. Février 1725. comparut
par devant moi Jacob vander Burgh , No-
taire public refident à la Haye, en préfence des
témoins fous nommez, Mrs. Jean Henri Kuy-
per, 6c Ifaac Wolfgang, Doâeurs en Médecine
ici à la Haye , lefquels déclarant par ces pr.éfen-
tes qu'ils ont enfemble fervi comme Médecins
Mr. Louis Lambert , 6c cela pendant le tems de
trois ou quatre femaines , qui ont commencé
au mois de Novembre 1711. 6c continué jufques
à fon décès arrivé ici à la Haye le 3. Decenibre
fuivant, ôc que pendant ledit tems iceux Com-
parans ont trouvé ledit Sr. Louis Lambert çn
B 3 fon
C ii )
(bn entier eCprit , jouiïTant 6c ufant entièrement
de fês fens & de [à rai (on.
Déclare encore le dernier Comparant en parti-
culier qu'il a fervi ledit Sr. Louis Lambert com*
me Médecin, outre le rems ci-delTus nommé ,
dans le mois de Mars $C d* Avril de ladite année
1721. & à la fin du mois d'Oâobre en fuivant
dans le temps que ledit Sr. Louis étoit venu
d*Aix la Chapelle ici à la Haye, & affligé de
maladie, & que dans ces tems ledit fécond Com-
parant à auffi trouvé ledit Sr. Louis Lambert en
Ion entier efprit , jouïflant 6c ufant entièrement
dfe fes Cens & (à raifon.
Donnant les deux Comparans pour raifon de
iavoîr ainfi qu'il eft marqué dans le Texte de leur
depofîtion ^ offrante pour cet effet en outre , fi
befûin eft, & en étant requis de confirmer cha-
cun fa depofîtion plus amplement par ferment fo»
lemnel.
Ainfi fait Se pafie à la Hayefiifdite, en pré-
fence d'Adrien vander Straeten Se Jacob Wy-
nants comme témoins ,.lefqucls avec kfdits Com-
parans ôc moi Notaire ont figné la minute des
préfentes. ( Plus hâs) ^od atte/Ior. (Eftoit fi-
gné) Jacob vander Burgh, Ndt. publ.
z.
Auejlation du Sr, Gérard van Al^hefiy
Garçon j^j^ticatre.
TraduSfioTt'
Aujourd'hui le f. Oftobre 1725. comparut
par devant moi Jacob vander Burgh , No-
taire public, admis par h Cour de Hollande,
refident
C ij )
refidant à la Haye, en préfence des témoins fôut
nommez, Mr. Gherard van Alphen, Compa-
gnon de Boutique chez Ton Oncle Mr. Jean Ha-
gens, Apoticaire ici à la Haye, lequel déclare
par ces préfentes, que Mr. Louis Lambert étant
malade au mois de Novembre ijzz. le Compa-
rant en fa qualité fufdite a pendant refpace d'en-
viron quatre femaines , fcrvi journellement le
luldit Mr. Louis Lambert a frotter fon corps &
a mettre des emplaftres fur fon ventre, & qu'a-
lors h Comparant a trouvé que ledit Louis
Lambert etoit très fâcheux, néanmoins qifc lui
Comparant a toujours trouvé ledit Sieur Loui»
Lambert ufant & jouiïïànt de fes fens & raifon.' î
Enfuite déclare le Comparant qu'ayant aporté
audit Sr. Louis Lambert une petite bouteille avec
des gouttes qui lui étoient ordonnées de prendre,
ledit Sr. Lambert demandoit pour lors au Com-
parant avec quoi il devoit prendre ces gouttes,
que le Comparant ayant repondu avec du Vin
ledit Sieur Louis Lambert avoit dit là-deflus, e^
fubftance, c'eft le Vin qui m'a fait le mal, 2c
m a mis en l'état oii je fuis à préfent.
Donnant le Depofant pour raifon de favoif
comme il eft expliqué dans le Texte de fa depo-
fuion, offrant pour cet effet fi befoin cil en étant
requis de confirmer plus amplement fa depofition
par ferment iolemnel. Ainfi fait ôc paffé à la
Haye fusdite, en préfence de Pierre Kofter &
Adrian vanden Bergh comme témoins, lefquels
avec le Comparant & moi Notaire ont Cgné la
minute des préfentes. ( Et plus bas ) ^uod aUef-
for, (Etoit fîgné) J. vandcr Burgh , Not. publ.
i« JUeJâ^
( M )
AA.
Atteftation de ^hili^pe Craynaske.
Tradufïhft,
Aujourd'hui le z. Avril 1725. comparut
par devant moi Samuel Favon , No-
taire public admis par la Cour de Hollande,
refidant à la Haye , en préfence des témoins fous
nommez Philippe Craynaske demeurant ici à la
Haye , à moi Notaire connu, lequel déclare être
vrai & véritable, que lui Depofant a veillé 6c
lêrvi dans fa maladie & jufqu'à fon décès un cer-
tain Monfieur nommé Louis Lambert, qui étoit
malade à la maifon du Marchand de Vin Belain
au BuytenhofF le temps de quatorze à quinze
nuits au mois de Novembre & au commencement
de Décembre de la dernière année 1722. & que
pendant ce temps lui Depofant a trouvé, que le-
dit Sr. Lambert, (qui étoit fort fâcheux & im-
patient à fervir ) a toujours eu fon entier efprit
& fa raifon , étant ledit Sr. Lambert très coneâ
6c ponctuel à fes affaires domeftiques pour avoir
Je tout en ordre, finiffant le Depofant par fa dé-
pofition, donnant pour raifon de favoir comme
dans le texte, offrant en cas de befoin en étant
requis de confirmer plus amplement la préfente
par ferment folemnel.
Ainfî fait & pafle à la Haye en préfence de
Théodore Rogier & Jean Jaques Neaulme, té-
moins à ce requis. La minute original de la
préfente efl dûement lignée. ( Plus brs ) ^od
aiîefior. ( Ëftoit ligné) S. Favon, Not. pubJ.
Jîtejîa-
( fS )
BD.
Attejîation de Monfr* âe la Faye,
JE foufligué déclare que dans le mois de No-
vembre de l'an 1722. je vis plufieurs fois
Mr. Louis Lambert, alors logé chez Mr.
Louis Belain fur le BuycenhofF. Dans les divers
entretiens que j'eus avec lui, je le trouvai tou-
jours dans Ton bon fens & raifonnant avec jufiefle
fur un grand nombre de chofes dont nous par-
lions cnfemble, quelquefois jufqu'à deux ou trois
heures, nonobftant l'état foible où il fe trouvoit
par fa maladie, ce que j'attefte être très vrai, A
la Haye le z6. Mars 1725. (Etoit figné) Jean
de.la.Faye.
ce.
Attejîattbn du Taîlkùr.
JE fouffigné Maitre Tailleur, demeurant à la
Haye, déclare qu'environ le mois de No-
vembre de la dernière année 1722. j'ai tra-
vaillé pour Mr. Louis Lambert ici a la Haj'e,
alors malade Ôc logé chez Mr. Louis Belain, Mar-
chand de Vin lur le BuytenhofF, tant pour lui-
même que pour fon Valet , que quoique ledit Sr.
Lambert fût fort difficile je l'ai contenté & par-
lé plufieurs fois , foit en prenant les mefures ou
en raportant l'ouvrage, & l'ai toujours trouvé
pofledant fa raifon & fon fens, ce que j*attelle.
A la Haye le \6, Mars 1725. (Etoit figné) Da-
\ifJ-Bouvene.
B f Jîîejîa-
( »« )
DD.
Atttftathft du Charpentier f& de /a
Femme,
^rctàuHion,
NOus (biïflîgnw Mari & Femme, fegitime-
mcnt conjoints , déclarons d'avoir bien
connu la perfonne du deffunc Mr. Louis Lant''
bcrt , lequel étoit venu demeurer chez Mr. Louii
Belain , Marchand de Vin ici à la Haye , au
Printems de l'»année 1722;. & oiîi il eft decedé en
ladite année, que moi Pierre vander Lugt com-
me Compagnon Charpentier l'ayant fervi pen-
dant deux jours tant à monter de lits de Camp ,
que quelques Cabinets, & autres ouvrages. Et
moi Aaltje Bien qu'ayant lavé pour lui pendant
ce tems que ledit Lambert a été ici , déclarons
nous tous deux par enfemble, & chacun en par-
ticulier que nous avons toujours trouvé ledit
Lambert avoir £c jouïr de Ton bon fens , ef-
prit & raifon , néanmoins prompt & avare.
Oflfrant tous deux de confirmer la préfente en
tous tcmpy par ferment folcmnel. Fait à la F^aye
ce f. OCbobrc I72r5. (Etoit ligné) Pierre van-
der Lugt, & Aaltje Bien.
Cm
( ^7 )
Co^ie de la Lettre de Mr. Cavalhier à
la Veuve Lambert,
M
A D A ME,
Nonobftant que je fais cftat qu'aurez reçu la
nouvelle par Amfterdamde la mort de Mr. Louis
Lambert votre Fils, décédé en cette Ville le j.
du courant mois, dé même que par la Lettre de
Monfieur Jacques Saurin, Pafteur de TEglife
Françoilè en cette Ville, 5c comme il a fait le-
dit Mr. Saurin ion héritier univerfel, à laquelle
je me réfère ( puifqu'il m'a fait Thonneur de me
la communiquer}) par laquelle je voi qu'indé-
pendamment du droit qu'il a de pouvoir jouïr en
entier dudit héritage,, il veut bien vous en faire
part par une penfion honnête & convenable , pour
le refte de vos jours, moyennant que cela foit
hors de France., & dans un Païs Proteftant, oii
vous faffiez profeflîon de notre fainte Religion
Proteftante; ce que Mr. Saurin fait à votre égard,
efl: en quelque manière contre la volonté du def-
funt, qui n'a voulu dans fon Teftament entendre
parler de perlbnne de fa Famille, (ôc dont je ne
veux pas pénétrer les raifons qu'il a eues, bonnes
ou mauvaifes) comme j'ai connu depuis long-
temps feu Mr. Lamijert, & qu'il m'a établi un
des Exécuteurs de fon Teftamcnt, j'ai crû de
mon devoir de vous communiquer les fentimens
dudit Mr. Saurin i votre égard, & comme la
Saifon de l'Hiver ne vous permettra pas de voya-
ger H-tôt, je vous prie} Madame, de me mar-
quer
( i8 )
pgr une Lettre votre intention , & Tendroit ou
Païs Proreftant que vous aurez choifî pour vous
retirer: j'cfpere que j'aurai votre reponce dans
iîx femaines ou deux mois , pour que je fafle le
néceflaire à ce dont vous pourriez avoir befoin
en arrivant dans Tendroit ou me marquerez , 8c
en attendant votre réponfe, je fuis arec ref^ei^j
(Eftoit fîgné) P. Gavalhier. - ' >
De la Haye le ii. Décembre lyiz.
Mon adrefTe efl à Pierre Gavalhier , Marchand
à la Haye.
L'adreHe, A Monfièur Vincent Lambert,
pour rendre à Madame fa Mère, à Annonay,
^ar Lion en Vivarois. r'tiija,
Etaf de T Hoirie de Mr. Louis Lambert,
Premièrement , en argent
comptant trouvé après fa
mort, {Vincent Lambert
fait monter cette fomme à
/'6oo.) / 88 - o - o
2. En Obligations fur la Vil-
». le 6c Quartier de Nyme-
gen. / 1200O - 0-0
3. Un A61:ion fur la Banque
Royale d'Angleterre de
/. y?. 1000. comptée avec
l'agio fait en argent cou-
■ rànt d'Hollande. ( Le mê'
me Vincent fait monter cet'
te fomme àf izooo.d^Hol-
/ izo88 - 0-0
lande*
(i9)
Tranfport. / 12088 ii 0 - o
iande. f ii(îoo - 0-0
4. Reçu pour arrérages d'u-
ne Rente de dix mille flo-
rins de Capital à fonds per-
du fur la Ville & Quar-
tier de Nymegue. (Ledit
J^incent fait m§nter cette
Comme à f foo. ) / 481 -14-0
5*. Reçu pour arrérages d'u-
ne Rente à fonds perdu fur
l'Hôtel de Ville de Paris
par accommodement. ( Le-
dît Vincent fait monter cet-
. te fomme à f \2.\%.) f fOO - 0-0
/ 2466^^ -14-0
Sur quoi déduit pour
l'bùnterrementdu
deflPunt ou pour
les Pauvres. / lOoo.
Un Légat pour Mr.
Moyfe Vors. / 1000.
Un dito pour Mr.
Pierre Cavalhier. / 1000.
Pour argent pris par
le defFunt fur une
Obligation. f 1000.
Pour debtes à la
charge de l'Hoi-
rie. / i6fo.
■■■ . f<Sf o -0-0
Relie / ipoip -14-0
Sur
C P > .
Tranfpçrtdu Reftc. / ipoip - t4\ o
Surquoi déduit les Légats
pour les trois Enfans de
Monfr. Saurin, faifarït en-
femble. / 6000 - 0-6
Reftc à la difpofîtion de Mr,
Saurin. / ijoip - 14 r 0
Sur quoi Mrs Saurin avoit promis à la Merc
Lambert de l'entretenir à Genève ; & offert au
Sr. Vincent 200. livres de penfion pour manger
où il voudroit, pourvu que ce fût dans un Païs
Proteftant.
Le Sr. Vincent parle ^ufft de h f^aifelle de fon
Frère, qu'il fait monter (pag. 28.) avec le reftc
de| Tes Meubles à plus de loooo.l. S'il a entendu
par la Fai^elle , des plats , des aflîettes & des
cueilleresd'Etain,on n'a rien à lui oppofer. Pour
ce qui concerne les autres Meubles, on eft prêt
à prouver par l'Inventaire qui en a été fait, que
la portion échue à Mr. Saurin ne vaut pas plus
de foo. florins.
Atteftation de Mad. Bourges, relative à
la f âge 18. de cet Ecrit.
T'Attefte qu'après avoir lu la Lettre imprimée
de Mr. Saurin dans les pages 18. ip. 20. 21.
22. 23. de fa rcponfe au Sr. Vincent & a-
dreflee à la Veuve Lambert, auflî bien que celle
qui eft àla page 24. af . & 25. du même Ecrie
adreflce à la même Dame , & après avoir con-
fronté ces deux Lettres avec les copies de la main
de mon fils décédé au commencement de No-
vembre 17x4. que je les ai trouvées parfaite-
ment conformes. De la Haye le f ;. Dccembr«
ij2,C, (Etoit iigoé) La vcuye Bourges,
f^^'M^Mm^
" i,i'«^' ^^^^.'^^^.i.^::^-;
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